‹ L'audition colorée: étude sur les fausses sensations secondaires physiologiques etChapitre 13 sur 23 · OLFACTIVE ET TACTILE · texte numérisé non relu

OLFACTIVE ET TACTILE

Le sujet est ane jeune fllle de quinze ans, sœur des deux précédentes, et troisième cousine (germaine de B. EUle est musicienne comme ses sœurs.

Elle se souvient que tout enfant, elle prêtait déjà une teinte noire aux mots inamma eipajxt. Depuis, sa faculté de coloration s*est bien étendue et elle colore, même en rêve, voyelles et consonnes, mots, discours et langues, chiffres et figures géométriques, odeurs et sensations tactiles, sons et bruits : elle réunit donc, moins Tune, toutes les pseudophotesthésies sepisorielles. Les pseudo-sensations de couleurs sont tellement liées aux perceptions objectives qui les déterminent, que celles-ci ne peuvent arriver i l'intellect sans réveiller les autres.

Yojillet» diphtongues tt eonsonnet. — Va est noir ; Ve, d'un vert assez sombre ; Vi, blanc ; Vo, rouge jaune ; Vu,

(î) Bleolêf H Lehroann. ZwûngtmtUtige Uchtempfindumgrn^ eie., p. M.

vert sombre ; l'a, violet rouge ; Vo, orange rouge clair ; Vit, rose. La diphtongue ei est d'un blanc tacheté de noir ; au, est vert ; eu, d'une teinte indéfinissable.

La consonne b est brune ; t, d'un gris sombre ; k^ sombre; m, également ; l, clair transparent ; w, aussi ; r, noir ; s, gris ; ^, également.

Mots, discours et langues. — Les mots se colorent d'après leurs lettres, principalement les voyelles. Sauf ceux qui sont très longs, ils ne donnent généralement qu'une couleur, celle de la voyelle dominante. Ainsi Rudolf est vert; prononcé Rudolf, il est jaune ; le mot grec ico}.u:rpaYi«)<r>»Ti est gris.

Les mois réunis en phrases dans la conversation ordinaire sont gris ; prononcés d'un ton de voix plus élevé, ils prennent une teinte plus claire. Les couleurs propres des différentes lettres, des voyelles surtout, se distinguent cependant parfois, dans les phrases principales.

Quant aux langues, le français est d'une teinte plus sombre que Yallemand ; Sanglais est plus clair ; Yitalien est gris clair.

Chiffres et figures géométriques. — Les chiffres sont colorés indépendainment des lettres qui composent leurs noms. Ainsi 1 est noir, tandis que eins (un) est clair; 8 est gris brun, acht (liuit i est noir.

Le triangle donne une teinte rouge ; le carré est brun.

Sons et bruits. — Les sons graves sont d'une teinte

sombre ; les sons aigus, d'une teinte plus claire.

Le bruit dfc tonnerre se traduit par une image noire ; le tictac de la montre, par des points clairs.

Odeurs et sensations tactiles. — L'odeur de Vacide phénique est d'un brun sombre ; celle de Veau de Cologne^ qu'on avait à dessein, dans ce cas particulier, teinte en violet pour l'expérience, est couleur d'argent.

Veau chaude donne une teinte plus claire que Veau froide. Le mal de tète se colore en rouge ; la colique en gris (1).

(1) n y a encore, dans le travail de Bleuler et Lehmann, trois ou quatre obsen'ations assez détaillées que nous aurions pu prendre ; mais c'eût été enregistrer des faits analogues à ceux que Ton connaît déjà : les cas que nous avons rapportés suffisent, croyons-nous. Et même, nous n'avons fait de si larges emprunts aux deux jeunes observateurs de Zurich que pour donner toutes les observations qui coucement la famille B.

Obsenration de Pédrono, 188)^ (1)

PSEUDOPHOTESTHÉSIE D'ORIGINE ACOUSTIQUE.

Le D»" Pédrono, de Nantes, a rencontré ce cas chez un de ses amis, professeur distingué de réthorique de cette ville, jouissant d'une santé excellente, sans antécédents morbides, et doué d'une acuité visuelle et auditive parfaite. D'autre part, le sujet est très bon musicien.

