‹ L'aube romantiqueChapitre 32 sur 144 · LV. — D'H. T. de Laiouche {il · texte numérisé non relu

LV. — D'H. T. de Laiouche {il

Monsieur,

J'ai lu vos vers avec enchantement; vous êtes de cette famille de Clémence Isaure (i43) où la lyre dispose toujours des plus sonores et des plus doux accents. J'aime surtout le Convoi d'Isabeau, les Troubles, le Bal, le Schall et la Harpe de Gloruina (i44)-

J'espère qu'il me sera permis d'exprimer publiquement ma pensée sur ces charmants ouvrages. En attendant, je suis toujours occupé du procès de ces pauvres amis. J'ai vu Cormenin(i45) aujourd'hui même et j'ai tâché de lui faire convenir que les lacs où M. Albert voudrait nous envelopper sont comme ces tissus

... que Barèges Colore dans ses fleurs et blanchit dans ses neiges (446).

Je vous envoie Mainvieile pour voue prier de

me donner ce soir dix minutes d'audience, si vous pouvez disposer d'un de ces moments que vous passez entre la rime et les cigares.

Je fais la cour à M'^-^ Fodor (147) pendant la mission de mon ambassadeur et je vous promets de retrancher de Timportunité de ma visite un temps égal à celui que vous retiendra le mari.

Agréez, monsieur, l'assurance de ma considéralion la plus distinguée.

H. DE LATOUCHÉ.

3 janvier.

IV I. — De M^^ A. Tastu (i48).

Je vous dois, monsieur, de triples remerciements pour l'envoi que vous m'avez fait de votre charmant volume, pour le plaisir que j'ai eu à le lire, et pourle souvenir que vous avez bien voulu attacher à mon nom en lui donnant une place dans vos vers (i49)- Je n'ose cependant, à cause de cela même, vous dire tout ce que j'en pense. J'aurais peur que vous ne vissiez dans mes louanges que l'élan d'une vanité satisfaite. Je garderai donc pour moi l'impression que j'ai reçue de ces inspirations gracieuses et idéales et dont la mélodie rêveuse ne saurait être définie. On pourrait l'appeler fugitive, si ce mot n'avait été souvent employé à caractériser des

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poésies bien différentes. Ainsi tous les mots de notre langue perdent peu à peu leur valeur primitive dans la circulation, comme une vieille pièce de monnaie dont l'empreinte s'efface en passant de main en main. C'est aux bons écrivains qu'il appartient de s'emparer de ce métal banal et de lui redonner un nouveau cours en le frappant d'un coin nouveau. C'est, monsieur, ce que vous savez faire mieux que personne et qui vaudra à votre poésie un succès auquel personne n'applaudira plus que moi.

Veuillez, monsieur, agréer cette assurance et la sincère expression de mes sentiments les plus distingués.

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