ET PUREMENT PSYCHIQUE
Ce médecin distingué était albinos, ainsi que Tune de ses sœurs. Il mourut jeune, professeur à l'Université d'Erlangen (Bavière).
II colorait les voyelles, les consonnes, les notes de la musique, les sons des instruments, les chiffres, les noms de villes, les jours, les dates, les époques de l'histoire et les phases de la vie humaine. Il réunissait ainsi trois genres de pseudophotesthésie : la pseudophotesthésie cV origine optique, d*origine acoustique et d'origine purement psychique. Les sensations de couleurs étaient si intimement liées chez lui aux divers objets ci-dessus énumérés, qu'il ne pouvait qu'avec peine, ou même pas du tout, suivant les cas, se les représenter sans couleurs.
Voyelles. — Dans notre tableau synoptique, pour ne pas le compliquer outre mesure, nous ne détaillerons, en rapportant les observations étrangères, que les voyelles et diphtongues qui correspondent assez bien à quelque son de notre alphabet, et donnerons ainsi, au lieu de certaines voyelles et diphtongues étrangères, leur équivalent fran-
(î) G.-T.-L. Sachs. Dissert, inang. Historiée naturalisa etc., p. 81 et «li vantes.
OBitEBVATIOnS PRi:<rll>At.RA BIS ArTRlRS 39
çuift, c'cst-&-dini leur prononciation. Mais ici. dnns le détail (le chaque ca», nou» donnerons toute l'observation. Nous [in-venons donc le lecteur tju'il s'agit ici des voyelles et consonnes allcniundvs.
Le sujet voyait l'a rou(;c vermillon, Ve rose, 1'/ blanc, l'o orun(!e. Vu (notre ou français) noir, I'» ou Yue (Vu de noire langue) blanc.
Conwnaas. — Le c lui pai-aissait cendré pAlc.le djaune. 1/ blanc obscur, 1'/) cendré bleuAtro. le ft à pou près vert fouvé, Viii blanc, 1'» lilanc, Vs bleu Toncé, et le te bru».
RotM dt maaiiiot at sou mtuiciox. — Les notes do la musique, que l'un indique en Allemagne par des lettres (1). lut donnaient, en t,'t-ii('r.il , les m<^mos sensations colorées que leurs l<>ltn>s rcspa-tives. Cei>ond»ut, quoiqu'il no coionit pas les consonnes II et G, les sons correspondants lui paraissaient, le 5/ bénwl d'un gris ceudré, et le sol d'un vert incertain.
CUlfrfi. — \a! lui semblait jaune pftle et incertain, presque tr:ui-iparoiit : 1'/. d'un blanc indécis: le 3, d'une ti'inte inriTlainp : le :>. presque «■.■n'iré ; le -/. d'un rouge de minium : le S. jaune ; lo d. indigo ; le 7, blanc bleuâtre : le S, brun ; le 9. prcsipie vitI fdiHi-, l^s nombres com- |tosés de plusieurs iliiffrts )iroiniienl les couleurs do ces deniieni : mais les leiiitts resliiienl distinctes sans se fondre en une seule, elle du rliilTre de l'unlrcsuiiî'rieur (dizaine, centaine, etl^^, dominant en gèneRil. Le 7^to ne changeait pas la couleur des ibilTres auxquels il était joint, mais il
(h f>n l'« ri'pf-u'nl» nind r !.• h. pir A . k ", p»r H, PtlURiH p«f B. ipun.! il et U iiiolis ' , I.- </... p.ir t: ; 1.- r*. [uir D . If> mi. pir E , Ir /■«, par F. f-l 1^ <■■'. pir H
leur donnait une certaine apparence. Ainsi 10^ îi, iOO^ iiO Qi m étaient tous blancs ; mais le premier lui appa*r raissait comme du verre blanc, le second d'une couleur de lait, le troisième d'un banc à peine transparent, les deux derniers d'un blanc parfait. Par exception, iOOO ne lui paraissait blanc que dans Tordre chronologique, comme date historique ; dans tout autre cas, il lui semblait jaune.
Villes. — Le sujet, dit-on seulement, colorait les noms de villes.
Jours de la semaine. — Le dimanche lui paraissait blanc, ou parfois, légèrement jaune ; le lundi, d'un autre nuance de blanc ; le mardi, d'une teinte indécise ; le mercredi^ jaune; le Jetcdi, d'un vert incertain, parfois aussi d'un orange foncé ; le vendredi, d'un blanc obscur ; le samedi, d'un cendré bleuâtre.