Il ne colore pas à proprement parler les voyelles et les mots, mais les sons musicaux et surtout les timbres de voix et d'instruments, à l'audition des uns et des autres: pseudopJwtesthésie d'origine acoustique. Chaque fois qu'un son bien net frappe son oreille, surtout le son d'une voix humaine, à l'instant même, avant toute réflexion, le son se traduit pour lui par une couleur. L'impression est subite et spontanée ; avant de remarquer si une voix est agréable ou non, forte ou faible, il se dit : Bon ! voix rouge, voix verte, etc., suivant sa nature.

11 extériorise l'image, laquelle semble planer au-dessus

(1) Pédrono. Jounml de Médecine de l'OucH, 1882, p. 204. — Annales (TOridifitique, 1882. 2« somestro. p. 224.

de la personne qui chante ou de Tinstrument qui résonne^ comme une sorte d'atmosphère mal limitée.

Voyelles, consonnes et langage. — Le sujet, avons-nous déjà dit, ne colore pas précisément les sons de la parole. En effet, les voyelles ne produisent point par elles-mêmes de sensation chromatique ; elles se colorent plutôt suivant le timbre de chaque voix; mais certaines d'entre elles produisent alors une sensation plus brillante que d'autres. L'a est d'une teinte moyenne ; Ve, d'une teinte brillante ; Vi, également ; ïo, d'une teinte moyenne ; Vu, d'une nuance sombre.

Si, au lieu d'être simplement parlées, les voyelles sont chantées, le résultat est le même, à cela près que le phénomène est plus accentué. Ainsi, chantées à des hauteurs différentes de l'échelle musicale, les voyelles revêtent une teinte plus colorée, et, pour mieux dire, plus vive, à mesure que la voix s'élève vers les notes aiguës.

Les consonnes ne déterminent qu'une sensation à peine perceptible, sauf peut-être les consonnes sifflantes. Les paroles prononcées dans la conversation ordinaire ne réveillent qu'une sensation très faible, et le sujet n'en a pas habituellement conscience.

Sons et bruits. — Les sons graves sont d'une teinte sombre; les sons aigus^ d'une couleur brillante. En outre, chaque note musicale produit une sensation colorée propre ; mais, entre deux notes voisines, la différence de coloration est presque insensible, et les deux nuances paraissent à peu près identiques. Le D' Pédrono nous dit que, s'étant amusé à siffler pendant l'examen de son sujet,

quand' la note était faible et basse, la sensation chromatique semblait résulter d'un mélange de jaune et de rouge; puis la couleur devenait nettement rouge, quand la note croissait en hauteur et en intensité.

Les différentes notes d'un accord parfait, si elles vibrent absolument ensemble, se fondent en une seule couleur ; au contraire, dans un accord dissonant, quelques-unes des notes se détachent avec leurs couleurs propres, quoique souvent très voisines des autres couleurs. L'accord de fa majeur donne au sujet une image jaune ; celui de la mineur, une sensation de violet.

Tout bruit, quel qu'il soit, provoque une perception chromatique ; mais les couleurs sont toujours sombres, généralement grises ou brunes. Comme pour les sons musicaux, l'intensité du bruit agit sur la sensation : plus il devient intense, plus la sensation colorée s'accentue, en conservant d'ailleurs sa nuance primitive.

Timbres de voix et d'instruments. — Le sujet colore principalement les voix, avons-nous dit dès le début de cette observation. Pour lui, chacune se distingue par une couleur caractéristique et constante ; il remarque ainsi des voix bleues. Jaunes, rouges et vertes, d'ailleurs avec une très grande variété de nuances. Ce sont les voix jaunes qui lui sont le plus agréables. Relativement à la fréquence, il rencontre souvent les voix bleues, assez souvent les Jaunes et les rouges, rarement les vertes.

Nul doute qu'il ne roloro aussi les timbres des instruments: car nous voyons qu'une même mélodie lui semble jaune exécutée sur un saxopJione lénor ou un hanno- 7iium, rouge sur une clarinette, bleue sur un piano. Et

nous pouvons croire que ces couleurs diverses, successivement revêtues par la mélodie, sont celles des instruments désignés.

