L'Auberge des adrets
A peiiu- quarante jours sYlaienl écoule^ (icpuib la cataslroj)he arrivée a Tauberge des Adrels ; le procès-verbal avait constate que R Macaire , frnppé d'une
grave blessure, avait cependant survécu. Bertrand avait ctc livré aux assises, sous le poids d\ine double accusation de vol et d^assassinat; il était en conférence avee son conseil, dans une des salles de la geôle j il avait demandé deux heures pour préparer ses moyens de deTense. Voyons, pendant ce temps, ce quV'tait devenu Robert Macaire.
Sur la route qui mené de Grenoble à Toulon, nne conversation
setait engagée.
— Via la dernière borne, brigadier Buchinet , disait le gendarme Eutrope.
Et il essuyait, du revers de sa niain , la sueur qui coulait le long
iY lui c blessure donl la n-
cairice, rdefée en bourrrlel, s'étendait de* Pœil gauche jusqu'à la lèvre suptM * , en faisant nu
< n\{]r .ui-des<iOus dr la main droite.
Uuchinct releva :>â giberne d un coup de înnin , pour alléger le poids du fonrnhnenl. ^
Les deux gendarmes se rapprochèrent Pnn de l'autre , ce qnî fit faire un mouvement d'oscillation de droite i gauche à un compagnon de voyage place sous la tutelle de BnchiiH»i et d^Eutrope.
— Je comprends le commandennent d aTertissemenl, dit le troisième vojageur.
Legendarmel îiidt itTcn-
ceigne d'un cabaret , comme le cheval (J\m chouan devant une caserne de maréchaussée.
— Je crois, parbleu, dit Buchinet, que le condamne se permet des réflexions.
k — Opinion philosophique sans autre but que de vous proposer de nous rafraîchir, reprend Tinterloculeur en cherchant à deviner d\in regard si la motion serait prise en considération ou rejetée.
Buchinet^ le doyen de la brigade, sourit ; sa bouche laissa entrevoir quelques vestiges de trois dents, noircies jadis par les cartouches DriViées contre les Vendéens.
Le vieux soldat, habitue depuis
vînpi skus *i roncluirr nu bague ilr I i 1( nulaninrs (jui arri-
^•ieul par lu rli.nnc* volante , .mrait cniinl de luanquer aux lois lic riuiî r , s'il se lui avîsi* uiif >eiile
(u\s (le (i hir, sans lioire un [)ol de vin, la ligue c]uî scpare la tliinîèrc boiDf du cabaret de In Mai-
son- r.
Sa |dulanlro|jie ne se croyait pas en conlrnvenlion avec les règlemens de la discipline. Il aurait bu avec le (ii.ibic, si le diable eût proposé une balle au cabaret.
— Rnfrnichîssons- nous , ines- * . c'est moi qui invile.
A celleforniuley prononcée (Kunt voix riante par celui des trois voya*
i^eurs qui tenait le milieu entre le côté gtiuche et le côte droit de la mnrechaussée , la fille d'auberge apporta trois bouteilles d'^un vin pourpré comme les joues de celie qui le servait.
— Oh là, la fille! s'écria le traitant, ajoutez un morceau de jambon dans la poêle.
Buchinet répéta le commandement avec variante, et s^ecria :
— La fille! deux morceaux de jambon dans la poêle; puis il s assied et soufïle dans son verre.
Quant àEulrope, il restait debout , conservant tout le flcgiiie d^un soldat de la maréchaussée du grand Frédéric.
— '^Vic5-vi)iiN pis (les nAIrci .
avait dil rAn)|)h\ Irioii [^ a- \h de Buchinet.
EutropCi riinpas^iblc Eutrope , av.ui (l\il)f)r(l 1 lie la Icle en signe néifnlif, puis, se ravisant, il prit
place.
— Qu'on ne iPiiupie p;îs euî^ciul>le, cela se conçoit , continue Toraleur, mais au moins on boil If viîï .
(le quelque pays qu^M soil j cola ne froisse rn rien rin('galilc des contlilions.
Eutrope (it un mouvemtMU du hras en avant, et tendît son verre.
— Vous êlCS dVinc fierté him ^rniuif , on (Time so! i le hirn rxliauîdinaire.
Eutrope^en vidant rapidenienl
le fond d'une bouteille, prouva au
questionneur qn^il devait s'en tenir
à sa [)reniière opinion sur Tor-
gueil.
— Esprit de corps, ajouta riionmie au chalumeau de paille, préjugé d\ine civilisation bâtarde! Pourquoi ne verrait-on pas fraterniser celui qui met les menottes et celui qui les porte. Le plus fort ou le plus fin les donne, le plus faible ou le plus maladroit les reçoit; mais , après la lutte , la réconciliation doit
suivre.
Un sourire (lu brigadier Buchinet prouva qu'il donnait son adhésion a Topinion du commensal philoso-
iilie. vi i\ rnil lirvoir r.ippuviT par -j pn)|>rc cunviriion.
— Il y a vîngl ans, dît il, (pif ji
»nduis fies vo
Le gendarme recommença «mis fois sa période, en eherrhanl nne nériplu .ix'pair peindre, au li ont que par un subslanlif 'ropcxpressif, la classe de voyaj^enrs qui fait route d'habitude avec la brigade de maréchaussée. Mais le vocabulaire ne ▼ înl point à son secoui>, et après avoir dii pour la (pialrîènie fois :
« Il V a \ingl ans que je conduis des ▼G...," ^>" hoquet le saisit fort hetîren^ement A la gorge, et lui pennii d'escamoter la dernière syllabe; et Y après avoir uippr à
cette grave difficulté, il se redressa et porta son verre à ses lèvres , en ajoutant , comme s*^!! eût suffisamment expliqué sa pensée : Et fal toujours trinque a^^ec eux.
— Et vous avez bien raison ^ continua celui qui avait ouvert la conversation ; si j^avais Phonneur de faire partie du corps respectable de la gendarmerie , je regarderais le prisonnier comme un compagnon de voyage. Le prisonnier est
malheureux; le malheureux, chez tous les peuples civilisés, devient un frère ; un frère doit payer à déjeuner, à diner, a souper... Voilà des principes , nVst-ce pas, gendarmes?
Al \ nier ir.iit, les li vci .
M rupproc lièrent y cl un chue de fralernitc faillit les f;iîrr voler cri ' * '^. Des ce nioincnl , lo bouteilles se succf'ilcTtut avcr rapidifr:
les consommateur:» exécutaient ce qn^en style militaire on nornnu* nu de li!r bien nourri.
— Miïli , s'écria I3uclunet eu entendafit le coucou de Taubersc et se levant , comme un chef de peloton (jui enlcml f^aloper cirrriere le bivouac^ nous n'avons pa^ une minute a perdre. Et IVril du brigadier se porta sur le çoussc^l ilu camarade (|ui avait fait l'invitation.
Celui-ci commença une longue |>er- (jinsîtion dans ses poches, et, du
ton dVin banquier qui a oublié sa bourse par megarde , il s'écria en regardant Buchinet :
— Brigadier, faites-moi Tamilié de payer pour moi , je vous en tiendrai compte.
Une commotion nerveuse courut sur toute la figure du brigadier; sa physionomie prit une expression de dépit. A trois reprises, il regarda au fond des bouteilles, les inclina, afin de voir s^l n'y restait pas encore quelque quantité qui permît de faire une soustraction à faddition de la carie à payer.
Ce dernier espoir enlevé, il fil un mouvement de corps, sa giberne
ur son vtMitre , il roinrii et ?tr.i un prUi sac de peau.
