Pseudophotesthésie
Voyelles, consonnes, diphtongues, etc. — Il perçoit une sensation nette de couleur pour chaque lettre, voyelle ou consonne. De plus, cette couleur varie selon que l’excitant du phénomène est le son ou la forme graphique de la
(1) Grüber. Congrès de psychologie physiologique ; Paris, août 1889. Bulletin médical, 18 août 1889, n» 63, p. 1039. - Progrès médical, 31 août 1889. n" 33, p. 219.
OBSERVATIONS PRINCIPALES DES AUTEURS
lettre, en d’autres termes, suivant que la pseudophotesthésie est d’origine acoustique ou d’origine optique.
Il colore aussi les diphtongues, triphtongues et téraphtongues de la langue roumaine. A l’audition d’une de ces syllabes, il perçoit une bande de couleurs, dont l’étendue est toujours la même, mais non la coloration, qui varie avec ces sons divers.
Il prête également des couleurs aux chiffres, et il pourrait ainsi, paraît-il, à l’aide de combinaisons de couleurs, effectuer des opérations d’arithmétique.
Pscudo-acouestlicsie, pseudosphrésesthésie, pseudugousesthésic et pscudo-apsîesthésîe.
Outre ces phénomènes de pseudophotesthésie, le sujet présente de la pseudo-acouestMsie, de la pseudosphrésesthésie, de la pseudogousesthésie et de la pseudoapsiestnésie d’origine optique. En effet, l’image graphique des lettres provoque chez lui des pseudo-sensations auditives, olfactives, gustatives, tactiles, thermiques et motrices propres et constantes pour chaque lettre. Ainsi, par exemple, la vue de l’o lui donne une sensation de chaleur étouffante pour la température, une sensation de chute dans un précipice pour le sens musculaire, et une sensation de terreur pour les sentiments affectifs.
OBSERVATIONS PERSONNELLES
Il y a déjà plus de dix ans que j’ai eu l’occasion d’observer pour la première fois, chez une de mes clientes et amies, B., des faits de pseudophotesthésie. Cette dame, que je voyais fréquemment, me parlait très souvent des sensations secondaires éprouvées par elle. Mais, absorbé alors par d’autres recherches, je négligeai d’étudier le cas, et pendant longtemps je n’y pensai plus.
Voilà que dans les premiers mois de cette année 1890, nne seconde cliente me déclara éprouver des sensations analogues. Stimulé par les observations publiées depuis quelque temps sur ce sujet, et par ce deuxième oas qui se présentait à moi, je me promis d’en faire t observation détaillée et de l’étudier sérieusement.
l’audition colorée
Mais, le médecin propose... et les clients disposent. De sorte que la personne, ayant quitté le pays, je me trouvai arrêté dès le début.
Cependant, mon attention était attirée sur ce point. Je me souvins alors de mon ancienne cliente, B. qui, heureusement, résidait à Angers depuis un certain temps. J’eus bientôt l’occasion de la revoir, et elle m’apprit qu’elle éprouvait toujours les mêmes sensations chromatiques. Elle me dit aussi que sa mère, décédée depuis quelque temps, présentait des traces du même phénomène, et qu’elle a encore un frère et une nièce, fille de ce monsieur, doués de la même faculté d’association.
Mis en veine de recherches par ces quatre premiers cas, je continuai mes investigations, et ne tardai pas à en découvrir quatre autres au bout de peu de temps. Ceci me porte à croire, ainsi que quelques auteurs l’ont déjà exprimé, que ces faits sont plus communs qu’on ne le croit généralement, et qu’il serait facile d en réunir un nombre assez considérable. Sans admettre comme normale, même pour l’Allemagne, la proportion de 12,5 pour 100, qui ressort des recherches de Bleuler et Lehmann, —leurs investigations ayant été faites dans des conditions spécialement favorables —, nous pensons que chaque contrée peut fournir une bonne moyenne. Ainsi, sur trois cent soixante-douze personnes que nous avons interrogées, nous avons rencontié treize cas. Nous faisons des vœux pour que
OBSERVATIONS PERSONNELLES
les recherches à venir soient assez étendues, sérieuses et complètes pour éclairer, sous toutes ses faces, ce point obscur de la physiologie des sensations.