Que le sujet voie ou non la personne qui chante ou l'instrument qui résonne, Timpression chromatique est la même, et semble perçue là où le son se produit. L'œil n'éprouve aucune sensation, car la couleur se perçoit aussi bien les yeux fermés ; il en est de même si le son vient de la rue. à travers cloisons, murailles, ou tout autre obstacle quelconque. Lorsque le sujet entend un chœur formé de voix nombreuses, il lui semble qu'une foule de couleurs éclatent comme de petits points au-dessus des chanteurs; il ne les voit pas, ces couleurs, mais il est porté à regarder, et quelquefois, regardant en efifet, il s'étonne de ne pas les voir.

ObMrwmti^m de G. MmyerfcmsM^ 188S (1

PSEUDOPHOTESTHÉSIE D'uEtIGINE ACOUSTIQUE.

Ce cas concerne une dame de vingt-cinq ans. très distinguée, femme «run mé'lecin. et chez laquelle le sens chromatique est très développé. L'oncle de cette dame, également médecin, avait déji constaté chez elle l'eustence de ces pseudo-sensations «^olorées quand elle était enfant. ï^a faculté d*a-su«;iation n'a pas changé depuis lors.

C'est le son qui. chez ell»^. «létermine la sensation chromatique : pseudoifhotesthj^si»: ff'origine acoustique. Et la preuve, d*aprt-s ses propros déclarations, c'est que les mots appartenant à des laii;:ues étrangères ne lui donnent une sensation colorée que d'après leur prononciation et non leur orthographe. De même, ce n'est pas la figure d'une personno ou la forme d'un objet qui lui apparaît colorée, c'est le mot lui-même prononcé et entendu ; un mot imprimé ou écrit ne lui donne semblable impression que si elle le prononce mentalement.

(1) (t. MnypHiTij' '11. Kiuii^rh' m jwit^hiiitU'v fur Au^enfieilkumie, nnvi'Mil.r.- IMsi. |,. :;m;j.

OBSKIIVAIIONS raiNClPALKS DES AITHIBS 81

Cetlo impression est absolument forcée, spontanée, ('e sont les sons de la parole, et surtout des voyelles, qui la dôtiTminent; pour quelques-unes, les consonnes qui les suivent immédiatement ont une certaine influence sur la couleur éveillée, et cela toujours de la même façon.

Yojillet, diphtongues et eonsonnet. — Ftappelons encore qu'il saj;it, dans cette observation, des voyelles, diphtongues et consonnes allemandes.

LVi est ordinairement noir; mais devant /, m, n, il apparaît lirun. LV est d'une couleur d*eau légèrement verdAtre ; mais <levant /, in, n, il apparaît gris jaunâtre ; s il n'est pas suivi de ces lettres et qu'on le prononce alors lent4*ment et daiiement, il semble gris clair; prononcé rapidement dans les mêmes conditions, il est d*un gris sale; devant l'r, il est j^ris blanc. L'« (notre d français) appiirait ordinairement d'un gris jaune sale; devant l, m, u, il est d'une couleur de bois. L*/ est blanc de chaux ; devant l, m, n, il est d'une teinte blanc de lait mélangée d'un i»eu de jaune; devant r, il devient gris blanc. L'oest toujours d'un beau rouge carmin; Vô (Veu français) est consUtmment couleur de saumon ; Vu (l'c^u fnincais) est toujours d'un bleu foncr; Vu d'it de notre langue* se colore comme 17. I^ diplitonguec/ou ai (^/z-ï-r prononcés rapidement) est toujours jaune foncé ; Veu [cu-n prononcés vite.», est toujours d'un rouge jaune éclatant ; enlin au {a-ou, prononcés vite) est d'un bleu foncé, mais plus clair que Vu.

MoU. — Les mots se colorent d'apn'»s leurs voyelles constitutives et leurs consonnes influentes. Si un mot de plusieurs syllabe:» est prononcé rapidement devant le sujet, il lui appantit avec la couleur de la syllat>e la plus

accentuée ; s'il est prononcé lentement , chaque syllabe garde sa couleur distincte ; il n'y a que Vc muet final des mots polysyllabiques qui ne donne pas d'impression.

