‹ L'auberge du mondeChapitre 3 sur 10 · IDA ET CA&XSUTA S · texte numérisé non relu

IDA ET CA&XSUTA S

— Demain?

Ces deux exdamations échappèrent en môme tempe au prince et à la eomtesse.

Quant à Carmelita, elle ne dit rien, maia elle attacha sur le eolonel un long regard qui fit baîMer les yeux à celui-«i.

Pour échapper à l'embarras que ee regard de Carmelila lui eauaait, il se jeta dans des explications sur son départ, arrêté depuis longtemps^ dit-il, et qui ne pouvait être différé.

Si, au lieu de tenir les yeux baissés en parlant il les avait levés, il aurait pu voir que le prince lançait un coup d'œil à sa s<eur et à sa nièce pour leur im* poser silence.

Les paroles qui semblaient prêtes à sortir de leurs lèvres s'arrêtèrent, et le prince lui-mèflie n'ajouta pas un mot à soa exclamation, qui lui avait échappé, sous le coup de la surprise.

Puis presqu'aussitôt, prétextant la fatigue, il demanda au ccdonel la permission de conduire la comtesse à sa chambre.

Dans son état, elle avait besoin des plus grands ménagements.

Et tout bas il dit au colonel que la pauvre femme était bien mal et qu'un excès de fatigue pouvait la tuer.

En mentant Fescalier, il prit le bras de la comtesse, et plusieurs fois il tourna la tête vers le colonel, qui venait derrière lui avec Carmélite, comme pour lui faire remarquer combien était faible la comtesse. 11 était impossible de montrer plus de tendresse et plus de sollicitude, il était le meilleur des frères*

S'il û'ayait pas élé prévenu, le colonel n'aurait pas remarqué le plus léger changement dans la com« tesse ; elle paraissait être aujourd'hui dans l'état où il l'avait quittée à Paris, ni plus faible ni plus forte.

Cependant ces soins de la part d'un homme comme le prince, ordinairement peu tendre aux autres, in* diquaient une situation grave.

Aussi, de peur de la déranger par le bruit, ne se fit-il pas servir à dîner dans sa chambre ; pour la première fois, depuis qu'il était à l'hôtel, il descendit ^ans la salle à manger.

C'était la première et ce serait la dernière , car il était bien décidé à partir le lendemain, comme il l'avait annoncé.

Où irait-il ?

Ce qu'il voulait, c'était la solitude.

Et aux Diablerets, à Champery, au val d'Anniviers, au col du Johc, dans l'Engadine, il la trouverait sans doute plus facilement qu'au Glion.

En tous cas, si cette solitude n'était point absolue, il serait là avec des inconnus, dont il ne prendrait point souci, pas plus qu'il ne l'avait pris en rencontrant les regards curieux des pensionnaires du Rigi.

Ce qu'il voulait, c'était n'être point ex/)osé à rencontrer dix fois, vingt fois par jour, le prince Mazzazoli ou Carmelita ; car en les apercevant, ce n'était point eux qu'il voyait, c'était Henriette.

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Ce que le colonel eût voulu savoir et ce qu'il se demandait curieusement, c'était pourquoi le prince était venu au Glion.

Il n'avait point oublié, bien entendu, ce que madame de Lucillière lui avait si souvent répété à propos des projets du prince et de ses espérances matrimoniales.

Il se pouvait donc très-bien que ce voyage au Glion n'eût pas d'autre but que l'accomplissement de ces projets et la réalisation de ces espérances!

Sachant ce qui s'était passé avec madame de Lucil^ lière,"le prince avait trouvé que le moment était favorable pour mettre Carmelita en avant et la présenter comme une consolatrice.

Alors la "ïnaladie de la comtesse Belmonte n'était qu'un prétexte pour expliquer ce voyage.

Il faut dire que le colonel n'était nullement disposé à rinfatualion, et que de lui- môme il n'eût très-pro-

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bablement jamais imaginé qu'on pouvait courir après lui pour le marier avec une jolie ûlle. Mais madame de Lucillière lui avait si souvent parlé de ce projet du prince, que le souvenir de ces paroles ne pouvait pas ne pas [l'inquiéter en présence d'une arrivée si étrange.