Nous avons dit physiologie. Le phénomène en question paraît, en eflet, s’y rattacher dans la très grande majorité des cas, soit qu’il provienne d’une impressionnabilité spéciale, d’un état particulier du système nerveux, d’une plus grande puissance d’imagination, ou d’une habitude de tout colorer datant de l’enfance. En effet, presque tous les sujets observés ont été notés comme parfaitement constitués, sains de corps et d’esprit, et souvent même d’une culture distinguée. Sur les cent trente-quatre cas réunis dans ce travail, trois sujets seulement sont notés comme présentant des troubles de l’oreille ou du cerveau : le n” 75 de Bleuler et Lehrhann, la dame sourde de Franceschini et Grazzi, et le client du Neiglicki; encore leur état morbide ne peut-il être mis en cause.
La plupart des sujets que nous avons observés possédaient leur faculté d’association depuis leurs plus jeunes^années, et la trouvaient toute naturelle. Gepen- <iant, pour les deux cas de B. et de son frère, s^lors qu’ils étaient enfants, les divergences entre les couleurs éprouvées par eux les intriguaient beaucoup, et donnaient parfois lieu à de vives et curieuses discussions.
Le plus grand nombre de nos sujets possédaient le
l’audition colorée
pouvoir de colorer les sons, mais principalement ceux de la parole, et dans la parole les voyelles,, plutôt que les bruits et les sons musicaux. Quelques-uns seulement présentaient, soit le pouvoir de colorer la forme graphique des lettres, soit la faculté restreinte de colorer les noms propres. Chez tous, la sensation était subite, spontanée, et tellement liée à la perception objective première, qu’il était impossible au sujet de séparer l’une de l’autre.
Nous avons soumis nos sujets à de nombreuses épreuves et contre-épreuves, tant pour obtenir les assertions de chacun que pour les contrôler, tant pour les sons musicaux que pour les sons vocaux. Dans ce dernier ordre de faits surtout, non content de noter les couleurs accusées par chaque sujet, pour chaque voyelle ou chaque lettre, nous l’avons interrogé sur un grand nombre de mots présentant, dans leurs syllabes : les uns, la répétition d’une même voyelle, comme vénéré, enfant, heureux, etc.; d’autres, des voyelles dilïérentes, comme Paris, Angers, etc. Et nous, avons toujours contrôlé, dans un travail consécutif, la concordance des sensations accusées pour les syllabes des mots et leurs voyelles respectives, prises séparément.
Nous ferons remarquer que nous avons encore employé, pour cet examen, tantôt des termes abstraits, tantôt des mots concrets, tantôt des mots capables de
OBSERVATIONS PERSONNELLES
réveiller par eux-mêmes l’idée de quelque couleur, comme azur, rose, orange, etc. ; tantôt des synonymes ; tantôt des nombres, écrits soit en lettres, soit en chiffres. Nous avons trouvé que la voyelle était la principale cause efficiente, déterminante, de la couleur perçue.
De plus, nous avons eu l’idée de mettre sous les yeux du sujet, pendant l’épreuve, une bande d’étoffe colorée, afin de voir l’effet produit par la combinaison de la sensation colorée perçue mentalement, et de la couleur perçue objectivement par les yeux. Cette épreuve nous a donné, chez un sujet surtout, M. l’abbé F., quelques résultats vraiment curieux, ainsi qu’on le verra plus loin. Les bandes d’étoffe que nous mettions sous les yeux du sujet étaient assez grandes et assez rapprochées pour embrasser tout le champ visuel. Elles présentaient respectivement les sept couleurs principales du spectre, plus le noir et le blanc.
Nous avons toujours demandé si l’image colorée était extériorisée ou non, et nous avons prié la plupart des sujets de nous donner, par écrit, la relation des pseudo-sensations éprouvées par eux, la façon, aussi exacte que possible, dont elles étaient perçues, avec leur point de départ ou leur origine, autant qu’ils s’en pouvaient souvenir.
Enfin, nous les avons longuement interrogés sur les corrélations et réciprocités qu’ils auraient pu constater entre leurs diverses perceptions sensorielles, sur leurs
l’audition colorée
antécédents personnels et de famille, sur les personnes qu’ils pouvaient savoir douées de la même faculté, etc., etc. Nous avons aussi pratiqué, dans chaque cas, un examen sérieux de l’œil et de l’oreille.
