‹ L'audition et ses organesChapitre 12 sur 92 · AI · texte numérisé non relu

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Gavarret (Phénomènes physiques de la phonation) résume la pensée du savant physicien d'Heidelberg; la voyelle A, à laquelle correspond une ouverture de la bouche en forme d'entonnoir, fait le point de départ des trois séries. On passe de l'A à la série inférieure O, OU, en retirant la langue en arrière pour donner à la cavité buccale plus de capacité et en rapprochant les lèvres pour rétrécir son orifice.

Le retrait de la langue et le rétrécissement de l'orifice externe de la bouche augmentent dans le passage de l'O à rOU. Pour A, O, OU, celle-ci est donc disposée en une cavité unique, formant une caisse de résonnance qui a un son fondamental propre. Le maximum de capacité, le minimum d'ouverture, et par suite le ton le plus bas du son propre de cette caisse, correspondent à la voyelle OU.

Mais le problème n'est plus simple avec le résonnateur humain, si mobile ; il en résulte une grande facilité au changement du timbre et une variabilité extrême des sons parlés. M. Marichelle, dans son livre de la Parole d'après le tracé du phonographe, montre combien les sons-voyelles peuvent être différents pour la même lettre ; il insiste sur la variété des sons, que nous produisons pour chaque cas, quand nous disons A, E, I, O, U. Il est sûr que nous appelons par une seule et même lettre des sons de timbres bien dissemblables.

Le phonographe rend manifeste la multiplicité des sons que nous caractérisons sommairement. A, I, 0, U, É ; on y voit qu'il

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y a bien des espèces de sonorités qui correspondent à nos signes d'écriture si peu nombreux.

C'est ainsi que la lettre É, qui nous est apparue déjà tellement mobile dans ses manifestations par les flammes manométriques, a toute une gamme de sons de timbres distincts et de tracés qui l'expriment (V. fig. 9, lo, 12, 17).

D'ailleurs, les mêmes réflexions viennent à l'esprit à la lecture des phonogrammes de E, de I, de A, etc. (V. fig. 12, 21, 22).

Ainsi nos sensations sonores phoniques sont plus nombreuses que nos appellations littérales. Dans la poétique, ces grandes différences sont bien connues ; et la déclamation doit employer tout un arsenal de notations, de marques pour conserver ces innombrables modalités sonores d'une même lettre, d'un même signe vocal.

Or, on sait que le phonographe montre une grande diversité de formes des périodes constitutives d'un son.

Capacité et réceptivité de Toi aille au point de vue du timbre. — Telles que nous avons expliqué la formation du timbre, la complexité de la période, la mobilité de sa constitution et de sa forme, sa réceptivité particulière, etc., on comprend quelles variétés de sons, de tonalités, d'intensités et de timbres peut signifier une des voyelles de notre alphabet, suivant les idiomes, les états de l'âme, les conditions de la santé, l'état du canal buccal, etc. Une partie de l'art de la déclamation consiste dans l'emploi de ces nuances des sensations auditives si capables de nous émouvoir.

Fourier, nous l'avons dit, avait établi par le calcul cette loi que tout mouvement vibratoire peut être reconnu comme la somme de mouvements vibratoires simples pendulaires. N'estce pas ce que nos analyses de la période au moyen des flammes, sur des phonogrammes, par des courbes, des graphiques, nous montrent expérimentalement ?

N'est-ce pas aussi ce que Helmholtz a démontré par ces magnifiques décompositions et reconstitutions du timbre, qui ont amené plus tard Kœnig à reproduire les sons-voyelles?

Phénomène curieux, la multitude de ces vibrations .du milieu ambiant coexiste dans notre oreille; et le phénomène sensoriel est l'équivalent du fait vibratoire extérieur si complexe.

Pour comprendre cette puissance de réception de l'organe de l'ouïe pour la foule des vibrations élémentaires qui l'as- Gellé. 8

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saillent, il faut admettre qu'elle possède des éléments de perception en nombre suffisant.

C'est dans le labyrinthe, partie sensible et cachée de Toreille, ainsi que nous le verrons, que sont exposées aux excitations des ondes et chocs vibratoires, transmis du dehors, les extrémités des filets nerveux de l'acoustique, coiffées de leurs cellules neuro-épithéliales spécifiques.

