OBSERVATIONS PERSONNELLES
Il y a déjà plus de dix ans que j*ai eu l'occasion d'observer pour la première fois, chez une de mes clientes et amies, M"*^ H., des faits de pseudophotesthésie. Cette dame , que jo voyais fréquemment, me parlait très souvent des sensations secondaires éprouvées par elle. Mais, absorbé alors par d'autres rIScherches, je néj;li;;eai (réludier le cas, et pendant longtemps je n*y pensai plus.
Voilà que dans les premiers mois de cette année 1800, une seconde cliente me déclara éprouver des sensations analogues. Stimulé par les observations publiées depuis quelque lemps sur ce sujet, et par ce deuxième cas qui s<* présentait à moi, je me promis d*en faire 1 observation détaillée et de Fétudier sérieusement.
Mais, le médecin propose... et les clients disposent.
De sorte que la personne, ayant quitté le pays, je me
trouvai arrêté dès le début.
Cependant, mon attention était attirée sur ce point. Je me souvins alors de mon ancienne cliente, M"*' B.
qui, heureusement, résidait à Angers depuis un certain temps. J'eus bientôt Toccasion de la revoir, et elle m'apprit qu'elle éprouvait toujours les mêmes sensations chromatiques. Elle me dit aussi que sa mère, décédée depuis quelque temps, présentait des traces du même phénomène, et qu'elle a encore un frère et une nièce, fille de ce monsieur, doués de la même faculté d'association.
Mis en veine de recherches par ces quatre premiers cas, je continuai mes investigations, et ne tardai pas a en découvrir quatre autres au bout de peu de temps. Ceci me porte à croire, ainsi que quelques auteurs l'ont déjà exprimé, que ces faits sont plus communs qu'on ne le croit généralement, et qu'il serait facile d'en réunir un nombre assez considérable. Sans admettre comme normale, même pour l'Allemagne, la proportion de 12,5 pour 100, qui ressort des recherches de Bleuler et Lehmann, — leurs investigations ayant été faites dans des conditions spécialement favorables — , nous pensons que cha«iue contrée peut fournir une bonne moyenne. Ainsi, sur trois cent soixante-douze personnes que nous avons interrogées, nous avons rencontré treize cas. Nous faisons des vœux pour que
OHSKHVAIMINS |»KllSi)NNKM.KS \)[)
les recherches à venir soient assez étendues, sérieuses et complûtes pour éclairer, sous toutes ses faces, ce point obscur de la physiologie des sensations.
Nous avons dit physiologie. Le phénomène en question parait, en eflct, s*y rattacher dans la 1res grande majorité des cas, soit (|u*il provienne d*uiic impression- Habilité spéciale, d*un état particulier du système nerveux, d*une plus grande puissance d'imagination, ou d'une habitude* de tout colorer datant de Tenfance. En efTet, presque tous los sujets observés ont été notés comme i>arraitecnent constitués, sains de corps et d*esprit, et souvent même d'une culture distinguée. Sur les cent trenle-cpiatre cas réunis dans ce travail, trois sujefs seulement sont noirs comme présentant des troubles île Toreille ou du cerveau : le n* 75 de Hleuler et I^hmann, la dame sourde de FranceschinietGrazzi, et le client du D' Neiglicki ; encore leur état morbide ne peut-il être mis en cause.
La plupart des sujets que nous avons ol)sorv«'s possédaient leur faculté d'association depuis leurs plus jeunes annt*es, et l.i trouvaient toute n iturelle. Cependant, pour les drux cas de M"»« H. et de son frèrr, alurs qu'ils riaient eiif.uits, les divergences entre les couleurs riirtiuvée-^ p.u' «Mix N s iiitri^'uaientbeaucjup, et donnaient parfiûs li«'u à tir vivi»s rt «uriiMises discussions.
I^ plus grand nombre de nos sujets possédaient le
pouvoir de colorer les sons, mais principalement ceux de la parole, et dans la parole les voyelles, plutôt que les bruits et les sons musicaux. Quelques-uns seulement présentaient, soit le pouvoir de colorer la forme graphique des lettres, soit la faculté restreinte de colorer les noms propres. Chez tous, la sensation était subite, spontanée, et tellement liée à la perception objective première, qu il était impossible au sujet de séparer Tune de Tautre.
