‹ L'aube du théâtre romantiqueChapitre 30 sur 55 · BASSOMPIERRE · texte numérisé non relu

BASSOMPIERRE

A la guerre.

MADAME DUFARGIS.

Eu amour.

Or, Louis XIII, après avoir cédé aux sollicitations de sa mère qui le supplie d'écarter le cardinal, revient vers celui-ci, le conjure de rester à son poste et lui promet môme d'accroître ses pouvoirs. Richelieu, à la fin du quatrième acte, se laisse faire une douce violence. A voix haute, il déclare au roi :

Ah! je suis le premier de tous vos serviteurs.

Puis il ajoute, en aparté :

Voilà mon plus heau coup sur les conspirateurs !

Anne d'Autriche, elle aussi, est forcée de venir à composition. Devant Louis XIII, elle dit au vainqueur de la Journée des Dupes :

Puisque vous vous rendez plus précieux au roi Que sa mère et son frère, et qu'il me fait la loi De pardonner vos torts qu'il traite d'imposture, Aux ordres d'un époux j'ohéis sans murmure.

L'homme rouge a triomphé du prince indolent. C'est là, que Lemercier l'ait ou non prémédité, une vive et judicieuse satire du gouvernement monarchique.

L'Ostraclsine ou la Comédie grecque procède du genre qui avait inspiré Plante ou la Comédie latine. L'auteur a prétendu dessiner des tableaux de mœurs, empruntés à l'Agora ou au Forum. Ici, la scène se passe sur la place publique d'Athènes, aux temps les plus rigoureux de la loi d'ostracisme dont la teneur est une perpétuelle menace : « Tout citoyen trop distingué entre ses égaux, et qui prend sur le peuple trop d'ascendant par son crédit, par ses richesses, par ses vices et même par ses vertus, sera banni. » Dès lors, chacun cherche à

atteindre son ennemi, son rival, son voisin. Alcibiade est visé par Hyperbolus, personnage symbolique, dont le métier est de vendre des lampes et l'ambition d'éclairer Athènes. Il fait grief au séduisant général de l'excès de sa popularité. A plus juste titre, il lui reprocherait — si c'était une cause d'ostracisme — d'être le moins fidèle des maris. La fantaisie du moment, c'est la jeune Nais. Ypparette, légitime épouse, a espionné Alcibiade. Elle veut divorcer, mais il est délicieusement persuasif, et elle lui pardonne, après une explication qui remémore celle de Marinette et de Gros-René. Ce lointain ancêtre de Don Juan a des arguments irrésistibles pour pallier ses fautes et rendre aimables ses pires écarts : « Le meilleur remède contre l'amour, dit-il, c'est un nouvel amour. » Ypparette a résolu de protester contre une théorie aussi monstrueuse. Elle est accourue vers l'archonte et sollicite la ruj)ture du lien conjugal. Mais Alcibiade paraît, la rejoint, lui dit un mot à l'oreille. Elle le suit, oubliant le magistrat et sa plainte. La grâce du séducteur est la plus forte. Et Théoclès, esclave émancipé, conclut en philosophe que rien n'émeut : « Il n'a pas eu besoin de longs discours. Voyez, voyez comme cette colombe lui cède. 0 pouvoir de notre agréable aspect sur les femmes! » Aux dépens de la vérité et même de la vraisemblance, Lemercier voulait que sa comédie grecque eût un dénouement doublement moral, en amour et en politique. Alcibiade remet Naïs au sculpteur Leucippe dont elle est aimée, et qui, par reconnaissance, fera la statue d'Ypparette. Enfin, pour le plus grand profit du vilain Hyperbolus. l'ostracisme est aboli, et Phéax, général athénien, formule ainsi le public

hommage : « Vaincre ses rivaux, confondre les accusations injustes, soumettre les volontés en nous charmant, tout cela n'est que l'affaire d'une journée d'Alcibiade. » Ces derniers mots pourraient être le titre exact de la pièce.

Après tant d'efforts et tant d'iasuccès dramatiques, Népomucène Lemercier gardait l'irrésistible désir de dire leur fait aux romantiques, novateurs effrontés qui détournaient de lui et se conciliaient la faveur du public. Il crut assouvir cette passion en composant Caïn ou le Premier Meurtre, parodie-mélodrame, mêlée de couplets, en trois actes, précédée d'un prologue, qu'aucun théâtre ne pouvait ni ne voulut jouer, et qui parut, au cours de 1829, chez l'éditeur Constant- Chantpie. En guise de «pot-pourri préface », il accumule, sur des refrains variés, d'assez méchants vers qui doivent traduire sa profession de foi dramatique :

Moi, sans modeste grimace.

Je viens soutenir en face Les docteurs, Vieux recteurs Du Parnasse, Qui renverraient sans égards Les modernes Ronsards En classe.

C'est ensuite, sur l'air de « Mahomet », une protestation contre la provenance exotique du romantisme, et, de la part de Lemercier, un désaveu do paternité :

Tous ces beaux fils d'origine étrangère Des bords germains viennent incognito.

A qui fait-on l'honneur d'en être père?

C'est à l'auteur de Plante et de Pinto. L'ingrat qu'il est, renie à droite, à gauche. De tels bâtards par le goût réprouvés.

Qui de folie et desprit en débauche Ne sont, dit-il, que des enfants trouvés.

Enfin, sur le pont-neuf : « Grenadier que tu m'affliges ! » la répudiation est encore plus éclatante. L'auteur deCfiristophe Colomb ne veut rien avoir de commun avec l'école des révolutionnaires :

Romantisme, tu nous choques Par ton manque de bon sens:

Tes discours sont équivoques, Et tes sujets repoussants.

Tu prends le ton Ignare, Barbare, Bizarre, De Scarron et Lycophron.

11 s'inscrit en faux contre les allégations des imitateurs romantiques, qui invoquent l'épopée satirique de la Panhypocrlsiade pour « tâcher d'appuyer le système confus et désordonné de leurs innovations théâtrales. Elle fat, dit-il, publiée avant toutes leurs théories mélodramatiques, si destructives des belles formes de la haute tragédie et de la haute comédie, dont ils veulent confondre les genres. » Que viennent faire ou dire, en cette occurrence, Adam et Eve, leurs fils Gain et Abel, qui sont respectiveri'ient épris de Méhala- Gaha et de Thyrza-Abelina, puis les archanges iMichel et Gabriel, personnages muets, la Mort et le Péché, le chœur des séraphins, celui des diables et des diablesses, ainsi que toute la séquelle des enfants de Gain et d'Abo!? Anamalek, prince des

démons, qui a pour confident Asmodée, nous apporte ses opinions littéraires sur l'air : « C'était Proserpino. » Comme de raison, il est féru de romantisme :

Le beau, le grand idéal,

Est faux, hors de nature ; Le laid, réel et banal,

Est la vérité pure.

Un cauchemar théâtral Crée un héros, bien ou mal, Qu'un style inégal, Non grammatical, Trivial, Sépulcral, Et l'air fantastique Rend tout romantique.

Adam et Eve s'avancent, lui couvert d'une coiiïe et d'un parasol de longues feuilles, elle vêtue de peaux blanches, de feuillages et de fleurs. Entre eux — car elle n'a que cent ans ~ c'est un roucoulement de tourtereaux, sur l'air de « l'oratorio d'Haydn » :

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