Une armée de fibrilles sensibles transmettent au cerveau les impressions innombrables reçues : chaque vibration moléculaire, chaque combinaison harmonique agit sur des éléments divers et donne naissance à des groupements particuliers, d'où naît une sensation spéciale dans les centres nerveux. C'est là que se fait la réunion des excitations partielles, travail inconscient qui aboutit à la formation des unités sonores, qui sont nées de l'agglomération et de la fusion de toutes les sensations élémentaires inconscientes. (Taine, De r Intelligence.)

On remarquera que les tracés phonographiques nous mettent sous les yeux à la fois la vibration moléculaire, ignorée de nos sens, et la période qui en est la somme, et qui seule cause par sa répétition rapide une sensation, un état de conscience.

Consonances et dissonances. Sons résultants. Battements. Interférences. Musique. — Nous devons dire quelques mots des sensations sonores musicales. Tout d'abord les sons plaisent à Toreille ou lui déplaisent ; leurs combinaisons sont agréables ou désagréables, de même que nous avons noté des intensités désagréables et des tonalités discordantes et agaçantes. L'éducation de l'oreille lui donne une délicatesse et une acuité remarquablement développées.

Un chef d'orchestre reconnaît et signale une note fausse au milieu d'un concert instrumental. Les sons qui sont à peine différents peuvent être absolument reconnus par Toreille bien douée, mais aussi disciplinée par le travail et l'étude.

Pythagore a fait le premier pas dans la recherche de l'interprétation physique des intervalles musicaux.

Les intervalles simples, les rapports simples des nombres de vibrations fournissent une sensation de consonance. La combinaison de deux notes est d'autant plus agréable à Toreille que le rapport de leur vitesse de vibrations est exprimé par

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des nombres plus simples. L'octave (rapport de i à^^a), la quinte : 3), la tierce : 4), sont dans ce cas.

Les dissonances apparaissent plutôt quand les sons sont plus rapprochés.

Elles résultent, suivant Helmholtz, delà formation de battements alternatifs, d'autant plus désagréables qu'ils sont plus fréquents.

Les battements sont produits par la rencontre de deux systèmes d'ondes de vitesses à peine différentes. D'après les tracés des courbes des ondes, on se rend compte que, si les reliefs d'un système d'ondes viennent à coïncider avec ceux d'un autre système, la superposition des deux a pour résultat l'augmentation de hauteur des ondes. Mais si les reliefs d'un système coïncident avec les creux de l'autre, il y a destruction des deux systèmes, en totalité ou en partie ; c'est le phénomène de l'interférence. Si les condensations des ondes sonores s'ajoutent, il y a renforcement du son ; si ce sont les raréfactions qui coïncident, c'est le silence ou l'atténuation du son au moins.

Le courant sonore est alors troublé par des battements, si les sons sont presque du môme ton et vibrent simultanément. Ces chocs ou battements sont d'autant plus nombreux que les vitesses des deux périodes de vibrations sont plus grandes. L*oreille perçoit donc l'action des vibrations élémentaires. C'est ce que l'étude de nos tracés a montré bien souvent.

Si deux tons sont trop intenses pour se superposer, d'après ces lois, leurs ondes secondaires se combinent en des sons résultants.

Nous ne pouvons que renvoyer, pour cette étude attachante, aux belles leçons de Tyndall et au traité d'Helmholtz.

Le pourquoi des choix du sens de l'ouïe parmi les accords et les tons nous échappe. Les Pythagoriciens disaient que tout est nombre et harmonie. Pour Euler, la cause du plaisir, c'est l'ordre, c'est la perception de l'ordre sans fatigue qui plaît à l'esprit ; et Tyndall, qui rapporte ces opinions d'un autre âge, expérimentant devant son auditoire, lui fait entendre et comprendre tout à la fois la genèse des sons discordants, en produisant des battements de plus en plus nombreux et par suite de plus en plus désagréables ; la dissonance se trouve ainsi expliquée par les flammes chantantes ; c'est

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l'opinion d'Helmholtz qui doit être acceptée, on Je voit.