Le sujet colore les noms propres, mais simplement comme les autres mots, d'après les lettres qui les composent. Et même originairement, dans ses années d'enfance, cette personne n'avait remarqué sa faculté de coloration que pour ces noms-là. Dès cette époque, elle leur prétait donc des couleurs, et c'est d'après cela qu'elle jugeait de leur beauté. C'est ainsi, par exemple, qu'elle aimait surtout le nom Olga, qui lui apparaît rouge noir; Louise, qui lui semble d'un bleu blanchâtre; etc. Elle détestait, au contraire, certains noms, comme Emma, Sebiia, qui lui paraissent couleur de bois et noirs ; mais surtout ceux qui se terminent en et (a-ï-e)^ et lui apparaissent d'un jaune intense qui lui a toujours été antipathique. Le nom de Kain (Caïn, qu'on prononce Caïne en allemand; lui était déjà odieux à l'école, rien que par la couleur jaune qu'il lui donnait.

Plusieurs couleurs lui font défaut dans ce genre de pseudo-perception. Ainsi elle ne voit jamais le bleu de ciel, quoicjue ce soit sa couleur préférée; de même, le vert ne lui apparaît pas du tout ; le mot grûn (ycrt) luimême lui semble d'un blanc de lait mêlé d'un peu de jaune.

En terminant son observation, Maverhausen nous dit que son examen a porté sur plus de deux cents mots pris dans les lan;,HiPs les plus diiïércntes : et les couleurs indiquu(»s plus haut pour les diverses voyelles et diphtongues ont toujours été données immédiatement, sans hésitation et de la manière la plus i>n'Mibe.

Observation d*A. de Rochms» 1886 0)

P8EUIK>PHon:STllfc.blK V UUUilNE ACOlSTH^UE Kl l^bYClUgi'K.

r<5 cas est le principal des quatre observés par cet auteur. I^ sujet, .^gc» de cinquante-sept ans, est un ancien avocat de Paris qui vit maintenant retiré à la campagne où il s'occupe de sciences. 11 aime la musique, mais n*est pas musicien. 11 a beaucoup voyap' et i»arle plusieurs langues. Jamais il n*avait entendu parler jusqu'alors des phénomènes qu'il éprouvo. et il i^^^norait qu'on les eût déjà étudiés sur d'autres.

Depuis son adolescence, il colore les voyelles, les diphtongues et les consonnes, les mots et los langues, les chiffre^ et les nombres, les sons et les œuvres musicales, les timbres de voix et d'instruments, le tout à l'audition ; en outre, il prête les couleurs aux périodes historiques : c'est donc ici un cas de jfscuduphoicsthésic d^originc acmistique et aussi d'orUjinc purement psyehique. Le sujet n'extériorise jxis la sensation, mais voit la couleur dans son cerveau.

«f» \ .!.■ R*H-hi« / I \,i/i4i. tH**:. tr ''.::*■.. |. iOfi

84 j/audition colorée

Voyelles, diphtongues et consonnes. — L'a est car min

foncé ; ïé, blanc ; ïi, noir; Vo, jaune; Vu, bleu d'azur.

La diphtongue ai est marron; eî, d'un blanc légèrement gris ; etc, bleu clair ; oi, d'un jaune sali de noir ; ou, couleur amadou.

Les consonnes ont une couleur giîs foncé, qui se teint de la couleur de la voyelle ou de la diphtongue auxquelles elles sont unies pour former des syllabes. L'5 sifflante placée à la fin d'un mot donne à la syllabe qui la précède un reflet métallique.

Mots et langues. — Les mots tirent leur couleur des lettres qui les composent. Les langues doivent leur teinte générale aux sons qui s'y présentent le plus fréquemment. IJalle7nancl, où dominent les consonnes, est gris souris pour le sujet; le français, d'un gris tournant vers le blanc ; Vanglais, d'un gris presque noir ; Vespagnol, très coloré, surtout en jaune et en carmin, offre des teintes vives, papillotantes et à reflets métalliques ; Vitalien est jaune, carmin et noir, avec des teintes plus douces et plus harmonieuses.

Chiffres et nombres. — Le sujet colore les chiffres et les nombres. Mais les couleurs ne lui apparaissent, comme pour les autres mots, que lorsque les chiffres sont entendus par lui; quand il les lit, ils n'ont que la couleur de Tencre avec laquelle ils sont écrits ou imprimés. La forme du chiffre n'entre donc pour rien dans l'attribution de la couleur, dont la nature paraît, sauf pour quelques-uns, indépendante également du son perçu.

