‹ L'aube romantiqueChapitre 31 sur 144 · LIV. — De Sainte-Beuve · texte numérisé non relu

LIV. — De Sainte-Beuve

Monsieur,

J'ai reçu avec beaucoup de reconnaissance l'aimable recueil que vous m'avez fait l'honneur de m'adresser. C'eût été pour moi un bien vif plaisir de pouvoir rendre hommage dans le Globe (i4i) à un talent poétique aussi plein de grâce, d'élégance et de mélodie qu'est le vôtre. Mais comme il me serait impossible d'en parler entièrement comme j'aimerais à le faire, je dois m'interdire le plaisir qui serait gâté pour moi de trop de contrariétés. Les opinions du Globe, quoique romantiques en général,ne le sont pas autant qu'on pourrait le penser; en poésie, il y a même dissidence assez prononcée entre ses opinions et celles de l'ancienne Muse. La raison principale, c'est qu'aucun des rédacteurs du Globe ne s'est occupé de vers.

Pour moi, qui suis à peu près le seul d'entre eux qui aie quelquefois ce bonheur ou ce malheur, je ne puis que regretter ces dispositions profanes, sans espérer de les vaincre; tout récemment encore, malgré l'amitié bien étroite qui m'unit à M. Victor Hugo et peut-être à cause de cette amité même, il ne m'a pas été permis de proclamer mon admiration pour son Cromwell. Vous voudrez bien, mon-

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sieur, entrer dans ces excuses, et recevoir, avec l'expression de mes regrets, celle de mes remerciements et de ma profonde estime pour votre talent distingué.

Votre très humble serviteur,

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