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tesse de Rességuier rentra à Toulouse pour s'éteindre bientôt après, le 6 mai i8o3, à peine âg-ée de trente-six ans. Le comte de Resség-uier , réfug-ié depuis longtemps à Paris,y était mort mystérieusement,le i*^'' septembre i8oi,à quarante-six ans. Ses fils, qui l'ignoraient pour ainsi dire et ne l'avaient pas revu, passèrent leur adolescence dans la vieille demeure familiale triste et morose.
En [806, aux approches de ses seize ans, Jules de Rességuier, fidèle à la carrière à laquelle le destinait le titre de chevalier de Malte de minorité qui lui avait été donné à sa naissance, enivré par les triomphes des armées de Napoléon, entre à l'Ecole militaire de Fontainebleau, d'où il sort sous-lieutenant. Il fait les campagnes d'Allemagne et de Pologne de 1807 (3), d'Espagne de 1809. Au retour de celte dernière, épuisé et malade, il quitte le service et retourne à Toulouse. Cinq ans plus tard, en i8i5, complètement rétabli, il épouse M'^^de Mac-Mahon, élevée par M™^ Gampan dans la maison d'éducation fondée par cette femme distine^uée àSaint-Germainen-Laye, sur le modèle, autant que le permettaient les circonstances, de la célèbre institution de Saint- Cyr, créée parM™^ de Maintenon. Le comte de Res-
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ség-uier avait été lié avec M"'' de Mac-Mahon et avait connu la jeune fille destinée à devenir la femme de son second iils,
Jules de Rességuier commence alors à écrire — il serait plus juste de dire qu'il avait déjà commencé au bivouac — il se lie à Toulouse avec Alexandre Guiraud et Alexandre Soumet, les deux Alexandre languedociens , comme les nomme Gaspard de Pons (4)- Le 2G juin 1826, il est élu Mainteneur des Jeux-Floraux, où il occupe le trente-troisième fauteuil ; le 23 août de la même année, il prononce son discours de réception.
L'Académie des Jeux Floraux, cette noble et respectable institution méridionale, continuation de la Très Gaie Compagnie des Sept Troubadours de i323, reconstituée en 1694, ce qui lui donne depuis lors plus de deux siècles d'existence, jouit d'une très réelle et très légitime importance. Son moment le plus brillant, sa phase la plus éclatante, semble jusqu'à présent avoir été le premier quart du XIX* siècle. Vers 1820, c'était, pour un écrivain, aussi flatteur de recevoir la couronne de Clémence Isaure que d'être proclamé lauréat par l'Académie française. « On pouvait se consoler, » a écrit E.Biré (5),
ff de ne pas ctre vainqueur au palais Mazarin pour peu que l'on triomphât à Toulouse. »
Il faut ajouter que, n'imposant pas un sujet, laissant les concurrents traiter celui qui leur convenait le mieux, les Jeux Floraux eurent à maintes reprises l'occasion de récompenser des ouvrages supérieurs aux poèmes couronnés sous la coupole de l'Institut.
L'Académie de Clémence Isaure met Jules de Rességuier en rapport avec Victor Hugo et nombre d'écrivains qui devaient former les cohortes romantiques; elle décide, pour ainsi dire, de sa vie littéraire. Jules de Rességuier servit d'intermédiaire entre les Jeux Floraux et ses amis partis pour Paris, qui le mirent en correspondance avec d'autres poètes. Si Millevove, Ghênedollé et même Alexandre Soumet sont lauréats chez Clémence îsaure avant qu'il ne fasse partie de la maison, Eugène et Victor Hugo, Alexandre Guiraud, A. de Saint- Valry, Amédée Pommier, Evariste Boulaj-Patj, Durangel, Gaspard de Pons, Joseph Rocher, M™® Tastu, ne triomphent qu'après sa nomination de Mainteneur. S'il n'augmente par sa présence que d'une voix la majorité qui fait obtenir à ceux-ci les ama-
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rantes, les églanlines, les violettes et les soucis d'or et d'arg-ent, il n'en demeure pas moins vrai que c'est grâce à ses exhortations et à ses conseils qu'ils prennent part aux lices et aux concours toulousains. Il célèbre d'ailleurs lui-même ces nouvelles recrues dans son Eloge de Clémence Isaure, prononcé en pleine Académie, le 23 août 1819 :
Ils y sont tous venus ; ils y viennent encore ! L'œil fixé sur les fleurs qui brillent dans ta main, Du beau pays où l'on t'adore Les poètes rêveurs prennent tous le chemin.