En résumé, nous avons fait, sauf oubli, toutes les recherches, pratiqué toutes les épreuves que nous avons trouvées décrites chez nos devanciers, et nous y avons ajouté toutes celles que nous ont suggérées les circonstances propres de nos observations, et que nous croyions de nature à éclairer les faits.
Passons maintenant au détail des cas.
madame B.
PSEUDOPHOTESTHÉSIE d’oRIGINE ACOUSTIQUE.
Cette dame, âgée de quarante-neuf ans, est d’une bonne constitution, quoique un peu anémique et arthritique. Elle est très nerveuse, fort impressionnable et jouit d’une santé excellente. L’œil est un peu astigmate ; néanmoins, la vue est bonne^ et l’acuité visuelle correspond au n” 1 de l’échelle de Snellen ; le sens des couleurs est très développé. 'L’oreille est parfaite, et l’acuité auditive normale.
D’un caractère plutôt doux qu’irritable, douée d’une sensibilité exquise, B. est fort intelligente et d’une culture intellectuelle bien au-dessus de la moyenne. Elle aime passionnément la musique et est d’ailleurs excellente musicienne, sans être cependant une très forte exécutante.
Nous devons ajouter que nous Jie pouvons pas douter seul instant de sa bonne foi, que nous avons toujours crue la plus entière ; et l’examen attentif de ses réponses.
l’audition colorée
pendant les épreuves que nous avons pratiquées, n’a fait que confirmer notre opinion.
Aussi loin que remontent ses souvenirs, M»»® B. se rappelle avoir toujours éprouvé les mêmes fausses sensations colorées, telles que nous allons les décrire.
Les sons vocaux l’impressionnent beaucoup plus que les sons musicaux. Ce sont les voyelles qui, chez elle, déterminent la couleur perçue ; quelques consonnes seulement la modifient légèrement. Nous devons faire remarquer que c’est le son seul des voyelles et des mots, entendu ou évoqué mentalement, qui éveille les images colorées. Les formes graphiques des mêmes lettres n’ont aucune influence sur la production du phénomène. C’est donc ici un cas de pseudopJiotesthésie d’origine acoustique ou d’audition colorée.
Voici les impressions de couleurs provoquées à l’audition, par les noms des différentes lettres ; ,
Son.
Forme graphique
( entendu., éveille une teinte bleue,
( évoqué mentalement.,VinQiQm%Q bleue.
( vue, ne donne rien,
( évoquée, ne donne rien.
De même â éveille e -
au
an -
in
une sensation de bleu foncé,
— gris terne,
— gris d’acier,
— gris verdâtre,
— rouge vif,
— noir,
— noir violacé,
— jaune,
— bleu violacé,
~ — bleu rosé,
OBSERVATIONS PERSONNELLES
un éveille une sensation de jaune biche,
eu — — gris sale,
on — — gris sale,
ou — — brun,
oi — — teinte difficile à définir ;
d et t éclaircissent la couleur des voyelles,
P l’épaissit,
r y ajoute un reflet métallique.
Les mots présentent des images colorées diversement, suivant leurs voyelles composantes et les quelques consonnes influentes, sans que leur signification ait aucune action sur la couleur éveillée.
Ainsi, midi
est
rouge vermillon,
respect
gris.
enfant
bleu.
plainte
jaune citron,
zinc
jaune rouge (germe d’œuf),
Paris
bleu et rouge très nets.
Angers
bleu et gris sale.
NaWcUodonosor
noir avec de grandes raies métalliques vertes.
Les nombres donnent
une
couleur qui correspond à la
voyelle dont les mots sont formés.
Ainsi, un
est
jaune,
deux
brun de chevreuil.
trois
bleu,
quatre
bleu,
cinq
jaune,
l’audition colorée
six
est
rouge,
sept
gris,
huit
jaunâtre.
neuf
biche fauve, chevreuil.
dix
rouge,
onze
noir incertain.
douze
brun.
quinze
jaune.
vingt
jaune,
cent
bleu mêlé, brouillé,
mille
rouge.
Les noms des notes de musique suivent la même règle.
Les sons musicaux n’impressionnent pas le sujet aussi nettement que les voyelles et les mots. Les sons graves lui paraissent sombres ; mais, à mesure qu’ils s’élèvent vers les sons aigus, ils passent graduellement à des teintes plus claires. Il en est ainsi, qu’il s’agisse de mélodie ou d’accords. Ceux-ci ne donnent rien de particulier. Les timbres ne paraissent pas influer sur la couleur de l’image.
