SCENE IV
IRMA, .sur la chaise lon-ue. BERNARD,-!»! la re- ''ar<le de loin.
IHMA, toujours inélianlc.
Crois-tu que je suis changée, hein ?
BEnXARI).
Pas tant que ça!
Ohl
HKRN AllU.
Mais non, je t'assure. Tu as pâli un l'cu...
IHMA.
Je t'écoutc !
HKKN AUl), eu .-,'a|.|.ruclia iil .
Ça te fait des yeux, encore plus grands, des
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yeux à n'en plus finir... (assïs prés d'elle). Ah! petite, guéris-toi vite, dis!
IRM.v, qui réloigue de la maiu.
Alil non, tu sais, mon vieux!... non!
BERNARD
Tu ne veux pas guérir vite?
IRMA
Oli! s'il n'y avait qu'à vouloir!... Je te jure qu'on ne m'y reverrait pas de sitôt, aux courses, ni ailleurs... Mais voilà, il parait qu'on ne veut pas que je guérisse.
BERNARD
Qu'est-ce que tu dis ?
IRMA, lentement.
Je dis que je suis fichue.
BERNARD
Toi?
IRMA, de niêuie.
La preuve, c'est que Briant t'a fait venir.
BERNARD
Briant m'a fait venir...
IRMA, vivement.
Ahl tu vois, c'est vrai!
Laisse-moi dire 1... Elle m'a fait venir pour (|ue je femincne dans le Morvan.
IRMA
Quelle blague!...
BERNARD
Je t'assure!... C'est ce dont nous parlions avec le docteur quand tu es entrée... (Mouvement d'mna.) Il dit que tu supporteras très bien le voyage, et qu'une fois chez toi., tu te remettras très vite...
IRMA, la voix pleine de larmes.
Je le sens bien que je m'y remettrais très vite. .. (pleurant.) Seulement, on ne m'y recevra pas chez nous!
BERNARD
Gomment?... On ne t'y recevra pas.
Les autres m'y recevraient peut-être mais il y a là maman Mélie, qui ne veut pas.
BERNARD
Qu'est-ce que c'est que ça, maman Mélie:'...
IRMA
C'est la sœur de mon pauvre père. Je t'ai raconté que monpérc, qui était marchand de bœufs, se trouvant un jour de marché à Nevers, avait parié, en déjeunant, d'épouser une marchande de foulards qui passait, une lîayonnaise, et qu'il l'avait épousée, malgré tout ce que sa famille avait pu dire et faire, et ({ue je suis née de ce déeuner-là... Quand maman est morte, de la mala-
die que j'ai aujourd'hui... (n veut répondre.) Ke dis pas non!... Mcn père, qui l'adorait, est devenu comme fou de chagrin, si bien qu'un matin, on l'a trouvé noyé dans le pertuis de l'Yonne. Je n'avais pas six ans, et je me rappelle ce jour-là comme si c'était hier, et les gens amassés dans la rue, et la façon dont les femmes me regardaient, en disant : « Pauvre petite ! » Il ne me restait en fait de parents que ma tante Mélie, qui était déjà veuve, et qui tenait l'auberge des Mariniers. Monsieur le curé qui avait été appelé tout de suite, me dit : « Irma, il faut venir avec moi !... » Et il me conduit chez elle... Je ne voulais pas y aller; je n'aimais pas ma tante ; grande, pâle, toujours en deuil de son mari, ne riant jamais, ne parlant que du bon Dieu et de la mort, elle me faisait peur... sans compter qu'elle avait fait des pieds et des mains pour que mon père n'épouse pas la Bayonnaise, comme elle appelait maman. Je le savais, et ça n'était pas pour me la faire aimer... Bref! j'arrive... Elle était dans sa chambre avec sa iille, toutes deux à genoux devant le crucifix de son lit, et elle priait pour son frère, qu'elle aimait malgré tout... Monsieur le curé ne lui dit qu'un mot : « Madame Ithier, je vous amène une orpheline. » Moi, je répétais tout le temps : « Je veux m'en aller chez nous! » Alors, elle m'a prise dans ses bras, et m'a dit : « Ton chez nous, maintenant, c'est ici ; Louise sera ta sœur, et moi,
je serai ta maman. » C'est depuis ce jour-là que je l'appelle maman Mélie.
BERNARD
Eh bien ? pour(|uoi veux-tu que cette femmelà ne te reçoive pas?
IRMA
Pourquoi? Faut-il te le dire, pourquoi?... Gomme si c'est régalant pour elle, de voir saillie adoptive devenir ce que je suis devenue.
BERNARD
Ne te monte pas la tête, allons!... Tu te fatigues là, à parler à tort et à travers, et le médecin te l'a défendu.
Laisse donc! Ça me fait du bien, au contraire, Te tigures-tu que je suis comme Briant ou d'autres qui me donnent raison tout le temps :'... Quand je pense à ce que je dois à ma tante, qui m'a soignée, élevée, instruite, comme sa fille et que j'en ai récompensée... — 11 faut dire aussi que dans ce qui est arrivé, il n'y a pas tout de ma faute. Coquette? Je ne dis pas que je n'étais pas coquette... Et encore, il ne faisait pas l)on me m-anquer. A preuve, ce Tartufe de notaire que j'ai rembarré tout haut en pleine salle de danse, le jour où Louise s'est mariée... Ca, par exemple, j'aimais la danse... mais, pour un bal où j'étais allée sans le dire, me llantiuer une gille en pleine
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auberge , devant tous les mariniers , devant Louise, devant Florent, son mari... (s'animant.) C'est cette gifle-là, vois-tu, qui a été la cause de tout!... Je le lui ai dit : « Ce que vous venez de faire ne nous portera pas bonheur, à personne !... » Je ne croyais pas si bien dire.