Il y glorifie, en particulier, le plus jeune de ces jeunes athlètes, celui destiné aux plus hautes destinées,Victor Huffo, couronné, l'année même, pour son poëme lyrique du Rétablissement de la statue d'Henri IV:
Il vint, ce jeune Hugo, s'essayer à combattre
Sous ton poétique drapeau;
Et couvrit d'un laurier la tombe d'Henri-Quatre
Non loin de son royal berceau.
II n'oublie pas M""® Tastu, qui avait remporté le prix de l'ode avec une pièce intitulée : l'Etoile de la lyre :
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Puis une de tes sœurs, en écartant ses voiles, Courba son jeune front sur ton plus beau laurier; C'est elle qui, la nuit et parmi les étoiles, Avait vu sa lyre briller.
Sollicité par ses amis, poussé par ses tendances, ses goûts, Jules de Rességuier hésitait cependant à quitter Toulouse pour aller se fixer à Paris où tout l'attirait et l'appelait, quand un événement vint , pour ainsi dire, lui en faire une obligation. Les années précédentes,il avait rencontré aux eaux de Bagnèresde-Bigorre le comte Ch, de Peyronnet, et « dans cette vie qui associe pour quelque temps des existences séparées avant, séparées après, la rencontre était devenue une liaison de tous les jours, la liaison, une amitié de toute la vie (6) ».
Devenu ministre de la Justice, Peyronnet offrit à Jules de Rességuier une place d'Auditeur au Conseil d'Etat que celui-ci ne put faire autrement que d'accepter et qui, bientôt après, le fit monter à la situation de maître des requêtes.
Dès son arrivée à Paris, à peine installé, Jules de Rességuier, comme l'a écrit Gh, Nodier à propos de leur ami commun Emile Deschamps, tint dans le monde cette situation qu'on aime à voir bien
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occupée, de l'homme de lettres et de l'homme du monde fondus en une seule personne. Plein d'esprit, de goût, de raison sûre et fine, d'un atticisme mondain accompli, il se montra toujours le g^entilhomme d'une élég^ance de manières et d'une correction de tenue irréprochables.
Il est inutile de dire qu'il n'eut rien de commun avec les Jeunes-France célébrés par Th. Gautier. S'il assista à la première d'/Zér/ia/î/, s'il y témoigna hautement son admiration pour l'auteur, il ne s'y fit remarquer ni par l'étrangeté du costume, ni par des apostrophes violentes et déplacées. Ce serait d'ailleurs une profonde erreur de croire que tous les partisanset amis de Victor Hugo portassent de longs cheveux, des barbes truculentes et des gilets à la Robespierre, que tous ressemblassent de loin ou de près à Petrus Borel ou à Jehan Duseigneur.
Jules de Rességuier eut à Paris un salon littéraire, qui précéda de pas mal d'années non seulement les premières réunions de Victor Hugo rue Nolre-Dame-des-Ghamps et par conséquent celles de la place Royale, qui datent de 1829, mais même les après-midi de l'Arsenal présidées en 1824 par Charles Nodier. Le poète languedocien reçut d'à-
bord, rue du Helder, ensuite, rue Taitbout. Ce cénacle de l'aube romantique se tenait le samedi.
