‹ L'Auberge des adretsChapitre 2 sur 3 · BU · texte numérisé non relu

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Fœil une douche dVvan qui lui fît jeter un cri.

— Ce n'est rien, dit Macaire; c^est ton pain qui restitue ce qu'il a pris dans les mers de la Chine. On aurait bien tort de se plaindre, le roi croit nous donner du pain sec, et le bouillon se trouve encore avec.

Oh! il en a fait de la route, celui-là! contînua-t-il en regardant le morceau de pain cl le portant à son oreille; sUl pouvait nous raconter les voyages qu'il a faits avant d'arriver comme rebut k la boulangerie de la marine ^ nous en saurions des fameuses. Il est bon enfant, le ministre de Tintérieur, de payer pour nous au ministre de la mariiio

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du biscuit pour des éponges. Dis^ donc, Qaanlîn, régale donc Tarrivaut d^une tartine de philanlrope y du dernier, tu sais !

Qnantia tira d\in sac un morceau de pain dont le t£mps avait durci la matière , mais dont il n\ivait point altéré la blancheur.

— Comment que vous appelez, cela? dit Bertrand.

— On te dit du phîlantrope, répliqua Macaire. Quand des particuliers visitent le bagne , il n^y a pas d^éponges ces jours -la pour nous. Sil'on n'avait pas peur du tour^ je crois qu'ion nous servirait en vaisselle plate. CVst le pain croquant qu^il faut voir!... Enfin tu ei^

as lin échantillon sous les yeux. Si on osait, je crois que le jour des inspections ex t raordinaires, on nous tremperait la soupe avec du pain au lait ou bien avec des flûtes à la provençale; et ces bons visiteurs donnent-ils dedans ! ils s^en vont convaincus que nous sommes nourris comme des princes. A peine ontils le dos tourné, en avant le pain mouillé. Eh bien ! qu^est-ce qu'a donc a faire une grimace de possédé, Bertrand, en mettant le nez dans mon cruchon , ne croyaistu pas avaler une gorgée de vin d^entrepreneur ou une larme de Baune?

— Cest du vimaigre, répliquait

lU«ti <

— Fil ! i! >*il ne te ri'nssit pas, dit leconvive^ place i gaiiclie: Inisvenous-lc.

Et en iti^nnt cela, il ;iv;iit .ivalt* I ijue luul iTun Irnil Ireiile centilitres d*un vinaigre (]ui ;iurait mporté le gosier de ton! buveur non a j de senil)liiblts

boi:>uu^. Le vieux Quantit) ^'adressant i celui d'entre eux chargé des fonctions de «liunellier :

— Il m- uible (|uM v a rognuri* dans la portion des fèves?

î.e gamelier lit un signe n ttif;

', k Pappui de sa d(*n lion, il

apporta dans un vieux porlon de

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terre, à peu près uîi boisseau d^une matière blanchâtre dont la surface s^igitaît comme un sable mouvant.

— H n^ avait pas que nous à vivre sur ta pitance, dit le ganiellier, il a fallu laisser la part aux camarades.

A ce mot , il remua le poêlon, et montra une innombrable population de vers qui, attachés à la partie tombée en poussière du légume sec, avaient cependant compté dans la mesure qui est donnée au forçat.

— Nous n^aimons pas le poisson, ajouta Quantin; mais on devrait bien tâcher de le passer à part.

— Tout fait ventre, dit le Nantais en se précipitant sur cesimmondices;

(îonne-nu)i le macaroni. Eli! se miT à dévorer le conlcnu du pocloii avec la voluplr' d'un goarmel qui tombe sur une pâte italienne préparée p;n Hiffi.

A peine le Nantais avail-il dévore ces alîniens grossiers, qu'un bruit se fit entendre dans la cour du bagne.

C^était des gardes chiourmes qui amenaient sur un brancart un forçat chaussette, qui avait été tué pendant les travaux , et qu'on avait?

oublié dans un des emplaccmens de conslruclion.

— Cest Langevin , repétèrent plusieurs voix.

La physionomie du Nantais se remhruiiil un peu ; i^n sourire

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échappa au vieux Quan tin. Le corps resta quelques momens exposé aux regards des condamnés. Ce mallieureux avait été mutilé de la manière la plus affreuse : sa tète n^offrait qu^une plaie , ses membres étaient brisés.

— Il était initié? demande bas

Macaire au vieux Quantin.

— Oui, répliqua Quantin , il était

le neuf j il a voulu partir avant le tour, et on lui a poussé la poutre (i).

(i)Ces actes de vengeance sont très-communs dans les bagnes. Des camarades soupconnent-ils un condamné d'êtie renard ou espion , ils lui renversent sur le corps une ctarpente , et le forçat semble être la vie* time de quelque maladresse.

C'est un article à part que tu ne connais pas...

Macaire fit un mouvement en arrière; le vieux Quantin, après avoir dit un mot à Poreille des initiés qui étaient à ses côtés, dit à voix basse à Macaire :

— Tu deviens le neuf.

