SCÈNE III
Thiibaut, Jean.
Jean.
A c't'heure, m'sieu Thibaut, on pourrait-y avoir à manger?... J's'rais pas fâché de m'mettre quéque chose sous la dent. Les chars peuvent ben encore stocker en ch'min avant que j'sois rendu chez nous, et j'aurai p't'être pas un' autre chance de m'ravitailler !
Thibaut.
Restez-vous ben loin, sans vous commander 1
J EAN.
J'restais à Lynn, dans l'Etat de Marche-à-Suzette (Massachusetts), mais comme les affaires sont dull (1) depuis un' escousse et qu'ils ont pas l'air à reprendre, j'm'en r' viens au pays. Ma famille est r' venue avant moé ; elle est à St-Gabriel, proche du lac.
Thibaut.
Ah ! oui ! j 'connais ça ; c'est un beau pays. Jean.
Oui, et c'est là ousque j'm'en vas. Pour vous dire le vrai, j'su pas fâché de r'voir le Canada : j'commençais à en avoir assez des Etats et des Amérinquins !
Thibaut.
Ah ben1?... Pourtant y en a qui disent qu'on gâgne là-bas ! qu'c'est un beau pays, et qu'les places de toutes sortes manquent pas ?
Jean.
Quand l'ouvrage va, c'est ben correct ; pour des places, y faut travailler dans les fac'tries, et en faisant du overtime on l'a un salaire raisonnable. Moé, j'étais dans un' fat 'trie de laine ; j'étais spinneur.
Thibaut.
Spinneur ?... Quoi s'que c'est quça ?
Jean.
Un homme qui spinne !
(1) Prononcez : dolle !
Thibaut.
Escusez !... j 'comprends pas plusse !... spinne ! ça rime avec pine, mais on sait qu'c'est pas pareil...
Spiimeur ! c'est comme qui dirait un homme qui file d'ia laine !