‹ L'aube romantiqueChapitre 61 sur 144 · XCI. — D'Emile Deschamps · texte numérisé non relu

XCI. — D'Emile Deschamps

Paris, 26 juin 1830.

Je suis presque aussi heureux, cher Jules, de vous savoir tous arrivés bien portants et bien portés à Toulouse, que j'étais chagrin de vous voir sortir de Paris. Paul et Albert vont vous rejoindre et je n'ai pas le courage de ne pas leur donner trois lignes pour vous. Les facteurs feront la fortune de la lettre.

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Ma plus douce occupation d'esprit est de songer à celle de cette dame si élégante et si poétique dont vous m'avez parlé en vers, le jour Lamartine. Si vous étiez bien bon, bien aimable, bien Jules, vous m'enverriez cette élégie que j'adore. En retour, je vous enverrais peut-être Soumet, qui souffre toujours de temps en temps, mais qui est incertain comme notre été. Je le vois beaucoup; mais il ne vous voit guère dans ce moment et je pense que vous lui manquez bien plus qu'il ne le laisse voir. Il en est de même d'Anna qui vous appelle et qui n'a plus d'appartement, sans doute parce que vous ne venez plus la voir.

J'attends des nouvelles des élections du Midi. Vous me dites que vous ne reviendrez pas député et j'attends toujours. Je ne mets pas à la loterie et je regarde les numéros avec anxiété. Enfln, vous ne pouvez pas m'empêcher d'espérer?

Si vous me répondez un mot, ce que je désire vivement, donnez-moi deux pages de détails sur la santé de M™^ de Rességuier, sur les bouts rimes et les tragédies d'Albert, sur la joie de votre Nina et de votre belle-sœur et sur la poésie que les Pyrénées vont vous inspirer ou que vous allez inspirer aux Pyrénées.

Moi, je Cm'is Macbel II (iqS), j'en suis ce matin à mon 2 384® vers; c'est monstrueux de toute façon. Des vers et de la prose, cher Jules, je vous en

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prie, j'en ai g^rand besoin. Moi qui étais si fort, si vigoureux, vous vous rappelez, eli bien ! depuis six semaines, depuis je ne sais quelle petite maladie, je ne respire pas bien, ma santé se §"âte; si j'allais n'avoir maintenant qu'une santé douloureuse et rien de plus, je serais une fière dupe !

Mais ne restez pas cinq mois là-bas ; ils seraient beaucoup plus longs qu'ici. Revenez-nous bien plutôt; demain, si vous pouvez et pas trop tard, nous nous couchons de bonne heure.

Adieu, cher Jules, Agiaé vous embrasse, vous, Nina et vos trois anges, bien tendrement. J'en fais autant et si je pouvais, j'irais le faire où vous êtes. Adieu, des vers, des vers, songez que j'ai fini Lamartine. Votre ami à toujours.

EMILE [dESGIIAMPS].

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