— Mon cher, n'oublions donc pns la (ille, ne Usinons pas a la fin du \ajage . dit Ir lr:iit;uit . dfhittMir du gendarme. El les grosse^ mains de Nanette avaient * • « repris les six derimes qu'elle niulail >ur la pièce de deux francs.
On 5e mil en marche. Eulrope semblait plus riant. Huchincl , au oODlraire, était (iev<Mui silcMicieux; le troisième voyageur, après avoir eherrhé vainement à rj^ayer la marc lie de lacaravane^ interrompît enfin le cours des rêflexion.s de cliacon^elsVcriaavecun enthousiasme de poète :
— La voilà! la voilà !
Celait la ville de Toulon : elle apparaissait sur les bords de la Méditerranée , qui Tenloure coninio dans les plis sinueux d\ine large ceinture. Le soleildardail ses ravons sur Tavenue qui lon^e le jardin public.
Les trois compagnons de roule allongèrent le pas, ils traversèrent le port qui était désert à cette heure. Le factionnaire fait un signal, la grille se referme, un homs'avancej il a les traits rudes, Toeil sec; il agite entre ses doigts une g^uxette goudronne'e. Le brigadier le salue , lui remet une feuille de papier jaune.
Les geiularnics se relireni, leur roî\)\ Il (le voyagr ' neiirc,
i»n le conduit dans une f^nllc I ;
un gros rcgisirc souvrei le comnn's \ ir.msrrîl ces mois :
lînhert Mi irc y d^. vui^lsix
ans , cnmlttnint* à trrnfr nnK rfr tra-
%*auT forcés.
fa îoildir
Les coiiunis étaient occupés à fa rcU\i(]es labiés du j. n-
ncl. L'arrivée d^un condacnné élaîl un ^pectncle sî habituel pour eux, qu'à peine firent - ilb aUcnlion à
(iS)
Tapparilion de Macaîrc. Par tin hasard singulier, tous les scrîbes terminèrent leur colonne de chiffres en même temps. Et comme le commis, d'^après les règles admises en bureaucratie, a pour habitude de mettre le nez au vent, et de prendre haleine quand il arrive à la fin de sa page d'^expédilion, et qu'il met un terme d''arrét entre le recto et le verso, tous les yeux se fixèrent sur le dernier venu.
Par un mouvement électrique, le rire gagna tous les employe's : le commissaire lui-même ne put tenir son sérieux à la vue du personnage ; les adjudans aussi se déridèrent ; les gardes chiourmes, les couples de
fi > iiul se proinmaicnt clans la
rour ^rc)^>np^rt•îïl Tti liodc la ^ t* . Macairc :>c joignil à riiilarilô jçcnrr * . *i^H gig"»*^ j^' i\iu foiul ilr la salle Saint-nile^« vu les roiulaiiii.
îi perpcluilc se inirenl ilc la partie, el parodirreiil , par ilr>» hurlemrns el au bruil do > , cet ôlau
d'hilnritê
— A nous deux maintenant, dit la % : ^ ic d'un garde chiournie,
— Je conjprendi, dit Macairc vu faisant de la main un signe atl'able.
Vous êtes le valet de chambre* de service?
— Où est le barbier? demanda le
garde.
-Pr
it, rcpoiidil llivailhac , le
tondeur^ qui agitait de la main droite des ciseaux, et se préparait à la coupe en jouant avec les deux branches derfnstruînent tranchant, comme un prévôt d^escrime qui fait des phrases d'armes en l\iir en attendant le fer de son antagoniste.
— Mon ami, je vous remercie ; ce n^est point aujourdUiui mon jour de barbe, dit Macaire en faisant tourner deux doigts d^un gant jadis blanc, que la vétusté et la transpiration avaient marbrés d'une teinte brune. Il répéta : Gen'^est point aujourd'hui mon jour de barbe; quant aux cheveux, Armand serait désespéré , sM savait. ..
— Armand, Armand, répéta Ki-
vaiiiuir, il est dans la Mlle Saint- ' . !'•< ...
— Ail ! ail... .Annnnd (]:\us la salle Saini-nillef... lôp. m (rois IcHs. Il fur irllemi»!)! rga^c de ce quiproquo du camarade, qui confondait un roilVcnr cclcbre de la capilaleavrtMin pcn:)ionnairc du bagne | qi»M ^c laissa aller à terre, et se tint le^cAlM pourrire h gorge déployée.
— Silence! s'écria un des adjudan»». F'.t «Tune forle poignée, il releva Macaire, 1^ cloua sur un tabou* rri.
Le prcniicr coup «le ciseau fut donne dans la clle^elMl'e cpie jadis Armand avait ondoyec dc:> iiuti>du M
llivnilh«ic tondait de droite à gauche, comme dans un pré de luzerne que îa faucille éclaîrcît : il faisait ses calculs et ses réflexions en regardant ces mèches lonjjues et brouillées, et dont la couleur était terne et nuancée; en les suivant jusqu^à la racine, il y trouvait une couche de plâtre, dUierbe ou décorée, qui s'était combinée de manière à former une substance végétale, ce qui prouvait évidemment que le nouveau venu avait plus d^une fois couche à la belle étoile dans un champ, contre un arbre ou dans Icscrevasses d%in vieux mur.
— O mon Dieu ! s^écria Macaire en portant la main à sa têlc, il
m\k rasé comme un rhicn Kirr!
11 allait continuer ses rrrnmina*
lul il se trouva face l\ face
AVer un nou\i'au vi<^age (riioniine; cVlail Quantin Bonnet- 1 tri^ le prépose . ion ns et l'exérutcMir liâulc9»œu du bagne : Brutt}^ t^p^^chiournies, il administrerait la bastonnade a son fils^ s^il j gag i un dcmî-litre ^\c vin et k irire du coinni lire. Quantin ^st de cette eluQc d'homme dont on fait les bouchers, les sergens-dr- \ " et les gcndnrfur>, et dont !• tissu nn pcy pins (In donnerait Vii;jilc des conqucrans, des procrjr irs du roi, et des t ' ' s de prevôtales.
Ce nV'tait pas une exécution que Quanlin venait faire en ce moment, c^était une simple inspection qui , suivant Tusage, se renouvelait àParrivee de chaque forçat.
-Habir bas,s^était ccrié Quantin.
Et il se mettait en besoj^ne de dépouiller ledernier venu, pour s^assurer s'il ne cachait point quelque instrument tranchant, quelque oulil qui put servir à Tévasion.
— Un instant, mon cher, dit Macaire; comme vous jetez mes habits!
Unpeuplusdeménagement, sil vous plaît, on connaît son code *. Seront punis des travaux forcés à teinps^ toutes personnes qui auront corn-mis un faux en écriture prii^ée ou en
écriture de banque ou de commerce (art /|63, stci. 8.) C*e$t dans la loi,
15 le It^^i-Kittur n'a jamais ilil qu'on jellerail par terre les habits (lu condamnr. Garderies redingotes dans les grcflTo^^, prendre leschapeaux (Lins 1( s pnsonSy spéculer sur les cheveux dans les bagues, c*esl Y ma parole d'honnenr, déna- II: la législation, et... Aïe!, .aïe!..
finisses donc, finissez donc, vous me chatouillez ! El Macairc faisait des soubresauts sur lui-môrae, en disant: Croyez-vous done cpje j'ai un atelier de serrurerie sous les aisselles?
Fa les rnain le Quanlîn parcourufi^nr toutes les parties du corps de 11. a
Macaiie,elsonœns\.rrêtailpartout; et de la tête à la nuque, elle descendait le long de Vëchine.
