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Quand le corps sonore est loin de nous, nous percevons d'abord un bt*uit vague, puis plus distirict, et dont Id direcllofa peu à peu se précise ; enfin nous Ife distihguohs ; iloils le reconnaissons sil a déjà frappé nos oreilles, à mesure qu'il se rapproche. Pour un adulte entendre et comprendre ne font qu'un.
Aujourd'hui, entendre et ouïr sont synonymes : c'est la faculté du sens de l'ouïe. L'audition est la fonction des oreilles, du nerf acoustique et de certains centres nerveux. Ces organes sont les intermédiaires entre le sensorium et le milieu ambiant ; ils sont affectés à la connaissance des mouvements de la matière, et surtout des mouvements vibratoires, des ébranlements moléculaires qui l'agitent constamment. C'est par l'oreille que nous prenons conscience de ces phénomènes extérieurs. Il se fait là une sorte de toucher à distance, ainsi qu'on l'a dit, par lequel nous nous mettons en contact avec les corps environnants en vibrations; l'ébranlement se propage par l'air aux oreilles ; nous en connaissons ainsi et l'existence et les mouvements, en dehors de nous : nous extériorisons la sensation perçue. L'oreille fermée, tout disparaît.
L'homme possède une sensibilité sans cesse mise à l'épreuve par les phénomènes qui se passent autour de lui , dans le milieu où il vit.
C'est du conflit entre ces deux éléments, d'un côté la sensibilité organique et sensorielle, et de l'autre l'excitation extérieure, que naît la sensation sonore.
On conçoit alors que les qualités de celle-ci dépendent des deux sources où elle est puisée ; et qu'elle donne autant la mesure de l'excitant que celle de la faculté de sentir.
Chacune des propriétés de la matière agit sur un de nos sens; et nous n'en connaissons que ce que ceux-ci nous signalent.
Chacun de nos sens est influencé par une modalité particulière des forces du dehors; l'un perçoit exclusivement les vibrations lumineuses; l'autre, celle des corps sonores; un, le contact, le chaud, etc. ; et, suivant que c'est l'œil, l'oreille, le toucher, qui est mis en éveil, le phénomène est reconnu cottime lumineux, sonore, tactile, etc.
En réahté, le son n'existe que par et pour le ^ens de l'ouïe ;
INTRODUCtION d
de même pour les autres. Ainsi que le dit Lubbock, les organes des sens sont des fenêtres ouvertes sur le monde extérieur ; et dès qu'un phénomène a suffisamment de durée et d'intensité, il éveille la sensibilité de l'un d'eux, spécialement organisé dans le but d'établir ce rapport nécessaire à la connaissance de ce qui se passe autour de nous.
En ce qui regarde l'audition, l'énergie du mouvement vibratoire vient actionner celle de l'appareil sensoriel auditif ; l'effet produit, la sensation éprouvée résultent de cette rencontre des deux forces, la puissance du courant sonore et celle de la sensibilité de l'homme ; l'intensité et les qualités du phénomène extérieur apparaissent suivant les capacités spéciales de l'instrument qui le fait coni^aîtrë et du cerveau qui le perçoit. Un sourd et un faible d'esprit ne sentent que peu ou pas du tout ; un musicien bien doué entend, comprend et saisit toutes les nuances ; il goûte toutes les harmonies.
On pourrait dire : « Tant vaut l'homme, tant vaut la sensation. »
Dans les communications incessantes avec le monde extérieur, les sensations sont des notions de rapport, d'après lesquelles nous jugeons des propriétés de la matière. La perte d'un sens entraîne en effet fatalement l'ignorance de la propriété spécialement étudiée par lui : l'aveugle-né ignore les couleurs ; le sourd-muet de naissance, les sons et la parole ; le son est la sensation spéciale de l'organe de l'ouïe.
