‹ L'auberge du numéro troisChapitre 3 sur 18 · SCÈNE I Thibaut, Char lot · texte numérisé non relu

SCÈNE I Thibaut, Char lot

(Au lever du rideau, Thibaut est assis à la droite de la table et lit une gazette. Chariot balaye la salle.)

Thibaut (ôtant ses lunettes et fermant la gazette). Des malheurs ! toujours des malheurs ! c'est désespérant \... (Regardant dehors.) Je cré ben qu'la neige augmente, hein ! Chariot

Charlot.

Oui, not'père, et la tempête itou. Y va en faire un temps c'te nuit' !

Thibaut.

J'plains les ceusses qu'auront à voyager dehors... le temps leu s'ra pas prospice !

Charlot.

Ah ! mais à c't'heure, tout l'monde va dans le railroad ; c'est ben plus confortable, et ça va si vite !

Thibaut.

Même qu'ça va ben qu'trop vite !... Ça nous fait gros d'tort à nous aut'... les chars ça passe comme un'flèche... pftt !... et les voyageurs ne s'arrêtent plus aux aubarges !...

Charlot.

D'puis environ un'quinzaine il nous est v'nu qu'deux étrangers.

Thibaut.

Oui, et si ça continue, y va ben falloir fermer boutique !... C'est désolant !... J'viens d'iire dans la gazette que Pite Gagnon, d'Saint-Jean de Matha, a été obligé d'abandonner l 'commerce...

Charlot.

Vous m'dites pas ça, not'père ?

Thibaut.

Eh ! oui !... Y a pu rien à faire, par ici, dans not' ligne.... faudrait tenter fortune ailleurs... Pis dire qu'y a tieuques années ça allait si ben, la barre désemplisait pas d'ia journée... Que tout est donc changé aujourd'hui !

(77 se lève.)

Charlot {en balayant, arrive à la 'porte de droite). Oh !... oh !... Père, y faut qu'y soit arrivé quéque chose... le railroad qu'est arrêté dans la neige su'la traque, près du village...

Thibaut.

C'est y vrai %

Charlot.

Oui ; et même que j'vois t'un homme qui débarque des chars, avec un'valise, et qu'a l'air de v'nir de c'côté-ci» Si c'était un'pratique !

Ça n's'rait pas malhureux, et ça f'rait p't'être virer la mauvaise chance qui nous accâble î...

Charlot (s'adresant à V étranger qui chemine, .vers l'auberge).

chant :

Noble étranger qui dirige tes pas

Vers notre auberge où nous t'ouvrons les bras,

Sois bienvenu ? Car la noire déveine,

Qui nous poursuit depuis une quinzaine,

S'envolera peut-être à ton aspect

Et s'enfuira loin d'ici à jamais.

Presse tes pas, voyageur intrépide ! \ ^.

Car l'on t'attend dans notre auberge vide, i „

Thibaut (pendant le chant a fait mine d? arranger les meubles en scène. A la fin du chant, il regarde dehors et dit :) Le v'ià !... il arrive icitte !

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