Baisse-loi,dit-ilàceluiquiélait
l'objet de l'inspection.
EtMacaire avait complaisammcnt abaissé sa lêle jusqu'au sol, de manière à prendre la posture qu^exigecejeu que les enfans nomment le che^'al fondu, ou celle que M. de Pourceaugnac redoutait tant.
__ Où diable allez, vous braquer votre œil inquisiiorial? dit Macaire
en faisant un saut en avant. Ouf!
vous m^avex rompu les membres , (lit-il en se relevant.
Ouantin jeta encore un regard ^clléfiance sur le dernier venu, et
it Signe cIo lui inrttre riuihiilcmeiU limlfciriuc,
— Vc.-.c rouge, pantalon rouge, «^irt rouge, tout roii:;c, c'est une rou- Rir couime m lutrc dit Macaire n ^lubillant!!... Ah! pour le bonlel , messieurs, je vous demande n grâce de me le < lianger : sa roucur en est allérêe, il ressemble à un K)nnel vert^ ne confondoni pas les atégories, je vous priej je ne de- Mureraî pas toujours parmi vous:
t ne suis ici qu'un oiseau de saison, [u'une passagère hirondelle.
- rjinarade^ mette/, un peu ces oub . .
— Quelle triple empeigne! et cette emelle! elle est ferrie comme une
roue à la Malborongii! 0 Sîïkoski!
coiuiiie ils ont dcnaliirc Ion arl! Ce n'est point la une chaussure à temps cVst un soulier a perpétuité.
A peine Macairc est-il revêtu de l'habit d'ordonnance, cju\in côme s'avance pour placer en paquet la défroque que !e nouveau venu a
(juillée.
— Ah! doucement, doucement!
comme vous traitez l'habit! messieurs, au nom deTindustrie, ne massacrez pas ce Berchut; tout vétéran qu'il est , SCS cicatrices ont droit au respect. La Yéîius de Milo estt:l!c moins belle pou ravoir une pièce à la joue et un nîorceau à la cuisse?
i\Midant que le forçat se livrait
îiis rivaient au bu ilc ^a jambe* g lie, un boulon en fer cjui iclc- .
nail le premier ai nu irune lourdi *"baîne.
— Faites, messieurs; il csl irop juslc que chacun prenne ses prcrantion^i; cliaquc |)ays a 5«î mode. A l^aris, la chaîne de sûreté sert cou- «re nous » ici c'est difrercnt , elle est pour nous. C^esl un contraste dans les mœurs, une compensation (Torgani<^ation sociale, comme dît, ;i ce qa'on dit, M. A/aT-^^.
Macaire regardait avec des veux de surprise le travail du ferrement; il a>ait compté les coup*, de tn.îi-
tenu en hochant la tête d^impalience. Le Bagne est un Heu d'exil pour les arts, se disait-il, une terre d^uitipode pourles perfectionneinens. La routine est toujours là ^ même dansles supplices.Et degrâce, messieurs, ajouta-t-il en faisant décrire à sa chaîne une courbe gracieuse en guirlande, de grâce , messieurs,perfectionnons ce travail; il faut désormais enchaîner à la vapeur, ce sera digne d'un pays où la justice tue a la mécanique.
A peine ce vœu philantropique étaît-il formule, que Macaîre poussa un long cri d^eflroi. Est-ce le diable qui s'est fait forçat pour parodier Jésus qui s'est fait homme?.. Magot,
boucoucl^mon, r^poncîîî,qui cs-lu'^ que Tcux-lu? ilii Macair<' eu sautant deux pas en arrirre. An troisième pas qu'il ialiait faire i il s\iperçut que la chaîne (jui conimençait k son pied gauche se terminait au pied droit de celui qu^l interrogeait... c'était $on camarade de couple... Merci, cria Macaire... Et prenant son élan, coiume le cheval de poste piqué de Téperon, il se mit a courir en sautant, levant les du en Pair et hochant la têle à la manière dc^ nègres du mélodrame ,
au lemps de M. Guilhcrt de PÎTcri-
court; et le camarade, entraîne' par la cl Vie 9 est force de figurer dans cette danse improvisée, jusqu'à ce
que Tadjudant Maurice vîtilboltre »
à coups de garcelle, la mesure sur le dos des deux Coryphées.
tlnr nuit-
Quand on converse el i\u'oï\ \..\ I semble, il fatil qu'on siit
ilicme pix)^ lîun (le irail^ (l'c^pnr, de goûts et d^affeclioii'.
Cette penscfe de Siiakespeurc
donne à croire que si le poëte anglais eût été commissaire du bagne, il eût Ironvé dans Macaire et son compagnon de chaîne des antipathies suffisantes pour les séparer.
Ils n étaient pas faits libres, ou esclaves, pour vivre Pun près de l'autre, et quand Macaire jetait un coup d'œil sur son compagnon , il regardait cet accouplement comme ime mystification dont il était Tob-
jet.
Un seul être , organisé humainement, semblait devoir être destiné h partager la chaîne de Macaire; c'était le compagnon constant de son existence, Tassocié de sa vie passée, celui qui seul le compre-
oail cl donl seul îl éfaît ( onipri^.
Tél€ faibli* dans la conception i\c^ Ipran^.u, choses, esprit craintif dans rcxêculion; mais hme cncriçiquc , hrruïqne nicrnc ilatii son dévouement ii.i.niiic, 0 P^- <''«*'ï^<>ïiï' fraternel dessine* d'aprcs l'antique « copie r.ijcunic du vieux Grec Pylade; en un mot, calait ncrlrand !..
Lu mois s^était écoulé depuis Tarrivéc de Macaircj un pressentinient lui disait (pic Fainilie ne so Ci i pas long - temps attendre, Macaire connaissait le besoin que l€ coeur de B(m irand éprouvait de ta [ . La scfparalion ne pou-
vait durer long-temps encore; Bertrand ctaît homme à piller le me-
( 56) dailler de la Bibliothèque pour conquérir des chaînes en partage avec son ami. Voilà comme il était Bertrand!...
Cette pensée consolante ajoutait à la gaîlé habituelle de Macaire; il se berçait encore de cette espérance, quand vint le soir, et que, pensif;, il suivait la troupe des condamnes conduits à la couchée.
La grille de la salle Saint-Gilles s'hélait ouverte, puis refermée. La lueur d^un réverbère prolongeait une teinte demi-claire sur le lit de bois, ou quatre-vingts corps, harassés de fatigue, cherchent, côte à côte pressés , un moment de repos.
Le compagnon de chaîne de Ma-
( 57 ) cairr <i^arrèla ilevnnt tin r^pn lai-M- viilo; jlf^rnvil n. lialamnuMif , •l (ira son coinpaguou aprj-s lui.
Mac.iirc s^apprèlail h se ilrpouiU 1er (le ses tcleinens; mais le gardien rinsiriiisil (ie l'arlit li: ilu règlement, qui ordonne aux con* damnés de garder jour et nuit la lîvrtc (les rhiourines. Alaraire saisit le lanibrau crune couverture grossière qu'on lui jeta; il la roula autonr de son corp^ ( omnie une rol>e dVi le avec son capuchon^ n corps, pressé par les camarades d#»
droite et de gauche, décrivit une lîj. ^Milièrcnicnl ciroUe; ses le-
nt ecliap[)tr un sourire, comme s'il rêvait le duvet d une
couche plus molle ; il balbutia deux fois le nom de Berlrand, et il s'endormit.