Les battements naissent d'interférences, c'est-à-dire de phénomènes dus à la rencontre, à la lutte entre deux systèmes d'ondes aériennes. Les sensations alternatives, plus ou moins rapides, d'afï'aiblissement et de renforcement répondent à des excitations de l'acoustique de même évolution. Les battements peuvent naître dans des conditions difierentes, ainsi que l'expérience suivante le prouve.

Expérience. — J'isole chaque oreille au moyen de longs tubes épais de caoutchouc aboutissant dans des pièces séparées; à chaque extrémité pendent des diapasons /«g, dontl'un est désaccordé ; les deux sons arrivent ainsi aux oreilles bien isolément et ne peuvent agiter un même centre d'ébranlement, lequel serait la source de battements observés. Or, le phénomène battement se produit comme si les diapasons frappaient la même masse aérienne.

Les excitations séparées de chaque acoustique, au même moment transmises aux centres, et là combinées, suffisent donc à donner lieu à la sensation de battements ; et ceux-ci résultent ici clairement de ces modes d'excitations bilatérales seulement ; ce sont en effet les variations intermittentes des excitations nerveuses qui provoquent le phénomène. Deux sensations latérales concomitantes s'ajoutent ou se nuisent.

Sons musicaux. — Nous avons dit que la perception des sons est limitée pour les graves à 82 vibrations simples (ou 16 complètes, allemandes, anglaises), pour les sons aigus à 73.000 vibrations simples (36. 000 complètes).

Entre ces limites, l'échelle des sons est continue ; il existe donc une infinité de sens, de hauteurs difTérentes, que l'oreille distingue et dont les degrés de tonalités sont notés, comparables; on les nomme les sons musicaux.

Ces sons dans la musique sont combinés, soit successifs, soit simultanés et soumis à des règles sous le rapport du temps, de la hauteur, de l'intensité et du timbre, qui sont les modes de nos sensations acoustiques.

Les variations de hauteur, de durée, d'intensité causent Vaccent, le rythme^ qu'on aime dans la mélodie^ qui sont si excitants dans les marches et dans les airs de danse ou de bravoure.

L a succession des sons combinés, associés, formant des

accords, des dissonances et des consonances, constitue Vharmonie.

M. A. Fouillée (i) fait bien comprendre ces combinaisons de sons dans le passage suivant : « Tout est dans tout », disait Anaxagore. Dans Tharmonie musicale, cette grande loi devient sensible. Chaque note retentit dans les autres, tonique, médiante, dominante, résonnant dans l'accord parfait ; inversement Taccord résonne dans chaque note, ce que nous prenons pour un ton est un concert. Cette loi de Tharmonie règle non seulement les sons simultanés, mais aussi les sons successifs : les accords qui se suivent doivent être liés de telle sorte que le premier se prolonge dans le dernier. G*est ce qui, au sein de la multiplicité môme, fait Tunité. Telle est la nature... »

L'addition de sonorités de même hauteur donne du volume, de la force, mais les sons restent à V unisson^ dont l'ampleur est si magistrale.

Dans la composition d'une harmonie, certaines règles sont observées ; et par les intervalles nécessaires et les rapports voulus dans leur succession, les sons, au point de vue de leur hauteur, forment une suite régulière qu'on nomme gamme. Comme point de départ de cette série, on a adopté un ton normal, le diapason la^ (de 870 vibrations) qui sert de base aux gammes musicales.

On comprend que l'intégrité absolue du sens et de l'organe de l'ouïe est indispensable au chanteur et pour toute éducation musicale.

Nous ne pouvons entrer ici dans plus de détails au sujet des sons musicaux et de leurs associations, et nous renvoyons aux livres spéciaux d'acoustique et surtout aux traités d'harmonie pour une étude sérieuse complète. Nous avons plusieurs fois signalé la puissance des sons musicaux sur le sens de l'ouïe; on l'utilise dans l'éducation de l'ouïe.

Nous étudierons tout à l'heure les graphiques du chant.