Périodes de l'histoire et de la vie humaine. — Aux périodes de l'histoire et aux phases de la vie humaine correspondaient des couleurs analogues à celles des chiffres, sauf quelques exceptions.
Les couleurs que percevait ainsi le D' Sachs n'étaient pas toutes également distinctes. Les plus claires, comme le jaune, diverses nuances de ])laiic pur, le blanc bleuâtre, étaient les plus nettes ; les moins claires, à savoir l'orange, le rouge presque minium, le blanc obscur, le bleu foncé, le brun et le vert, étaient bien moins tranchées. On voit aussi par ces quelques indications que le sujet ne percevait pas. dans ses fausses sensations secondaires, toutes les couleurs du spectre.
OWerwU— At) Perroad , tS«S <1|
PSEVDOPHOTESTHÉSIi: I>'OWfiISE OPTIQUE.
I^ sujpt. pense Chalinlier. i|iii est <le Lyon romme Pernmd. n'est autn' '[ueco lipriiicrim-ilcciii nii'mo. Quoi qu'il en Mil. ce sujet est noto miumo ayant trente ans à l'époque de l'observation, se i>orlant bien alors, et ayant joui d'une bonne santé antérieure. I.a vision est d'ailleurs excellente : les muleurs sont nclteincrit )>eri.'iie.s et les diiïérenles nuances bien appré('ié4>s: pas de kopiopie. pas de presbytie, ni de myopie : uuruti si^no do ronKvstion de la K-tîne ni de l'oncépliale : bref, aucune lé.sion h laquelle on puisse rattacher l*anomalic constatée. I/; sujet s'est adonn«^ & des travaux assidus et prolongés : mais se» occupations ont rati|;ué chex lui les Taiultés intellectuel les. l'attention. l'imaKiantion et la ni«>niuire. plutùt que les yeux et lu vue.
Depuis une épo<|ue qu'il lui est assez diftlriie de pK-riser. — environ douze ou quin/o ans —, il voit certaines leilivs. surtout les voyelles, comme colorées, r'est-à-dire
(1) IViToad. S™-i-li' rtm ki^dcm mMi'-«ki de L*on. Mimoirr fompiH rtntfti; IM.1. p. .17.
de coloration que la voyelle e', le et aussi le 8^ la même teinte que la lettre o.
Cet aspect multicolore que prennent les mots et les nombres est d'autant plus prononcé que la lecture a été plus longtemps continuée, et par conséquent, que l'attention a été plus soutenue et qu'elle s'est fatiguée davantage. Mais les idées de coloration sont cependant tout à fait dififérentes et indépendantes de cette fatigue que les yeux éprouvent à la suite d'un regard prolongé, et que l'on a désignée sous le nom de kopiopie.
12 t'AnuTiON roi.oB^>:
si intimement liôes dans son esprit à une idée de couleur, qu'il ne i>eut se les représenter sans qu'en niénie temps arrive & îîon esprit lu couleur qui leur correspond. C est donc ici, semble-t-il, un cas de pscudophotcsthésie d'oriffiiie optique.
Voyelles, diphtongues et consonnes. — L\i rappelle au sujet Titléo du jaune oranjîe : 1 V. une couleur gris bleuAtre ou jçris perle; 17, le carmin : lo, le jaune serin ; Vu, le brun sombre.
Ia*s diphtongues j)ropremont dites donnent la sensation de deux couleurs distinctes. Il n'en est pas de mémo des voyelles composée^ : celles-ri rappellent une seule teinte formée des couleurs propres de leurs voyelles constituantes; ainsi au donne, non pas la doubh» sensation du jaune-oninge et du noir, mais une sensation unique du jaune-orange sombre ; œu rappelle le gris noirâtre ; ot<, le jaune brun.
Parmi lescouî^onnes, r parait verd:\tre; les autres lettres sont incolores par elles-ménjes, mais peuvent participer ù la eolonition que rappelle la vnyolli» voisine, laquelle j(»tte sur elles connne un n*!lt»t ass^z prononcé, si bien que chaque syllabe parait avoir une couleur particuli«*rc qu elle doit à sa vovclle.
Ijos chiffres sont eux-mêmes, pour le sujet, unis ;\ des idées de couleur, quoique d'une manière moins nette que les voyelles : ainsi / est carmin ; 2. gris ; 3. également ; 4. d'un brun sombre ; 5, d'une teinti» peu précisi» ; <>. verdAtro ; 7, carmin ; 8. jaune serin ; le 0, égab^ment. L'observateur fait cette remarque curieuse que les chiffres rappellent les mêmes couleurs que les lettres dont ils ont la forme ; par exemple, le chiffre / rappelle la même idée
Observation de Chalialier, 1864 (1)
PSEUDOPHOTESTHÉSIE d'ORIGINE OPTIQUE.