Pour ce sujet, i est noir ; 2, gris bleu ; 3, jaune ; 4, gris légèrement jaune ; o, chocolat foncé ; 6, carmin ; 7, bleu ; S, rouge rosé ; 0, blanc ; 0, jaune.

OBSERVATIONS PRINCIPALKS I»KS ALTEIRS 85

Ijos nombres composés de plusieurs chiffres ont pour couleurs celles des chiffres composants ; ainsi, 607 parait carmin, jaune et bleu. Toutefois, quand le nombre est composé d*un chiffre suivi d*un ou do plusieurs zéros, la couleur du premier chiffre apparaît seule, quelquefois teintée de jaune; ainsi 10 est noir, comme î, comme ÎOO, comme 1000, etc., etc.; de môme, 9, 90, 900, 9000. etc., sont blancs.

Sont mmicaiiz. — Un son trt\s grave, et par suite sourd, commence par éveiller une sensation colorée faible, c'està-dire sombre, où la teinte rouge (chocolat, amadou) prédomine de plus en plus (piand le son devient plus intense ou plus aigti. A mesure que la note s'élt^re, la couleur passe du rouge au jaune, puis au bleu et finalement au noir, qui n est peut-être iei que la limite extrême du violet, ('est précisément l'ordre des rouleurs du s|>eotre, en commençant par celle qui correspond au plus petit nombre de vibrations lumineuses.

Mais si Ton énonee les notes de la gamme par leur nom. m«^me en les rhantant. eVst la voyelle du nom qui détermine la rouleur; ainsi, dt} parait jaune; ré, blanc; vif, noir, etc. Si on les chante sur une voyelle terne, ou qu'on les joue sur un instrument, c'est le timbre de la voix ou de l'instrument qui intervient alors, l'acuité du sou se bornant à donner un peu plus d'éclat.

Vu air de music|ue, un opéra, présentent quelquefois au sujet une teinte générale. Ainsi VdinVIIaydér. Enfants de la nohle Venise, lui parait, d'un bout à l'autre, d'une nuance chocolat : V Épreuve villageoise et le Pré aux Clercs lui semblent verts.

86 l'audition colorés

Voix et instruments. — - Les voix graves paraissent carmin foncé, tirant suf le brun chocolat, les voix aigitcs sont d'un bleu cru, et les voix moyennes^ jaune tendre.

La grosse caisse correspond au chocolat ; la trompette^ au jaune brillant ; le hautbois, la flûte et le piano^ aux divers tons du bleu ; le violon et le sifflet sont d'un noir d'autant plus accentué que le son est plus criard et plus aigu ; la guitare est d'un gris terne.

Périodes historiques. — Les différentes périodes de l'histoire paraissent au sujet d'un jaune plus ou moins brillant, suivant l'éclat qu'il attribue à leur civilisation. Ce fait est dû, pense l'observateur, à la matérialisation d'une figure de langage, et il ne la cite, ajoute-t-il, que pour montrer les propensions du sujet à assimiler aux couleurs ses diverses impressions.

Oteer^-mtlon da IK Lawet, f88S U)

I>»EUDOl»H0TESTHÉSIE D'OIUOINE ACOUSTIQUE.

Ce cas ost lo plus remnrquabic des quatre observés par le D' I-jiuret, do Montp«»llior. Il concerne un homme de cinquante ans, an<-ienofrH'ier d'administration. intellip:ent et instruit. Ce monsii'ur s'occupe, en amateur, de sciences physiques et intVuniqurs; il ainn' r^alenunt la musique, mais en i^^nore nit'^me les notions. Ajoutons que chez lui la vision est normale.

Il présente d'une manière tn's marquée une association intime des s«Misations aïKliiivts et visuelles, l'audition d'un son déterminant itistantanément rhez lui la perception d'une roui«»ur. vi in»'*me h^ plus onlinairement. d'une ima^^e colorée, de forme et de dimension constantes pour chaque son. mais variant aver chacun pris si'parément. ("est ilonc un ras de psciidophotesthêsir (i*ortgtnc acoustique.

