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Pour les sons musicaux, la plupart des sujets se

l’audition colorée

contentent d’accuser, comme pour les voix, des teintes sombres pour les notes graves, claires pour les sons aigus, moyennes pour les notes intermédiaires.

28. Quelques personnes accusent une couleur différente pour chaque note de la gamme, la nuance passant toutefois de l’une à l’autre d’une manière presque insensible. Ainsi, une note diésée est plus brillante que la note naturelle ; la note bémolisée est au contraire plus sombre. Mais, naturellement, il n’y a pas de différence appréciable entre les images colorées de do dièse et ré bémol, ré dièse et mi bémol, etc., notes qui sont d’ailleurs identiques sur un instrument tempéré.

29. En général, les accords suivent les deux règles qui précèdent, si règle on peut dire dans un tel sujet. Ils paraissent donc d’autant plus sombres qu’ils sont frappés sur des notes plus basses ; d’autant plus clairs et brillants qu’ils sont formés de notes plus aiguës.

30. Mais les tons proprement dits n’ont pas généralement d’action sur la coloration de l’image. D’ordinaire, il n’y a pas de différence sensible entre les deux tons majeur et mineur d’un même degré de la gamme, pas plus qu’entre un ton donné et ses divers relatifs majeurs et mineurs. Un morceau de musique, transposé d un ton dans un autre, devient simplement plus

brillant si le nouveau ton est plus élevé, plus sombre dans le cas contraire.

31. Cependant, il s’est trouvé un sujet, — celui du D** Pédrono —, chez qui l’accord parfait de fa majeur éveillait une image jaune, tandis que celui de la mineur donnait une teinte violette.

32. Les diverses notes d’un accord parfait, vibrant bien ensemble, ne donnent généralement qu’une seule sensation colorée. Mais dans un accord dissonant, quelques notes gardent leurs couleurs propres.

33. La plupart des sujets n’accusent rien pour les différents timbres d’instruments.

34. Au contraire, certaines personnes, et le nombre n’en est pas rare, perçoivent une couleur déterminée, constante, sinon pour chaque timbre de voix ou d’instrument, du moins pour quelques-uns. La même mélodie, jouée successivement sur plusieurs instruments de timbres variés, ne conserve pas alors la même couleur, mais prend les teintes caractéristiques des timbres mêmes.

35. Pour ces sujets, l’audition d’un chœur, d un orchestre, donne, suivant les timbres divers de voix ou d’instruments, autant d’images colorées dilïérem-

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ment, et qui semblent parfois planer au-dessus des exécutants.

36. D’autres personnes, comme plusieurs parmi celles que nous avons observées, sans colorer les timbres, colorent les œuvres musicales qu’elles entendent exécuter, et les qualifient en conséquence, selon que leurs couleurs dominantes sont plus ou moins brillantes, plus ou moins agréables.

37. Ces couleurs varient constamment de nuance dans le cours de l’œuvre, et même dans le cours de chaque morceau. Cependant, la teinte générale se maintient. Chaque œuvre a ainsi, pour les sujets dont nous parlons, sa teinte générale, qui est, pour ainsi dire, comme le fond du tableau sur lequel viennent apparaître successivement les couleurs changeantes des différents morceaux.

38. Chez plusieurs de nos sujets, la pseudo-sensation d’une couleur et la perception simultanée d’une autre teinte par l’appareil optique, ont donné pour résultat la combinaison et parfois la neutralisation des deux couleurs perçues, l’une subjectivement, l’autre objectivement.

39. Dans le cas le plus curieux, les couleurs s’étant parfois trouvées complémentaires, le sujet annonça

sans hésiter une image noire ; d’où l’on peut conclure que les deux sensations chromatiques s’étaient neutralisées.

40. Pour certains sujets, le commencement et la fin d’un même son provoquent des teintes différentes.

41. Les facteurs principaux qui agissent dans la production de la couleur sont le timbre, la hauteur et l’intensité du son. Cependant le timbre ne semble pas agir chez tous les sujets. Mais l’intensité et la hauteur du son ont toujours une influence marquée dans la production du phénomène : la première a toujours pour effet d’accentuer, de préciser la couleur, l’image étant d’autant plus nette que le son est plus intense ; la seconde, de rendre l’image plus claire.

42. Quelques sujets prêtent des couleurs aux noms propres de personnes, le plus souvent aux prénoms.

43. D’autres étendent cette faculté de coloration aux jours de la semaine, aux mois de l’année, aux époques historiques, etc.

44. Les faits de pseudophotesthésie, de pseudoacouesthésie et autres fausses sensations secondaires sont assez communs, croyons-nous. Ainsi, aussitôt que Bleuler et Lehmann commencent leurs recherches,

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ils trouvent en peu de temps, dans leurs familles et dans leur entourage, une douzaine de cas ; plus tard, ayant étendu leurs investigations, ils trouvent soixanteseize cas sur cinq cent quatre-vingt-seize personnes interrogées. Albert de Rochas, après quelques recherches, découvre facilement quatre cas, et il lui en est bientôt signalé quatre autres. Le R’’ Lauret, de Montpellier, en observe aussi quatre dans le même temps. Nous-même, ayant eu l’avantage de rencontrer un cas, nous en trouvons bientôt huit, après quelques recherches, et actuellement nous en connaissons cinq autres, que nous publierons plus tard.

45. Relativement à la fréquence du phénomène chez les nations diverses, il a été surtout observé en Allemagne, en Suisse, en Autriche, en Italie et en France. Nous croyons que les personnes douées d’une imagination vive, surtout celles qui cultivent les sciences et les beaux-arts, y ont plus de dispositions que celles pour qui la vie doit être avant tout pratique, et dont les facultés sont absorbées par le souci dominant du doit et de Yavoir.

46. Les couleurs qui sont le plus ordinairement perçues semblent être, par ordre de fréquence : le rouge, le jaune, le brun, le violet et le vert; ces deux dernières sont plus rares. Il faut dire aussi que le blanc, le noir, et leur composé, le gris, — qui, après

tout, sont aussi des couleurs —, sont fréquemment accusés.

47. La coloration reste constante pour la même lettre, le même son, le même timbre de voix ou d’instrument, etc., en un mot pour la même excitation première, de quelque part qu’elle vienne ; du moins, cela varie très peu avec les années. Il en est ainsi, tant que persiste la faculté d’association.

48. Certains sujets « extériorisent » l’image colorée, c’est-à-dire qu’il leur semble la voir planant généralement dans le champ de la perception première. Cependant, disent plusieurs de ceux que nous avons observés, ils ne voient pas l’image comme par les yeux ; c’en est plutôt comme une représentation mentale extériorisée.

49. Le plus grand nombre des personnes n’extériorise pas la sensation ; elles la voient en quelque sorte en elles par l’imagination.

50. Pour plusieurs des sujets que nous avons observés, les pseudo-sensations colorées secondaires qu’ils éprouvent à l’audition d’œuvres musicales, loin d’être une gêne, sont pour eux pleines de charmes.

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