— Nous avons là un plaisant original , dit le caporal garde chiourme qui avait amené Macaire.
— Oui, répond en chancelant le sergent de service a moitié ivre, car il n^était qu''à moitié de sa garde, c'est un farceur j mais il ne faut pas qu'il bronche, parce que s'il bronchait , le nouveau venu , je lui montrerais quM ne faut pas broncher.
Le sergent avait tiré son sabre du fourreau, et le brandissait en Pair d^une main mal assurée pour appuyer son raisonnement. Cet
argcinuMil, (runc !• .]uc si prt'ciM*, eût aiT.ulir tjuclijuc lillies j Macaire; mais le sommeil Pavait pion ge cl JUS U> rêves, vi il causait eu iODge aTe(^ Bcrtraiul... Il souriait.
Le sergeot, claos rélnii qu'il avait pris pour faire son moulinet a\aît chancelé, sa tète avait portr sur le bord du lit de camp des forçats; soit qu\ine velléité dVxéeutioD sanglante inspirât son dévouemenl, >oil que son arme lui eut échappée , elle :d!:i frapper le visage de Macaire, et lui fit une entaille profonde d\)u îe sang ruissela à
. : t veillé en sur-
saut f jette un cri de douleur. A re moment , ce fut Pimagc de la temp^'^te
<\m succède nu calme; les sourds niiigisseniens du volcan qui va jeter sa pluie de lave sout Tiinage de ce réveil subit, accompagné de huriemens et du bruit des chaînes... Un cri de mort devînt un écho général ; dans un moment le désordre est à son comble... Les portes s\)uvrenl avec fracas, le bataillon des gardes chiourmes, croyant à Temeuîe, se précipite, la baïonnette en avant, dans le dortoir; les coups de cordes et de bâton tombent sur les forçats.
Le commissaire du bagne, sorti de son bureau Tespingoleà la main, comme Augereau sur le pont d'^Arcole le sabre à la main, frappe à
U)r( ^t k Iraven^ sans s'informer si uae conspiralion existe , cl si les ritCr sont Ic^i agretMurs ou les ns- ^illans. i'cu!... feu!... s'écrient -il dans son eullioubiasuie de sui vciU lant. Il sVInnre hors de la salle, et courant % rrsic posic où deux pioccs de canon a nùtraille sont I)ra(|uces contre la grille de la salle , il fait entendre ce commandement de mort .
"^ lunniers^ à vos pièces! Mais les soldats de la batterie n'obéissent fju^a la voix de leur oiricicr, et celuici, qui ne se croit pas (Iiargé (run mandai d'etérntcur de liaules-opiivres, refuse du san<;. Le commissaîre se console en usant largement dti droit de bastonnade^ le calme so
rétablit; Macaire étanche son sang, les forçats retombent sur leurs planches, le commissaire met scn arquebuse sous le bras gauche , comme le chasseur qui revient d'une battue générale, et le sergent continue sa ronde en zig
zag, en répétant :
— S'il bronchait, jelui montrerais qu^il ne faut pas bron on-
cner • • • r» § • • •
Un Qriuupf.
A six heures, le coup de canon de réveil rcleplil; au cri aijju du sifiiti , le coodanme descend de son banc» les peletons se forment, les couples se comptent, et chacun
d'eux est dirige \crs la pntlie du port où il doit se livrer au Iravai!.
Macaire, la joue encore toute saignante, suivait, avec son camarade de chaîne, le gardien qui les conduisait.
A la hauteur du moulin à scie, le gardien s"*écria : Halle!
— Je croîs, Dieu me damne, dit Macaire en se tournant vers le nègre, je crois , Dieu me damne, qu'il nous mène au moulin, comme si Noirot avait Pair d''un meunier?
Un coup de canne dirigé sur les épaules du raisonneur, coupa court à la plaisanterie.
— Ciiporal, ajouta son adjudant ,
il faucir.i rompre r.e gaillaril-l^ , tlil-îl en . raiU Ma< ', e.
— >oyct IraiHjuint', inf>ii acljudniit , dit le caporal, je vai> le luenorâla î^rnc, piii> a| i Talh '
inu'/. a i^
outa le
caporal en faisant changer de (iirectînn'an roupie qn^il nienaft. Kt r rri^ t au l)ord i\c Id (lia-
rctite (cV^t à Toulon (jue la S(*rne se passe), on Ion dechargeail ww hàtifucnt a 1 aide d'une grue.
— Mun pauvre Noirol , p: '\ ire Irs pieds el les mains, dit Maraire; je crois, mon honorable collègue « ' iMs %'unl \\ i nfrrmer dans rtMlc raisf^so. ^ ice de cage ù êcuniu'I que le!i pietinemens fonl lournei .
- — changez les couples! crie en ce moment le sergent qui commande la manœuvre.
Le mouvement de la grue est un moment arrêté , on pousse Macaire et le nègre dans la machine.
— Marche ! s^écrie le sous-officier , donnant le signal du nriouvement de rotation par un vigoureux coup de schlague, que Macaire et l'homme noir reçoivent de compte il demi. Et alors , tous deux, pour se soustraire à semblable aubaine^ se mettent à courir sur le plan incliné de la machine tournante qui tire sur le rivage le matériel du bâtiment qu'on décharge. Bientôt le nègre et Macaire perdent leurs
( in )
)t», leur rf^piralion devicul pO- I*; iUsoMl en ntg«, Us tombcul
lises, cl 1.^ machine, sans force ir »f motivoir, s'arrêle.
Quatre (oiiplt's au chariot!
Brieradjnaaui,.l"i vient lie fairf
arger de pontre» pesantes nne noue Toiture à roues bataes.
— A raUelagel s'écrie de non- 'jiu hi voix <'.n chrf.
i:i voila M;uairc el le ni-gre eni au limon ch> chariot.
Autrui! ait le garde couduc
eiir
El Macairc et le nègre trou- ,,.,. encore, dans la crainte du fouet, ;.«ei de force pour impri-
nier un vigoureux coup de colliei au char, (jui s'^ébranleet se met en niourement... Un moment encore ; et ils succombaient.
Au commandement de halte, ils se jettent sur la terre , et leur front cherche dans la fraîcheur du sol un calmant au sang qui les brûle. Bientôt loute la bande des condamnés prend place auprès dVux à terre ; on n'entend pas une plainte ; la souffrance est la un état normal;
le'nègre semble résigné a celle habiUide de peine ;Maca ire commence
à ressentir Tinfluence du lieu : son
œil est fixe , sa tête penche sur sa
poitrine, sa bouche est béante ; 1
souvenirs ont cessé de volt îp;cr da
•^ "P^'« • M on pruno... a.c à son oreille le non, .le Berirn.ul, peutêtre ne comprendrait-il plus.'....
( Si )
ôcrnr d'ijopital.
ÂDS81 railjudantsegarda-t-il bien d'oublier (jue McicMire, en .sortant le matin du ba^ , avait fait un acte de rébellion contre un chef; qu'il sVtaît permis le murmure et
le .este. Au reste, l'adjudant na- „U pas besoin de se creuser e ,„„venir pour rappeler la faute du forçat , il suffisait que sa volonté lui destinât le chàtin^ent pour que le nouveau venu le reçût.
Allons , Macaire , bas l'habit !
s'écria le forçat -bourreau charge Je la bastonnade.
Macaire, qui ne jouissait pas encore de cette dose d'obéissance passée laquelle ses confrères s eta.e.,
habitués, semblait à pe.ne vonentendu le commandement. « Hpété ; Macaire , se tournant vers ses camarades , leur dit :
Je croîs qu'on accumule pou,
moi lous les hoiiiuMirs de In rr-
eplion.
