F LOUE N T
Lui? Comment oses-tu dire ça?
GAMAUD.
C'est le patron du Lion d'Or qui l'a conduit.
Quoi?
GAVOTTE
Et qui l'a vu monter dans le wagon où Irma l'attendait.
FLORENT
Il l'a vu ?
OAMABD.
Il te le dira quand tu voudras.
FLOUEXT.
Pourquoi ne me l'a-t-il pas dit ce jour-là? ni lui, ni vous?
GAMAUD.
Il n'y aurait pas fait bon ! Tu ne voulais rien entendre.
FLOUENT.
Ah ! stupidel A Coulanges où j'avais été la chercher!... Vous voulez bien redoublera
MÉLIR.
Laisse t que je serve, alors.
FLOUENT.
Oui, mais remplissez les verres au moins 1... Et elle prônait ses grands airs!... Qu'elle n'admettait pas qu'on l'espionne!... A Coulanges!... Et qu'il faisait un coude exprès pour prendre de ses nouvelles. Même, qu'elle était assez contrariée de sa venue, qu'on aurait pu mal interpréter... (s'auimaui à rire.) Et j'ai cru tout ça!...
MÉLIE
l'^h bien? maintenant que tu la connais...
FLOKENT, lui arrachant la Ijouleille.
Gomme çn, vous ne m'en versez pas à moi?
mi';lie.
Florent! je t'en prie!
FLORENT, cxui se verse à boire.
Et je ne l'ai pas prise, cette lettre qu'elle avait cachée en me voyant arriver! Et je l'ai laissée partir avec cet homme, qui était déjà son amant, c'est certain!... qui l'est encore, puisque tu les as vus s'embrasser dans la voiture !
GAMARD
Je ne les ai pas vus s'embrasser.
FLORENT, élevant la voix.
Naturellement! puisque son chapeau les cachait!
MÉLIE
Mais, encore une fois, qu'est-ce que ça nous fait tout ça ?
GAVOTTE
Dame! Y a-t-il de quoi se mettre en fantaisie?
Qu'elle fasse d'elle ce qu'elle voudra, elle est bien libre, et ça nous est bien égal!
FLORENT, emporté, narquois.
Evidemment, elle est bien libre ! Evidemment, ça m'est bien égal!...
232 L'AUBERGE DES MARINIEllS
G.VMARD.
Eh bien! alors?
FLOURXT.
Ce que je ne peux pas admettre, c'est d'avoir été joué comme ça I
MÉLIE
Tu n'étais pas le seul !
FLORENT, se reprenant à rire.
Ce qu'elle a dû se fiche de moi, quand elle a été dans ce wagon !
MÉLIE
Si elle s'est fichue de toi et de nous, c'est tant pis pour elle!
GA.MARD
Dame I
MÉLIE
Et puis, en voilà assez, en voilà trop sur ce sujet-là !
(( Chez toi!... » Et chaque fois qu'elle se donne à lui...
MÉLIE
Hein '?
FLORENT, avec un grand geste.
Voilà ce qui me passe, tenez!...
MÉLIE, bien en face.
Quoi? qu'est-ce que tu vas dire encore?...
FLORENT
Je ne dis rien que je n'aie le droit de dire!... Alors ça ne vous révolutionne pas, vous, de penser qu'elle recommence sa vie d'autrefois, que ce garçon, qui a eu l'aplomb de venir la chercher ici, rit de vous et de moi dans ses bras!...
MÉLIE
Florent !
FLOUENT, égaré, l'œil fixe, effrayant.
Dans ses bras ! les yeux sur ses yeux, les lèvres sur ses lèvres... Ahl maudits !
Louiso, qui n'a cessé de le regarder, se laisse tomber sur uu siège, accablée. Un silence. Tous, saisis, se sont écartés de Florent, qui reste immobile, secoué de frissons. *
MÉLIK, doucement.
Florent ! n'as-tu pas honte de te donner ainsi en spectacle ?
FLORENT, sortant de sa torpeur.
Moi ! Qui est-ce qui vous parle à vous ? Pourquoi restez-vous là ? Donnez-leur donc leur bannière, puisque c'est là ce qu'ils viennent chercher, et laissez -moi tranquille, tous!...
GA:\rARD, s'approchant.
Florent!
FLOUENT, violemment.
Toi surtout!
LOUISE, à nii-voix.
Laissez-le ! je vous en prie. . . Quand il est comme ça, il vaut mieux le laisser seul...
GAMARD
Vous avez raison, (a MéUe eu passant dans l'auberge, bas.) Mais a-t-on idée ?
Tous sortent silencieusement par la gauche.