XIV. — U Alexandre Soumet
J'arrive de la campagne, mon cher Jules, j'ai trouvé votre dernière lettre et je vais courir au bureau des Annales pour rattraper, s'il est possible, quelques coquilles de noire Pèlerin.
Le plus heureux mortel a toujours quelque chose à demander au ciel et cependant, si j'avais été instruit de la maladie de M'°*^ de Rességuier, je ne lui aurais rien demandé qui fût pour moi; il m'est doux de n'avoir que d'heureuses félicitations à vous adresser.
Vous m'annonciez des chansons dans votre lettre du mois de novembre; sont-elles devenues
74 l'aL'HE ROAIANTIOIE
lég-ères jusqu'à révaporation elles a-t-on prises ù la poste pour des chansons de Béranj^er ?
Le recueil de Vigny (6i) vient de paraître et je vous le ferai envoyer. Ge sont les couleurs d'André Chénier (62), avec une pensée plus sévère et plus profonde. L'émotion moderne s'y revêt de tout l'éclat des couleurs antiques; il en résulte beaucoup de mélancolie; ce contraste et sapoésieressemblent souvent à ce bas-relief d'Herculanum où l'on voit des chœurs de jeunes filles conduire des dames
autour d'un tombeau Nina se trouvera tout de
suite en pays de connaissance en lisant de pareils vers.
Rien de nouveau pour moi, mon cher Jules. Saûl (63) a obtenu dans les lectures de salon beaucoup de succès, trop de succès peut-être; le public est le grand justicier de ces jugements prématurés. Le Rêve de Sylla arrête toutes les autres représentations. Je ne vois pas qu'une lettre de vous pour le Garde des Sceaux me fût utile.
Mille tendres souvenirs.
A. SOUMET
17 février 1822.
Monsieur le comte et bien cher confrère, 11 y a deux mois environ que je vous écrivis et
VOUS envoyai la collection entière du Conservateur Littéraire par une occasion que notre ami Alex. Soumet m'avait ofiPerte. Je me justifiais dans celte lettre d'un long silence, auquel mes affaires et mes chagrins m'avaient, bien maloré moi, condamné. J'ignore si vous l'avez reçue et je m'empresse de saisir enfin un moment de calme et de loisir pour m'informer, non de cet envoi, qui ne vaut pas la peine de nous occuper plus longtemps, mais de votre santé et de votre amitié, deux choses bien précieuses pour moi, et dont je ne sais/ en vérité, laquelle m'est la plus chère. Si vous me le demandiez je ne pourrais que répondre comme cet enfant : je les aime le mieux tous les deux.
Alexandre qui est toujours malade ou paresseux a cependant terminé son Saut, que je préfère à sa Clytemnestre (65), que je préfère à tout ce qui a paru sur notre scène depuis un demi-siècle. J'attends avec bien de l'impatience la représentation de l'une ou de l'autre de ces belles tragédies qui est fixée au mois de mars au plus tard. Je désirerais vivement que Saûl fût joué le premier ; cet ouvrage, entièrement original, sévère comme une pièce grecque et intéressant comme un drame germanique, révélerait du premier coup toute la hauteur de Soumet ; le jour du triomphe d'Alexandre sera pour moi un bien beau jour.
J'enverrai peut-être cette année à l'Académie,
L AUBE HO-MAr^TIOL'E
pour Tune de ses séances publiques, une ode sur le Dévouement dans la peste (66) ; au moins ne renfermera-t-elle aucun sentiment politique.
Et vous, mon cher confrère, que faites-vous au pays des troubadours? Soumet m'a montré des vers charmants que vous lui avez envoyés dernièrement. En ouvrant l'Almanach des Dames, j'ai été agréablement surpris d'y rencontrer votre élég-ie si touchante et si gracieuse, la Consolation d'une mère, ce qui, avec quelques vers de Soumet, m'a fait pardonner à l'éditeur le mauvais choix des autres morceaux du recueil.
Me permettez-vous de vous adresser quelques poètes qui désirent concourir aux Jeux Floraux et n'ont pas de correspondant ? Un jeune homme, M. F. Durand (67), auteur du. Jeune poète mourant et envers lequel je crois que l'Académie a au moins beaucoup de sévérité à réparer, m'a fait parvenir une ode pleine de talents : le Détachement de la terre, qui, après quelques corrections, sera, selon moi, très digne d'une couronne. Au reste vous en jugerez, car j'ai pris la liberté de lui donner votre adresse à Toulouse, en attendant que vous me Fen- A'oyiez d'une manière plus précise. Grondez-moi, si j'ai été indiscret, mais aimez-moi beaucoup, je vous aime encore plus.