Le D*" Chabalier, de Lyon, a rencontré ce cas chez un médecin de ses amis, jouissant d'une bonne santé, et qui avait été, dans son enfance, sujet à des illusions et à des hallucinations.
Le phénomène, qui datait de ses plus jeunes années, avait pour excitant la vue ou révocation des yoyelles : c'était donc un cas de pseudopliotesthésie (ï origine optique. Il fut publié par l'observateur sous le nom de pseudochromesthésie.
Voyelles. — L'a semblait au sujet d'un noir très foncé ; Vé, gris ; 1'^ rouge ; Vo, blanc ; Vu, glauque. Une particularité curieuse, c'est que, comme caractères d'imprimerie, ces lettres lui apparaissaient non colorées, mais parfaitement noires ; et néanmoins, il ne pouvait en avoir la notion, c'est-à-dire la perception, soit objective, soit idéale, sans
(1) Chabalier. Journal de médecine de Lyon, n» d'août 1864, p. 92 el suivantos.
' OBSEIIVATIOSS PRISCIPALEA b£It AUTHIB» *.|
riu'clles rcveillusseul dans son esprit l'idée «le leurs cou- U'um propre»,
CouoDDM. — Kilos lui soiiibliiieiit, à cet égard, des li-ttros morte», iuuiiiiiiécri et tout à Tuit sccoiiduires.
■ol*. — IxA noms, cl surtout les noms propres, nvuicnt r)iai:iiii nne i-'ituralioii siH-i:iuli>. iiuuncée d'apK-s russcinl>l:i;ied<- leurs voyi-llcs. et d'aiitiiut plus uci'Ciitiiée que «-.TUiincs vi)yflK-s pn'-doniinanlt's s'y trouvaient réi>étves plus souvent. Kt cclU- i-ouli-ur junpre était bien plil-s for t>>inenl ^'nivéo dans la inviiioire <hi snjt't ijub le mot ou le nom lui-uit'^nie. Ai[»i il lui arrivai! d'oiildiiT le nom d'une |H*rsoiiiie. inai> jamais la roulour do ce nom, et c'est à l'aide dt' ctlto (i.nii>'re que snuvent il retrouvait le nom qui y éiaiL assoi-ié. ('<-lui du !>■ Ctialialier lui puniissait d'un ri>up' fonci'-. cnulour de san;; vciEieux, et cela, dit l'>ilis4TViit>-ur, â caUsL' di- l;t prédominance de l'i et de Va, II- prcNiiiT roupie. l'autre noir. Ci'ttt' cciloniliini. atladiée â i'hiu|ue nom. ct:ùi iii-^ianlanéc : non seulonicnl la n'-flexion n'y étiil pour rien, mais il était iinp)s»itile au sujet de di-lniire suii esprit de i-elte idée i\v couleur.
Lii voyelle i jouait particulièrement, dans ce gcnro d'illusio)!. ua p'ie prédominant, sa couleur étant plu» Hi'centuée que toule autre, cl a\a[it pour le sujet un charme spécial, ("était elle surtout qui détcmiinait la teink- de^ divers mots dont elle faisait partie, et elle lui seiublait. pouruinsi dire, illuminer les passages imprimés oii elle dominait. Kilo arrivait inOiuc à détourner son e~pri(. l<ir.-«iu'cllc était siiuvent n'-|>étéc dans une pugo ■l'impression, qui. alors, lui paraissait tout en feu. Cette e.^)'êce de vision devcnaîl parfoi-s de.s plus fatigantes.
46 l'audition coloréb
entraîné qu'il était, en quelque sorte malgré lui, à reconnaître tous les mots dont cette lettre faisait partie dans la feuille qu'il avait sous les yeux.
L'impression d'un livre était pour lui, ou d'un grand secours, ou un grand obstacle, pour la rapidité de conception des questions qu'il étudiait. Les éditions de Masson qui lui paraissaient d'une teinte gris tendre, uniforme, ne nécessitaient souvent pour lui qu'une ou deux lectures ; tandis que les éditions classiques de Baillère, qui lui paraissaient d'un rouge noir comme le nom de l'éditeur lui-même, et dont les caractères semblaient chevaucher et s'embrouiller entre eux, Tobligeaient à une attention des plus fatigantes, et à lire plusieurs fois le même passage pour le graver dans son esprit.
