CLXXVII. — De ^/^^ Gabrielle Soumet- Daltenheim
Notre Alexandre m'est revenu presque mourant de Paris, avec \os Prismes immortels et j'ai été triste et heureuse, et j'ai été g-arde-malade tous les jours et j'ai lu et relu tous les jours ce cher volume que Jules donne à Gabrielle. Merci, merci, je ne pourrais pas vous remercier comme je le veux, si je n'avais à vous raconter une petite promenade faite avec amour et admiration comme un vrai pèlerinage à une chapelle déserte hier. Alexandre étant un peu mieux, nous sommes partis pour revoir Ghambord, partis sans avoir à notre service ni le char d'une Fée, ni vos Chevaux de poste, plus aériens que son vol, aussi avons-nous failli verser en chemin.
Et nous avons appris, de désir en désir,
Ce qu'il faut de tourments pour former un plaisir (271).
Nous sommes arrivés pourtant et me voilà où je voulais être, à Ghambord, les Prismes Poétiques à la main, avec mon malade, par une belle journée du mois de mai :
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Ce sont les jours brillants et tièdes, Après les jours sombres et froids ; A chaque pas, j'entendais dire :
Ce malade est mieux et respire; Il a touché presqu'au tombeau ; C'est le moment des promenades, Des châteaux au loin visités (272).
Oui, mais il est bien rare de trouver un tel château à visiter et de tels Prismes pour le colorer. Que d'harmonie entre le monument et le livre, vus au même soleil entre ces mêmes tourelles dentelées, diamantées, multipliées sans nombre par chaque rayon de jour et ces trois mille vers aussi élevés, aussi gracieux, aussi légers, aussi près des cieux et multipliés de même par la gloire et par chaque écho du cœur. Nous regardions beaucoup et nous écoutions davantage. Nous écoutions cette poésie qui ramenait sous ces murs l'âme de François I" et ressuscitait les feux éteints de la Salamandre. Nous placions sur chaque balcon suspendu votre châtelaine aux dix tours; nous répétions, dans l'oratoire abandonné,/» Prière de Nina; nous relisions les Inséparables en songeant à l'amitié qui auraituni notre Albert au propriétaire de Chambord, de ce château plein d'une jeune et touchante image comme les Prismes bien-aimés et nous avons réservé la plus haute tourelle pour Madame Agnès de Picardie :
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La dame en tout la mieux douée,
La plus humble et la plus louée (273).
Louée moins que les vers qui la chantent ! Que vous dire enfin! non de cette architecture, toute mauresque, mais de cette poésie, toute orientale, qui pleure et qui espère et qui console et qui ravit et qui rend l'âme meilleure ! Comment la peindre avec des mots prosaïques :
C'est perdre tout à fait le temps et la raison,
Que de vouloir chercher une comparaison !
Elle a plus de blancheur que la neige qui tombe,
Plus de légèreté dans l'air que la colombe.
Dans les lieux où s'ébat son élan immortel,
Tout se change en trépied, en couronne, en autel ;
O poète, voilà, voilà ce que vous faites !
Vos vers sont à la fois votre gloire et nos fêtes (274) .
Et notre bonheur, à nous, sera d'aller vous embrasser tous bientôt, et moi, je vous gronderai un un peu de n'avoir pas entendu mon Gladiateur encore tout blessé de votre absence.
GABRIELLE DALTENHEIM.
Blois, 5 juin 1838.
CLXXVIII. — De 31"" Sophie Gay.
Voulez-vous, cher troubadour, me prêter pour un mois le second et le cinquième volumes de la
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première partie de la Correspondance de Grimm ? Je vous les rendrai avec ceux que j'ai à vous et qui me servent pour l'ouvrag-e que je fais; il me semble que vous rendre ainsi complice de mes crimes littéraires, c'est leur assurer du succès. Mille tendres remerciements d'avance.
SOPHIE GAY
Que Gémiot a fait quelque chose de ravissant avec votre charmante Agnès de Picardie !