L exécuteur, s'clanl npproclir (!<• M ire, lui avait enlevé sa casaque . cl lui montrant le banr sur lequel la baslonTiarfe se donne, il lui fit sijffie dV nionlcr, de présenter Pechinr , de tenir la tète basse; à plusieurs reprises, il le contraignit , par la vigueur de son bras , 1 conserver la position dans laquelle le patient semblait peu sec()ni|)lairr.
Cin(}uante coups d'une corde goudronnée furent applicpies sur les rriii^ fie M ire; les camarade** ,
ringéssurdeux rangs, fai- at U peine attention a un spectacle auéjuel ils étaient accootumés, et dim%
lequel ils avaient presque tous joué le principal rôle, Macaire avait pris assez philosophiquement le commencement de Texécution ; il répondait même à chaque coup de fouet par un lazzis ou un geste plaisant de jambes.
— Ah! tu fais le télégraphe! cria l^adjudant.
Et à sa remarque succéda une longue suite de coups redoublés qui tombèrent sur Macaire et mirent un terme à sa gaîté. Le sang jaillit bientôt, et attesta la rigoureuse application du régime de police du bagne. Quand Macaire sentit que Texéculion était terminée, il fit de vains efforts pour se redres-
<or.ll rtait (elleiurni rompu (((ni he |)i)UTai( se tenir; il seinMait plutôt un cmJ.in If iju'un ôirt* (Miro^Aoniiné.
— Lhi* cnicrc! cria le sous-côine.
On amena une v^[^ ilc bran-
I, M .rr fut placé (Josus , et deux camarades le portèrent a Tliôpîtal. Dès ce moment, Macaire commeoçmâvolrunpcuennoii It'Nbtatuts de rétablissenieul dans lequel il défait rester trente ans pensionnaire.
— Ja^ [)reî>que [)er(!u le goùl de la iiticrle, se di^.ut-il à luimême ; mais chaque coup de corde me rappelait au désir de redevenir maître de mes pas et de mes actions.
O nVsl pas le moyen de conserver les pensionnaires cpje de les ac*
cueillir aussi cavalièrement; je commence à comprendre ce que le nègre... Allons donc, allons donc , Macaire, se disait-il par un prompt retour sur lui même , lu te laisses abattre par quelques coups d^étrivières. C'est le coup de sabre du forçat; les cicatrices que présentent ton échine et tes membres seront des certificats de distinction parmi les frères. En passant près de la civière, lu as remarqué trois camarades qui portaient la main à leur bonnet, c^'était un hommage qu^ils rendaient à ton indisposition; eux aussi semblaient dire:
Honneur au courage malheureux.
Macaire, tu es appelé à être en hos-
tîlilr ourerte «tcc tou^ le^ réglc- III ^ le** usiges lie TriiihliNst*-
iiicnl ; lu feras cio Poppu^ition , tu feras clief do la biitulo, i\\ cotnriian- (feras à cicMix ou trois mille )u)iiH;irds roti^ .tiisera^prMqueprliH é.. Aïe!
aïe!, a'ccria en ce nuiinenf M »< nire. Une lon^iir cri^îe vennit su*;pendre sos rêves d'ambition. Rien-
t6t il fut dans un lil i riiùpital , el apr< noir été pnnsé^ il continua un moment ses réfl(»xions et 8 endormit.
Depuis « l'arriTée du nouveau vfMiu , on ne parlnît que de lui sur le bancoii il avait place, les aiiciens se rappelaient en riant les deuils de sa vie et la manière bi-
zarre dont il savait la raconter : il y eut conseil entre Jacques le Nantais et le marquis de Manheim, Julotet le vieux Bernard. Julot l'avocat porta la parole:
— Il me semble, vieux, dit-il, que diaprés la franchise que nous a prouvée le nouveau venu, d\après la correction quMl a subie , on peut dire honorablement , il est digne d^être initié à la compagnie des treize. [1 devrait être le dernier pour Tévasion, mais, attendu que Ledru est aux invalides, que Lesieur a manqué le dernier coup, et que le Vendéen, n V pas payé la somme voulue à la Tuasse du départ, Macaire devient le dixième. Diaprés ce , au nom
il. ' - rriiiiii , m
ordonnons k tous h
l't lie
prcCcr aille, argent, linhits, assis- Inr -oulîers cl cheveux n M.iciire« c|uanc1 son tour > «irrive pur if* fait (i*evasion inan(|ut*e ou de mî^cà bonne exécution par les frères (jui [ ' i le nouveau venu.
— Approuvé le diphune, direntils tous, et signé.
— Chacun api \ uneiniir(|ueparlitulière; le vieux Quantin fit une croix avec quelques gouttes du jus de tabac qu'il avait |)ressé entre ses dents; le marquis de Manheiin nu*t un large cachet enibléniati(|ue, deux fois grand comme IVcusson de lacou- •finc de Frai: le Nanl.» olla un
pain h cacheter moitié noir, moitié bleu , et ravocat fil un paraphe tellement serré, que \c microscope eût à peine pu faiie distinguer hi distance des lignes. Il fut convenu que le diplôme serait remis à Macaire par un des frères servant à Thôpital, qu'il exigerait de lui le serment et informerait la frairie de la cérémonie quand elle serait terminée.
La fièvre avait pris Macaire; son sang, brûlé par les fatigues et les privations d'une longue captivité, fermentait, et mettait ses jours en danger. Il se sentit tout à coup tire de son lit, porté par des servans dans une salle qui lui sembla autre que celle dans laquelle on Tavait
d'abord ptacé. Il êtnit plongé dnns iio de ces rrrijutiKs t-uiis de
niarj^iix* (]iii accoiiipagnenl \e% ùc\rts malignes enlrr IVxisicucc ei la mort , ne saciianl à ln({iirllc des doux on appartient. Tout ce (|ui se passe autour du malade lui semble Teffet d\in songe; il voit les ol»jels, ne peut les sai>ir ; il compicud et entend les sons , et ne peut répondre. Macaire se trouvait dans celle p(jsili(jii : il était couché sur un lit-brancard au milieu de la salle ; deux aides-pharmaciens se trouvaient prés du médecin en second, et prrparaient sous les yeux des uiedicamens sur Icsqueb le docteur jetait un regard dans
lequel se peignait plutôt la curiosité que Tinquiétude. Macaire comprit qu'il allait être l'objet d''une expérience. Le docteur disait à Taide ;
— Encore , encore î verse , verse !
L^aide lui répondit :
— Je pense qu'ail y en a sulfisammenf.
Le docteur je tait encore lui-même quelques gouttes dans le vase où se faisait un mélange.
— Depuis quand, docteur, a-t-on trouvé le moyen de couper les fièvres par les acides?
— On ne Ta pas encore trouvé , repondait le docteur, mais on le cherche, et je me suis chargé spécialement de cette expérience, qui
sera « si elle reu!»sit , d'un grand
jïrix [)i)ur 1 art c!e gnrrîr.
— \ o5 tltiiiici s n\iiil pas èlc lieurcuju
— Je croîs bien, rêplicpiinl le «luitiur, il In\•n^oi ' - gailliirds
ijoe coniplexion si délicate! O n'est pas dans une étoile dt: coton f|u\)n pcMil iiu'Ure nue telle potion, li laiil un cotTic df fer; et puis après tout, quand le^ pauvres diables de condamner parhraicnt un [)e(i plus tôt que le n)( . l'Ut inarcpié, je ne croi^ pabqu'ilsen soient bien plus à plaindre. Il faut qoc quelqnrs-tinî?