Audition du langage articulé. Timbre des voyelles. — J'ai fréquemment parlé de la formation des sons-voyelles dans les précédents chapitres et je les ai pris comme exemple aussi souvent que possible, puisqu'il y a un intérêt évident à con-

(i) Introd., p. XLvi, le Mouvement idéaliste; Paris, F. Alcan.

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naître plutôt les signes vocaux, 0t leur nature^ et leurs sonorités spéciales.

Le lecteur est donc déjà instruit de la complexité des sonsvoyelles, de leurs timbres et de leur formation, par les analyses que j'ai données des graphiques des auteurs classiques, ainsi que de mes tracés phonographiques, cléments les plus nouveaux de Tapplication des méthodes graphiqties à Tétude de l'acoustique.

Nous jetterons un coup d'œil rapide sur les sensations auditives que procurent la voix et le langage articulé et sur leurs modes de production.

Ilelmholtz, au moyen des flammes manométriques de Kœnig, a constaté avec les résonnateurs, ainsi que nous l'avons dit, l'existence dans la voix humaine d'harmoniques très nettement perceptibles, mais dont l'intensité dépend des dispositions particulières de la cavité buccale pendant l'émission du son.

Le son émis le plus fortement est celui de la voyelle pour l'émission de laquelle la bouche est disposée.

La démonstration en est classique depuis Helmholtz.

La bouche étant disposée pour dire OU, faites résonner audevant d'elle un diapason fai^ et le son -voyelle OU sort aussitôt nettement ; ainsi des autres. La cavité, disposée ainsi^ résonne sous l'influence de la note spéciale et donne naissance à la même voyelle. Un simple courant d'air passant audevant des lèvres ainsi placées fournira également le son OU ; ainsi, le mécanisme de la production de ces harmoniques et de leur mise en valeur est une appropriation particulière pour chaque son-voyelle du canal pharyngo-buccal de résonance.

On sait que cette voie buccale se rétrécit de A à I et que les voyelles fermées ou demi-fermées (U, OU) sont plus sourdes que les ouvertes (A).

Chaque voyelle a donc un timbre spécial qui résulte de la prédominance d'un son harmonique particulier et de hauteur connue, de sorte que, sous ce rapport, la voix humaine (la voix parlée) émet des sons qui se distinguent essentiellement des sons fournis par les instruments de musique dont cependant la voix chantée se rapproche chez la femme surtout.

A a pour ton caractéristique le si^' ; É, le fa^ ou 8/\ ; EU,

L EXCITANT DE L OUÏE, VIBHATIONS «ONORES liÇ)

fa.^\ U, fai\ I, ré^ ; Aï, re^; O, si^ ou fa^. Tels sont les u vocables » des voyelles principales.

Nous ne reproduirons pas les critiques du D"" Marage ; il conclut à admettre plusieurs vocables pour la môme voyelle. Nous avons suffisamment dit aussi quelles différences existent entre la lettre écrite et sa manifestation phonique.

Dans la phonation, on sait que la colonne d'air expiré avec énergie fait vibrer les cordes vocales qui résonnent à la façon (Tiine anche membraneuse et que le son dans Tanche est formé par l'ébranlement périodique de la colonne d'air» Celle-ci, à sa sortie du larynx, traverse les cavités pharyngiennes, nasales et buccales, qui jouent vis-à-vis de ce son laryngé le rôle d'un appareil de renforcement, do résonance, avec cette différence qu'ici l'appareil est contractile^ mobile, qu'il change de forme, de calibre et de tension dans ses parois, suivant le son émis. Helmholtz, Willis, Seiler, Kœnig ont bien montré que les cavités renforcent bien plus les harmoniques que le son fondamental, et parmi les sons harmoniques certains d'entre eux de préférence, suivant les dispositions des parois organiques.

La voyelle est ce son, cette note renforcée et modifiée par la résonance des cavités bucco-pharyngo-nasales ; et cha* eu ne d'elles correspond à cette note qui est appelée sa « vocable » (Jamdin).

Nous avons dit plus haut les vocables de la plupart des voyelles. La voyelle est déjà autre chose que le son laryngé ; nous allons voir l'action des dispositions du canal bucco- Iqbial prédominer dans la consonne.