Seulement, pour que cela fût possible, il fallait deux choses :

D'abord que la comtesse de Belmonte ne fût pas malade,

Ensuite que son séjour au Glion eût été révélé.

Par qui, comment avait-il pu l'être ?

Ses recommandations à Gaston de Pompéran avaient été telles, lorsqu'il lui avait écrit pour liquider son association avec ]e marquis de Lucillière, qu'il y avait certitude qu'une indiscréUon ne pouvait pas avoir été commise de ce côté«

Mais Horace?

Il le fit appeler et l'interrogea^

— Depuis que nous sommes en Suisse, aâ-tu écrit à Paris?

— Non, mon colonel; vous me l'aviez défendu j et, malgré toute l'envie que j'avais d'écrire, je ne l'ai pas fait. Je ^e vous cacbe pas que cela a été dur, mais je vous ai obéi.

Le colonel resta en présence de la question qu'il s'était posée : son séjour au Glion avait-il été connu du prince Mazzazoli, et cette connaissance avait-elle déterminé le voyage de Carmelita?

Mais en ce moment il était assez difficile de trouver une réponse précise à cette question.

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Ebfi tout cas, il n'y avait pour lui qu'une chose à faire.

Quitter le Glion.

Lorsqu'il monta à sa chambre, il était donc parftitement décidé à partir.

Il ouvrit sa porte avec précaution et il marchait doucement en évitant de faire du bruit, de peur de déranger ses voisines, lorsqu'il entendit frapper quelques petits coups à la cloison.

En même temps, une voix, — celle de Carmelita, — rappela.

— Colonel, c'est vous, n'est-ce pas ?

On parlait contre la porte qui mettait les deux chambres en communication intérieure et qui, alors qu'il occupait ces deux chambres, restait toujours ouverte.

Il s'approcha de cette porte, et répondant :

* — Oui, c'est moi, dit-il.

— Je vous ai bien reconnu aux précautions que vous preniez pour ne pas faire de bruit ; ne vous gênez pas, je tous prie. C'est moi qui suis votre Voisine. j'ai le sommeil bon ; quand je dors, rien ne me réveille. Bonsoir.

— Bonsoir.

Comment? il serait exposé tous les soirs à des dicUogues de ce genre ; à chaque instant dans le jour, il verrait Carmelita ! Ah I certes non, et le lendetnain il quitterait le Glion.

C'était le plus simple et aussi le plus sûr.

Ils ne le rejoindraient pas sans doute sur les soiûmets de TEngadine ou de la Bella-Tola.

Le lendemain matin, comme il sortait de sa cbafn^

bre^ il troviva dans le vestibule le prince Mazzazoli qui se promenait en long et en large.

Le prince levé à une heure si matinale, cela était bien invraisemblable. Que se passait-il donc d'extraordinaire ?

Le prince se chargea lui-même de le renseigner h ce sujet.

— Auriez-vous deux minutes à me donner ? demanda-t-il en serrant la main du colonel.

— Mais tout ce que vous voudrez.

Et le prince le prenant par le bras, Femmena dans le jardin.

— Connaissez-vous Champéry? demanda-t-il ; j'entends, y ôtes-vous allé?

— Non.

— Et les Diablerets?

— Je n'y suis pas allé non plus.

— Et le val d'Anniviers ?

— Je ne le connais que par les livres.

— Voilà qui est fâcheux. J'avais compté sur vous pour me tirer d'embarras : les livres, les guides> c'est parfait, mais dans notre situation ce n'est pas suffisant.

Avaient-ils donc l'intention de le suivre ? Il ne put pas retenir une question.

— Et que vous importe Champéry ou le val d'Anniviers?

— Il faut être franc, n'est-ce pas? D'ailleurs je voudrais ne pas l'être, que cela me serait impossible. Je vous demande des renseignements sur Champéry et les Diablerets, parce que mon intention est d'aller

aux Diabler ets, ou à Champéry, ou au yal d'Anniviers, enfin dans un pays où , ma pauvre sœur trouvera les conditions atmosphériques qui lui sont ordonnées ; et si je choisis ces pays, c'est parce qu'ils ne sont qu'à une courte distance du Glion.