Nous avons soumis nos sujets à de nombreuses épreuves et contre-épreuves, tant pour obtenir les assertions de chacun que pour les contrôler, tant pour les sons musicaux que pour les sons vocaux. Dans ce dernier ordre de faits surtout, non content de noter les couleurs accusées par chaque sujet, pour chaque voyelle ou chaque lettre, nous l'avons interrogé sur un grand nombre de mots présentant, dans leurs syllabes : les uns, la répétition d'une même voyelle, comme irtwn', enfant, heureux, etc.; d'autres, des voyelles dilTérentes, comme Paris, Angers, etc. Et nous avons toujours contrôlé, dans un travail consécutif, lu concordance des sensations accusées pour les syllabes (les mots et leurs voyelles respectives, prises séparément.
Nous ferons remarquer que nous avons encore employé, pour cet examen, tantôt des termes abstraits, tantôt des mots concret:^, tantôt des mots capables de
<msmv\Th>Ns rKUsnNNKij.Ks loi
réveiller par eux-mûmes l'idée de ijuelque couleur, comme azur, r<»e, orange, etc. ; lanlôt des synonymes ; tantôt des nombres, écrits soit en lettres, soit en cliilTres. Nous avons trouvé que la voyelle était la principale cause efficiente, déterminante, de la couleur perçue.
De plus, nous avons eu Tidée do mettre sous les yeux du sujet, pondant Tépreuve, une bando d'étone colorée, afin de voir TelTet produit par la combinaison de la sensation colorée perçue mentalement, et de la couleur perçue objoctivoment par les yeux, dette épreuve nous a donné, cbez un sujet surtout, M. l'abbé F., quelques résultats vraiment curieux, ainsi qu'on le verra plus loin. Les bandes d*étofTc que nous mettions sous les yeux du sujet étaient assez <;i*andes et assez rapprochées pour embrasser tout le cliamp visuel. Elles ()résentiient respectivement les sept couleurs principales du spectre, plus le noir et le blanc.
Nous av(ms toujours demandé si l'image colorée était erirritiriséf* ou non, et nous avons [)rié la plupart des sujets de nous donner, par écrit, la relation des pseudo-sensations éprouvées par eux, la Taçon, aussi exacte que possible, dont elles étaient perçues, avec leur point dt* départ ou leur origine, autant qu'ils s'en {K)uvaient souvenir.
Kniin. nous les avons longuement interrogés sur les rorrélalions et réciprocités «prils auraient pu constater entre leui-s diverses perceptions sensorielles, sur leurs
antécédents personnels et de famille, sur les personnes qu'ils pouvaient savoir douées de la même faculté, etc., etc. Nous avons aussi pratiqué, dans chaque cas, un examen sérieux de Toeil et de l'oreille.
En résumé, nous avons fait, sauf oubli, toutes les recherches, pratiqué toutes les épreuves que nous avons trouvées décrites chez nos devanciers, et nous y avons ajouté toutes celles que nous ont suggérées les circonstances propres de nos observations, et que nous croyions de nature à éclairer les faits.
Passons maintenant au détail des cas.
Madame B«
PSECTMiPIIOTESTIIÉSIE d'oIUOINE ACOUSTIQUE.
C€tto (lame, î\frc'c de qiiarantoncuf ans, est d'une bonne ronstitution. quoii|UP un pou anémique et arthritique. Klle est trrs ncrveusi*. fort impn'ssioimable et jouit d'une s;inté exrollonte. LNril est un pou astijjmate ; néanmoins, la vue est bonn*». ot l'arnité visuoll»» correspond au n* 1 «II* l'iTln'llo d»' Siullon : le sens des couleurs est très dévelop|H». 1/oreille est parfaite, et Tacuité auditive normale.
D'un eararl«*re plutùt doux qu'irritable, douée d'une s^'Usibililé exqui^t». M"" II. est fort intellij^'onte et d'une culture inlelleetuellt' bien au-ilessus de la movenne. Elle aime pa>'-ionn»'int»nt la musique et e>t «railleurs excelb-iite mu>i« ieinie, sans être cependant une très forte exécul;inte.
Nous d«»vnns ajouttr que nous ne pouvons pas douter un s«^ul instant tle sa bomi»» f<»i. que nous avons toujours crue la plus entière : et r«'xamen attentif de ses réponses.
pendant les épreuves que nous avons pratiquées, n'a fait que confirmer notre opinion.