« Une observation un peu attentive fait bientôt reconnaître (fue, même dans le langage ordinaire où la portion sonore de la voix est couverte en partie par les bruits qui caractérisent chaque lettre, où, de plus, la hauteur n'est pas fixée d'une manière précise et varie fréquemment par transition insensible, il se rencontre certaines cadences involontaires formées suivant des intervalles normaux réguliers...

« Dans les phrases simples, ce n'est que sur les mots accentués, à la fin et aux subdivisions de la phrase, que le son change de hauteur. A la fin d'une phrase affirmative, le son descend d'une quarte ; dans l'interrogation, au contraire, il s'élève souvent, à la fin, d'une quinte au-dessus du ton général

« Les mots accentués se distinguent en ce qu'ils sont d'un ton plus haut que les autres. » (Helmholtz, loc, cil.^ p. 3io.)

En effet, la parole conserve un caractère musical ; on aime une voix bien timbrée et qui sonne harmonieusement; au contraire, un débit, des phrases monotones sont mal reçus et point écoutés. Parler de vive voix, ou lire son discours, c'est d'un effet bien différent ; on bâille vite à une lecture, sans chaleur, sans couleur, sans rythme, et d'une tonalité invariable.

Les différences entre la parole et le chant au point de vue de l'audition sont intéressantes à signaler.

D'ores et déjà l'étendue des sons employés dans la parole est assez limitée ; elle comprend cinq à six tons, huit au plus. Dans le chant, au contraire, l'échelle tonique est de plus de deux octaves (Ellis).

D'autre part, les sons émis dans le chant sont soutenus, (sons filés) unis entre eux, tandis que l'on sait que la parole articulée segmente le son vocal, et en fait une sensation discontinue, et pleine d'oppositions successives, de différences tonales, d'intensités, de durées. Au point de vue de la force du son, on verra que le son laryngé trouve les voies buccales plus libres dans le chant, plus ouvertes, tandis qu'à chaque moment elles sont rétrécies et changées de calibre pour la formation du langage articulé ! Il y a enfin un affaiblissement du son, au moment de la consonne, qui rend plus assourdis les langues et les mots chargés de consonnes ; de plus, la consonne nuit à la rapidité et à la force de la phonation et du chant, par sa formation même.

Il ressort de là une sorte d'opposition véritable entre le chant et la parole, au point de vue de leiir formation et de l'audition que la surdité rend plus manifeste.

Le cri a été le premier fait, le premier essai de langage. Comme le geste, celui-ci est né du besoin d'exprimer et de communiquer les sentiments, les volontés entre les hommes. Peu à peu l'émission de sons- voyelles, continus et discontinus, fut l'ébauche de la phrase ; puis les sons chantés, modulés eurent leur signification particulière, comme chez les animaux certains sons connus. L'homme a chanté avant d'articuler ; il chante encore ses phrases sans s'en douter. La notation de la phrase de Helmholtz est classique. (Y^ plus haut.)

Formation du langage articulé ; voyelles et consonnes. — La parole est formée par rarliculation, c'est-à-dire par la seg" mentation du courant sonore vocal, au moyen de certains modes d'interruption ou de diminution de force du courant, enseignés, imités, appris, l'oreille servant de guide dans cette éducation. (Fig. 22, tracé de « Cyrille fils ».)

A son passage à travers les cavités buccales, le son laryngé est modifié deux fois, par la voyelle, par la consonne.

Cette segmentation amène la production de sons vocaux discontinus successifs plus ou moins saccadés, plus ou moins inégaux et différents sous tous les rapports.

Le son laryngé a pu être rendu discontinu à volonté par l'intermittence des efforts expirateurs; et ce langage a certainement dû précéder l'articulation, telle que nous la produisons au moyen de la consonne ; mais c'était ainsi le produit d'efforts d'expiration réitérés et fatigants, que la syllabation par le mécanisme curieux de la consonne évite à celui qui parle. Chaque articulation a une signification, comme chaque son isolé en avait une tout d'abord ; mais l'articulation a multiplié beaucoup et sans fatigue le nombre des sons dont l'émission est possible avec un même souffle expiratoire, et accru la rapidité de leur succession : deux points importants dans la conquête du langage articulé. C'est ainsi qu'on a calculé que le nombre des sons articulés que la voix humaine est capable de produire s'élève à 385. (Ribot, Evolution des idées générales^ p. 82.)