Pour B., chaque morceau de musique., chaque partition a aussi sa couleur propre, ou sa teinte générale.
La musique d’Haydn lui paraît d’un vert désagréable,
— — — Mozart est bleue, en général,
~ ~ se distingue par beaucoup de jaune,
— — lui donne la sensation d’une atmo¬
sphère lumineuse, changeant successivement de couleur.
Dans la Chevauchée des Walhyries, de Wagner, tout le morceau lui paraît vert. Le dernier scherzo de Saint-
OBSERVATIONS PERSONNELLES
Saëns donne à M”® B. l’impression du rouge et du vert grisâtre ; et, singulière coïncidence, ces couleurs sont précisément celles que l’éditeur a employées dans le titre sur la couverture du morceau, où le mot scherzo est imprimé en rouge, et précédé d’un ornement vert.
Ces sensations de couleurs sont si intimement liées à l’audition ou au souvenir de chaque oeuvre musicale, que M”" B. ne peut évoquer l’une sans éveiller l’autre. Ces associations, passées en habitude, se manifestent d’une manière tellement impérieuse, que cette dame fait relier toutes ses partitions suivant la teinte générale de chaque œuvre, et qu’elle ne peut pas supporter que la reliure en soit d’une couleur différente.
Elle perçoit également bien les couleurs, soit les yeux ouverts ou fermés, dans l’obscurité ou en pleine lumière, soit enfin qu’elle entende le son ou qu’elle l’évoque mentalement. Ainsi, au retour du théâtre, avant de céder au sommeil, elle voit, au souvenir de la partition-entendue, la gamme des couleurs se reproduire constamment devant ses yeux, suivant les morceaux évoqués.
Les impressions sont très nettes, bien définies, et semblent siéger dans la région frontale. Loin de constituer une gêne, elles sont pour le sujet une jouissance considérable.
B. présente quelques traces d’autres associations sensorielles. Ainsi, certains morceaux de musique lui donnent une impression de chaud, d’autres une impression de froid. Certains sons lui occasionnent un certain agacement de la peau des mains ; d’autres lui amènent leau à la bouche. La musique de Don Juan^ de Mozart, a la spécialité de lui agacer les dents ; etc.
Elle nous a dit que sa mère, décédée depuis plusieurs
l’auditiox colorée
années, était aussi douée de la même faculté d’association. Elle a encore un frère, M” J., et une nièce de douze ans, J., fille dudit frère, qui colorent aussi les sons de la parole. Nous allons donner ci-après dans cet ordre leurs observations respectives.
Madame mère de M^^ B.
PSEÜDOPHOTESTHÉSIE D’ORIGINE ACOUSTIQUE.
Cette dame, de constitution solide, avait la vue très bonne. On pourrait en dire autant de l’ouïe, n’était que depuis l’âge de cinquante ans, elle éprouvait des troubles auditifs consistant en un défaut d’orientation du son.
Il nous est impossible de rapporter en détail les particularités de ce cas, celle qui en fait l’objet n’étant plus. Nous pouvons d’ailleurs nous en passer, puisque, nous dit B., sa mère percevait pour les différentes lettres, les mêmes couleurs qu’elle-même, sauf pour qui lui donnait une sensation de jaune, et Fu, qui lui paraissait rouge.
Nous ne savons pas d’une manière certaine si le son des lettres était le seul excitant du phénomène, à l’exclusion des caractères graphiques ; mais nous pouvons raisonnablement le supposer, et croire qu’il en était, à cet égard, chez cette dame, comme il en est chez sa fille, son fils, et sa petitefille. Nous rangeons donc ce cas dans la même catégorie fiue le premier, comme appartenant à la pseudopUotesthésie d’origine acoustique ou audition colorée.
Monsieur J., frère de M“® B.
PSEUDOPHOTESTHÉSIE d’ORIGINE ACOUSTIQUE.
Ce monsieur, âgé de quarante ans, est lymphatique et très nerveux. Sans être bien fort, il jouit d’une santé suffisamment bonne. L’acuité visuelle est normale, et l’examen ophtalmoscopique ne révèle rien de pathologique. L’audition est parfaite.