Si Jules de Resség-uier recevait volontiers, si ses réunions étaient haut prisées , il n'était pas moins bien accueilli dans les salons parisiens les plus fermés, les plus exclusifs. On le voyait, ce qui va de soi, chez son cousin le vicomte de Panât (7); chez l'académicien Michaud, le comte de Ségur, le comte de Narbonne; chez M™^^ de Raig-ecourt, de Saint-Aulaire, de Montcalm ; on le rencontrait chez la duchesse de Broglie, salon très mondain, très élégant où la noblesse et la littérature se coudoyaient. La fille de la duchesse de Duras, — l'auteur d'Ourikael d'Edouard, — la duchesse de Rauzan, tenait tout particulièrement à saprésence à ses soirées qui, écrit Ed. Leg-ouvé, dans ses Soixante ans de souvenirs, servaient « de rendez-vous à trois sortes de monde. Un arrière-ban de duchesses douairières, de vieilles marquises donnaient à sa société un fond de g-ravité et de sérieux. »
« M. de Resség^uier était le type du vrai gentilhomme», dit M. G.duGabé(8),qui succéda à notre poète à l'Académie des Jeux Floraux ; « il portait son titre et son nom sans raideur et sans morg-ue, avec
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l'aisance et la simplicité d'un lég-itime possesseur. Son urbanité était parfaite, sa politesse exquise. Il avait pour tous une bienveillance sans égale, quirépandait autour de lui, dans ses discours comme dans ses actions, un charme indicible; au lieu d'être importune, sa supériorité le faisait aimer davantage, tant il mettait d'application à ne pas la faire sentir. » Gentilhomme — ce qualificatif revient sans cesse à la pensée quand il s'agit de lui — il l'était au suprême degré ; sans être beau dans l'acception absolue du mot, élégant, fin, l'allure quelque peu hautaine et dédaigneuse, Jules de Rességuier était charmant. Nous en avons pour garants les dires de ceux qui l'ont connu et aussi ses portraits. Son impeccable tenue de dandy s'alliait au laisser-aller de l'homme de bonne maison. Le front ample et large, les yeux doux et spirituels un peu à fleur de tête^ le nez légèrement retroussé, la bouche bien dessinée aux lèvres rouges, le visage ovale encadré dans une ample chevelure noire relevée sur le front et ramenée en bandeaux ondulés sur les tempes, les joues ombragées de soyeux favoris coupés à la hauteur du menton, lui constituaient un aspect des plus aristocratiques.
Jules deRességuier homme d'esprit par excellence, véritable petit-neveu deRivarol, « n'avait pas moins de verve dans un magasin où il achetait ses gants que dans le salon où il lisait ses vers ». Mais toujours bienveillant, ses réparties piquaient et n'enfonçaient pas. Il se gardait bien de blesser et, pour ses mots flatteurs, même quand on n'osait en accepter le fond, ils plaisaient par leur forme délicate et charmante.
En veut-on quelques exemples ?
Un jour, après sa nomination d'Auditeur au Conseil d'Etat, sur l'observation d'un huissier lui faisant remarquer qu'on ne fume pas dans les salles de ce tribunal suprême, il se contente de répliquer, non sans une certaine ironie, convenons-en, son éternelle cigarette aux lèvres et en souriant : « Mais vous voyez bien que si ,mon ami. » Le lendemain de la représentation de Rui/ Blas, il envoie à choisir à Victor Hugo les variantes que voici à la fameuse lettre de Charles II à Marie de Neubourg :
Il ne fait pas grand vent, le temps est des plus beaux Et nous avons tué deux superbes pourceaux.
Le temps est froid et sec, on porte des manchons Et nous avons tué deux énormes cochons.
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Nous n'avons pas chassé les cerfs du duc d'York Mais nous avons tué, chez nous, un fameux porc.
Tout cela n'est que plaisanterie sans malice ni méchanceté, n'entraînant pas à conséquences.