La parole articulée est une suite de phénomènes sonores dont la tonalité ordinaire est le /ha, et atteint le sol tout au plus. Mais elle s'étend de3 à 4 tons facilement (1). L'éducation

(1) Ces limites relativement étroites, entre lesqueHes s'étendent les tons du langage parlé, sont encore rapprochées par le fait des affections auriculaires ; et, dans la surdité, peu à peu ce champ si peu étendu se rétrécit davantage, et surtout si les lésions portent au niveau des parties dont les vibrations s'associent pour transmettre ces tonalités qui sont particulières aux tons de la parole, que Helmholtz et Kœnig, etc., ont précisés et dont ils ont marqué la position dans réchelle tonale.

Aussi, en pareil cas, les paroles, les sons chantés, sont-ils encore susceptibles d'être perçus.

A propos de Tétude si intéressante des surdités partielles, des lacunes de Taudition ainsi qu'on les a nommées, on verra que Ton a observé la disparition des sensations auditives de tonalités moyennes,

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donne à chacun une signification précise dans notre mémoire et dans notre esprit.

Ces sons sont ainsi devenus des signes^ qui nous permet^ tent de transmettre notre pensée à travers Tespace à loreille de nos semblables. Ces sons, ces mots représentent donc une idée; et lemotetTidée ne font qu'un dans notre intelligence. Nous pensons avec des mots; et c'est le langage intérieur, dont le langage parlé n'est que l'expression, la manifestation extérieure.

L'acquisition de la consonne a permis le développement si remarquable de l'esprit humain ; elle a constitué le langage articulé, qui est le mode fondamental de l'expression des idées et de leur communication entre les humains.

Qu'est-ce que la consonne 7 Dynamogénie des voyelles par la consonne. — Nous avons dit et montré sur les tracés que les voyelles sont des timbres, c'est-à-dire des sons périodiques complexes résultant du passage du courant sonore (note laryngienne) à travers les cavités de résonance buccales accommodées.

Nous avons expliqué que les dispositions de ces cavités, qui donnent naissance aux voyelles, pas plus que l'intensité et la hauteur du son émis n'étaient des conditions immuables de cette sonorité vocale ; et qu'au contraire plusieurs modalités correspondaient à ce que nous nommons un A, un É, etc.

Des nuances insensibles dans les modifications de l'appareil bucco-pharyngé amènent des variations graduelles et presque insensibles dans le son produit, de sorte que l'échelle peut être peu à peu graduée de A à OU, par exemple, pris comme extrêmes. Il existe donc une grande flexibiUté dans les formes sonores et dans leurs causes organiques.

Malgré cela, les types de période de chaque voyelle restent suffisamment tranchés pour que chacune d'elles soit signalée et caractérisée, soit par la forme de la flamme manométrique de Kœnig, soit par le graphique du rouleau du phonographe d'Edison.

d'indice cinq, d'indice six, qui correspondent à cette gamme de sons parlés; mais si l'audition revient dès qu'on parle doucement, môme à l'oreille, ou au moyen d'un cornet, on peut admettre que ce n'est point une affection de centre du langage qui amène la perte ou l'affaiblissement observé et que la conduction seule est en cause.

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Or,.la consonne, disent les livres, est un petit bruit de frottement, un souffle sonore, une pulsation, ajoute avec à-propos Marichellc; un bruit de frôlement, de râpement, dit Donders^ qui les a notés dans l'émission de OU, I, U, comme nous l'avons dit ; et le bruit existe aussi dans 01, YA, UI (Marichelle). Mais il y a aotre chose ; car le P., le D, le B, le G, le K, le T, font encore autre chose qu'un peu de bruit ; ils segmentent en effet absolument le courant sonore en arrêtant le souffle, en s'opposantà la sortie du son vocal(V. fig.7, 10, 12).

A ce point de vue, la consonne est donc, par rapport à la voyelle, un degré de plus dans le rétrécissement qui les forme ; c'est alors la fermeture totale de l'orifice pharyngo-buccal.