Chiffres. — Parmi les chiffres, 2 et tous les nombres se terminant par 2^ semblaient d'un blanc tirant sur le gris ; 5 et tous ceux de ses multiples se terminant par 5, étaient rouge vermillon ; 7 semblait vert ; 9, noir.
Jours. — Le dimanche paraissait blanc ; le lundi, d'un rouge intense ; le manlL également ; le rsiercredi, rouge pâle ; le Jeudi, rouge intense : le vendredi, également ; le samedi, rouge clair.
Mois. — Juin paraissait très coloré en rouge; juillet, d'un rouge légèrement nuancé; (nnit, glauque; tous les mois suivants deTannce. i\\n se terminent par la désinence bre, seniMîiiont couleur gris de terre.
mur Inl-mAine, 1878 (1)
I»8EUl>OrilOTE3THÉSIE D OIUGINE ACOUSTIQUE.
F.-A. Nûssbaumer, étudiant à Vienne, et âgé de vingttrois ans lorsqu'il publia sa propre observation et celle de son frère Johann, possédait une oreille tellement fine et parfaite que. sans résonnateurs ni appareils d'aucune sorte, il i>ouvait percevoir jusqu'à onze harmoniques pour chaque note gnive du piano, même avant d'en [connaître la loi physique, et quoiqu'il n'eût pas d'ailleurs de culture musicale. D'autre part, le professeur Brilhl, de Vienne, le donne pour un étudiant instruit, assidu et rangé, méritant toute confiance.
Depuis l'âge de quatre ou cinq ans, ce jeune homme éprouvait^ ainsi «^ue son frt're Johann, de deux ans plus Agé. des sensiitions de couleurs à l'audition des voyelles. des sons musicaux et des bruits.
Souvent, dans leur enfance, âgés environ l'un do cinq et Tautre de sept ans, tous deux, à Taide de cuillères.
(!) J.-A. NftMbinm^r. U'iVn^r meà, Woehetuchrift, janrier 187J. pp. I. î* H Si
48 i/audition colorée
couteaux^ fourchettes, etc., qu'ils attachaient par des ficelles et balançaient à la main pour les faire sonner, s'amusaient pendant des heures à c faire les cloches. • Ils prenaient à cette t sonnerie » un plaisir extrême, désignant déjà les sons et les bruits par des couleurs, et se communiquant leurs impressions. Mais le jeu se terminait souvent par des disputes, parce que chacun prétendait que la couleur de sa sonnerie était plus belle que celle de son frère : et à la lin, chacun s'animait au combat pour Thonneur de sa t cloche. »
Au sortir du jeune ù^^c, ils délaissèrent cet amusement, mais ne cessèrent pas de qualifier les sons par des couleurs ; ce qui leur attirait toujours les moqueries de leurs l)arents, de leurs frères et sœui*s. et de leurs camai'ades^ (lui ne comprenaient rien à cet étrange langage, et considéraient leurs sensations de couleurs comme de pures chimères.
Devenu plus tard l'élève du professeur Bruhl pour l'anatomie comparée, F. -A. Xûssbaumer rencontra d'abord en lui un parfait incrédule : mais il finit par le convaincre en lui donnant des preuves de sa faculté de double perception. Lorsqu'enfin il se fut décidé, non sans peine, à publier son cas et celui do son frère, il se soumit à de nombreuses épreuves avant de décrire ses sensations chromatiques. Et pour montrer toute sa bonne foi, il dressa une liste de questions dont il envoya un double à son frère J<jhann. alors horloger à Viccnce (Italie), dont il n'avait rien entendu depuis 1807 sur ses pseudo-sensations de couleurs : juiis. ayant reru la réponse de Johann, il la remit toute cachetée à son maître avec la sienne propre et les questions posées. Kn outre, il pria celui-ci de vouloir bien contrùlur sos recherches et ses déclarations. Le pro-
OMERVATIO.tH PniXapALBlI hES AUTEURS i!l
l«sseur. acquiesçaot ù ce désir, les cootrôlaen effet àl'aido de l'harmonium, et attesta leur mi-rite et leur entière exactitude. Celte attestation est insérée, en note, dans 1 article original.
I>'a)>rt-s rp qui précôtie, on voit que c'est ici un ras de pseudoj/htilrslhèsfe iVurlghic nantstiquc. F.-A. NQssImu- «KT l'olore les voyelles, li-s sons et les fruits. Mais, dit-il, « souvent je ne jtuis (lêsiKner eertjiines couleurs, parce que je lien :ii Jamais vu olijeellveuient de telles; ce qui m'oMÎKC à recourir aux eompuniisoiis les plus Imrwiues pour les dtVrire. ■ \a scns;ition auditive premii^re peut iiiiUfrércniinent être objective ou idéale, se produire en sontEtf uu lorviuu le sujet est éveillé : 1» sensiition ctiromatii|ui- sM'undaire uppitnilt éf;aleKient bien. Mais il n'estérUirisc pas la pseudo-sensation : elle lui semble siéger dans l'intellect, et n'est jamais objective.