Votre ami dévoué et indigne confrère et serviteur.
L AUBE IIOMAKTI Jî;E 77
Paris, le 17 janvier 1822.
Veuillez présenter, s. v. p., mes hommag'es respectueux à madame la comtesse. Alexandre Soumet, qui est souffrant en ce moment, me charge de mille amitiés et souvenirs pour vous. Veuillez, si vous le voyez, me rappeler au bon souvenir de ]M. Pinaud; je compte lui écrire incessamment.
23 février 1822.
Mon bien cher et bien aimable ami, Je m'empresse de répondre à votre lettre, parce que je ne dois pas recevoir de vous d'aussi grands plaisirs sans qu'un peu de la reconnaissance que j'en éprouve ne vienne jusqu'à vous. Et puis, du moment que vous voulez bien attacher quelqu'attention à mon estime pour le talent plein d'espérances de Durand, je ne dois pas oublier que le concours est ouvert et qu'une voix amie peut quelquefois contribuer un peu, au milieu de la foule, au triomphe d'un athlète. C'est sans doute son ode sur le Détachement de la terre qu'il a envoyée au concours et je ne doute pas que vous n'y ayez remarqué et que vous ne soyez disposé à y couronner les mêmes beautés que moi.
Si mon nom lui porte bonheur, ce sera en rappelant à l'Académie qu'elle a eu quelquefois autant d'indulgence dans ses jugements qu'elle a jusqu'ici montré de sévérité à Durand. Je suis heureux que vous en ayez parlé à M. Pinaud.
Vous m'avez fait un véritable et vif plaisir en m'envoyant ce fragment de lettre; c'est un bonheur pour moi que d'inspirer quelqu'amitié à ceux que j'estime et que j'aime; le souvenir de Durand m'a touché, car il y a longtemps qu'il ne m'a écrit, et je craignais qu'il n'eût pris ma négligence apparente et forcée pour de l'oubli. J'espère qu'il obtiendra le triomphe qu'il mérite et qu'il désire, deux raisons pour moi de le souhaiter ardemment. L'Institut livré aux médiocres laisse entière à l'Académie des Jeux Floraux, la noble tâche d'encourager les jeu* nés talents comme le sien.
Permettez-moi, cher ami, de vous reparler maintenant du plaisir que m'ont fait vos lettres, à la lecture desquelles je reviendrai souvent, je vous assure, toutes les fois que je sentirai le besoin d'entendre une voix de consolation et d'amitié. J'ai peine à croire, comme vous, que nous nous ne soyons jamais vus; deux âmes se parlent de loin; d'ailleurs on peut aimer un ami comme on aime les choses du ciel, qu'on adore et que nos yeux ne connaissent pas.
Nous avons partagé, Alexandre et moi, toute
L ALBE UOMA.NTKU E
votre peine et toute votre joie à la nouvelle de la maladie et du rétablissement de M™« de Resséçuier. Ce sont deux événements qui ont bien fait de nous arriver ensemble. Soumet me charg-e de vous adresser avec toutes ses amitiés, tous ses hommages pour votre chère convalescente; permettez-moi d'y ajouter les miens et mes plus respectueuses félicitations.
Alexandre m'a montré votre chaTmant Pèlerin... le plus heureux- mortel a toujours quelque chose à demander au ciel... moi, je lui demanderai de lire et de recevoir souvent de pareils vers; j'espère que ce vœu que j'adresse au ciel sera entendu d'un ami.
Adieu, je vous remercie de toutes vos commissions, qui seront d'ag-réables occupations puisqu'elles viennent de vous ; vous entendez que je vous remercie?
Je suis tout confus de mon éloge, que je ne mérite pas, et bien heureux de votre amitié, que je mérite, si l'amitié paie l'amitié. Dans l'échange qui a lieu entre nous, vous gagnez en quantité ce que vous perdez en qualité. Pardon pour toutes mes trivialités et de tout mon griffonnage. Je vous enverrai mon ode quand vous voudrez; mais, de grâce, accablez-nous devers, de prose, de commissions. Je vous aime comme j'aime Soumet, comme Soumet vous aime.
VICTOR [hugo].
8o l'aube nOMANxrguE
Avez- VOUS reçu toute la collection du Conservateur Littéraire en décembre ou novembre dernier ? Soyez assez bon pour me rappeler au souvenir de M. Pinaud, cet excellent juge auquel je dois tout. N'oubliez pas Durand près de lui.