Ecoutons ce que narre de Jules de Picsséguier, un journaliste des premières années du Gouvernement de Juillet qui l'a fréquenté :
Jules de Rességuier avec ses mœurs, son caractère artiste et son coeur de poète, a, comme sa muse, un cachet dorig-inalité qui frappe d'abord ; je ne sais quelle individualité qui fait qu'on se ressouvient de sa personne
aussi vivement et aussi long-temps que de ses vers
Entrez le matin chez Jules de Rességuier,vous ne voyez ni bureau, ni écritoire; pas un livre, pas un manuscrit, si ce n'est que quelques vers d'amis ; mais des statuettes, de la musique, des fleurs, des aquarelles sur tous les meubles, dont aucun n'est à sa place, dans un désordre lyrique. Il n'était pas seul déjà, il causait de mille choses ; il va causer de mille autres avec vous ; il rit, il pétille de saillies ou d'éloquence ; vous sortez, quelqu'un vous succède ; il recommencera. Au milieu du jour, vous le rencontrez en cabriolet, les guides à la main et un cigare du Brésil à la bouche ; il descend dans vingt magasins, pleins de monde; n'est étranger à rien ni à personne; il salue, cherche, choisit, répond; puis il revient dîner en famille, famillecharmante, raconte
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sa journée sans se préparer jamais pour la soirée. Il la
passera peut-être chez lui avec l'élite de tous les talents, peut-être au spectacle, dans une log'e bien peuplée ; peutêtre au bal, où il restera trois minutes et dira trois paroles; ce sera sans doute dans quelque divine intimité de table ronde où Ton pense tout haut, où l'on parle tout bas... Mais quelque part que ce soit, Jules de Ressé-
g-uier aura été brillant, tendre, tout à tous
Ah ça! quand travaille-t-il? où donc fait-il ses vers? 11 ne travaille jamais et travaille toujours; il fait ses vers en vous parlant, en conduisant son tilbury, en bouleversant dans les magasins, en reg-ardant le ballet ou le bal
La Révolution de i83o, qui éclata comme un coup de foudre, surprit et navra Jules de Pvességuier. Sans penser un seul instant à lui, dès qu'il sut son ami et protecteur, le comte Ch. de Pejronnet emprisonné au donjon de Vincennes, il courut l'embras* ser. Rassuré sur la vie du vieux roi Charles X, qui, après de douloureuses péripéties, finit par s'embarquer avec la famille royale pour l'Angleterre, il prit le chemin des Pyrénées, y séjourna quelque temps, puis revint à Paris où mille raisons le rappelaient. De Paris il se rendait à Ham, aussi souvent que possible, c'est-à-dire toutes les fois qu'il en obte-
nait l'autorisation, apporter la consolation de sa présence aux prisonniers de la sombre forteresse. C'est à la fin d'une de ces visites, faite un jour, renouvelée le lendemain, à son cher Peyronnet, que celui-ci lui fit cette charmante remarque : « Avouez que, depuis deux jours, je ne suis guère prisonnier. »
A tout propos, dans ses poésies, Jules de Rességuier parle de cet ami si tendrement aimé :
Je lui cachai ces vers taadis que son image
Etait ainsi que lui placée au premier rang ;
Mais aujourd'hui qu'il est malheureux et plus grand,
A son adversité j'adresse cet hommage.
Il le recevra pur dans sa noble prison,
Entre ces murs portant la voûte étroite et noire.
Où son regard captif peut manquer d'horizon.
Mais d'où son nom plus beau s'élance vers l'histoire .
Et ailleurs :
Oh ! mon cher prisonnier, vive la liberté! Oh ! mon cher grand seigneur, vive l'égalité ! L'égalité d'humeur, dans les plus grandes peines, La liberté d'esprit sous les plus lourdes chaînes.
Il est inutile d'ajouler que Jules de Rességuier,
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fidèle aux Bourbons, refusa, malgré les ouvertures qui lui furent faites, de servir le Gouvernement de Louis-Philippe.
II continua néanmoins quelques années encore à habiter Paris; mais il n'y fut plus exclusivement que l'homme du monde et l'homme de lettres. Sa maison resta un centre littéraire.