I>.>s faits qui suivent sont extraits de la note autographe remise par lo sujet au profes-scur Brtihl.
ToyellM, coBMtuiH et mots. — Chaque voyelle, prononcée ou ehanti'xt par une même (personne et à une môme hauteur duiislt-i'helle musicale. u|>uur lui, dit-il, unecouleur propre. Malheureusement, il ne détaille pas; il rapporte seulement quel'eil'fc'rranvais) lui semble jaune, la diphtongue «( i'/i4i> bien sombre, ot "in violet. Il ne parait pas colorer les consonnes. Ixs noms propres comme les autres mots, prennent la couleur de leurs voyelles : ainsi Louis est bleu, Louise bleu et jaune, le mot viennois Loisl (LoUlt pamlt violet. La hauteur du »on i, laquelle les voyelles et les inobi sont prononcés ne change rien & leur couleur géuénile. mais tieulemcnt ù leur nuance.
Sons et bruits. — D'abord^ d'une manière générale, les sons graves paraissent bruns au sujet ; les sons plus élevés, jaunes et gris. Dans les sons du piano, il voit le rét , brun châtain avec quelques mies plus claires; le /Î2|, brun châtain sombre avec des lignes grises ; le m/,, couleur cuir sombre à la naissance du son, et bleu de bluet à l'expiration ; le /a , jaune chamois sombre ; le /aa, jaune orangé clair, passant ensuite au bleu de bluet ; le fa^^ jaune de citron transparent ; le sol , jaune de citron, puis bleuâtre ; et le dOo , blanchâtre incertain, puis bleuâtre clair transparent. Les accords offrent un mélange de couleurs changeantes; parfois, une couleur partielle plus nette persiste un peu.
Dans une certaine circonstance, un &>nirt de scie qu'on repassait a donné au sujet une impression de vert ; c'est la seule fois qu'il a observé cette couleur dans ses peudosensations, malgré toutes ses tentatives pour la retrouver. Le roulement d'une voiture au galop lui donne une sensation de gris sombre mélange de jaune, et la teinte s'éclaircit d autant plus que le véhicule est plus léger et le mouvement plus rapide.
Voix et instruments. — Des voix d*hommes. aiguës, efféminées et désagréables lui semblent d'une teinte jaune de feuille morte ; les voix dures, rauques, criardes, sont gris brun.
Un son haut de trompette lui semble d'un jaune d'or éclatant et diaphane. Le son d'une petite sonnette de table à timbre élevé lui paraît généralement jaune d'abord, puis bleuâtre vers la fin de la résonance ; impossible ici de préciser, car toutes les sonnettes ne donnent pas le même son.
UB9ERVATIOX8 PII^CIPAI.FB PKS AITEI'IIK 51
Les couleurs que le sujet perçoit le plus fréquemmeot daos ses sensations serondaires sont le bleu, le jaune et lo brun, plus rarement le violet. Certaines couleurs manquent absolument : ce sont le rouge, Iti blanc pur et lo noir fonct^. F.-A. Nilssbuuuier s'est, dit-il, i-prouvv purticultërement sur ce point, et toutes ses tentatives, non seulement pour trouver mais niiîmc jtour s'imaginer, par exemple, un son rouftc, sont restées vaines; de mémo pour le vert, qu'il a éprouvé un jour fortuitement, et qu'il o'a pu retrouver par la suite.
Tes diverses sensations de couleurs ne lui procurent ni jouissance ni gène, lorsqu'il entend un son, il n'est ]ms obligé d'en pen'evoir la couleur; lu pscudo - sensation chromatique no s'iiniwse |ias, et lors<ju'il l'éprouve, s'il concentre son attention Hur quoique autre objut, elle disparaît en quviqucii minutes.
ObserTation de F.-A* Nfissliaainer sur son frère ilohann, horloger, 1878 (1)
PSEUDOPHOTESTHÉSIE D'ORIGINE ACOUSTIQUE.
Ce cas ressemble au précédent et doit être aussi rangé dans la 2^seudophotesthésie d'origine aœustique. Le sujet, Johann Nùssbaumer, âgé de vingt-cinq ans à l'époque de l'observation, était doué, comme son frère, d'une grande finesse d'ouïe ; cependant on ne voit pas qu'il pût aussi bien percevoir, sans appareils, les harmoniques d'un son grave donné. Il n'était pas non plus musicien.
