SCÈNE IL
Les mêmes, Jean.
J ean (une valise à la main ; son habit est couvert de neige). Bonjour, m'sieu !... C'est-y icitte l'auberge du liméro Trois 1
Thibaut.
Oui, ni'sieu, pour vous sarvir ! Chariot ! débarrasse don' m'sieu d'sa valise, et avec l'ptit balai, ôte la neige de d'sus son capot !... Assisez-vous, m'sieu ! {Il lui présente une chaise, qu'il approche de la cheminée à droite.) T'nez ! v'nez vous chauffer.
Jean.
J'ons d'mandé la meilleure au barge d'ia place, et on m'a dit que c'était c't'elle cite !
Charlot {à part).
J'cré ben, c'est la seule qu'y a ! (77 ôte la neige de dessus l'habit de Jean.)
Thibaut.
Q'est-ce que les chars ont don' ? Ils sont-y bloqués par la neige, et pus capables de marcher %
Jean.
Non ; y paraît qu'c'est yinque un accident à la engine. Y sont après réparer ça !
Charlot.
Comptez-vous r'partir dans c'train-là ? ou ben, vous aimeriez pas mieux passer la nuit' dans not'maison 1
Jean.
J'vas r'partir avec les chars dans un' heure, mais comme j 'voulais m'dégourdir, et surtout, comme mon flasque était vide, je m'suis informé pour sa'oir s'y n'y avait pas d'aubarge dans les alentours pour l'faire remplir. On m'a renseigné su' la vôt', et j'suis v'nu.
Thibaut.
Quoiqu'on l'a pas coutume d'en vendre à la mesure, pour vous obliger on vous r'fusera pas. Faut ben faire quéque chose pour vivre ! Qu'est-ce qui vous faut ?
Jean.
Avez-vous du bon whiskey blanc qui vous picote dans la gorge quand on l'envale !
Thibaut.
D'ia vraie étoffe du pays !...
J ean (tirant une petite cruche de sa valise).
Eh ! ben ! v'ià mon flasque ! Eplisez-moé don' ça L.
Thibaut (à Chariot).
Ça un flasque 1 On appelle ça un' cruche par icitte ! C'est égal ! on va vous l'emplir. Chariot, vas-y ! (Charlot sort et revient peu après avec la cruche.)