Aussi loin que remontent ses souvenirs. M™» B. se rappelle avoir toujours éprouvé les mêmes fausses sensations colorées, telles que nous allons les décrire.
Les sons vocaux Timpressionnent beaucoup plus que les sons musicaux. Ce sont les voyelles qui, chez elle, déterminent la couleur perçue ; quelques consonnes seulement la modifient légèrement. Nous devons faire remarquer que c'est le son seul des voyelles et des mots, entendu ou évoqué mentalement, qui éveille les images colorées. Les formes graphiques des mêmes lettres n'ont aucune influence sur la production du phénomène. C'est donc ici un cas de pseudophotesthésie d'origine acotAStique ou d'audition coloy^ée.
Voici les impressions de couleurs provoquées à l'audition, par les noms des différentes lettres :
I. « ( entendu, éveille une teinte bleue, ^ évoquémentalement^\mQ\jàï\i\jàh\WR. a r, I . ( ^'w^-, ne donne rien, z. Forme orapoiqae. , , , ( évoquée, ne donne rien.
De même â éveille une sensation de bleu foncé,
e — — gris terne,
é — — gris d'acier,
é — — gris verdàtre.
i — — rouge vif,
— — noir,
au — — noir violacé,
w — — jaune,
an — — bleu violacé,
in — — bleu rosé,
OBSKRVATIONS PKK80NNhU.ES
un éveille une sensation de jaune biche,
eu — — gris sale,
on ' - — gris sale,
014 — — brun,
oi — — teinte difficile à définir ;
d et t éclaircissent la couleur des voyelles,
p répaissit,
r y ajoute un reflet métallique.
lies mots présentent des images colorées diversement, suivant leurs voyelles composantes et les quelques consonnes influentes, s:ins que leur signilication ait aucuue action sur la couleur éveillée.
Ainsi, midi
est
rouge vermillon.
respect
gris.
enfant
bleu.
plainte
jaune citron.
zinr
jaune rouge(germed*œuf).
Paris
bleu et rouge très nets.
A ngers
bleu et gris sale.
Nabuchodonosor
noir avec de grandes raies
métalliciues vertes.
Ij^ nombres donnent une couleur qui correspond à la voyelle dont les mots sont formés.
Ainsi, un
est
jaune.
deux
brun de chevreuil.
trois
bleu.
quatre
bleu.
cinq
jaune.
six est rouge,
sept — gris,
huit — jaunâtre,
neuf — biche fauve, chevreuil,
dix — rouge,
onze — noir incertain,
douze — brun,
quinze — jaune,
vingt — jaune,
cent — bleu mêlé, brouillé,
mille — rouge.
Les noms des notes de musique suivent la même règle.
Les sons musicaux n'impressionnent pas le sujet aussi nettement que les voyelles et les mots. Les sons graves lui paraissent sombres ; mais, à mesure qu'ils s'élèvent vers les sons aigus, ils passent graduellement à des teintes plus clairos. Il en est ainsi, qu'il s'agisse de mélodie ou d'accords. Ceux-ci ne donnent rien de particulier. Les timbres ne paraissent pas influer sur la couleur de rimage.
Pour M»" B., chaque 7norceaic de musique^ chaque jxirtiUon a aussi sa couleur propre, ou sa teinte irénérale.
La 7nusique d'Haydn lui paraît d'un vert désagréable,
— — — Mozart est bleue, en général,
— — — Chopin se distingue par beaucoup de jaune,
— — — Tn/<//ze>'lui donne la sensation d'une atmosphère lumineuse, changeant successivement de couleur.
Dans la Cherav.chce des WaUujvies, de Wagner, tout le morceau lui paraît vert. Le dernier scherzo de Saint-
OB5KRVATION8 PKRSONNFJJ-K8 107
Saêns donne & M*' H. l'impression du rouge et du vert grisAtro : et, singulière coïnridenrc. ces couleurs sont préciâvnient celles que lÏMlitcur a employées dans le titre sur la couverture du morceau, où le mot scherzo est imprimé en rouge, et prccvdé d'un ornement vert.
