‹ L'auberge de la Madone drame en cinq actesChapitre 9 sur 56 · MAGASIN · texte numérisé non relu

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donner, dans une entrevue intime, un titre que la proscription du gouvernement génois qui pèse sur vous, vous force à entourer du plus pro- j fond secret.

PIÉTRO

Non , ne m'appelez plus ni gentilhomme ni comte; que m'importent désormais mes litres et ma noblesse! je ne suis plus, je ne veux plus être

pour tous que Piétro, Piétro le Montagnard

Mais pardon , je suis venu pour vous entretenir d’un projet que vous avez conçu, et dans lequel j’ai juré de vous seconder. Je vois entre vos mains les notes que vous m’avez demandées; veuillez me dire si vous les trouvez telles que vous pouvie* les désirer.

r.iAPPERRl. parcourant des papiers.

Oui .. il faut convenir que vous avez bien pris vos renseignements.... En si peu de temps, c’est admirable... On voit que vous avez les qualités d’un chef de parti Tout cela est d’une

exactitude et même, si je ne trompe.... pour

parvenir plus sûrement dans ce parc, il y a à cette fenêtre...

(métro . achevant.

Un barreau, que Piétro a scié à l’insu du maître de l’auberge, et d’après vos ordres... [Il a dé fait le barreau.) Voyez, par là le passage est facile; voici le parc, et là le pavillon, i.c comtr , revenant après l’avoir suivi dans le pare.

Oui. c’est cela, c’est parfaitement cela. . Maintenant, écoutez; le jour s’avance; aussitôt que la nuit sera venue, vous vous introduirez par-dessus les murs du parc dans les jardins du marquis de Casaréale; j’y serai, et je vous indiquerai ce que vous aurez à faire.

PIÉTRO

Si cela est possible , je désire le savoir à l'in- i «tant.

LE COMTE

Kh bien, il faudra mettre le feu à ce pavillon. piétro, à part

Un incendie! mais cela peut servir mes projets... Haut.) Continuez...

LE COMTE

Un cas de surprise, cette fenêtre est destinée a vous ménager une retraite assurée.

piétro.

Bien!

GIAFFERRI

Ainsi, je puis compter sur vous?

piétro.

Oubliez-vous donc que j’ai juré de vous seconder?

GIAFFERRI

Pardonnez, mais je pouvais craindre que Piétro ne fût pas un garant suffisant de la parole que m’a donnée monseigneur le comte de Montalte, chef de l’insurrection corse contre le gouvernement génois.

PIÉTRO

Eh bien . si je suis le comte de Monlalle . le • hef proscrit de l'insurrection corse . que crai-

gnez-vous? Mon salut, la vengeance que je poursuis, et par-dessus tout, la recherche de cet enfant pour lequel seul j’ai pu consentira disputer ma vie aux bourreaux du gouvernement génois, tout enfin ne vous répond-il pas de ma fidélité a remplir mon serment?

GIAFFERRI

Je n’en doutais point... seulement, le rôle que j’ai joué pour vous rendre a la liberté peut quelque jour compromettre la mienne, et même davantage encore.... alors il n’est pas étonnant que j'aie voulu...

PIÉTRO

M’enchatner à vous par un crime... Soyez sans

crainte, GiafTerri ce soir même nous serons

complices, et pourtant j'ai horreur du sang; mais le coup dont ils m’ont frappé, moi, n’est-il pa> plus cruel cent fois que tous ceux que je pourrai leur rendre? Qu’ils aient proscrit ma tête parce que j’étais leur ennemi, cela était juste, c'étaient des représailles de l'ennemi contre l'ennemi; mais qu’à la faveur d’une amnistie dont je n’étais pas exclu, ils m’aient attiré jusque sur le territoire génois, où ils n'ignoraient pas que m'appelait mon amour pour la fille de l'une de leurs plus nobles maisons... qu’ils m'aient laissé pénétrer tranquillement jusqu’au milieu de Gênes, jusque dans la demeure de ma Hégina, c'est le nom de la femme que j’aimais ; que là, au moment où j'allais obtenir de la famille de Régina le paadon de uotre amour; au moment où, pour la première foi*, j’allais reconnaître et embrasser un enfant dont Régina jusqu’alors avait tenu la naissance secrète à tous, même à moi ; que ce soit cet instant précis que rues ennemis, et à leur tête le marquis de Casaréale, aient choisi pour m'arracher a mes espérances de bonheur, à l’enfant que j'attendais, enfin a ma fiancée éperdue; ah! voila de ces injures mortelles, de ces outrages déchirants qu’on ne peut venger, même en versant jusqu’à la dernière goutte du sang de ses ennemis.