^ XVIL— De Victor Hugo (68).
La voici enfin, ou déjà. Maintenant elle
vous appartient ; donnez-lui le titre qu'il vous plaira, je l'ai intitulée : Barcelone, afin de la rattacher aux événements récents quoique le sujet soit réellement ce type moral et par conséquent lyrique : le Dévouement pendant la peste (69). Mille excuses pour tous les embarras que je vous donne.
J'apprends avec une joie extrême que Durand est couronné, il me tarde de voir son ode telle qu'il l'a corrigée, je lui en veux un peu de ne m'en avoir plus reparlé; mais je lui pardonne tout puisqu'il triomphe. Un autre ouvrage de M. de Saint-Valry (70) a également été couronné; le poète est de ma connaissance et son succès m'a fait grand plaisir.
Vous, mon bien cher ami, vous ne m'envoyez jamais de vers, vous ne m'écrivez plus; mais je
l'aube romantique 8i
suis sûr que vous m'aimez toujours un peu, moi, qui vous aime tant ! Adieu.
VICTOR [hugo].
3 avril 1822.
J'ai fait mettre à la poste pour vous un paquet et un autre pour M. Pinaud, auquel je vous prie de rappeler mon souvenir. J'ai changé de demeure, mon adresse est maintenant : rue du Drag-on, n" 3o, faubourg Saint-Germain (71). Mille pardons pour tout ce griffonnage.
Parîs, 19 avril 1822.
Mon cher ami,
Quoique, depuis neuf mois, je sois brouillé avec les Annales, je me suis empressé de remplir votre commission avec le plaisir que j'éprouve toujours à faire quelque chose pour vous. C'est un service que vous m'avez rendu et dont je vous remercie, ea vous priant d'envisager toujours ainsi les diverses commissions dont vous pourriez avoir à me charger à l'avenir.
Pour ce qui regarde les Annales, je compte voir votre réclamation dans le prochain n°, quoiqu'elle ait passé par mon canal.
Si l'aube romantique
Je suis heureux de l'indulçence avec laquelle vous avez jugé mes odes, elle vient de votre amitié; mais je suis confus de l'embarras que vous donne le Dévouement dans la peste ; vous êtes bien aimable, bien bon ; mais aussi, bien sincèrement et bien tendrement aimé de moi du moins, parmi tant d'autres.
Je suis enchanté que vous ayez bien voulu être le parrain de cette ode ; je l'aime mieux depuis que vous lui avez donné un titre de votre choix ; pourquoi, mon ami, n'avez-vous touché qu'au titre? Je travaille beaucoup en ce moment. Tous ces perfides amis se sont mis dans la tête qu'il fallait que je publiasse un volume d'odes (72) et je leur obéis cruellement. Je corrig-e, et quand j'ai fini, il n'y a plus qu'à corriger les corrections. Je ne sais rien d'insipide comme ce genre de travail.
J'ai relu votre Pèlerin dans les Annales avec un nouveau plaisir et c'est une charmante élégie. Je ne connaissais pas cette ballade de Walter Scott. Je suis charmé que la connaissance se soit faite par vous.
Adieu, cher et aimable ami, croyez que le jour où je pourrai voir si vous ressemblez à l'image physique que je me suis fait de vous, vous serrer réellement la main et vous embrasser autrement que par la poste, ce jour-là, je serai très heureux.
VICTOR [hugo].
l/At'DE ROMANTIOUt; 85
Mes hommag-es à M"^*^ de Rességuier; j'ai rempli votre douce commission auprès de notre ijon Soumet; recevez-en une pareille pour M. Pinaud, auquel je n'écris pas de peur de l'importuner dans un moment où le concours doit tant l'occuper.
Pensez à moi le jour de la Fête des Fleurs (7 3).
J'étais à la campag-ne, mon cher Jules, quand votre aimable lettre et votre ode charmante (74) sont arrivées chez moi. J'ai lu avec un vif sentiment de plaisir et de reconnaissance cette petite pièce remplie de grâce et de douceur, dans laquelle je n'ai trouvé qu'une stance ou pour mieux dire qu'un mot de trop. Cette stance, cependant, m'est bien précieuse, parce qu'elle m'a prouvé que mon souvenir était quelquefois près de vous, même au sein de l'inspiration poétique.
J'ai remis, d'après votre invitation, cette ode à Soumet et je lui ai montré votre lettre et, certes, c'était un excellent titre pour obtenir les vers que vous me demandez.