Les détails qui suivent sont tirés de la lettre dont nous avons parlé, lettre que le sujet écrivit de Vicence à son frère pour répondre à ses questions le 5 mai 1872, et qui fut remise toute cachetée au professeur Briihl.
Voyelles. — On ne dit pas si le sujet colore les voyelles et les mots ; mais nous pouvons le présumer, vu la grande similitude que ce cas présente avec le précédent.
{\) F.-A. NûssbaumtT. Wiener med. Wochenschrift, janvier 1873, pp. 4, i8 et 52.
OBSKBVATION8 PRINCIPALES l»F.S At'TEURS 53
Nous pouvons croire aussi que, comme son frère, Johann Ndssbaumer n'extériorise pas la sensation chromatique.
Sont et broitt. — Parmi les sons du piano, le ré^ lui parait d'un bleu violacé sombre ; le fa^ , d'un violet noirâtre; le m^,, bleu de Prusse sombre; le to,, bleu de Prusse moins sombre; le si^, également; le to,, jaune d'ocrc; le /ia^, jaune d'ocre clair; le 50/^, jaune citron ; le do^, jaune blanchâtre légèrement rosé. Les accords se fondent du sombre au clair et réciproquement, probablement suivant 1 élévation de leurs notes constitutives. Un son haut de tromj)€tte Ini ])roduit l'impression de l'éclair. Une petite sontiette de table à timbre élevé lui donne, en général, une sensation de violet ou de bleu clair, passant au jaune bleuâtre sur la fin de la résonance. Le tn^it d'une voiture au galop lui fait percevoir un mélange de gris et de jaune sombre.
I^s couleurs le plus souvent notées par le sujet sont le bleu, le jaune, puis le brun, rarement le violet Celles qui lui font totalement défaut sont, comme pour son frère, le rouge, le vert, le blanc pur et le noir absolu.
Première observation de Bleuler et I^ehmajuiy
PSEUDOPHOTESTHÉSIE D'ORIGINE OPTIQUE, ACOUSTIQUE, OLFACTIVE, GUSTATIVE ET TACTILE.
PSEUDO-ACOUESTHÉSIE D'ORIGINE OPTIQUE
Le sujet dont nous donnons ici l'observation est le n» 1 des soixante-dix-sept cas publiés par les deux auteurs suisses, et n'est autre, croyons-nous, qu'Eugène Bleuler lui-même. A Tépoque de l'observation, il avait vingt-trois ans et, comme son collègue Karl Lehmann, étudiait la médecine à FUnivorsité de Zurich (Suisse).
Quoi qu'il en soit, le sujet de cette observation n'est pas musicien ; certains ])etits intervalles, par exemple les demi-tons, lui semblent plus grands que les plus étendus, comme la septiome et Toctave. Souvent il entend tout à coup un même son plus haut ou plus bas qu'un moment avant, et les mômes irrégularités s'observent dans ses pseudo-sensations.
Il colore, à laudition. les voyelles et les diphtongues.
(0 Bleuler et Lehmann. Zwangsmàssige lichtempfindungen, etc., p. 7t.
OBSERVATIO:«S PRI?(CIPALES DES AlTEUnS 55
le» mots et les langues, les sods musicaux et les bruits. Il prête aussi des couleurs aux chiffres et à certaines figures géométriques, aux odeurs, aux saveurs et aux mois : il semble doue réunir tous les genres pseudophotesthisie. En outre, il éprouve encore des phénomènes de pseudoacouesthésie.
€• Paefi4«pli«te«llié«le.
To^^ellet et diphtongues. — Rappelons qu*il s*agit encore ici, comme dans plusieurs des observations rapportées dans cette étude, des voyelles et diphtongues allemandes.
De petites modifications dans la prononciation amènent de grandes différences dans les sensations colorées du sujet, tandis que la diversité des caractères graphiques n'y fait presque rien. Quand les lettres sont chantées, c'est la couleur du son ou la teinte de la voix qui domine. Pour lui, la est d*un gris bleu sombre ; 1*^^ gris jaunâtre clair ; 17, presque blanc ; Vo, de couleur orange avec idée de rondeur ; Tu, brun rouge tirant sur le violet; Va, gris bleui\tre clair ; 1 o, jaunAtre cluir ; ïû, d'une teinte quil n*a jamais vue objectivement, et qui est comme un mélange de rouge brillant avec un peu de jaune et de bleu, mais sans aucune idée de vert.