Le repas était terminé, la gamelle enlevée , on retourna à la fatigue.

iiffiif ^iiinjliintr. — /uitr.

La joie de se voir réunis, la disii 1 que donna a >îaraire et

à Rerfrand In longruc narration dt s t véneinciài> qui les avaient assaillis depuis leur 5#paralîon, letir fit

( l'o) oublier un moment combien peu Petat de captivité était compatible avec leur amour pour la liberté.

Mais Macaire devint soucieux, Bertrand n^articulait pas dix phrases dans une semaine. Les deux condamnes ne se communiquaient point leurs pensées , et celles de chacun d'eux tendaient au même but.

Bertrand n'^était initié à aucune des conférences de la chiourme ; il n^avait point à observer l'article régiementairc du tour de rôle j il pouvait partir dès que le regard des gardes chiourmesse seraitdétourné de lui. Quant à Macaire , il était retombé dans ses doutes de cons-

ci ; îl calcul.iii lr> cliances du

()<)til>V (Iniiijrr qui le mrnaçait; oulrc rinspeclion des argousins, il était envirc^nné d'une snrvrillanrc bien plus active, estait celle i\c5 inities. Il se rappelait avec une crainte horrible le cadavre apporté (lans la salle du bagne le jour mémo do la réception dr Bertrand. Cette leçon , donnée h un traître» rînqm'étaît. Cependant , comme on dit dans le lansraire du

bagne y il commençait k avoir le mal du |)ay5; le pied lui démangeait : il re dait, en «soupirant, le rivage qui se prolongeait tout le long du goulet.

Un jour, Mac .lire était remonté

sur le banc de la salle, plus triste que de coutume; c^était à Theure de la g-amelle. Le vieux Quanlin se pencha sur lui , et lui dit à voix basse :

— INlacairC;, nous avons à causer. On prépare une cordille ; le brick le Vengeur va sortir du port j nous allons y être attelés : sois près

de moi à la corde, et nous jaserons.

Bientôt le signal de la promenade fut donne. On choisit trente couples de condamnés , et chacun attachant le croc de son ceinturon au long câble qui traîne le bâtiment, se mit en marche pour aider a le sortir du port. Après celte né-

nibic cortre, fnîie sous Ir f.

le hÀion , rouj. > rn a , , J^^ fi (le snrvfillnncc, In halle fut commnnclcc. Tuus les conii.nniK's se je l^rclU sur le gni(»n , rt repolit un rnoinriit ]i'\ir> menVnrcs

M.ncafre fît figne h llerdaïul qno i«* ^ X QiiniUin avait une confitî- liCe à loi faire. Dcrlrand s'étendanl tout son long sur le honld'nn' fossé ^ senihlani rrd. i un 1 nn de sot cil^ Maraire s\a|>[)rorlïa de Qiianlin. Le doyen ^ rassure' par les ronflement Al cnniaraflr de* chaînef prit la parole :

- Matuéire , uil-il, la chaioe tep^*^ 141 n'as pas de force à tirer

fii4 )

avec les bons, ton physique baisse , et tu retourneras bientôt aux acides pour nVn plus revenir cette fois.

Quand on n'a pas d^autre passetemps que celui d'étudier les physionomies , tu dois penser qu'après vingt ans de séjour, on a fait quelque progrès. Ainsi , tout ce que tu dirais, ou rîen^ ce serait la même chose. Tu veux nous manger le tour.

A ce mot, Macaire ne put se défendre d\m mouvement.

— Tu veux nous manger le tour, continua le vieux Quantin ; ne joue pas à ce jeu-!à ^ Macaire; il n^ aurait peut-êlre pas pour loi une poutre toute prête, comme pour le

iirrnier conlrere, mais il y aurait ioiij4)ur> une grue ou une raie (i), ^T ire voulut se disculper en tssayani de risposler par (|uelques Ia//.i5, mais sa lanî:^ue se glaça et il put à peine articuler un mot.

— Tout le monde n\i pas la force d\Mrc long-leinp^ bon frère. Depuis Passo tion , plus de soixante ont été jetés ou poussés. Mais toi, M.tcaire, dont l'existence est si pittores({ue, il serait triste de l'arrêler , quand tu ne deiaaiides pas mieux que d'aller encore : il y a

«(t) On a eu des exemples de condaiiintfi pif^ciptiÀ par d'autres du haut d'une grue ou d'une cale.

moyen d\arrang'cr ton aft'aire ; hi peux te libérer sans rompre avee 1 les autres.

Macaire écoulait avec une impatience marquée.

— Il y a parmi nous un perpétuité dont le départ est venu cinq fois sans qu'il en ait profité. Il a ses idées. Une chaîne à laquelle on est habitué a son charme comme toute autre chose. Eh bien ! cinq l'ois il a choisi un camarade; il lui a dit :

— Tu regardes la liberté cornue un trésor : donne-moi six francs , je te rends ce trésor-là. Et cet homme-là , Macaire , c^est moi.