Je vous les enverrai avec mon recueil qui paraîtra sous peu de jours et auquel ils serviront de passeport. Vous trouverez dans ce recueil une vieille petite ode adressée à l'Académie des Jeux
84 l'aube uomantioue
Floraux qui vous offrira quelques traits affaiblis de ressemblance avec votre Clémence Isaiire. Cette rencontre m'a fait plaisir et m'a donné bonne opinion de ces vers.
Adieu, mon bien cher ami, j'ai reçu dernièrement un mot de vous dans la lettre de M. de la Martinière, remerciez-le bien ; j'ai fait pour son ode tout ce que je puis ; il ne me doit aucune reconnaissance, j'ai fait comme pour vous. Adieu. Je vous remercie encore une fois de vos vers, je les aime, ils me font croire bien plus à votre amitié qu'à mon talent.
26 mai, Paris.
Je n'ai pas encore reçu le Recueil des Jeux Floraux. Si vous trouvez occasion de me rappeler au souvenir de M. Pinaud, mandez-lui en même temps que j'attends encore le recueil s. v. p. J'enverrai des exemplaires de mon recueil chez M ,
libraire de l'Académie à Toulouse ; chez M , c'est
Soumet qui m'a donné ce conseil, qu'en pensezvous ?
Paris, 6 septembre 1822.
Qu'est-ce que Durand (76) m'écrit donc, mon
LALBK ROMANTIQUE
cher ami ? Faut-il croire à ce bonheur? Vous allez venir à Paris et je n'en sais rien encore par vous !
Heureusement j'ai à Marseille un ami pour m'informer de ce que fait un autre ami à Toulouse ; écrivez-moi du moins, Jules, pour me confirmer cette bonne nouvelle, je l'ai déjà donnée à Soumet comme certaine; j'ai de la crédulité pour ce qui me fait plaisir.
Cependant, je ne crois pas à toute votre aimable lettre ; j'ai vu avec joie qu'elle était pleine de louanges parce que toute cette louange est de l'amitié. Il y a dans cette lettre un épanchement qui m'a bien touché ; vous m'y parlez d'un ange que notre Alexandre m'avait déjà fait connaître, d'un ange qui vous aime et que j'aime de vous aimer.
J'ai envoyé votre lettre à Guiraud,qui était déjà reparti pour Limoux quand je l'ai reçue. Je n'ai point osé joindre à un si agréable envoi une lettre de moi.
Soumet va être joué presque à la fois aux deux théâtres, c'est-à-dire, qu'il va obtenir deux triomphes, il a fait à son chef-d'œuvre, Saill, de très beaux changements. Vous verrez, je vous promets que vous serez aussi heureuxde la beauté de l'ouvrage que de la gloire de l'auteur. Saûl et Clytemnestre sont à mes yeux les deux plus belles tragédies de l'époque et ne le cèdent en rien aux chefs-d'œuvre de notre scène, en rien (77).
8G l'aube romantique
Adieu, cher et excellent ami, Soumet a été charmé de votre mot. Au reste, il va vous écrire et vous dira tout cela beaucoup mieux que moi. Moi je ne sais que vous dire combien je vous aime et combien je A'ous embrasse. Présentez mes respects à madame de Resség'uier; si cette lettre pouvait ne plus vous trouver là-bas !
VICTOR [hUQO].
Je ne reçois point de nouvelles de M. Pinaud, rappelez-moi, je vous prie, à son souvenir, auquel je tiens vivement.
XXL — n Alexandre Soumet.
Dimanche .
L'air des montagnes vous est contraire» mon ami ; comment rien de ce qui fait mal peut-il vous atteindre entre vos deux anges gardiens? Si quelque chose peut porter bonheur dans la vie, c'est assurément l'innocence de Paul et le regard de sa mère; je souhaiterais un semblable regard à ma Muse; mais peut-être qu'alors ce ne sont plus des inspirations que je lui demanderais, de me mettre à ses pieds ou à ses genoux, si elle le permettait.... Guiraud me dit de bien belles choses de vous ; moi je vous en dis de bien tendres pour vous, votre
femme et votre fils. Vous allez crier comme l'aiçle de nos montagnes et bondir comme la chèvre de Paul... Gabrielle est un peu jalouse de cette chèvre; moi, Jules, je ne suis jaloux que de votre bonheur et de celui de tout ce que vous aimez.
A. s[ouMaT].
XXI [. — D' Alexandre Soumet.