Parmi les diphtongues, les unes prennent les couleurs des voyelles (?om posantes, tandis que quelques-unes ont une teinte propre. Ainsi ai se colore des teintes de Va et de 17 ; de même e/ n e — /, o/ zz o — ^, w/ zz u — /, au =r a-^u; tandis que eu est d'un brun rougeàtre clair, au d*un vert bleuâtre gris clair.
. — I^ ^ est jaune gris clair ; p est jaunAtre
56 l'audition colorés
avec idée de rondeur ; d, jaune gris un peu sombre ; t, sombre ; g, gris jaune ; h, brun gris sombre ; f, gris transparent ; V, également ; m^ brun sombre ; n, brun clair ; h, lilas gris clair transparent ; l, gris transparent ; w, gris clair transparent ; r, brun sombre en ligne horizontale ondulée ; s, couleur d'argent ;œ=:k + $; zz^t + s.
Mots et langues. -~ Les mots se colorent généralement suivant les lettres qui les composent. Cependant, quelques mots remarqués par le sujet dans son enfance et colores par lui avant qu'il connût les lettres, sont d'une seule teinte ; ainsi millionen est jaune avec quelques points blancs; ^a/Zor^ (mot injurieux (suisse) est d'un brun sale; papa et mamma, ce dernier plus foncé, sont marron tous les deux. Dans ses premières années, quand il pensait à son père et à sa mère, le sujet se les figurait toujours avec des vêtements d'une certaine teinte, quoiqu'ils n'en portassent jamais de cette couleur. Plus tard, lorsqu'il se servait du mot 7nutter (mère), il lui semblait voir sa mère vêtue d'une robe rouge brun. Le mot Ruhen lui donnait l'idée d'une figure iiàiée par le soleil ; Joseph lui paraissait d'une teinte mêlée de jaune et sans vêtement ; Adam était bleuâtre ; Eva (Eve), d'une teinte plus claire ; Johannes (Jean) et Jacob^ couleur marron : colorations diverses que le sujet attribue aux voyelles dominantes de ces noms.
Les couleurs dominantes de certains sons de la parole peuvent parfois, dit-il, se mélanger, si les mots sont étroi* tement liés par une mélodie. Ainsi « G^rad aus dent Wirtiishaus • [^Tout droit de Vaubergcje sors^ chanson très populaire en Allemagne), est d'une teinte verte ; t Ich xoeiss nicht was soll es bedeuten • (Je ne sais pas ce que
OBSERVATIONS PRINCIPALKS r»KS AT TKl'RS 37
cela siçnifie, autre chanson populaire), est de la même couleur.
Quant aux langues, Yallchiand lui paraît vert, Vanglais brun clair, le français brun sombre, VUalien bruniïtre ou bleuâtre selon la prononciation, le grec ancien jaunâtre, Vhébreu sombre.
CUfflres 0t figures géométriques. ~ Ia>s sensations colorées secondaires déterminées par les chiffres sont absolument indépendantes de celles des sons. I^ sujet n'entre pas dans les détails.
Pour les ligures géoinétri<iues, une suite <rangles aigus, AAAA» l"i donne la sensation d'une teinte claire; une suite d'angles obtus, /\>^\/N. une teinte un peu sombre; une suite d'arcs dt» cercle ainsi dispost»s, ^w--^^ -^, une nuance encore plus sombre ; un triangle, une image claire; un carré , une teinte plus sombre; un rectangle, une couleur claire ; un cercle y une teinte claire jaunâtre.
Sotts st bruits. — Les s(nis graves sont noirs, et passent, a mesure qu'ils s'élèvent, au brun rouj^e puis au jaune brun; les 6(;/iô* moyens sont jaunes; /t\v/>/uAc7crt'.f. d'un blanc pur.
I^e bruit «le la respiration vcsimtaire est d'un gris tninsparent; celui d'une resjtiratitm f(trte^ d'un gris plus clair et opaque. Les bruits narnèaiu: du cœur sont d'un brun sombre allant jus<iu*au noir et donnent une image de forme ovale. Le Oruit de crépitement donne Fidée de points blancs ; le chevrotement^ l'impression d'un gris bleudtre clair.
îoix ii iBStmmenis. — Le sujet colore les timbres de Toix et d'instruments. I^ son d'une tige métaltique^ d'une
cuillère d'argent, de certaines cloches lui donne une sensation de bleuâtre ou de violet.
Odears, savears, tact. — Aucune odeur^ aucune saveur ne peut être perçue ou pensée par le sujet sans déterminer de sensation chromatique ; cependant ces impressions sont plus faibles et s'imposent moins que celles qui naissent des sons. Le rhume change les sensations colorées qui dépendent de l'odorat.
