MADAME JORDONNE
Non, un auteur classique.
Survient Chaudchaud. avec les mitrons qu'il congédie :
Pleureuse, Pair-ou-non, inutiles amis.
Allez, allez au four, allez voir si j'y suis.
Le lit s'avance sur la scène, comme le sofa dans Henri III, et Chaudchaud s'écrie :
0 surprise ! ô bonheur! ô transport ! ô amour ! Est-ce elle? suis-je moi? deviens- je aveugle ou sourd? Oui, c'est bien un vrai lit, voilà bien la couronne, Traversin et rideaux à trente-deux sous l'aune.
Il s éloigne comme frappé de vertige.
Voilà bien son béguin, sa jupe en calicot, %
Ses pieds, ses mains, ses bras, ses manches à gigot; Je pourrais profiter de ce doux tête-à-tête, Mais, quand on aime bien, hélas ! on est si bête.
Il se met à genoux.
Comment, pas de fichu ?
Il prend le mouchoir qui est à côté d elle.
Décemment, couvrons-la. Son collier ne tient pas, chaque perle s'en va.
Il prend le collier, et s'occupe à le rattacher, toujours à genoux.
Des amants mieux appris agiraient en fins merles. Mais moi, je suis ici pour... arranger des perles.
Puis voici le serment, sur le mode classique :
J'en jure par le ciel, par le ciel de ce lit.
Avant que de tes nœuds Chaudchaud se désenchaîne.
On verra les merlans remonter dans la Seine.
LA, LORRAINE, s'éveillant.
OÙ suis-je? Est-ce la voix de mon mari Gueusard?
CHAnnCffAUD.
Non, vous rêvez à moi.
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LA lorraine.
Grand Dieu ! quel cauchemar !
Effronté! vous ici!... près d'une l'emme seule!
GHAUDCHAUD.
Mais vous étiez, princesse, en donnant, moins bégueule.
LA LORRAINE
C'est possible; en dormant, on ne sait ce qu'on dit. On ne sait ce qu'on fait, on ne sait...
GHAUDCHAUD.
Suffi cit.
On entend la voix de Gueusard. La Lorraine est escamotée par Ruggieri, qui la place sons un énorme gobelet d'osier argenté. Auparavant, elle a jeté ce dernier trait :
Entrons... mais attendez, nous devons tout prévoir, Et j'allais oublier d'oublier mon mouchoir.
Suit la scène de rigueur entre les deux hommes :
GHAUDCHAUD, d'un air riant.
Bonjour, brave Gueusard !
GUEUSARD, qui est entré avec un gros bâton noueux.
C'est toi, joli mitron?
GHAUDCHAUD, d'un ton de bonhomie.
Comment va, s'il vous plaît, madame votre épouse?
gueusard.
Qu'elle aille ou qu'elle vienne, ourle, tricote ou couse. Je te demande un peu ce que cela te fait?
GHAUDCHAUD. ,
Là... vous vous emportez comme une soupe au lait.
GUEUSARD
Gare, si j'aperçois quelque chose de louche!
GHAUDCHAUD.
Mais... crois-tu donc, aussi, que du pied je me mouche?
Sans adieu, je t'attends près d'un patron chéri,
Car je n'ai qu'un mot d'ordre et qu'un seul cri : Cricri !
l'aube du théâtre romantique 8o
Gueusard, resté seul, entame un monologue. Il entend régner en maître à la Halle aux farines, mais ses regards se tournent vers le sofa :
Le foulard de ma femme... oui, c'est bien sou sautoir. Elle n'a pas ici perdu que son mouchoir.
Au deuxième tableau, le . théâtre représente Tintérieur de la boutique du boulanger Cricri. Les mitrons sont occupés à différents jeux, tels que volant, dames, grâces.
PAIR-OC-NOX, à Pleureuse, qui joue au bilboquet.
Laisse là ce hochet sur lequel tu te pâmes, Viens jouer avec moi.