« M. et Mme (jg Resség^uier », écrit A. de Falloux, « avaient un salon très littéraire et ils n'étaient pas de simples maîtres de maison. On recherchait dans Mm« de Resség-uier un jugement très sûr, qui rendait discrètement ses arrêts sous une forme toujours ingénieuse. M. de PLességuier ne disait ses vers que quand on lui demandait et il les disait très bien... M. de Lamartine et M. Victor Hug-o n'apparaissaient que de temps en temps dans ce salon où on leur offrait affection et admiration; mais ils exig-eaient déjà l'idolâtrie. J'ai vu, là, dans l'intimité, quelques hommes distingués qui étaient de véritables amis : Alexandre Guiraud,que /es Macchabées ont porté à l'Académie et que le Petit Savoyard protégera peut-être mieux devant la postérité; Alexandre Soumet dont on aura peut-être oublié \di Jeanne d'Arc quand on se souviendra de la Pauvre Fille ; M. de
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Beauchesne, l'émouvant historien de Louis XVII, et surtout M. Emile Deschamps, que la renommée eût mieux traité, s'il s'en fût montré plus soucieux... Ma première et, je dois l'avouer, mon unique école littéraire, fut la maison de M. de Resség^uier. » Bien d'autres noms doivent être ajoutés» à ceux cités par A.deFalloux.Dans la première édition du second recueil de poésies de Jules de Rességuier, les Prismes Poétiques, se trouve, au milieu d« volume, une pièce de vers de quatre pieds, relég-uée dans la seconde édition en appendice, imprimée comme presque à regret, en petits caractères, et peutêtre à juste raison, car Jules de Rességuier ne jongle pas comme Victor Hug^o, avec les mots et les mètres rares. Dans ce morceau, d'une longueur ((! excessive, l'auteur énumère les habitués de sa demeure, pour un certain nombre d'entre eux, les mêmes que ceux qui fréquentaient déjà chez lui, rue du Helder. Leurs noms s'y rencontrent et s'y entrechoquent avec les noms de nouveaux venus dans un pêle-mêle étrange, dans une sorte de promiscuité désordonnée ; les écrivains les plus célèbres, les plus grands du xix* siècle, y paraissent à côté d'hommes de lettres bien oubliés aujourd'hui et
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dont certains même sont pour ainsi dire complètement inconnus (9).
Faut-il en faire l'énumération ? Ce sont Emile et Antony Descharaps, Beauchesne, Gh. Nodier, Peyronnet, Lamartine, Sainte-Beuve, Belmontet, Saint- Félix, Gaspard de Pons, Mennecliet, Roger, Brifaut, Berryer, Alf. Nettement, Jules Janin, Eug. Sue, Saintine, Méry, Fréd. Soulié, Alex. Dumas, Delavigne, Scribe, Ancelot, d'Arlincourt, J. de Croze, Walsh, du Foug-erais, Toulza, Barbot, Fr. Lacombe, Saint-André, Nugent, Boulay-Paty, Goût- Desmartres, Méliot, Turquety, Julvécourt, Blaze de Bury, Roger de Beauvoir, Ch. de la Bouillerie, Falloux, Ferrière, Aug. Barbier, Brizeux, Alfred de Vigny, Alex. Guiraud,AIex. Soumet et sa fille.
Gomme le sagequ'il était, l'éducation de ses trois enfants, Paul, Albert et Charles, achevée depuis longtemps, les aînés même mariés, peut-être aussi quelque peu désillusionné de la tournure qu'avaient prise les événements politiques et de plus attristé de l'altitude de certains de ses amis littéraires, particulièrement du plus en vue de tous, Jules de Rességuier quitta Paris en iS/js, pour retourner dans sa province qui avait toujours conservé une grande
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part dans ses affections. Ainsi qu'Alfred de Vigny, qui s'était enfermé dans sa tour d'ivoire, il se retira loin du profamim vulgus, dans sa familiale maison de Sauveterre, d'où il écrit :
De mon père en pleurant je reçus l'héritajEçe ;
Le château séculaire entra dans mon partage.