L'odeur de la vanille donne une teinte claire légèrement violacée, presc^ue lilas; le parfum de la violette se traduit par un violet clair ; celui de la rose, par du rose ; l'odeur piquante de Vammoniaque, par une teinte blanchâtre ; celle du nîtrite cVamyle. par du rouge ; celle du vinaigre^ également. La sensation éveillée par un parfum varie parfois avec la distance; ainsi certain parfum qui, à quelque distance, donna au sujet une idée de rouge, senti de près, lui parut d'une teinte brune ; Veau de Cologne étendue donne une couleur rougeàtre transparente ; mais sous le nez môme, elle est d'une teinte grisâtre et transparente au plus haut degré.
Les sensations gustativcs agréables se traduisent par des teintes également agréables. Le goût de la vanille donne la même teinte que Todeur de cette substance ; une saveur douce se traduit par du rouge ; une saveur amdre donne un brun sombre ; une saveur aigre, une teinte rouge : une saveur piquante., alcaline, détermine la sensation d'une teinte claire légèrement jaune ; des rapports aigres se nuancent de brun rouge; sans goût distinct, ils sont couleur déterre. Le bleu et le vert pur ne se rencontrent pas dans cette sorte de pseudo-sensations.
Los fausses sensations de couleurs qui dépendent du
OBSKRVATIOXS PRIXCIPALF.S DE» AITECRS S9
toucher proprement dit. ne sont pas nettes pour la plupart ; mais il n*en est pas de même de celles de la senstbiliié. Les douleurs^ par exemple, ne sont jamais senties ou pens4tes sans leurs couleurs propres. Elles se colorent diversement, suivant leur intensité. Les douleurs violentes s*accompagnent d'une idée de blanc ; plus intenses encore et localisées, elles vont du jaune au rouge et au brun sombre ; de sourdes douleurs de tète donnent une teinte presque noire ; des élancements^ une idée de pointa blancs; un pincement y une teinte jaune d'autant plus claire que la douleur est plus vive ; une démangeaison, un gris plus ou moins clair; la colique^ un jaune clair pouvant passer au rouge et au brun.
Jours et mois. — I^ sujet colore les uns et les autres, mais ne donne aucun détail. Nous savons seulement que les sensations chromatiques qui s*y rapportent sont indépendantes de celles des sons.
%* F%emdù•me^me%îhé%îe^
Ijc sujet n'éprouve pas soulement. avons-nous dit, des sens;ition8 linuiiieuses ou colorées, mais encore des pseudo-sensations de sons. Loin de toute influence lumineuse, relies ci sont moins vives que les premières. Quand chez lui une perception ol»jective et une pseudosens;ition de son ont lieu siniultnnément et donnent une impression identique, il a toujours quand nx^me la notion que celle-ci e^t tout autre rhose que c<*lle-là, et qu'ainsi le son éveillé diffère à certiilns égards de celui qui est perçu par Toreille.
Ces pseudo-sensations auditives sont éveillées souvent
par des figures géométriques. Une suite d'angles aigus disposés comme plus haut donne la sensation d'un son élevé, sifflant ; une suite d'angles obtus^ un son grave, profond ; une suite d'ayxs de cercles^ un son encore plus grave. La vue du ciel étoile éveille Tidée d'un son aigu, très haut, un peu discontinu. Le coucher du soleil donne, au contraire, l'impression du calme, du silence. Longtemps avant de se rendre compte de ses pseudo-sensations visuelles et auditives, le sujet éprouvait, lors d'une éclipse de lune, Timpression étrange et désagréable qu'il devait entendi^e Vaj)paHtion de Vautre, mais toutefois que son ouïe ne serait pas assez parfaite pour cela. Il se souvient encore vivement du bruit sifflant de la coinète de 1801.
Les diverses pseudo-sensations visuelles et auditives qu'il éprouve ne lui procurent ni bien-être, ni malaise ; mais elles lui sont d'un grand secours pour la mémoire. Elles sont instantanées et tellement liées aux perceptions ou aux évocations qui les déterminent que les unes ne peuvent avoir lieu sans éveiller les autres. Ces pseudosensations visuelles et auditives ne datent pas toutes de la même époque , ou du moins le sujet n'en a constaté l'existence qu'à des intervalles parfois fort éloignés. Mais depuis qu'elles lui sont connues, les unes et les autres sont restées invariables.
vu
Deuxième observation de Blemler et Lebmann^
l»SKLDOPHOTESTIU:SIK D OIUGINE OPTIQUK, ACOUSTIQUE,