Chez ce snj»»t, la sensation chromatique est constamment iwtérioriséc : il nipporte Tima^îe h une distance fixe d'un à deux métros au-devant de ses yeux, et la voit ton-

il» Liur<»t f'i'iz'i:-' hf', fi,m'i fotrr tfet »r.«»»nnrf méHtrntr* de Mantpelhrr, li««\» fji'.r- IW*.*!. ii • \*'» • » IT -- l'tozrttr hrf.i/,,tnn'inire tfr ^étfrrm*'

jours ainsi, dans quelque position qu'il se trouve par rapport à la source sonore.

Voyelles, diphtongnes et consonnes. — L'impression colorée la plus vive, on pourrait dire l'impression dominante pour le sujet, est produite par renoncé des voyelles, et l'image que forme chacune d'elles a non seulement une couleur propre, mais encore une forme spéciale. Va donne un ovale à grand axe perpendiculaire d'un noir brillant ; Ye est bleu de ciel clair, sans forme précise ; Vé et Yè sont représentés par des carrés de couleur jaune paille sale et café au lait clair ; Yi semble un gros point d'un blanc d'argent éclatant ; Yo et Yô des ronds rouge marron et rouge garance très vif ; Yu est bleu verdàtre sans forme déterminée.

Parmi les diphtongues, celles qui se prononcent comme les voyelles donnent aussi les mêmes images colorées : par exemple, è et ai^ (5 et ûw ; eu^ qui diffère assez peu de Ye muet, est aussi couleur bleu de ciel clair; ou donne un cercle aplati aux pôles et marron foncé. Les diphtongues composées participent de l'image de chaque élément composant : oi zz oiia donne un cercle marron foncé dans sa moitié gauche, noir brillant dans celle de droite \ oi^noa donne la même forme, dont la première moitié est rouge : o'L un cercle rouge sur lequel vient se fixer un point brillant ; cf, une lame ainsi disposée. ^ ^^.,^-^ -> dont la moitié gauche est jaune et la pointe blanc d'argent ; ié. l'image précédente renversée de droite à gauche pour la forme et la couleur. Remarque curieuse, pour ces dernières diphtongues à deux sons successifs, les teintes propres des voyelles composantes ne se fondent pas vers le milieu de la figure, mais se succèdent très nettement : la figure

miSÎ UVATIoNS PniNMrAUS l»F.S AI TK! lis 89

apparaît par la partie ^îi^i^'he correspondant à la première Toyelle c'nonrée. et s'a«*h»'*ve :\ peu près in^^tantanément, 96 complétant ainsi avant que la première partie apparue ait eu le temps de s'effar«»r.

lies consonnes nV»ni aucune influence sur la couleur des voyelles, sauf 1*/// et Va plact't's à la lin d'un mot. et qui modifient alors la teini«» de la voy<*lle précédente : mais placées au comnicncemont des syllabes, les consonnes )ii et n n*ont plus aucune action.

lois et discours. — Il suit di^ coqtii précède qu'un mot de plusieurs syllabrs, prononcé isolément et nettement, donne au >ujci Ifs s.n^ations successives des voyelles comprises dans ce innt.

Mais il n'en c.^t plus de niétne >i les mots se succèdent rapidement de manii'n» à former dos phrases, en d'autres tiennes, dans la r.uivirsaiion. Ici, un nouvel élément întervifui, l»* timl»n* d' îa vmIx qui parie, dont la teinte l'emporte sur erlje d«'s vnvi'lles ; «»t la seule sensation, ou du ni«»ins la -«-nsaiioii d«iminante. >e réduit à cette coloration uniforme donnée' par le timltre de la voix.

Soos et bruits. — I.a hauteur des sons n'est pas sans influenee >nr la pp)duetion de rima;:e: mais cette inrtuenee tie s.» traduisaiii. «rune note à lautn», «jne par une tran-»iiinn in>« n^ibie. l'elffî n'rn devient évid«Mit que I>our le^ «le;;rt'> tiv^ ••loi;^'ii»'*s d»» Técln-lle nlU^icale. I>?s s*ms i/rarrs ^mii. «n ;:éinral. >Minbre^ : les scms aûjus^ clairs et pre>q'i' blancs. I)iu\ morceaux de nuisique, l'un minrur ti i'autn* iturjcur, i xécuté^ ilans les mêmes limites de leelielle inu^ieale, n'ont pa> tout à fait la môme teinte, le mineur jurai^Nani plus sombre que le majeur.