I hieng , r e^t
lamajiime de la faculté, elle est, certes, d'unehaulephilanlro(ne. Je sais
bien que, dans le bagne, on murmure un peu j on se doute des expériences, mais quand nous serons parvenus à couper les diables de fièvres par nos acides, on ne pensera plus à ceux que nous aurons Tait partir un peu trop lot ; on ne parlera que de ceux que nous empêcherons de faire le grand trajet.
Le docteur mettait dans une fiole le breuvage qu'oïl venait de terminer.
— Dis-moi, ajouta-il, en s^adressant au plus jeune des aides, fhornme cTessai est-il fortement constitué? Oh! il doit avoir une santé' de bronze, la fièvre est bien
orle, c'est le bon mouiciit; ajoute nrorp quelques gouttes.
le ci( iir ^'approcha du lit de lacaire^ trnaut eu inaiti la potion.
i cemomcnl^.Maraire comprit qu'il laît eiuore en vir, mais (|u'il ne irderaitpM i cesser de vivre; une ^rte de crise neivcuse le tira de 3n état léthargique; il fit un saut jr lui-même, et quoique cnchainê u pied de sou lit , son élan fut si rompt et la secousse si violente »
u^il l)ri>a ses liens , se jeta ;\ bas 'U lit, culbuta le docteur sur ts aides, les tables sur les fioles, et I sauva, trainant ui\ morceau de I chemise. II renversa tout ce qui up{i^..i à son passage. Bientôt la
cour de Thôpital offrit le tableau d\inegrandechasse:Macaire fuyait^ les gardes chîourmes, les aides, les infirmiers, les sœurs, couraient sus, suivaient les détours qu^il faisait dans sa fuite j enfin, on ne sait comment ni par où, il arriva dans le port et parcourut encore une distance très-étendue. On sonna la cloche, le canon fut tiré, on eût dit que tout le bagne était en re'voltej enfin Macaire , apercevant le commissaire du bagne , s^arrêta respectueusement devant lui^ comme un homme tiré d^une longue léthargie; il lui raconta Tanec- j dote de Texpérience de Pinfirmerie.
Le commissaire sourit, ce qui
(6? ) lailun augure de prolcction ou de ,ardon; il tU rentrer Macairc au ,;,gne. L'anecdote égaya les salles, u, nouveau mol fut ajoute au vocabulaire de la chiourme, et dès ce jour, aller à rUôpilal devint syno-
niuie d'ùtre envoyé aux acides.
înittûtion.
Ce dernier Irait ajoutait encore à la haute opinion que Macaire avait donnée de lui à ses compagnons. Le diplôme signé par les anciens avait été expédié: c'est des
( 70 ) mains du vieux Bernard que le
néophyte le reçut. L'initiation se fît au moment où les quatre chefs étaient attelés, avec Macaire, a un lourdchariot chargé depierres, sous les yeux même du garde chiourme, dont Toreilie ne fut cependant pas assez subtile pour entendre la conversation.
— Macaire veut-il être de la frairie des treize?
— Quest-ce que c'^est que cela ?
— Cest une société d^intimite secrète, dont le but est de préparer le chemin de la liberté.
— Mais ce n^est pas mal inventé.
Quelles obligations sont imposées à l'associé ?
«— Résifpriintion et dévouemeiu en
ml la (lovi<^0| dlec.TpTi(]uc tout \v f9^iiin\ Hf»*i';nalii»n , alin cl attenrc patiemment son tour, sans •où[i : pour <;oî-mfmc d'aucune lance lu ureuse. Dévouement, afin t faciliter au frère (Irsif^nt- les iOjensde fuite. As-tu quelque inirie dans les doigts ?
— Jadis j'ai fait mes premières udes de barbier; depuis je fus six fmaines docteur pédicure , puis...
— Assez, assez; la preiniirc j)rotision suffit: tu feras du cheveu our la compagnie.
— Qu^entendcA-vous par faire du
lieveu ?
— C'est préparer le5 tresses, m^
( 72 ) ches , ou faux toupets à Paide desquels Tévadë cache le mieux possible sa tête rasée. Maintenant, Macaire , il faut tâter ta résignation et peser ta patience : te sens-tu asse2 de force pour aider a la fuite des plus anciens, sans enjamber sur ton tour ?
— Naturellement, il faudra qu^il s'envole de la cage douze colibris avant moi.
— Oui , si tous réussissent j autrement tu profiteras de toute tentative manquée par la maladresse du frère , car alors celui-ci perd son numéro et tu montes d'un chiffre.
— De sorte que si tous les douze vous restez en route, vous me pré-
&i i j ui\* |iOur§aulfT par clesiis le rlicniiii.
— Col cir rrglc.
— Je 51115 iroim. <lit Mnr.iinv
Ft il recul le >igne «ymbolicjue, esl-à-dire que le pirci du vieux uaiilin sinuila un signe de croix ir le fer du nonrrl înîlîé.
^fac;lire avnil n p^înc prononcé 'svcrux, (jue le> nflexions lui ar- M îl en foule ; il . .: !i*ur (louer un librr r*ours, cpiand vin! & .i>^er prc$ cle^cu ipleça\ecle«pipls
frav " », un c larnne a Tcril
n ail leii.î plombe, doul le ui.i i»€niblait à chaque pas près de ' le ne :
— C'est lui! s'écrie IMacaire en /élançant vers le vieillard.
Le vieux forçat s'^arrêle immobile, il promène ses regards sur Macaire, et cherche vainement à le reconnaître.
— Comment, s'écrie Macaire, vous ne me reconnaissez pas?
— Eh non! réplique brusquement Tinterlocuteur.
Regardez bien. C'est moi.
— Qui , loi?
A ce moment seulement , celai qui avait été accosté crut retrouver dans sa mémoire une pensée confuse.
— Parbleu ! \ >èf^. s*ccria Mjcuirc. O nature!
al , lu i'> ^I.^^ .lirr ! .s\(i j.i
rcc un sentimcul d'horreur le
— Ne faites donc pas dr mon-
on (lirait, Ixau-père, ue vous joui'/, ia tragédie l)oureoise. Est ce qu'il n'y a pas d autre lanière de se reconnaître sans se Il If (1rs g< > de mélodr.une? Je ans dis: je suis Marairc, sans faire autres gestes que ceux qui sont
(lus ol>ligaU>ircs par Tamour fiiL le saisîssL'rntMit cpii nait de la tuation.
— Qu'as-tu f:iit deiii.i iiile? s'écrie
(le nouveau, en levant les bi^^s , le beau-père.
— Votre lille est à Saint- Michel ou k Clerniont. Je sais bien que j^ai eu quelque tortj mais ne parlons pasde cela. Il pai ait, beau père, que vous avez fait un peu des vôtres^ qu'il y a eu du gâchis dans votre existence d^hofVime.
— Oh Macaire! je suis bien coupable, dit d'un air contrit le vieux forçat. Je ne sus j)oiî)t faire application des lois de la propriété j mais !e ciel a pris |)itié de moi; il m'a éclairé dans le chemin de Terreur.
— Oh ! beau-pcre , vous êtes un farceur fini. Est-ce que vous croyez
débiter votre catéchi^me aux
•"^ iiiii \iiniicnl achrlf r «lf<
Le be.nii- pt^rt! liisM deux ou IrtiiH fcii^ f'rh.ipprr h'5 inot^ de rcpenlir, (Painnônlc^r dti 1^ , de
^ iil;inlrope vi>i(;inl les prison*^, de "^àces accordées...