— Mais le QUon lui-môme?

— J'avais choisi le Glion, parce que je le connaissais et que je savais que c'était la station par excellence pour ma malheureuse sœur. Mais nous ne pouvons pas rester au Glion. Vous m'avez demandé d'ôtre franc, je veux l'être jusqu'au bout. Avec une bonne grâce parfaite, avec un élan spontané, vous avez bien voulu nous céder vos chambres ; mais il est bien évident que notre présence vous gène.

— Comment pouvez-vous penser?

— Je ne pense pas, je suis certain. Pour des raisons que je n'ai pas à examiner, vous désirez être seul; notre voisinage vous incommode et vous trouble. Alors vous partez. Eh bien, mon cher colonel, cela ne doit pas être. Ce n'est pas à vous de partir, c'est à nous de vous céder la place.

— Permettez...

— Je vous en prie, laissez-moi achever. Nous sommes ici dans des conditions tout à fait particulières. Si vous n'aviez pas habité cet hôtel, nous n'aurions pas pu nous y faire recevoir. Nous ne sommes donc ici que par vous, par votre complaisance. Eh bien, mon cher colonel, il serait tout à fait absurde que vous fussiez victime de votre complaisance. Nous vous gênons; vous désirez la solitude, que vous ne pouvez plus trouver, nous ayant pour voisins. Nous

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BOUS en allons : rien n'est plus simple, rien n'est plus jHSte. Yoilà pourquoi je vous demandais des renseignements sur les hôtels des environs^ pensant que Vous les connaissiez et ne voulant pas me lanoer à l'aventure avec une malade.

— Jamais je n'accepterai ce départ.

-^ Bt moi^ jamais je n'accepterai le vôtre.

•^ Mon intention n'était pas de rester au Glion.

•*- Slle n'était pas non plus d'en partir aujourd'hui. De eelâi je suis bien certain j j'ai interrogé Horaoe, qui ne savait rien, et qui assurément eût été prévenu si votre départ avait été arrôté avant notre arrivée.

Le colonel demeura assez embarrassé. Il ne lui convenait pas en effet de reconnaître qu'il quittait Thôtel pour fuir la présence du prince et de Carmelita : c'était là une grossièreté qui n'était pas dans ses habitudes, ou bien c'était avouer sa faiblesse pour madame de Lucillière, ce qui le blessait dans sa pudeur d'amant malheureux.

— Je vous affirme^ dit-il après un moment de su lence, que je ne comptais pas prolonger mon séjour ici longtemps encore.

— Longtemps encore, je l'admets; ce que je n'admets pas, c'est votre départ immédiat.

— Devant partir un jour ou l'autre, il est bien naturel cependant que je vous cède tout de suite une chambre gui vous est indispensable, car vous ne pouvez pas rester dans le trou où vous avez passé la nuit.

— Un jour ou l'autre, je vous le répète, je comprends cela ; ce que je ne comprends pas, c'est aujourd'hui. Ainsi, voila qui est bien entendu : si vous

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persistez dan» votre intention de partir ce soir, c'est nous qui partons ce matin pour lesDiablerets ou pour Ghampéry, peu importe ; si au contraire vous restez pour quelques jours, nous restons, nous aussi, tout le temps qui sera nécessaire pour la santé de ma sœur.

Quelques jours !

Cela au surplus ne l'engageait pas à grand'chose ; sortant le matin de bonne heure, rentrant le soir tard, il ne verrait guère le prince et Carmelita. Dormir auprès d'une jeune fille, si belle qu'elle fût, n'avait jamais été dangereux.

Voilà comment, après avoir décidé de partir, il ne partit pas.

Précisément parce qu'il était bien décidé à ne pas faire maintenant long séjour au Glion, le colonel Chamberlain pensa qu'il devait renoncer à son excursion habituelle.

Il n'était pas convenable de fuir le prince Mazzazoli^ le jour môme de son installation dans un pays qui lui était à peu près inconnu.