D’une bonne culture intellectuelle, et très au courant des choses de la musique, M"' J. n’a pas de profession, et occupe ses loisirs dans la promenade, la lecture, la peinture, le modelage, le dessin et la musique. Il aime passionnément celle-ci, et adore en particulier la musique de Wagner, qui lui donne la sensation d’une atmosphère lumineuse, variant successivement de couleur.
Depuis son enfance, il a toujours coloré les sons, et souvent, dans son jeune âge, des discussions survenaient entre lui et sa sœr.r, à cause de la divergence des sensations chromatiques que leur faisait éprouver et accuser un même son. Nous nous plaisons à enregistrer ce fait comme une preuve de la sincérité des sensations accusées alors par les deux enfants, sensations qui n’ont pas varié depuis lors.
OBSERVATIONS PERSONNELLES
Comme sa sœur, M'' J. est particulièrement sensible aux sons vocaux. Les sons musicaux, du moins pris séparément, ont peu d’action sur ses sensations colorées. Remarquons encore ici que c’est le son seul des voyelles et des mots, à l’exclusion de leurs formes graphiques, de leur signification, etc., qui éveille l’image colorée. C’est donc un troisième cas de pseudophotesthésie d’origine acoustique.
Les nuances de couleurs éveillées par les différentes voyelles ejt diphtongues étant souvent très difficiles à rendre par des mots, M- J., qui s’occupe de peinture, avons-nous dit, a eu l’excellente idée de composer une palette des sensations colorées éprouvées par lui à l’audition de ces lettres. Voici les sensations qu’il perçoit, telles qu’il nous les a décrites dans ses déclarations, avant de les rendre par la peinture sur le curieux document que nous avons entre les mains.
,, „ ( entendu, éveille une image bleue,
M. Son.] ,
^ \ {évoqué., — —
L „ ,. ( vue, ne donne rîcw,
\ L forme graphique. . . ,
( evoquee, ne donne rien.
De même, â donne une sensation de bleu foncé,
Q — grisjaunâtre (couleur de sable),
é — gris jaune assez clair (couleur
de sable),
• è — gris avec moins de jaune (cou¬
leur de sable verdâtre), i — noir,
O — blanc légèrement rosé,
au — bleu,
U — vert jaune (cœur de laitue),
l’audition colorée
an donne une sensation de bleu très foncé, tirant sur le violet, avec sensation d’épaisseur, in - gris de fer,
ain — gris violacé assez clair,
un — gris verdâtre assez foncé,
eu — brun de chevreuil,
on — rouge clair,
ou — blanc laiteux avec idée
d’épaisseur de crème, oi — blanc suivi de noir.
Certaines consonnes influent sur la couleur des voyelles. Les couleurs des syllabes et des mots varient avec les voyelles composantes. Ainsi, midi est noir, etc.
Les couleurs des nombres correspondent aussi à celles des voyelles composantes. Notons pourtant que le caractère graphique du chiffre influe parfois sur la nuance de l’image. Les noms des notes de musique se colorent de la même manière.
Les sons musicaux donnent pour les notes graves des images sombres qui s’éclaircissent progressivement, à mesure que les notes s’élèvent vers les registres aigus. Les accords paraissent de même sombres ou clairs et brillants, selon que leurs notes constitutives appartiennent aux degrés inférieurs ou supérieurs de l’échelle des sons. Deux notes voisines, comme aussi leurs accords propres, ne se différencient donc pas sensiblement par leurs images colorées. M*' J. n’a rien remarqué de spécial pour les timbres de voix ou d’instruments.
Laissons-lui maintenant la parole. Voici ce qu’il nous dit dans l’autographe qu’il nous a communiqué, et qu’il
OBSERVATIONS PERSONNELLES
n’a rédigé qu’après deux examens, lorsque nous avions déjà pris note de ses sensations.
« Je ne vois pas l’image extérieurement, comme dans une hallucination, un rêve, ou comme, lorsqu’après avoir regardé le soleil, on voit apparaître des ronds verdâtres sur les objets que l’on fixe ensuite ; non, ce n’est pas cela. C’est plutôt comme lorsque, parlant d’une personne absente, d’un objet éloigné, on se représente par l’imagination l’une ou l’autre, avec sa forme et sa couleur, sans les voir exactement par les yeux.
« Pour les lettres, je me les figure de telles ou telles couleurs, involontairement; et je ne puis me les représenter autrement, ni avec d’autres couleurs que celles qui leur sont propres. Ainsi, pour moi, Va est toujours bleu; l’c, invariablement couleur de sable, etc.