Ces resserrements ont différentes localisations comme pour les voyelles dans les diverses régions palatales, buccales et labiales.

Les degrés de l'occlusion varient également ; elle est complète dans P, T, G, K, S, GII, B, D, M, N, GN ; et incomplète avec V, Z, J et aussi dans les nasales (voies ouvertes par l'abaissement du voile) (fig. 22).

Il est bon de montrer, à la suite des séries de consonnes, les sériés de voyelles également classées d'après le degré d'ouverture des voies buccales. On trouve après L, R, Y, les voyelles OU, I, U, puis AU, É, EU, puis A, O, È, È, enfin les nasales AU, OU, IN, UN.

Chaque voyelle a son timbre ; si le son laryngé est une note musicale, la voyelle est une note et un timbre réunis ; dans la parole, le timbre prédomine par ses variations. Cette énumération indique bien le passage de la voyelle à la consonne ; de la béanco totale avec A, 0, È, E, à la fermeture complète du canal de résonance vocale de P, T, G.

Tout le travail d'articulation a lieu dans les parois du tube pharyngo-buccal, et parles mouvements d'élévation du voile du palais, qui ouvre ou ferme l'accès des fosses nasales. Il faut retenir cette opposition entre la fonction du canal buccolabial et celle du larynx ; quand l'un est actif, l'autre l'est moins.

C'est l'explication des différences entre les paroles dites ou chantées qu'on trouve saillantes sur les phonogrammes (V. fig. 8, 26).

La consonne est donc ^utre chose cjue le petit bruit insi-

gnifiant qu'on a dit ; et l'examen des tracés phonographiques, d'accord avec nos sensations auditives, nous démontrera une activité supérieure de cette petite pulsation ; elle segmente le son vocal ; elle l'interrompt ou au moins le diminue, puis le rend plus éclatant par l'effet de la détente.

Car il y a pulsation parce qu'il y aarrôt, en arrière du rétrécissement ou de la fermeture du canal buccal, dans l'issue du souffle expiratoire ; delà, un effort, et l'augmentation immédiate de la tension de l'air inclus (silence ; sur le tracé).

On voit que c'est absolument semblable à ce qui se passe au larynx ; la tension pulmonaire et la fermeture de la glotte précèdent Yattaque du chant et de la parole (lutte vocale de Mandl).

La démonstration de la puissance de ce facteur important du langage est donnée par l'intensité subite du son-voyelle qui succède à la détente après P, T, C, K (explosives) (fig. 7, 11, 19, 20, 22, 23, 24).

Tracés de la voyelle modifiée par la consonne. — Mais les tracés du phonographe sont à ce point de vue d'une éloquence particulière. La figure 7 donne un type de cette action.

On entend avec le parleur l'explosion de la voyelle qui suit le T, par exemple, et Ton voit le tracé violemment imprimé dans la cire. La période caractéristique de la voyelle décomposée est presque méconnaissable pendant une série des empreintes toutes profondes, saccadées qui éveillent le souvenir des graphiques des chocs sonores, des heurts de plaques de métal, d'assiettes, de plaques de bois, etc. (V. fig. 2 et fig. 5).

Le mot « explosif » vient naturellement à l'esprit pour caractériser le son perçu, et l'idée d'une violente perturbation du système périodique, à la vue du graphique (fig. 11, 19)- .

Une autre démonstration de ce rôle de la consonne, c'est la segmentation même, l'interception du son vocal, laquelle produit la syllabe. Le graphique montre que le son s'affaiblit d'abord (1'® période) au moment où le rétrécissement du canal buccal se forme (articulation) ; puis, qu'il cesse (2® période) ; et le sillon de la cire reste sans aucune empreinte quelconque à ce moment d'arrêt total du souffle expiratoire. Dans la troisième période, l'ouverture du canal a lieu pour la nouvelle syllabe ; le son reparaît ainsi que les empreintes avec leur caractère troublé spécial (V. fig. 20, 22, 24).

l'excitant de l'ouïe, vibrations sonores

En effet, la période type de la voyelle ne se retrouve sur le sillon qu'après un certain temps, et dans le plein du son-

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