‹ L'aube romantiqueChapitre 13 sur 144 · XIII. — D* Alexandre Soametà M"^^ de Rességuier · texte numérisé non relu

XIII. — D* Alexandre Soametà M"^^ de Rességuier

Madame, Que m'apprenez-vous de ce pauvre Jules ? Je m'attendais à le voir arriver d'un jour à l'autre, je ne pensais à lui que pour le croire heureux de sa

retraite, de ses loisirs et de sa charmante famille; la possibilité d'une si cruelle maladie ne s'était pas présentée une seule fois à mes souvenirs et je vous croyais occupée de son bonheur bien plus que de sa souffrance. Mais il vous trouve toujours dévouée pour l'un comme pour l'autre ; vous avez été bien malheureuse, car, dans un cœur comme le vôtre, tous les tourments, toutes les inquiétudes répondent aux souffrances de ce qu'on aime. Jules a voulu me donner de ses nouvelles par vous, c'est me rendre cette marque d'attachement deux fois plus chère; mais j'aurais préféré que la première lettre que je reçois de votre main me fût plus douce. C'est vous aussi, madame, qui direz à ce cher ami combien je suis affligé de son cruel état. C'est aujourd'hui le renouvellement de Tannée et dites-lui bien que je n'ai de vœux que pour lui.

Gabrielle (60), dont vous avez la bonté de me parler dans voire lettre est de moitié dans tous mes désirs ; mais elle veut g-arder pour elle seule l'embrassade de Paul. Vous ne vous doutez pas qu'elle possède son portrait, c'est une tête charmante de Chloé qui rappelle les yeux de Paul comme laClémence Isaure de M. de Lacroix rappelait celle de Jules. Il y a des physionomies qui se rencontrent de ressemblance avec tout ce qui est aimable et gracieux. Jules à son premier voyage en sera surpris.

l'aube Ivo^rANTIQUB yS

11 me tarde beaucoup que ma pitoyable santé me permette d'aller vous demander une place sous les orang^ers de vos serres chaudes. Je rêve sans cesse à celte habitation venue en un moment sous la baguette de Jules ; je lui crois toute la grâce et toute la fraîcheur d'une idylle d'André Ghénier. J'aurais parlé de son enchantement, madame, si je n'avais craint que vous n'eussiez trop de part dans cette louange.

Agréez, madame, mes hommages empressés et respectueux.

ALEX. SOUMET

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