‹ L'aube romantiqueChapitre 68 sur 144 · CI. — De M""" Sophie Gay · texte numérisé non relu

CI. — De M""" Sophie Gay

Il fallait tous mes chagrins et notre deuil, cher Jules, pour nous empêcher d'aller vous remercier de votre bon souvenir et d'offrir tous nos vœux à

LAUBE ROMANTIOUB I77

]VJme (jg Resséçuier pour cette année; il y aura bien du malheur si elle ne vaut pas mieux que l'autre. Si vous n'avez rien à faire ce soir, venez entendre une nouvelle que M. de Balzac (202) doit nous lire au coin du feu.

Mille et mille tendresses.

s. g[ay].

Mercredi, 5 janvier [1831],

Cil. —De M""" Sophie G aij.

Puisque vous ne venez pas recevoir nos remerciements, nos admirations, il faut bien vous les écrire; mais non, cela prendrait trop de temps et nous aimons mieux le passer à vous relire. Si le succès pouvait consoler des chagrins du cœur (208), je ne vous plaindrais pas, mais vous souffrez pour vos amis et nous vous connaissons assez bête pour ne trouver aucune ressource dans votre esprit contre le malheur.

Venez nous en parler, à nous qui vivons tristement aussi et qui vous aimons beaucoup.

SOPHIE GAY

12 janvier [1831].

cm. — D\A Iphonse de Lamartine.

C'est en vers qu'il faut répondre à de pareils

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vers(2o4) ; mais je suis dans une de ces douloureuses circonstances de la vie où les vers se taisent dans le cœur même. Je viens de perdre ma bellemère et je suis absorbé dans les tristes soins qu'impose une telle circonstance. Je n'ai donc que la force de vous remercier en prose et de vous dire que je n'ai jamais reçu une si belle et si flatteuse épître, trop flatteuse,car j'en rougirais; je sens trop combien le poète que votre imagination a fait passer devant vous, pendant que l'on vous dictait vos vers admirables, est différent du poète que vous appelez Lamartine 1 N'importe, je les accepte avec reconnaissance et enthousiasme aussi, on aime que son buste soit plus beau que soi et qu'une belle image de vous aille à la postérité, fût-elle un peu menteuse. Vous avez fait mon buste dans ce charmant morceau. J'irai à Paris incessamment vous en remercier mieux qu'aujourd'hui. Je vais en Angleterre pour six semaines, les affaires de ma femme m'}' appellent. Je reviendrai à Paris cet été et si la France est un peu calme, si nous n'avons rien à craindre d'immédiat pour nos amis et nos parents, je pars pour un long et poétique voyage dans tout l'Orient (2o5). La politique (206) du jour n'éteint pas en moi toute poésie, non plus qu'en vous, car ce que la nature a allumé ne s'éteint pas sous la main des hommes; mais ils peuvent au moins l'étouffer pour un peu de temps. Je voudrais leur échapper

pour faire mon sacrifice sur les hauts lieux comme Moïse. J'ai besoin de vivre un an ou deux dans la poudre des vieux siècles, j'aime mieux cette poussière que notre boue, mais adieu.

Je n'ai qu'un moment au milieu de la douleur et des embarras pour vous dire que vous transformez en une véritable et chère amitié la sympathie que je me suis toujours sentie d'abord pour vos poésies et puis, pour vous.

LAMARTINE

Màcon, 8 mars 1831.

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