— Oh! \ie IX r. n.inl , ji* \oi>(jmc l\i Vviix II* prrpnrrruM lerriiinpour
t*r,^edil rn liiirnrnic M:H*aire ,
qui nVtnit pas hoiniuc « laisser
r anrniie corde de salul,
(lelle (pie fût la main (|iii la lui ttMiwU ; et soudain , faisanl un retour MU lu.-inr^nu , d s'amenda, confia
I I re qu'il n' il avouer»
par une sorfe d'aînofii-nropr*», à ^e%
cainaradcH^ ia honte cpTd avait de -a
( •jS ) .onduUe passée , e. Us lannes ».
ve„x , i. se jeu, nu cov.p de son
beau-père.
__rai une grâccune faveur à
vous demande! , s»-
.„e idée .ui .-a -io- <-;
„e„U depuis le jouv ou je ^^^^
U ligne qui conduit au b.en. Don
nez.-nioi.«»*
QuVs.-ce que tu vas encore redemander? Je n ai .ien ici-bas,
,,„ea,a honte, mes fers-, eaa-hau,,
<,ue\que peu d'espérance.
Ce que je vous demande , ne diminuera en rien votre bagage , beau.père,donnez-n,oi, donne.
moi votre bénédiction...
-- L.1 biriiciiicliou d'un (j^rnuci
fêtait -tu .'
— Cl ne \ ;ittr ' heau-
{lercy mais donnei^inoi votre b diction commis à un (ils coupnh!4*.
Fl M«( e «l'inclinait devant Iv heau-pèrc, et celui-ci, 5oil r^\ï\\ voulût se debarrab^cr de Pimporlnuttc du M llicîtenr , soit qu'il crût son geniîre frappr d'un f) .l.iin repentir, étendit ses bras dccliarnês 9ur la Icte de Macaire , il leva 1rs yeux au ciel, et prononrn une phrase inyslicpie d ..U iiilion.
Vïi garde chiourme vint rompre Uconferencc, en appelant le be.iupêre d'iu) côté et conduisant Mar.ifre i IVnipilcnient des boi- F •
( 8o ) Leau-j)ère jela un regard sur son gendre, et Macaire se dit :
— La religion d'^un côté, Tassociation de Pautre, je serai bien nlaladroi^ si, avec tout cela, je ne suis pas bientôt réformé des hussards
rouges.
vu
frntatian.
C'est une lerrîble clio>c (ju'un sermeii *ul on veut se débarrasser; c'est un vautour qui vous ronge^ un ver solîfaîre qm,*! chaque inçlant, is rt\ i« nt , tourne dans sa prison et toumieolele patient.
— Ils sont etonnanSjina parole criionneur! ces membres de la société, se disait Macaire; avec leurs Statuts, ils entravent toute idée de liberté. Comment ai-je eu la simplicité de me soumettre à la condition de ne point accepter le be'ncfice des circonstances heureuses qui peuvent se présenter pour respirer Fair des champs? Ils s'imaginent que je vais faire naître des occasions pour d'autres, qui, peutêtre, n'^en profiteront pas par maladresse; car ce cas est prévu.
Macaire était affaissé sous le poids des scrupules j car une parole entre fripons, dit un proverbe anglais, tient plus fort que celle scellée
par (lu riment irtionnèle hoiiiin^.
l.r biMii-pi'rr do Mm. tire iiv.iii
•Il uii6 tecoiulc* nitrcviii! avec It
gciiclrr. Oliii-ci conliiauint (cniji>urs le rrtir de reprntîint , fc rieux r il s'i^lail lai^^^t r;nnrr \)c\i .1
peu à lut avotier (]u'il rtnit ci* qtroii nomme mouchard, dau!» les bandes du m» *<• libre, n ic t|uf, dan^ ii- 1 ^ac.on Ile renard ; le beau-
j;crc rvnil fait une oflVr au gcfidn* : dans un U>np^ sermon, il !iii avait pr ic la ^ %r luanicre (!e
rentn r vu gnUe iwa I nu el avec le commissaire du ba^ne, cV^lait lie senrirles |>elits détails de police admini ilive. ^I ire nil'lail
he6iler il c;dculail loutf^^ ^'«5
( S^l ) chances. Devait-il être parjure, en profitant de la confiance de la société du fugit, pour s'appliquer d'abord à lui les moyens d'évasion?
devait-il renoncer à toutes les afftctions de Tamitië, se créer des tortures de repentir, en vendant chaque jour, pour une soute de vin ou de vinaigre, les secrets des camarades?
Un nouveau venu remit à Macaire
une lettre Elle est de Bertrand;
il arrive par une chaîne volante ; su lettre ne le précédera que de quelque jours, peut-être que de quelques heures , que de quelques
minutes
— Bertrand ! Bertrand !
•*^tmmammar^jmmu^Êm^,
Ce soni les teulen exclamations ^T e ail la (orcr de faire
riîitiHÏre: il se promène îâ griiiid s pas, ei rcpètc :
— Brrirnnd nrri%T'
I^ crainte de uc plus pnrnftrc, . \ yeux de son Pilade, digne de Tancienne fratrrfiitts opère une ré- Tolntton dans les idées de Macaire; il n \ rise ces mo) « lorlneux (pu peuvent lui faire acheter le bienélre au bjgne , et penl-èlre ujênie la liberté; il venl les conquérir dignement : il se fait la promesse oli^nnelli» de rester fidelo au sarment de'ln *^f>cielé a laquelle il est initie; quant aux propositions du
beau-père, il les refuse. Macaires'é-crie avec oraueil :
— Qifon me rende mes chaînes!
je rougirais d elrc chaussette (i) quand Bertrand sera martinet.
Et le jour même, Macaire voulut être accouplé de nouveau ; il allait commettre quelque faule pour mcriler cette augmentation de peine, quand un signal de cloches , de tambour , des cris de commandement^ des coups de sifilet aigus', annoncèrent quelque mouvement
f i) Chaussette^ c'est la clénonilnalioii du forçat qui est sans chaînes. Le inarlipxet est le ferrement des plus mutins et des suspects. Il est toujours attache a la chaîne.
non iKihiliiel dans le pOrt : c uC la chaîne volatile c|ni arrivait. Luil
* ^- .iirr 1)11' i \a ili>Uintr. vl ;i |>eipe Ic!» autres ilfolrn:-!!^ ^ rru Irgru^ de la brigade enchauuet qiu* Macaire avait dislingiu* un œil cVaiglc (jtii déjil avait k pondu au I péir un signe <l'mlillif;i*U(e plus eipr^ssif que toutes les phrases que la eivilité a mises en tisnge pour se dire ijour.
^..; aire et Bertrand étaient en présence; mais l'in<;tinct sjmpntique ! ^ ' it Ton et V rv de trahir In joîe qiTiU refsenlaient Ions ileux. Oh ! que ces détails de visiUs, de proeès^verbeu X , dVntrées piit lon^ . deux is! I u
le collier fut rompu, Bertrand se plaça à son tour à côté de Penclume, et le bouton qui retenait sa cravate de fer fut brisé par le coup de marteau du dériveur.