« Les consonnes n’ont pas de couleur, mais elles influencent généralement la voyelle qu’elles accompagnent. Il y en a qui l’épaississent, si l’on peut s’exprimer ainsi, qui donnent à sa teinte, par exemple, l’impression d’un liquide épais comme de la crème ; d’autres qui la salissent ou lui donnent un reflet métallique, etc. Ainsi, dans le mot enfant^ le son an n’a pas la même couleur pour chaque syllabe : en est d’un gris brun dans les teintes biche ; fant est d’un bleu foncé tirant sur le violet.
« Les morceaux de 7 nusîque me donnent généralement des sensations de couleurs. Ceux qui me sont indifférents se tiennent dans des teintes ternes et laides de gris sale difficile à décrire. Ceux qui me plaisent le plus à entendre présentent une teinte générale dominante, qui varie dans le cours de chaque morceau, mais qui, quoique traversée ^Insi de nuances diverses et changeantes, souvent avec des reflets métalliques, garde néanmoins un même ton
l’audition colorée
général. C’est, par exemple, comme une étoffe dont le fond serait bleu, et sur laquelle seraient brodés des dessins, des arabesques de diverses couleurs, mais où néanmoins la couleur dominante et principale serait le bleu, ce bleu variant du sombre au clair.
« La musique des Amants de Vérone, opéra du marquis d’Ivry, est d’une teinte générale bleue.
« Aida, de Verdi, soit au piano, soit à l’orchestre, est d’une belle teinte bleue.
« Le Vaisseau fantôme, de Wagner, est d’un vert brumeux, dû peut-être au souvenir de la mer.
« Le Tannhàuser^ de Wagner, est généralement bleu.
« V’ouverture du Tannhàuser a une teinte générale d’un beau bleu sombre, traversée, pendant les motifs de Vénus et du Venusberg, de couleurs jaunes, claires et brillantes.
« Couverture de Struensée., de Meyerbeer, me donne la sensation très nette d’une teinte générale lie de vin foncée et épaisse.
« La musique de Saint-Saêns, entendue soit au piano, soit à l’orchestre, est d’un gris violacé, très fin de ton, comme la brume légère du matin sur le calme Océan. Ce gris a des teintes exquises de finesse et de délicatesse, et semble, par moment, traversé de fêlures, ou de stries noires analogues aux raies du spectre.
< La plupart des morceaux de musique me donnent la sensation d’une atmosphère lumineuse, colorée de teintes exquises, vaporeuses et changeantes que je perçois parfaitement, mais que je ne puis pas toujours exprimer facilement d une manière précise, les termes arrivant mal ou 1 impression fuyant pendant la recherche de L’expression. Ce sont comme des couleurs flottantes, comme des
OBSERVATIONS PERSO^INELLES
.vapeurs ou des parfums répandus dans l’air, et qui se dissipent pour se renouveler sans cesse.
« Quand je parle musique ou théâtre, je qualifie toujours chaque œuvre musicale selon sa couleur dominante, et il me vient à chaque instant des expressions dans le genre de celles-ci : Cette musique est d’une jolie teinte, d’une couleur agréable ; ou bien : Cette musique est terne, d’une vilaine couleur ; ou encore : Cette musique est bien écrite, mais elle est d’une couleur désagréable. »
Mademoiselle J., fille de M*" «ï..
(D’après la note manuscrite de ce dernier.)
PSEUDOPHOTESTHÉSIE D’ORIGINE ACOUSTIQUE
M**® J., qui n’a que douze ans encore, est d’une bonne constitution, se développe très bien et se porte à merveille. Cette enfant, très raisonnable et « ne posant pas », ne cherchant pas à se faire remarquer, lisons-nous sur le bulletin qui la concerne, éprouve depuis bien longtemps déjà, comme son père, sa tante et autrefois sa grand’mère, des sensations colorées à l’audition des voyelles et des mots. C’est donc un quatrième cas de pseudopUotesthésie d’origine acoustique.
Voici les couleurs qu’elle perçoit, telles qu’elle les a déclarées à son père, qui en a pris note et nous a transmis les faits :
( entendu, donne une image rouge rosé ^ un peu pâle,
évoqué, donne une image rouge rosé un peu pâle,