Les bruits donnent généralement des sensations colorées confuses, obscures, sauf ceux qui se rapprochent des sons musicaux. Le bruit des vagues déferlant sur une plage donne les sensations colorées de Vou et de Vi, sensations qui restent distinctes.

Voix et instruments — Les voix de basse paraissent au sujet marron foncé dans le grave et passent, en s élevant, au marron clair. Les barytons varient du marron au jaune. Les té^iors sont d'un jaune un peu foncé ou jaune serin. Les coiitralto dans le grave donnent la sensation de marron clair, comme les barytons ; les voix de ^nezzo soprano passent au jaune clair, et celles de soprano au jaune blanc absolu pour les notes les plus élevées.

Il se passe pour les paroles chantées une chose analogue à ce qui a lieu pour la conversation : les couleurs propres des mots disparaissent, et la seule impression persistante est uniquement celle de la teinte donnée par le timbre, à moins que, par un effort spécial, le sujet ne porte son attention sur les couleurs propres des syllabes, qui se détachent alors sur le fond uniforme du timbre.

La clarinette produit une impression de jaune sale, foncé dans le grave, clair dans les notes aiguës. La flûte est aussi d'un jaune sale dans la première octave inférieure ; puis le timbre change subitement et devient bleu clair, pour passer au bleu blanchâtre, et enfin au blanc dans les notes élevées. Le hautbois donne la sensation d'un jaune plus franc que celui de la clarinette, et tirant sur le jaune de chrome. La basse et la contrebasse^ soit en cuivre, soit à cordes, sonnent marron très foncé dans les notes graves. Le violoyicelle , marron rougeàtre dans le p:rave. passo au vc^w^^i^ franc sur In première corde. Le

Violon^ grenat sur la quatrième corde, passe à Torangé, au jaune, puis au jaune clair, presque blanc, sur les notes aiguës de la chanterelle. Pour le pianOy si Ton passe avec une vitesse modérée, du grave à 1 aigu, la teinte, d'abord marron foncé, passe par les nuances rouge sombre, rouge fVanc, orangé* jaune, bleu clair, bleu blanch&tre, et blanc.

Pendant Texécution d*un 7norceau de piano^ le sujet perçoit une teinte g«mérale souvent très variable (i moins que le morceau joué no demande qu'une i>ortion très peu étendue du clavier), teinte interrompue, i)endant les phrases accentuées, par des lueurs plus vives mais fugitives. Si les deux mains jouent aux extrémités opposées du clavier . c'est comme un papillotement continuel de lueurs blanches et marron ; mais les deux teintes ne fusionnent pas.

Dans une exécution orchestrale, le sujet voit scintiller une multitude de lueurs colorées correspondant aux impressions des divers instruments «jui sont successivement le plus en relier; l'ensemble do ces fusées colorées lui parait plus ou moins harmonieux, plus ou moins criard, absolument comme l'ensemble sonore.

Observation du D' Paul Raymond, 1889 (1)

PSEUTOPHOTESTHÉSIE D'ORIGINE ACOUSTIQUE.

Le sujet, Agé de trente ans, est un homme d'un bon tempérament, d'une forte constitution, qui n'a jamais été malade. Il est arthritique et nerveux. Très impressionnable, s'emportant à la moindre contrariété, il a des alternatives d'excitation et de dépression. Intelligent et -très travailleur, il a fait de véritables excès de travail. Il parle plusieurs langues.

Aussi loin que remontent ses souvenirs, ce monsieur se rappelle avoir éprouvé les mêmes pseudo-sensations chromatiques. Ce sont principalement les sons des voyelles qui les déterminent : pseudophotestJiésie d'origine acoustique. Les sons musicaux ne donnent rien.

Voyelles, diphtongues et consonnes. — L'a lui parait noir ; Ye, gris : 1 '/, jaune ; Yo, blanc ; et Yu, bleu. La coloration <rune vovelle surmontée d'un accent diffère de celle de la même lettre sans accent : ainsi IV est d'un gris plus blanc que Yc.

(1) p. Raymond. Gaznttr des Mpitaur^ 2 juillM 4889, n* 74. p. MO.