On procéda à Taccouplement. La chaîne se composait d'^un nombre impair , et le dernier ou le premier, comme on le voudra, étaitBertrandj il se trouva alors sans alliance, comme dit le brio'adier de la chiourme. Le commissaire du bagne, qui voyait ses espérances détruites sur Macaire^ qui n\ivait encore fait aucune dénonciation, tandis que les renards les moins alertes donnaient , toutes les heures, cinq ou six bulletins, donna ordre de Taccoupler avec
nntl. J.imni^ le destin, i\:\n%
liUir^H Ifs l)i/.irrfrirs d
en
nibi-
n.iis4)nH, n\inuMia un iiu kIimU plus hrureux. Mucairt* oncliaiiic* ii UtM*- Irand!... Pru sVn fnllnt fjur In
Il el€<*lri([ut' (In plnisjr nf les renversât lou^^ I \r\\x. Aucune émotion cependant ne put se lire sur leur plivsiunoniic ; on eût (lit, à les Toir, deux individus absolument étrangers Pnn h Tautri*. Les nuances même de la physionomie el la drrnarclie avaient enlr'ellcs un iti conlrastr , cjae le romrnîssaîre du bapne crut peut-être avoir fait un coup de mnître en attachant cti- ^e ndile deux oruhimin's (piî sernhlaiiMii avoir si peu de rapport en-
tre eux. En eilet, Macaire, vif dans tous ses mouveuicns , jovial dans son langage, comique dans ses moindres gestes , semblait un composé de facultos hétérogènes avec celles de Bertrand, dont la physionomie était longue, le regard inquiet
et l'ensemble de la figure d'une tristesse habituelle , que rien ne pouvait dérider.
Il était dix heures quand Macaire fut accouplé avec Bertrand, et on avait fait rentrer la chiourme dans la cour du bagne , pour la cérémonie de la réception. La solennité terminée, les couples avaient e'té ramenées a la fatigue; Macaire et Bertrand furent employés à la brouette
clan§ une |»âii. ^ ^^^ <1^> purl.
^ n inoiiieni ils se irouvcreiit stuls; .(:»rw une si longue separntton « que de détails à se donner! r^ >te « rclroilTant Piladc , L)jiUi>n rfMicin k Pithiâs^n^eorcnl jiimsti^aulnnt dt
UoeMâsedii "^^ s après a>
euUndu le il de quel ^ .
fions de lU^rlraud , lui dit :
— Tu vois que nous arrivons tou^
Il menu- l)Ut par diflTérentes route5^ par difîrreuî) luoy ens/rui\ BerlraïuK eo tremblant toujours, uioi eu ne iremblant jnmnîs; nous part" ' ons El "^ P, iirlande. Ali! lu |)eux te lia! 1er d'avoir eu ti- . imeuses peni '*ans fa carrière.
— Qu'est-ce (jîi tu veux? dît
( 92 ) Berlrand ; c'est clans le sang : j\ii peur (Kiin gendarme, des vents qui soufflent, d\ni chien (jui jappe, d'une serrure dont le pêne s^éclia[)pe; c^est une organisation spéciale j je suis comme le tremble, moi, et cependant ce bois-là en vaut bien un autre, quoique sa feuille soit toujours dans les transes; cela tient à la conformation^ et ne crois pas, Macaire^ que ce soit seulement dans les grandes circonstances, cVst dans les moindres détails de la vie, dans les usages les plus habituels: je tremble quelcjuefois en buvant, en mangeant. Ecoute donc, je n'ai jamais compris qu'on sv liât a personne qu'à soi-n)eme. Ce qu'il y a
iW biiarreclansinastrtichiremoralet
cr^iqueiniH) lit ^leiiunl riMloii-
r (]iiaiul je C€iM de l.iirc le mal.
Deruièreineut, après un coup Je nuil fort beau , est-ce qu'il ne me pnl pas ri;\ir ilr (•lirr une reslilulion !
A ce niot-là, .Macaire (it un saut en arrière.
— Cahnc icu, reprit Bertrand:
quand jeu vins à débourser ce que la veille j*nvais emboursé, impossil)!e 9 mon ami; ce nVtait plus un t; ibien)cii( (b qiu !(pic!> parlits dtb nieuibres, c'était une convulsion qui se répandait dans mon coi p<>...
J ai pris cela pour un avertissement èecret,et je me suis c^i : Bertrand,
tremble, mais ne restitue pas; et j'ai Inisîïé les roues dans ma poche.
INIidi sonnait.
— Ah çà , dit Macaire, voilà Fheure du dîner; je voudrais, mon rher Bertrand , te recevoir mieux , mais mon cher, tu sais, pas de façon... à la fortune du pot.
\ill
Une €H!mcllr.
— A5C1KNS, je vous présente mon ftoii llerlraud; je vous réponds de lui ooioine de moi , je dirais nie plu« que de moi.
M;*raire,enprononrnnl la phrase
du cérémonial, tenait aflectueusenient le camarade parla main.
— Allons , mets -loi à ta table, monte. La chaise est un peu haute et mal rempaille'e , mais tu t'y feras.
Le bruit des chaînes avaif produit sur Bertrand une impression qui redoubla son habitude de tremblement.
— Rassure-toi donc, lui dit Macairej si la compagnie te déplaisait, tu serais devenu bien difficile.
Place-toi près du doyen.
Quantin fit un signe de tcle affirmalif, et retirant les chaînons qui s'étaient amasses près de lui , il fit place nette pour le dernier venu.
— Allons, voilà Ion amiral ei Ion péfal maritime, dit Mnrairc en lon- Ant une fbiirrlielle ri un coût §rftf k Brrlr.ui<I : lu a^ eu Luu u«/-
e venir une ^t-m.iîne plus Inrd , car y »! (|uiu/ej(>nrs (ju'un clirr^'avisa ft IrofMwr lytitr les iK«lcu:ii!es de uisino rlnîtMil de hue pour noo9 Ulres; il pretrudail (|iu* Ir ^ upiet îul • l nul ^ hie; et co ic
•OêMS théories aduiiiiistralives, il )ulcnnil que les doîj^Ls /étaient les )nrt!ïef nal ' , ft lesdcutslc •r roiih'.m df riifMiinic, nous
n fiuuc^ rr'difii$ àcr^' deux meubles our diMotijur. Ail. mon Dieu!
ion pau\ 1 1 K . inirais été
llUge de pri.. uuiif nous un
( 98) bouillon sur le pouce. L^uocat s€ rappellera la mesure du chef, el nous autres, nous n'oublierons pa* la mesure de son nez; car, cherchant à se passer des outils de table qu^on nous retirait, il trouvc plus commode de plonger la tête dans la gamelle; mais il n^avait pa^ calculé la longueur de la trompe et le bout de son nez avait piec dans le plat, que sa bouche n'avai encore rien pu atteindre.
Des éclats de rire partirent di groupe à cette nouvelle saillie d( Macaire. Bertrand lui-même cédî au torrent, il poussa un long ecla de rire; sa gaîté, mêlée à son tremblement habituel, formait une cari
. ( 99 J CAlurc si plaisante, (|uc la joie des coii\i\ c> itiloiii); I *^t ^nn«i (|uelqnes cou|)^ (!e canne dunnt temps,
ili^lributiun (Lmis Kupielle Hi rlr.iiui tri ^l M aire ne lurent pas êparj^nés , HlîKiritê eut ^.i^iie toutes li'> «^[a -
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Le i ahne était rétal>li depuis quclqui > moment j Bertrand faî-' sait des eont(ir>ions, en essayant de tram lier avec son cuu(r;ni le morceau de pain (]tje le fourrier du bagne lui avait donne.
— ^c le coupe donc pas, du Maeai: i Inre-le.
M T^ aire prit le pain de la maiu de Bertrand, n le pi ;i fortement.
Ace mo .:, Bertrand reeni dans