Passy, dimanche.
Victor Hugo, mon cher Jules, m'o montré avanthier votre dernière lettre et elle a renouvelé tous mes remords d'amitié, vous y montrez toujours pour moi la même indulgence et vous avez dans votre cœur ou dans celui de Nina une tendresse pour chacune de mes ingratitudes. Nous vous attendons donc avec la plus vive impatience (78) ; tout notre cercle littéraire vous désire et vous aime.
M"* Delphine Gay (79) parcourt la Suisse et espère vous trouver ici à son retour ; le succès de sa pièce de concours a été prodigeux et depuis que les Muses descendent elles-mêmAes dans l'arène, nous ne savons plus à qui demander des inspirations. Tout le monde se pressait en foule à l'Académie française pour la voir, et le prix de poésie n'est pas le seul qu'elle ait obtenu dans cette séance. J'en parle avec un peu d'orgueil, parce qu'elle est
L AUBK ROMANTIQUE
un peu mon élève; vous serez ravi de la voir et de l'entendre. C'est la poésie avec des airs de séraphin.
Vous avez dû être bien content de la lecture des Macchabées (80); mais elle n'a pu vous donner qu'une bien faible idée de l'ouvrage. La pompe du spectacle, cette mère à qui l'on fait sept fois l'opération césarienne, ce martyre mis, pour ainsi dire, en variations pendant le cours de cinq actes, tout cela demande à être vu au théâtre et ne peut se juger qu'au grand jour de la représentation. Ma carrière dramatique a été moins heureuse que celle de Guiraud. Les injustices dont la faction libérale du Théâtre français m'ont rendu victime sont sans exemple.
Tant de dégoûts et de lenteurs m'ont obligé de donner à Joanny (81) le rôle de Saûl, ce rôle de Saûl dont toutes les syllabes étaient moulées sur les inflexions de Talma.
Le mois de septembre ne se passera pas sans que Clytemnestre soit jouée au Français et Saûl à l'Odéon. Votre présence me portera bonheur et rompra ce charme de fatalité qui me poursuit depuis deux ans ; venez donc à Paris, mon cher Jules, vous nous consolerez de la chute des feuilles et nous recueillerons avec le plus grand soin toutes les vôtres.
Mille tendresses à vos enfants, hommages res-
L AUBE nOMANTIyUE b.J
pectueux et empressés à M'"* deRességaier et, pour vous, une amilié tendre et à tout jamais.
SOUMET
P. S. J'ai remis dans le même jour, au Garde des Sceaux, votre aimable lettre; son obligeance a été parfaite ; il m'a fait des offres de service et m'a promis de me servir avec chaleur; mais il aurait fallu le revoir.
XXin. —De N. A. de S a luàndy {S2).
Essonne (83)^ ce jeudi.
J'ai été, monsieur, ou plutôt je suis bien malheureux du changement de vos projets. Ce n'est qu'à Paris, en j arrivant avec l'espoir de vous entendre, mardi soir, que je trouvai votre attentif petit mot, et cette fois, j'eus le regret de vous lire. Demain je ne pourrai profiter du nouveau rendezvous que vous voulez bien me donner. Il nous arrive des visites qui ne me permettent pas de m'éloigner. Laissez-moi espérer, monsieur, que vous me jugerez digne, une autre fois, de ne pas attendre les longueurs des mises en scène pour jouir de vos ouvrages. Mais je ne retrouverai pas la bonne fortune que vous m'aviez assurée près de M""® la marquise Le Voyer. Veuillez mettre à ses pieds tous
go L AUDE ROMANTinUE
mes respects. Ceux-là seront bien exprimés et bien compris puisqu'ils vous auront pour interprète. Ceux qui s'adressent à vous n'ont pas aussi bonne chance. Je compte cependant que vous voudrez bien me rendre la justice de ne pas les révoqueren doute. Le talent peut bien ne pas avoir la conscience de lui-même ; mais le succès j supplée et personne n'est, à ce litre, tenu plus que vous à attendre une bien sincère admiration.
Permettez-moi, monsieur, de vous offrir aussi mon bien sincère dévouement.
N. A. DE SALVANDY
XX/V. — De L. Vatout (84).
Aimable poète,nous attendons votre Pe/erme (85) avec la plus vive impatience. L'avez-vous déjà portée chez l'imprimeur ou ne l'avez-vous pas encore transcrite? Vous savez combien je l'aime et ce que c'est que d'attendre ce qu'on aime. Tibi.
J. VATOUT
Mardi matin.