OBSKRVATIO.NS PKINCIPALKS I>Eî> AL'TEniS 'JM

( otuQie dans quelques autres observations, les diphtongues tirent leur couleur dos deux voyelles accouplées ; ainsi eu. formé d*un e gris clair et d'un u bleu, apparaît d'un gris bleuâtre ; ci est pen.ii comme jaune clair, elc.

Ix.*s con^onnes paraissent toutes, inditréremment, d*un gris clair ; mais la sensation colorée <iu*elles éveillent est à peine marqtiée.

lots ei langues. — Les syllabes et les mots prennent les couleurs des voyelles qui les composent. Pour le mot IlipiMjcrate, par exemple, le sujet pen;oit successivement des sensations de jaune, de blanc, de noir et de gris : il voit ainsi déliler, devant ses yeux, une véritable gamine de couleurs.

Quant aux langues, Vanfjlnis lui paraît gris, lV«//cmaéiii^ noir ; V italien, jaune : VesjMnjnoL bleu : mais, dans chacune de ces langui's. comme <lans le français, chatiue mol porto avec lui sa coloration pri»pro, selon les voyelles qui le romp«)>ent. I*;i coluratioii de la langue étrangt'To est, |Hjur aiuM dire, uut» sorte île résultante qui n*a aucune influence sur les couleur?» dos mots pris séparément.

Le sujet n'est aucunement gêné par ses sensîitions chromatiques. Il en l'ait, pour ainsi dirt\ abstraction quand on lui parle. Il faut, pour qu'il perçoive la pseudo-sensation de couleur, qu'il arrête son att«»nlion sur ce point.

Observation du D' Grûber, 1889 (1)

pseudophotesthésie d'origine optique et acoustique.

pseudo-acouesthésie , pseudosphrésesthésie ,

pseudogousesthésie, pseudo-apsiesthésie,

d'oiugine optique.

Le D"" Griiber, de Jassy (Roumanie), a observé ce cas chez un sujet qui présentait au plus haut degré des phénomènes de pseudophotesthésie, à la vue et à l'audition des difTérentes lettres : 2^s^'^^dophotesthésie d*oHgine optique et d'origine acoustique. Il éprouve encore d'autres genres de j^seudesthésie.

i. PHeudophoteAthéaie*

Voyelles, consonnes, diphtongues, etc. — Il perçoit une sensation nette de couleur pour chaque lettre, voyelle ou consonne. De plus, cette couleur varie selon que l'excitant du phénomène est le son ou la forme graphique de la

(1) Grfihcr. Congrès do ppyrholopio physiologique ; Paris, août 1889. Bulletin medunl, 18 août 4880. n» do. p. 1030. — Progrés médical, 31 août 1889. u" n:i, p. 210.

OUSKUVAIIONS l»HINi:il».\I.KS l»KS AITEIIIS 9

lettre, en d'autres termes, suivant que la pseudophotesthêsie est cVoriglne acoustique ou (i*originc optique.

Il colore aussi les diphtonj^ues, triphtongues et térapblongues de la langue roumaine. A lauilition d'une de ces syllabes, il pi»n;oit une bande de couleurs, dont l'étendue est toujours la nicme. mais non la coloration, qui varie avec ces suns divt»rs.

Il prrlo également des couleurs aux ciiiffres, et il pourrait ainsi, parait-il. à Taidt^ de combinaisons de couleurs, effectuer des opérations d*aritlunétique.

Koii«c^Uic*hIc et |i«ieiidooap«icHllié%lc«

r)utie ces [»liénomènes de i»t»eudopliotestbésie, le sujet préMiil*' «b* la j*sn(élo-ttruH(\sthrsit\ de la pseudosphrésesthrsic , df la iiSCHdnfjmtscstftrsic et de la pscudoapsU'sthi'strél'i^riijntr njdiqio\ Kn elFet. l'image grapbique de-* lettre>» provienne cbe/ lui ih'>> pseudo-sen>ations auditives, idpirdrrs, [ptstnlircs, tnrtHes . thermiques et hioii'ires pP»pre> r{ roij^taiiirs pour i lia'pie lettre. Ainsi, par extin[ile. la vu ' de Vu lui donne une >ensation d^ cbaleur étoulfafitf pour la iriupérature. un«» sf»n>ation d«» chute dan^ un pivijpiie j>our le M*ns musculaire, et une sens;ition «!•• t-rreur pnur b's s.Mitiments alFectifs.

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