Et, dans les termes où ils étaient, la politesse exigeait qu'il se mit à sa disposition.

Il ne sortit donc point ce jour-là.

Ou tout au moins il ne sortit pas seul, pour s'en aller comme à l'ordinaire courir la montagne.

Gomme il avait été dépossédé de la chambre dans laquelle il prenait ses repas, il dut déjeuner dans la salle à manger commune.

Au moment où il allait entrer dans cette salle, il se rencontra avec le prince, et celui-ci lui proposa de

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prendre place à la table qu'il s'était fait réserver, au lieu de s'asseoir à la grande table.

Il se trouva donc placé entre la comtesse et Carmelita, et, au lieu de lire tout en mangeant, comme il en avait l'habitude lorsqu'il était i^eul, il dut soutenir une conversation suivie.

Il avait une crainte assez poignante, qui était que la comtesse ou Carmelita vinssent à parler de madame de Lucillière ; mais le nom de la marquise ne fut même pas prononcé, et, comme s'il y avait eu une entente préalable pour éviter les sujets qui pou* valent le gêner, on ne parla pas de Paris.

La comtesse ne s'occupa que de sa maladie, et Carmelita que du pays dans lequel elle allait passer une saison.

Elle montra même tant d'empressement à connaître ce pays, que le colonel se trouva pour ainsi dire obligé à se mettre à sa disposition pour la guider après le déjeuner.

— Nous commanderons une voiture, dit le prince, et nous emploierons notre après-midi à visiter les villages environnants.

Cet arrangement n'était pas pour plaire au colonel, mais il ne pouvait guère le repousser.

D'ailleurs il ne se laisserait pas entraîner bien loin, puisqu'il partirait dans quelques jours.

Pendant que la comtesse et sa fille allaient revêtir une toilette de promenade, le prince prit le colonel par le bras et Temmena à l'écart.

— Est-ce que vous avez reçu des lettres de Paris depuis votre départ? demanda-t-il.

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-i-Non.

-^ Alors vous ignorez l'effet que ce départ a produit?

C'était là un sujet de conversation qui ne pouvait fltre que très-pénible pour le colonel ; il ne répondit donc pas à cette question.

Mais le prince continua :

«^ Personne ne s'est mépris sur les causes qui ont provoqué votre brusque détermination.

Le colonel leva le bras, comme pour fermer la bouche au prince ; mais celui-ci parut ne pas comprendre ce geste.

^ Et tout le monde vous a approuvé, dit-il ; il n'7 a qu'une voix dans tout Paris.

Pisant cela, le prince Mazzazoli tendit sa main au colonel comme pour joindre sa propre approbation à celle de tout Paris.

Là situation était embarrassante pour le colonel. Que signifiaient ces paroles ? Pourquoi et à propos de quoi l'avait-on approuvé? C'était une question qu'il ne pouvait pas poser au prince cependant.

— Je vous dirai entre nous, continua celui-ci, que madame de Lucillière elle-même n'a pas caché son sentiment.

Ce nom ainsi prononcé le fit pftlir et son cœur se serra, mais la curiosité l'empêcha de s'abandonner à son émotion.

— Quel sentiment ? se demandà-t-il. Qu'a-t-elle pu faire ? qu'a-t-elle pu dire ? Avait-elle donc parlé ellemême de leur rupture? alors comment Pavait-elle expliquée ?

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Si pénible que lui fût ce sujet, il ne lui était plus possible de ne pas l'aborder.

— Quel sentimeat? demanda-t-il.

— Mais celui qu'elle a éprouvé en apprenant votre départ. D'abord, quand on a commencé à crcâre que Youfi aviez véritablement quitté Paris, on a été fort étonné ; tout le monde avait pensé qu'il ne s'aj^ssail que d'mLB excursion de quelques jours. Mais, en ne vous voyant pas revenir, on a compris que c'était au contraire un vrs4 départ* Pourquoi ce départ ? C'est la question que chacun s'est posée, et, diez tout le monde, la réponse a été la même.

Sur ce mot, le prince Mazzazoli fit une pause et regarda le c(4onel en se rapprochant de lui.