Ces sensations do couleurs sont si intimement liées à l'audition ou au souvenir do chaque œuvre musicale, que M"* H. n»^ peut évoqurr Tune sans éveiller Fautre. Ces associations, [uissées en habitude, se manifestent d'une manièn* tellement imprrieuse, que cette dame fait relier ^•utes &es partitions suivant la teinte générale de chaque <ruvre, et qu'elle ne peut pas supporter que la reliure en soit «l'un»' couli-ur diiïérente.
Kile pen;<»it également hifu les rouleurs, soit les yeux ouverts nu fermés, dans l'obsiiirité ou en pleine» lumière.
>r»il enlin qu'elle «ntt-nth* le ^ou ou qu'elle Tévoque mOU-
t;il(Mnenl. Ain^i. au P'imir «lu fliéâtre. avant de céder au K^immcil, ell«* viijt, au viiivenir de la partition «ntendue. la gamme des rouleurs M- repriidiiireron^lammenl devant SOS vrux. suivant les iiinn'.aiix éviMjués.
I-es impressions MHit tivs nettes, bien détinies, et s<MnbIeni siéger dans la iv;:ion lYoniale. Loin de ct»nstiluer uiif gène, i»lle> ^^^\\\ pi»ur h* suj«'t une jouissance considéraMf.
M** lî. prè^i'nie quelques trae'> dautns asso<Mations --ensorit llt-^. Ain'-i. ertîiins monraux de mu^^iquo lui donn«ni un** inipro^ioii de rliaud. d'autres un** impression df fmid. t'riaiii^ .>on> lui occasionnent un certain ngaci>ment (!•■ la p«MU di ^ mains: d'autrt-s lui amènent Teau à la bonrlif. \:,\ musique d«' />o>» Jtf*in^ de Mozart, a la spéiialité dt* lui agact-r bs dents : ete.
Klle n')u> a dit «ju»» s,i mère, décéilée depuis plusieurs
années, était aussi douée de la môme faculté d'association. Elle a encore un frère, M' J., et une nièce de douze ans. M"' J., fille dudit frère, qui colorent aussi les sons de la parole. Nous allons donner ci-après dans cet ordre leurs observations respectives.
Madame «i.^ mère de M"^* R«
rSEUDOPilOTESTHÉâlË D'UIUGINE ACOUSTIQUE.
Cotte dame, de constitution solide, avait la vue tri^s bonne. On pourrait on dire autant de louîe, n*était que depuis V'X\;^c de cinquante ans, elle éprouvait des troubles auditifs consistant en un défaut d*orientation du son.
Il nous est impossible de rapporter en détiiil les particularités de ce cas. relie qui en fait Tobjet n*étiint plus. Nous (K>uvons «raillo'irs nous en passer, puisque, nous dit M** H., sa niére percevait pour lt»s différentes lettres, les mêmes t-oulcurs quVlK*-inénu\ sauf pour 17 qui lui donnait une sensation de jaune, et Vu, qui lui paraissait rouge.
Nous ne savons pas d'une manière certaine si le son des lettres ét;iit K* seul <*xritant «lu phénomène, à Texclusion des caractères graphiques ;mai^nouspou vous raisonnablement le supposer, et rroire qu'il en ét^iit. à cet égard, chez cette dame, romme il en est chez s;i fille, son 111s, et sa pctite- Ûlle. Nous rangeons donc ce «as dans la même catégorie que le premier, comme appartenant à la pscudophotcs' thcsie d'urighie arousiique ou awUiion colorée.
Monsieur J., firèrc de MP^^ B.
PSEUDOPHOTESTHÉSIE d'ORIGINE ACOUSTIQUE.
Ce monsieur, âgé de quarante ans, est lymphatique et très nerveux. Sans être bien fort, il jouit d'une santé suffisamment bonne. L'acuité visuelle est normale, etl'exameu oplitalmoseopique ne révèle rien de pathologique. L'audition est parfaite.
D'une bonne culture intellectuelle, et très au courant des choses de la musique, M^ J. n'a pas de profession, et occupe ses loisirs dans la promenade, la lecture, la peinture, le modelage, le dessin et la musique. Il aime passionnément celle-ci, et adore en particulier la musique de Wagner, qui lui donne la sensation d'une atmosphère lumineuse, variant successivement de couleur.