— Voila le père Quantin qui se

(•»7 ) -tiieleii parlic de rire, ilii Macaiit^ jiuui sîi fmncs; mat^ je vous en

, vin^l , car , Dîcu merci « il y cii a tncore^cl (|u;u>cl il f^'v en a plus, on en fait.

— Si *favais voulu dire douxe , je ue i ^ s (lit six. Dou/.e

froucs la liberté ! Je te volerais de plus de moitié, mon pauvre Ma- Oaire 1 La libcrti' , c'est comme Ici fermiles qui vous l:i nt des remords quarantc-liuît heures a|)rè>.

En la pnyant six francs, dans u »

li , tu :• ' 1 \ ■ l\ivuîr pay'î U'op cher.

Macaîrc voyant qu^il était plus

âlageux de I ' cr r ' .î à sou

nvie crév. ;i , (jue de per^i r

( ii8) dans la négative, en présence d\in physionomiste aussi subtil que le vieux Quanlin , laissa échapper un sourire qui vaUit , pour le doyen du bagne, une confession entière.

Quantin tendit la main.

Macairetiradesa poche une pièce d'un décime. Le vieux Quantin connaissait le secret. Il pousse fortement avec le pouce la partie supérieure de la pièce j elle s'^ouvrît comme une boîte à coulisse , et dans le creux , fait avec le burin, se trouvèrent plusieurs pièces blanches qui se dérobaient ainsi à Tin-quisition des agens du bagne.

— Marché conclu , dit Quantin.

( 1^9) Elle signal du relour au port ayant été donné , Bertrand se réveilla; Quantin fît un pas en arrière, Macaire se leva, chacun reprit son rang y et la troupe se remit en marche.

Bertrand qui , depuis quelque temps , roulait dans sa tête des projets d^évasion , ne voulait en faire part à Macaire qu'au moment où tous les préparatifs disposés , n'^auraient plus rien laissé à faire que la dernière tentative pour franchir la distance qui séparait Tesclavage de la liberté. Bertrand avait cependant eu besoin d'un auxiliaire. Il s'était ouvert à Jacques le Nantais, A cet aveu , celui-ci avait jeté un

avait suivi les traces de Bertrand-

— Bertrand, s^écria-t-il, tu pars demain?

— Oui 5 répliqua Bertrand; Pair ne m^est pas bon, ici*

Le Nantais fixa Bertrand avee des jeux dans lesquels le désespoir se peignait.

— Bertrand , tu veux donc ma mort, s'écrie-t-îl? ne sais-tu pas combien je t^aîme , combien je suis heu?

reux de me trouver sur le banc

près de toi ?

Bertrand s'éloigna avec un sentiment de crainte , en disant :

— L'amitié que je te porte ne va

pas

— Jusqu'à l'amour , n'est ce pas?

continua le Nantais; eh bien! moi, toutes mes idées se confondent dans celle-îà; je ne sais pas qui la fait naître j mais elle existe, et je lui céderai: tu ne partiras pas, Bertrand, ou je mourrai auparavant près de loi; tu me rendras le plus lâche de tous les camarades; pour te conserver , je deviendrai renard; tu ne partiras pas...

Le Nantais saissîsaît Bertrand par le corps; Bertrand calculant rapidement toutes les chances du danger, vif pour la première fois de sa vie, saisit le Nantais par les reins, ie jeta fortement sous lui, lui appîiqua sur les t^^mpes plusieurs vigoureux coups de poing, et le voyant

avait suivi les traces de Bertrand,

— Bertrand, s^écria-t-il, tu pars demain?

— Oui, répliqua Bertrand; Tair ne m'est pas bon, ici»

Le Nantais fixa Bertrand avee des jeux dans lesquels le désespoir se peignait.

-~ Bertrand , tu veux donc ma mort,s^écrie-t-il? ne sais-tu pas combien je t'aime, combien je suis heureux de me trouver sur le banc

près de toi ?

Bertrand s'éloigna avec un sentiment de crainte, en disant :

-» L'amilié que je te porte ne va pas.,.

— Jusqu'à Tamour , n'est ce pas?

( K^ ) continua le Nantais; eh bien! moi, toutes mes idées seAonfondent dans celle-là; je ne sais pas qui la fait naître j mais elle existe, et je lui céderai: tu ne partiras pas, Bertrand, ou je mourrai auparavant près de toi; tu me rendras le plus lâche de tous les camarades; pour te conserver , je deviendrai renard; tu ne partiras pas..»

Le Nantais saissisait Bertrand par le corps ; Bertrand calculant rapidement toutes les chances du danger, vif pour la première fois de sa vie, saisit le Nantais par les reins, le jeta fortement sous lui, lui appliqua sur Xe.îi tempes plusieurs vigoureux coups de poing , et le voyant

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