-~ Trouvant votre responsabilité trop gravement compromise dans votre association avec le marquis de Lucillière, vous vouliez bien établir que vous n'é* tiez pour rien dans les paris engagés sur Voltigeur,

Le colonel respira : Tesprit et le cœur remplis d'une seule pensée, il n'avait nullement songé à cette explication, et il avait tout rapporté, dans ces paroles à double sens, à madame de Lucillière.

— Un jour que l'on discutait votre départ mystérieux dans un cercle composé des fidèles ordinaires de la marquise, le duc di^Mestosa, le prince Seratoff, lord Fergusson, madame de Lucillière affirma trèsneltement que vous aviez bien fait de quitter Paris. a Le colonel est un homme violent^ dit^f^Ue, un caractère emporté ; il eût pu se fâcher en entendant les sots propos qu'on colporte sur les gains extraordinaires de VoltigeuTy et avec lui les choses seraient

assurément allées à rextrôme. Il a voulu se mettre dans rimpossibllité de se laisser emporter; je trouve qu'il a agi sagement. » Vous pensez, mon cher ami, ti ces paroles ont jeté un froid parmi nous. Personne n'a répliqué un mot. Mais, la marquise s'étant éloignée, on s'est expliqué, et tout le monde est tombé d'accord sur la traduction à faire des paroles de madame de Lucillière. Évidemment la femme ne pouvait pas accuser le mari franchement, ouvertement; mais, d'un autre côté, l'amie ne voulait pas qu'on pût vous soupçonner de vous associer aux procédés du marquis. De là ce petit discours assez obscur, en apparence, mais au fond très-clair. Qu'en pensez-vous?

Le colonel ne répondit rien, car ce qu'il pensait, il ne lui convenait pas de le dire.

— Ainsi, mon cher colonel, continua le prince, personne n'a eu un moment de doute sur les causes de votre départ, et tout le monde vous a approuvé. Vous auriez donc pu vous dispenser d'afQrmer votre rupture par la mission confiée à notre ami Gaston de Pompéran. Ce n'est pas que je vous blâme, au moins, je comprends très-bien que vous n'ayez pas voulu partager devant le public la responsabilité des agissements du marquis, et que par conséquent vous ayez tenu à ce que tout le monde sût bien que vous n'étiez plus son associé dans son écurie de course. Seulement le coup a été rude pour ce pauvre marquis, et, quand Gaston a annoncé tout haut — vous savez comme il dit les choses — - qu'il avait reçu un pouvoir de vous pour procéder à la liquidation de votre association avec le marquis, ç*a été un véritable débordement

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contre ce pauvre marquis, qui m'a vivement peiné. Heureusement il n*est pas homme à baisser la tôte ou à perdre son sourire; il a fait contre fortune bon cœur, et, en somme, je crois que tout finira pour le mieux. En tout cas, pour vous, je le répète, il y a eu approbation générale, et je suis probablement le seul qui ait regretté les instructions données par vous à Gaston; mais cela tient à ma vive amitié pour le marquis. J'aurais voulu le ménager. Comment? me direzvous. Je n'en sais rien, et je comprends très-bien que vous ayez cédé à des considérations d'un ordre plus élevé, et pour vous d'une importance capitale.

Ainsi la marquise n'avait pas craint d'expliquer leur rupture en jetant la suspicion sur son mari. « Ce n'est pas avec moi qu'il a rompu, avait-elle dit; c'est avec M. de Lucillière. »

Ce fut pour le colonel une blessure nouvelle, la plus douloureuse qu'il eût reçue depuis le jour où il avait lu ces horribles lettres.

Elle tenait donc bien à ménager la jalousie de ses fidèles, qu'elle ne reculait pas devant une pareille explication.

A ce moment, la comtesse Belmonte et Carmelita descendirent dans le jardin, prêtes pour la promenade, et Ton monta en voiture.

Le prince s'étant placé vis-à-vis sa sœur, le colonel se trouva en face de Carmelita.

Il ne pouvait pas lever les yeux sans rencontrer ceux de la belle Italienne, posés sur les siens.

La promenade fut longue et ils restèrent plusieurs heures ainsi en face l'un de l'autre.

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