Depuis son enfance, il a toujours coloré les sons, et souvent, dans son jeune âge, des discussions survenaient entre lui et sa sa'rr, à cause de la divergence des sensations chromatiques que I«Mir faisait éprouver et accuser un même son. Nous nous plaisons à enregistrer ce fait comme une preuve de la sincérité de.s sensations accusées alors par les deux enfants, sensations qui n'ont pas varié depuis lors.
OBSERVATIONS PKHSONNKLI.E.s l l l
Comme sa sœur. M' J- est particulièremcut seusible aux sons vocaux. Les ^ons musicaux, du moins pris s<*part'^ment, ont peu craction sur ses sensations colorées. Itemarquons encore ici que c'est le son seul des voyelles et des mots, à Texclusion de leurs formes graphiques, de leur signification, etc., qui éveille Timage colorée. C'est donc un troisième cas de pseudoffhoiesih^sie (Voriyinc acoustique.
\m^ nuances de couleurs éveillées par les différentes voyelles et diplitongues étant souvent très difficiles à rendre par des mots. M' .1., qui s'ocrupe de peinture, avons-nous dit, a eu rexrellenle idée de composer %(ne palette des sensations rolorées éprouvées par lui a Taudition de ces lettres. Voiei les sens;itions qu'il jKîn.'oit, telles qu*il nous les a décrites dans ses déclarations, avant de les rendre par la peinture sur le curieux document que nous avons entre les mains.
... \ entendu, éveille une imaye bleue.
\ ' *' ( VVtiqUtK — —
I ^ r i- V '''<c, ne donne mvi,
' 2. lofBf araninf. ^ .
( et'ifquee, ne donne rien.
De même. *> donne une sensation de bleu foneé,
e — ^'li-^ jaunâtre (couleur de sable;,
é — tjris jaune assez clair (couleur
do STiblei, è — gris avec m(»ins de jaune (rou-
le ur de sable verdâtre', i — noir,
o — blanc légèrement rosé,
au — bleu.
" vert jaune (e<i»iir de laitue'.
112 l'audition coloréb
an donne une sensation de bleu très foncé,
tirant sur le violet, avec sensation d'épaisseur, in - gris de fer,
ain — gris violacé assez clair,
un *— gris verdâtre assez foncé,
eu — brun de chevreuil,
on — rouge clair,
ou — blanc laiteux avec idée
d'épaisseur de crème, 01 — blanc suivi de noir.
Certaines consonnes influent sur la couleur des voyelles. Les couleurs des syllabes et des mots varient avec les voyelles composantes. Ainsi, 'inidi est noir, etc.
Les couleurs des nombres correspondent aussi à celles des voyelles composantes. Notons pourtant que le caractère graphique du chiffre influe parfois sur la nuance de rimage. Les noms des notes de musique se colorent de la même manière.
Les sons musicaux donnent pour les notes graves des images sombres qui s'éclaircissent progressivement, îi mesure que les notes s'élèvent vers les registres aigus. Les accords paraissent de même sombres ou clairs et brillants, selon que leurs notes constitutives appartiennent aux degrés inférieurs ou supérieurs de l'échelle des sons. Deux notes voisines, comme aussi leurs accords propres, ne se diflérencient donc pas sensiblement par leurs images colorées. M^ J. n'a rien remarqué de spécial pour les timbres de voix ou d'instruments.
Laissons-lui maintenant la parole. Voici ce qu'il nous dit dans rautograi)he qu il nous a communiqué, et qu'il
n'a rédigé ({u'apros deux exumens, lorsque nous avions drjà pris note de ses sensations.
i Je ne vois [tas Tinui^'e extérieurement, comme dans une hallucination, un rôve, ou ronune, Iorsqu*apK*s avoir ro^^rdé le soleil, on voit apparaître <tes ronds verdiUres sur les objets que l'on fixe ensuite ; non, ce nVst pas cela, ('est plutôt connu»' lors(iue. parlant «l'une {personne absente, d*un objet cloi^nc, on se représente par riniagination l'une ou Tautrc, avec sa forme et sa couleur, saus les voir exactement parles yeux.
• Pour les letin»s. je me les lij^'ure de telles ou telles couleurs, invulont^iirement: et je ne nuis me les représenter autrement, ni avec d'aatrcs couleurs que celles qui leur sont propres. Ainsi, pour moi. Va est toiijours bleu ; Te, invariablem«'nt couleur «le sable, etc.