BERNARD, après un silence.
Est-ce que tu lui as écrit?
Non ; l'abbé qui est venu me voir a écrit à Mon.sieur le curé ; moi, J'ai écrit à Louise. II y a de ça quatre jours, et, ni d'un côté, ni de l'autre, il n'est venu de réponse. Elle ne veut pas me recevoir, c'est clair. Qui sait même si Florent, que j'appelais dans ce temps-là mon grand cousin, et qui m'aimait comme un grand frère, n'a pas pris, lui aussi, parti contre moi?... Il faut bien qu'il y ait quelque chose comme ça, puisque je n'ai jamais eu de leurs nouvelles!... Rien, pas un mot depuis dix ans !... ïu comprends que ça n'est pas aujourd'hui qu'ils vont se décider...
liERXARD.
Qui sait? Si ta tante a encore de la religion comme autrefois et ({ue le curé s'en mêle...
On voit bien que tu ne la connais pas ! Avec toute sa religion, c'est une vraie tête de fer... On lu tuerait plutôt que de lui arracher un démenti...
Le jour de la scène on question, elle m'a crié : « Ne t'avise jamais (Répétant le geste.) de remettre les pieds ici!... Aussi vrai que c'est moi qui t'ai ouvert la porte, c'est moi qui te la fermerai!.. » Elle se tient parole... Oh! d"ailleurs, les songes ne sont pas menteurs, et je ne suis pas plus tôt endormie que je retombe toujours dans le même... Je me débats au milieu de ce malheureux pertuis où mon père s'est noyé ; le courant m'entraîne, et je crie : « à moi! » Alors, elle paraît au coin du moulin, elle vient sur le pont, cette méchante passerelle branlante dont j'ai toujours eu pour, je l'appelle : «Maman Mèlie!... » Elle ne fait pas semblant de m'entendre. c A moi, maman Mélie!... » Elle passe sans se retourner^ et je roule, et l'eau furieuse m'engloutit!
Tu es folle, avec tes songes!
IRM.\, avec dos larmes.
Enfin, lu vois bien ({u'on ne me répond pas!
BIORX.VRD.
Eh bien! si on ne te répond pas, tu iras te soigner ailleurs^ voilà tout!
IRM.\,
Gomment ? Ailleurs?
RKRN ARD.
Dame! Ne dirait-on pas qu'il n'y a (|uo ce coin du Morvan où tu puisses guérir?.... le t'emmènerai
I dans le Midi, moi, en Algérie ou à Nice, tiens, plutùtl.. et je te promènerai sous les palmiers, et tu verras si tu n'y es pas aussi bien pour te remettre que dans ton village.
IRMA, ardemment, fiévreusement.
C'est dans mon village que je veux aller, moi, pas ailleurs!.. C'est là que je guérirai, pas ailleurs! L'abbé me l'a dit, parce que c'est là que je serai pardonnée!... Est-ce curieux que toi, un artiste, tu ne veuilles pas comprendre ça?
BERNARD
Mais si, très bien!
Et si j'y meurs, au moins, je serai enterrée dans un coin d'herbe que je connais, auprès des gens qui m'ont aimée pour de bon, et pas dans vos sales cimetières de Paris, à côté d'un tas de mufles, qui vous font des protestations de dévouement quand ils ont envie de vous et qui ne viennent seulement pas vous voir quand vous êtes malade, et qui vous laisseraient crever toute seule dans votre coin.
BERNARD, essayant de rire.
Ah! permets...
IRMA, épuisée.
Ça n'est pas pour toi que je dis ra!... Tu es encore le plus propre de tous, toi... Mais, quand tu
me parles de m'emmener à Nica, sur la promenade des Anglais... eh bien! non, là! vrai, tu sais, moi;, ça me fait monter!... (Kiie est prise d'une
quinte de toux qui lui arraelie des plaintes.) Oh là!,.. BERNARD, qui la soulève.
Irma! ne te fâche pas!... Et ne tousse pas comme ça surtout... Je n'ai pas voulu te faire de peine, tu le sais bien. ..Je ne demande pas mieux, moi, que de t'emmenor chez toi, pourvu que tu guérisses, et que tu ne me trompes pas avec ton cousin Florent!...
IRMA., à travers sa toux.
Ne dis donc pas de bêtises, tiens !... et donne moi une cuillerée de ça, veux-tu?
Elle lui montre un flacon.
BERNARD
Oui.
Il vient à la table.
IRMA
Oh ! que j'ai mal dans le côté !... Oh ! là...
BERNARD
Tiens, bois!
Il l'aide.
IRMA
^lerci ! . . .
Elle s'( tend, geignant faiblement.
nl'.UN.VUD, ({ui revient à elle.
Ca va mieux?
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IRMA, se redressant.
ïais toi!... Ecoute!... (eIIc montre rantichambre
où l'on entend tourner une clef.) C'est Briant ! ...
(Elle lui parle à travers la porte.) — Briailt ! Tll aS
une lettre?
BRIANT, du dehors.
Oui!
Elle entre et la montre