Il appuyait là-haut, dans les flancs du rocher,
Son imprenable base au niveau du clocher ;
Et de ses quatre tours, quand j'ai vu la dernière
S'incliner de vieillesse et tomber pierre à pierre,
J'ai choisi, pour bâtir ma nouvelle maison,
Ce coteau d'où l'on voit comme un double horizon,
L'un étroit, l'autre immense; on admire et l'on prie;
On demeure muet en extase ! ou l'on crie
Qu'avec un grand secret de prédilection
Dieu partagea ce point de la création.
Dans ce château qu'il célèbre à tout instant dans ses vers, bien souvent ainsi que Stello il dut se répéter que la solitude est sainte. Mais cette solitude ne l'empêcha pas de s'intéresser à ce qui se passait loin de ses montagnes. Il n'entendait pas pour cela oublier Paris, il interrogeait les rares amis qui venaient le surprendre dans sa retraite ; il écrivait et recevait des réponses qui le tenaient au courant des questions littéraires toujours passionnantes pour lui. Ses correspondants, plus ou moins
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fréquents, néanmoins fidèles, restaient Emile Deschamps, A. de Saint-Valrj, Gaspard de Pons, Lamothe-Langon, A. de Falloux, le Père Lacordaire, Tévêque d'Evreux, Mgr Olivier. Voici une lettre adressée par lui à ce prélat, un peu après la Révolution de i848, qui dit ses regrets, ses consolations et aussi ses opinions politiques, restées celles de sa jeunesse.
Monseiarneur,
Vous dites que je vous oublie : dites-le puisque vous le dites à merveille, mais ne le crevez pas. Je conserve de vous et de tout votre cœur, de tout votre esprit, de toute votre éloquence, un souvenir ineffaçable, et j'ose déclarer que je mérite en ce genre un premier prix de mémoire.
Je pense à vous et je ne vous écris pas; je n'aime pas la campagne et je l'habite; j'aime Paris et je n'j vais plus (ce qu'on veut et ce qu'on ne peut pas, c'est mon histoire et celle de beaucoup d'autres..., ne nous plaignons pas.) Quant à la République, oh! franchement je la déteste, et je décréterais volontiers la déchéance de l'Assemblée Nationale pour ne savoir nous donner ni un roi ni un empereur. Un chapeau ou un bonnet ne me suffisent pas pour mon pays, je lui voudrais une couronne. Je demande tous les jours, pour la France, dans ma prière, de la dignité, de la prospérité, de l'honneur et du bonheur, c'est-à-dire, un despote.
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Avec tous ces mécomptes, Monseigneur, avec un estomac misérable et un cerveau plus malade encore, je suis, je vous l'avoue, plus heureux que je ne l'ai été de ma vie ; c'est que ma chère excellente femme est là, contente des contentements qu'elle donne à ce qui l'entoure, bonne pour tous et mille fois meilleure pour moi. C'est la satisfaction de quelques devoirs remplis et J'espoir d'obtenir la miséricorde de Dieu par le sacrifice de quelques-uns de mes g-oûts.
Les médecins m'ordonnent d'aller à Bagnères-de- Big-orre et notre vieil ami le vicomte de Gastelbajac m'y appelle. Il a, je crois, envie que nous parlions de vous ensemble et je suis très disposé à satisfaire sa charmante fantaisie. Je pars dans deux jours ; j'y serai tout le mois d'août. Je voudrais, remarquez comme je suis mauvais, je voudrais que vous eussiez un petit rhumatisme du petit doig-t de la main gauche, qui vous forçât à venir prendre en même temps les mêmes eaux. Elles me feront du bien, dit-on ; elles m'en feraient, bien sûr, si vos saintes occupations vous permettaient de m'y adresser quatre demi-paroles. Je n"ai pas hésité à vous donner tous ces détails, parce que je sais que vous êtes plein de bonté, d'indulg-ence et d'amitié pour moi. Vous voyez, Monseigneur, que je ne vous ai pas du tout oublié.
Et je suis votre ami, votre serviteur et votre fils avec la plus profonde affection et le respect le plus dévoué.