GAIN
A-t-il un langage intelligible, depuis qu'en voyageant dans les régions velches qu'un ange nous a découvertes, il a traversé les brouillards épais de la Germanie?
Adam, d'ailleurs, est un personnage qui ne dédaigne pas de s'entretenir avec les démons et qui dirige les affaires de sa famille à la bonne franquette. S'adressant à Thyrza et à Méhala, qui sont à la fois ses filles et ses brus, il leur dit : « Vous vous appellerez, du nom de vos maris, toi Abelina, et toi Gaha. » Sur quoi^ le prince des démons, Anamalek, qui aime le calembour, émet cette sentence diabolique : « Oh! vous verrez comme votre ménage ira Gain, Gaha ! »
Au second acte, le feu de l'enfer a dévoré les habitations d'Adam et de sa famille. Ils se retrouvent néanmoins dans une campagne fertile. Un fâcheux chassé-croisé semble s'être produit parmi les jeunes couples. L'un des enfants du blanc Abel et de Thyrza est noir comme Gain. Méhala adresse des paroles attendries au trop sympathique Abel, qui se contente de répondre : « Arrête, angélique Méhala! Arrête, ô délicieuse, entraînante et trop exaltée créature ! ïu surmonterais le vœu de continence que je me suis récemment juré. La seule idée de trahir la vertu me cause des crispations de nerfs. Gontentons-nous innocemment par ces extases d'une immatérielle union de nos âmes, épurée du commerce de nos sens corporels ! »
G'estdéjà le vocabulaire psychique du professeur Bellac; mais Méhala, qui n'a point fréquenté les salons du Monde où Von s'ennuie, comprend mal ce pathos éthéré , et s'écrie , tout interdite : « Qu'est-ce que tu chantes là? » Juste à ce moment survient Gain, de fort méchante humeur. L'expli-
cation estbrève, mais décisive. En femme experte, Méhala prend l'offensive :