I.A MARQUISE
Alphonse, je vous pardonne... mais éloignezvous.. . n’évoquez pas entre nous un souvenir que je dois oublier à jamais. Songez que je dois rester pure, même devant le crime qui m'a rendue l’épouse du marquis de Casaréale.
ALPHONSE
Oh! oui, Béatrix, ce fut un grand crime...
I LA MARQUISE
Mais je dois respecter la mémoire de mon père, car lut seul a fait violence à la volonté de sa fille.
ALPHONSE
Il ne fut pas le seul coupable; le marquis abusa plus lâchement encore de votre position. Souvenez-vous de toutes les circonstances de l'événement fatal qui vous arracha à ma tendresse. Votre père connaissait notre amour... mes vœux étaient agréés de toute votre famille... Déjà le jour de notre union prochaine était fixé... Tout à coup, une tempête engloutit les navires auxquels votre père avait confié toute sa fortune. A cette affreuse nouvelle, les préparatifs de notre mariage sont suspendus... llélas! pourquoi n’avais-je pas déjà ces biens dont je devais trop tard devenir le 1 maître... Votre père, éperdu, ne voyait plus dans l’avenir que misère cl désolation. Alors, un homme sc présente pour solliciter votre main; il offre en échange de Béatrix une fortune à la place de celle que les flots ont dévorée... votre père fut ébloui .. l’or du noble marquis de Casaréale l’emporta sur l’amour du pauvre Alphonse de Castcllarc !...
LA MARQUISE
Mon père ordonna, je dus obéir.
ALPHONSE
Béatrix, vous auriez dû repousser une union qui devenait un crime.
LA MARQUISE
J’avouai tout à mon père; il ne crut pas à mes aveux... il aima mieux les taxer de mensonge que de penser que sa fille avait pu être coupable, et ce fut presque évanouie, qu’arrachée de ma chambre, portée plutôt que conduite à l'autel, je | fus unie au marquis de Casaréale.
ALPHONSE
Ah! malheur! Et moi, que devins-je, lorsque I j’appris la nouvelle de ce mariage? Dans mon délire, je voulais mourir ou frapper mon rival; mais une longue maladie empêcha ces projets in- | sensés. Lorsque je revins a la santé, a la raison, 1 vous étiez partie pour un long voyage; ce fut alors que, ne pouvant vivre désormais dans la ville que vous deviez habiter à votre retour, je pris le parti de fuir, de m’exiler, et je n’aurais sans doute jamais eu le bonheur de vous revoir, sans le motif sacré dont je vous ai parlé... Maintenant, je m’éloigne pour la seconde fois, pour la l