‹ L'auberge des mariniers; drameChapitre 69 sur 72 · TU MA · texte numérisé non relu

TU MA

Si, je t'ai aimé. Un moment. Je t'en ai donné assez do preuves!... Est-ce ma faute à moi, si je ne t'aime plus?...

Ah?

lUMA, vciiniil à lui.

Si je t'en ai toujours voulu de m'avoir exposée aux reproches de ta femme, aux fureurs de sa mère, et de n'avoir su ni me défendre ni me suivre? Est-ce ma faute si je te déteste? Là!... Es-tu content? Faut-il encore te le répéter ?

FLOUENT, la voix sourde.

Inutile. Je m'en suis rendu compte, il y a longtemps. Il y a longtemps que je me dis : « Elle m'a aimé parce que je me suis trouvé là, comme elle en aurait aimé un autre, et elle n'a pas été plus tôt partie qu'elle s'en est voulu, et à moi aussi. » Tu vois que jeté connais!... Et, faut-il que je sois lâche? Je me dis tout ça, et je t'aime tout de même.

l II M .V .

Ce qui me passe, c'est que, tout en te disant ça, tu te sois liguré... ({uoi? Qu'est-ce que tu t'es

figuré en(in?... Qu'en te voyant, j'oublierais tout, et que nous allions recommencer la blague de làbas?

Est-ce que je sais, ce que je me figurais? Et les résolutions que j'avais prises en partant, et les projets que je roulais en route? Ce que je sais, c'est qu'à mesure que j'approchais, je sentais ma colère se refroidir. Et maintenant que je suis ici, maintenant que je te vois, je me demande si je ne me suis pas menti à moi-même, si je ne venais pas tout simplement pour te revoir, pour t'entendre, pour te respirer encore... Car, j'ai beau me dire que tu ne m'as pas aimé longtemps, il y a une chose dont je ne peux pas douter, c'est que tu m'as aimé une heure. Et cette heure-là t'a suffi pour prendre possession de moi... J'ai beau faire tous mes efforts pour t'imaginer telle que tu es devenue; je n'y arrive pas. Même ici, à travers l'Irma orgueilleuse et méprisante que tu affectes d'être, c'est l'Irma de là-bas que je revois. Tu ne vis pour moi que sous cette forme, toujours présente ! C'est comme une hallucination, c'est du délire! Et, je le sens bien, c'est incurable! Je te tuerais que ça ne me guérirait pas!... Je ne guérirai qu'en mourant! Et encore, je n'en sais rien.

Irma l'a écouté, d'abord inquiètp, puis souriante.

2'i4 L'ai: BERGE des mariniers

lUM.V, revoiuie à la cluMiiiuée.

Alors?

Madamo Briant l'cpnraît à gauclio.

M.VI)A:\rH BIII.VXT.

La voiture est en bas, et il est deux heures et demie !

nni.v.

C'est l)ien. J'y vais. (hUi' la congédie du g-oste ; madame Bi-iaiit soi-t par la gauche.) Tu ne sais pas ce que tu vas faire?... ïu vas la prendre, cette voiture, et retourner à la gare.

FLORENT, épuisé.

Tu veux?

IKM.V, venue au-dessus de lui.

Tu aimes mieux attendre que ta femme vienne te cho relier?

FLORENT, sursaute.

Gomment?

IRM.\, pressante.

Qui sait si elle ne t'a pas suivi? Elle en est bien capable, t'aimant comme elle l'aime !...

F LO RIO NT, comme à lui-même.

C'est vrai !

Page 1