CXXV. — D'Eugène de Pradel
Mon cher et honorable compatriote, Arrivé de la campagne ce matin, je trouve votre gracieuse invitation. Ce n'est point assez de m'avoir obligé si noblement, de vous être montré si bon, si bienveillant pour moi, vous avez accueilli un de mes vœux les plus chers, en m'offrant l'occasion d'être entendu par M'"^ de Rességuier. En vérité, vous voulez me rendre insolvable; mais, quoiqu'on puisse faire, mon cœur ne le sera jamais.
Savez-vous que votre nom seul réveillait dans ma pensée des souvenirs d'enfance bien doux et sans doute effacés de la votre ; car vous étiez si jeune alors ! Mais, je me vois encore, dans le jardin de votre hôtel, rue des Nobles, et précédemment dans la rue Nino (282)... Que de fois, nos plaisirs, nos voix enfantines, nos jeux bruyants se sont confondus !
Jules, Adrien, Eugène retentissaient alors et souvent et mille circonstances de ces jours d'innocence et de joie sont là, fraîches encore devant mes yeux... Bon et espiègle Jules, combien alors nous vous aimions!... Les orages révolutionnaires, le temps si pesant sur les affections tendres, tout
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nous a séparés... mais, je vous retrouve meilleur encore et grandi par l'âg-e, moins que par le talent... Grâces vous soiont rendues; vos paroles ont été de l'encourag-ement, vos regards, de Tindulg-ence et vos chants poétiques, du bonheur! Merci de nouveau et merci surtout, quand la main de l'amitié m'aura placé sous les ailes d'un ange... c'est là, vous en offrez la preuve, qu'on doit trouver des inspirations. A ce soir et à vous.
KUGÈNE DE VRADEL.
CXXVL — D'Eugène de Pradel.
Paris, le 13 mai 1835.
Monsieur le comte et très honorable compatriote, Voilà ce que c'est d'avoir des bontés pour les gens, ils en usent et en abusent. Je viens donc abuser des vôtres ; le grand mot est lâché.
Il s'agit d'un petit, très petit journal, bleu, mignon, féminin, joli, que je viens vous recommander, ou plutôt, c'est le directeur, mon ami, M. de Magneval, fils de l'ancien député, fidèle à notre vieille monarchie, c'est lui, lui, que moi chétif, j'ose placer sous l'aile de votre bienveillance ; il en est digne sous tous les rapports. Dites que le C itateiir féminin est une feuille bien écrite et l'on vous croira ; dites qu'il y a beaucoup d'esprit, et l'on
s'abonnera et vous m'aurez fait un plaisir immense, car je porte un très vif intérêt à M. de Mag-neval. Remarquez bien que je ne vous prie pas de vous abonner, mais de recommander ce galant recueil, de le prôner, de le protéger. Vous voyez qu'il y a habileté dans mon zèle; votre souscription serait une, votre bonne recommandation produira douze. Et moi, je vous devrai des remerciements sans nombre, une reconnaissance impuissante... à quoi puis-je jamais vous être utile ?
Quoi qu'il en soit, je m'offre à vous, comme je suis et avec tout ce que je puis, en vous suppliant de mettre aux pieds de madame la comtesse de Rességuier l'hommag-e de mes civilités respectueuses et en vous assurant des sentiments d'estime et de dévouement avec lesquels, j'aime à me dire, monsieur le comte, votre compatriote et sincère serviteur.