• liCs consonnes n'ont pas de couleur, mais elles influencent génénilement la voyelle qu'elles accompajçnent. Il y en a qui 1 épaississent, si r«»n peut s'exprimer ainsi, qui donnent a sa teinte, par exemple. rim]>ression d'un liquide épais comme de la crème : d'autres qui la s;ilissent ou lui donnent un reflet métallique, etc. Ainsi, dans le mot enfant^ V) son nn n'a pas la même couleur pour chaque syllalH^ : en tvstd*un i^Tis brun dans les teintes biche; fani est d'un bleu foncé tirant sur le violet.
t Ia*s m';/*a*aM.r de ttiusique me donnent généralement des sensations de couleur^. Ceux qui me sont indifl'érents se tiennent dans des teintes ternes et laides de gris s«ile diftieile àtlécrire. Ceux qui me plaisi*nt le plus à entendre présentent unu teinte générale dominante, (|ui varie dans le cours de chaque morceau, mais qui. quoi<|iu» traversée ain-^i de nuanci-^ tliv«*rNr> t-t changeantes, souvent avec des reflets mét;illiques. ganle néanmoins un même ton
général. C'est, par exemple, comme une étoffe dont le fond serait bleu, et sur laquelle seraient brodés des des- . sins, des arabesques de diverses couleurs, mais où néanmoins la couleur dominante et principale serait le bleu, ce bleu variant du sombre au clair.
f La musique des Amants de Vérone, opéra du marquis d'Ivry, est d'une teinte générale bleue.
f Aida, de Verdi, soit au piano, soit à l'orchestre, est d'une belle teinte bleue.
f Le Vaisseau fantôme, de Wagner, est d'un vert brumeux, dû peut-être au souvenir de la mer.
f Le Tannhàiiset\ de Wagner, est généralement bleu.
f L'ouverture du Tannhàuser a une teinte générale d'un beau bleu sombre, traversée, pendant les motifs de Vénus et du Venusberg , de couleurs jaunes, claires et brillantes.
f Uouvcrture de Stmensée^ de Meyerbeer, me donne la sensation très nette d'une teinte générale lie de vin foncée et épaisse.
f La musique de Saint-Sacns, entendue soit au piano, soit à rorchestre, est d'un gris violacé, très fin de ton, comme la brunie légère du matin sur le calme Océan. Ce gris a des teintes exquises de finesse et de délicatesse, et semble, par moment, traversé de fêlures, ou de stries noires analogues aux raies du spectre.
f La plupart des morceaux de musique me donnent la sensation d'une atmosphère lumineuse, colorée de teintes exquises, vai»oreuses ot cliangeîintosque je perçois parfaitement. m:ns que J»' ne puis pas toujours exprimer facilement d'une manière précise, les ternies arrivant mal ou l'impression fuyant pendant la recherche de l'expression. Ce sont i'OHinit' des couleurs flottantes, comme des
OBSEnVATlONS l»KKSONNELLKS 115
vapeurs ou des parfums répandus dans Tair, et qui se diHkdpent pour se renouveler sans cesse.
< Quand je parle musique ou thtultre, je qualifie toujours chaque œuvre musicale selon sa couleur dominante, et il me vient à chaque instant des expressions dans le genre de celles-ci : Cette musique est d*uno jolie teinte, d'une couleur agréable; ou bien : Cette musique est terne, d'une vihiioe couleur ; ou encore : Cette musique est bien écrite, mais elle est dune couleur désagréable. >
Mademoiselle tl«9 fille de Bf S*
(D'après la note manuscrite de ce dernier,)
PSEUDOPllOTESTllESIE D OlUGINE ACOUSTIQUE
M"® J., qui n'a que douze ans encore, est d'une bonne constitution, se développe très bien et se porte à merveille. Cette enfant, très raisonnable et t ne posant pas •, ne cherchant pas à se faire remarquer, lisons-nous sur le bulletin qui la concerne, éprouve depuis bien longtemps déjà, comme son père, sa tante et autrefois sa grand'mère, des sensations colorées à Taudition des voyelles et des mots. C'est donc un quatrième cas de pseudopliotesthésie d'origine acoicstique.
Voici les couleurs qu'elle perçoit, telles qu'elle les a déclarées à son père, qui en a pris note et nous a transmis les faits :
/ entendu, donne une image rouge rosé
, - I un peu pâle,