GIAFFERRI

Oh! votre vengeance est légitime, comte de Monlalte, et le marquis de Casaréale mérite à son tour de terribles représailles*

Elles ne se feront pas attendre. Et pourtant, que lui avais-je fait a ccl homme, pour qu’il s’acharnât. lui, Corse comme moi, a obtenir contre ma personne, dans le sénat génois, un arrêt de mort, en me représentant comme le seul auteur du soulèvement de nos compatriotes?.. .. Jamai» nous ne nous sommes vus , et je ne me serais même point souvenu de son nom, sans une trahison qui m’a rappelé qu’il existait entre les Mon laite et les Casaréale de ces haines héréditaires dont il s’est trop bien souvenu, lui.

GIAFFERRI

Mais enfin, vous voici rendu a la liberté, et vous pourrez non seulement braver le marquis de Casaréale, mais encore lui rendre haine pour haine.

l'IBTRO.

Oui, grâce à vous, comte GialTerri, grâce à vous | qui êtes descendu dans la prison, oie. il y a deui I jours encore, j’attendais l'heure du supplice; I grâce à vous qui. usant de votre pouvoir de magistrat pour vous trouver seul avec moi, m’arei dit : Comte de Montalte, veui-tu devenir libre?

GIAFFERRI

A cette offre, qui vous parut un rêve, ou plutôt ■ une amère raillerie, vous allier répondre par un , outrage peut- (ire, lorsque je continuai, en disant :

I.a douleur de vous avoir perdu a conduit votre fiancée au tombeau : Régina est morte ; votre enfant , on ne sait ce qu’il est devenu , et vousmême , vous aller périr sans l’avoir jamais embrassé...

' PIÉTRO

A cette nouvelle, du fond de ma poitrine je | poussai un soupir de douleur, et pour la première fois je sentis que je regretterais la vie : j ce fut alors que lu m'ofTris la liberté, à la seule j condition de te venger de Casaréale, ton ennemi et le mien; juge avec quelle joie je m'empressai d’accepterl.... La liberté, c’était le bonheur de m'agenouiller sur le marbre funèbre de Régina; c'était l'espoir de retrouver et d’embrasser mon enfant; la liberté enfin, c'était tout, c'était plus que la vie... c'était la vengeance!

GIAFFERRI

Bien! je suis sûr du succès de mes desseins; je ne pouvais songer à un complice vulgaire; il me fallait un bomme tel que vous.

PléTRO.

Un homme qui sût périr, n’est-ce pas, sans trahir sa cause et sans nommer personne?

GIAFFERRI

Oui, et vous êtes un de ces hommes-lâ. Si j'en avais jugé autrement, vous ne sérier pas ici, couvert de ma protection, mais sur l’échafaud peutêtre. Et maintenant, séparons-nous... Une plus longue emrevue pourrait éveiller des soupçons...

A ce soir, dans le parc du marquis de Casaréale. PléTRO.

J'y serait

GIAFFERRI

Adieu, comte de Montalte.

PIÉTRO

Piétro, vous dis-je! Piéiro toujours, jusqu'à ce que j’aie proclamé l'indépendance de la Corse, debout sur les rochers de ma patrie, le mousquet d'une main, et mon fils à mes côtés.... A ce soir, comte, à ce soir...

11 sort. En cet instant, on voit un homme s'introduire mystérieusement dans le parc.

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