Le son naît donc d'un mouvement vibratoire perceptible par l'oreille. Avertis par cette sensation, nous connaissons l'existence d'une source de vibrations, d'un corps qui se meut dans l'espace ; c'est un télégraphe invisible, suivant la belle image de M. Radau.
Entre le corps extérieur, agité de mouvements moléculaires, et l'organe auditif, il y a comme intermédiaire l'air, dont les molécules sont animées de vibrations consécutives, qui se propagent du corps à l'oreille.
11 y a donc dans la genèse de la sensation sonore quelque chose de mécanique, et le mot « un son frappe l'oreille » est fort juste; les ébranlements de l'air atteignent le tympan, et par leur choc le mouvement se communique aux parties de l'organe disposées à cet effet.
C'est ainsi que l'énergie du courant vibratoire, sa dui'ée, sa
vitesse, etc., ont une grande importance dans la production de la sensation acoustique; l'oreille forme en partie un instrument acoustique, soumis aux lois physiques.
L'organe de l'ouïe doit dès lors posséder la cohésion, l'élasticité et la mobilité qui sont les propriétés des corps élastiques, susceptibles d'ôtre mis en vibrations, périodiques ou non. La pénétration du courant vibratoire aérien jusqu'au système sensitif n'est possible et assurée que par l'existence de ces qualités de l'appareil otique de transmission du son ; c'est en les détruisant que la maladie peut amener l'incapacité fonctionnelle qu'on nomme la surdité.
Puisque l'appareil périphérique de l'ouïe est un véritable instrument d'acoustique, pour comprendre l'audition, il faut nécessairement tout d'abord savoir l'acoustique. C'est là une connaissance préliminaire indispensable à qui veut apprendre le pourquoi, le comment de la propagation des vibrations et la- conductibilité des rouages déhcats de l'oreille.
L'audition étudie la sensation sonore, ses causes et ses effets physiologiques ; elle analyse tout ce qui a trait à la fonction qui la donne et aux phénomènes qui se produisent dans l'oreille, quand le mouvement vibratoire la pénètre ; elle expose le rôle de chaque partie, la transmission du mouvement aux éléments les plus délicats et les plus cachés, et le mode de communication des excitations aux extrémités nerveuses sensibles.
Elle va plus loin; elle suit l'excitation sensorielle jusqu'aux centres nerveux cérébraux, aux foyers acoustiques ; elle montre le rayonnement de cette impression sonore sur les sentiments, sur l'intelligence et les mouvements ; et elle l'étudié toujours en tant que sonore, car l'action de la sensation auditive, indépendamment de toute signification convenue, s'étend au loin ; et, tantôt excitante et réconfortante, comme les sons rythmés et la parole, tantôt affaiblissante, comme dans le vertige provoqué par l'excès d'excitation auriculaire ou résolutive même dans les grandes commotions, elle manifeste une puissance indiscutable sur l'intelligence, les mouvements et la sensibilité.
D'après cela, un travail sur l'audition ne peut que débuter par un chapitre court, clair et substantiel sur l'excitant du sens de l'ouïe, sur les vibrations, par l'exposé de leur nature.
INTRODUCTION t>
de leur genèse, de leurs modes de propagation, puisque Toreille vibre aussi à Tunisson du courant sonore qui est venu la frapper.
De même, quelques notions d'anatomie auriculaire sont indispensables à posséder, puisque c'est l'instrument que Ton va voir fonctionner, et dont nous décrivons le jeu et les propriétés. Des aperçus seulement, éclairés de figures, suffiront à rendre la compréhension facile, sans nous attarder à des descriptions délaissées du lecteur; nous nous réservons d'entrer dans plus de détails à propos de quelques points principaux de physiologie dont l'étude exige une plus grande précision.
La sensation auditive et ses effets seront étudiés dans les chapitres suivants. On comprendra alors comment on devient sourd et sourd-muet, et pourquoi, arrivé à un certain degré de surdité, l'individu s'assourdit de plus en plus.