‹ L'audition morbideChapitre 1 sur 19 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Nihil est in intellectu quod non prias fuerit in sensu, disent Locke et Gondillac \excipe nisi ipse intellectus, ajoute le philosophe spiritualiste.

Sans discuter le bien ou mal fondé de cette addition aux prémices posées par Locke il est du moins évident que notre intellect pâtit nettement des insuffisances de ses voies d'acquisition perceptives. — Les sens spéciaux précisent nos connaissances en se contrôlant mutuellement et nous donnent l'appréciation la plus pénétrante possible des réalités qui

nous entourent.*

On conçoit donc, toutes choses égales en ce qui concerne les voies d'associations intellectuelles centrales, que l'obstruction des voies centripètes et de réception d'un ou plusieurs sens spéciaux altèrent secondairement notre appréciation du inonder éel ambiant; si ces altérations sont précoces ou congénitales on conçoit même que l'insuffisance sensorielle puisse entraîner l'insuffisance intellectuelle. Au premier rang des sens spéciaux l'ouïe, sens intellectuel par excellence, puisque sens du langage articulé, est particulièrement à considérer dans ses altérations morbides fonctionnelles.

Je mets à part dès l'abord les surdités variées et obtusions simples du sens périphérique pour n'aborder ici que les insuffisances fonctionnelles plus en rapport avec la psychophysiologie et le mécanisme cérébral.

Au plus bas degré, môme chez l'idiot proprement dit, l'infériorité principale et la lésion essentielle sur laquelle elle se greffe, résident dans le centre nerveux; les appareils périphériques, les récepteurs sensoriels, sont, 1er plus souvent, semblables à ceux des gens normaux, l'outil est bon, comme on l'a dit,

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c'est le « bon ouvrier qui manque pour l'utiliser » (Heger).

Aussi, commençons-nous par l'étude de cette infériorité psychique comparativement à l'homme normal, toutes choses égales en ce qui concerne l'intégrité des organes extraencéphaliques de la sensibilité acoustique.

L'étude des anomalies des appareils récepteurs auditifs, doit prendre place à part de l'étude fonctionnelle dont elle constitue en quelque sorte le complément anatomique.

On peut les rattacher l'une à l'autre, par la recherche des rapports possibles des lésions centrales encéphaliques, avec les anomalies fonctionnelles et l'insuffisance psychique, puis, d'autre part, avec les anomalies physiques et les malformations périphériques concomitantes.

Certains stigmates de la sphère auditive consistent en anomalies de conformation que l'on peut constater directement. Tantôt ce sont des anomalies périphériques visibles du vivant des malades (oreilles en anse, mal conformées, mal ourlées, à lobule adhérent, atresies du conduit auditif, perforations congénitales de la caisse, etc.) ; d'autres fois, ce sont des mal-

formations centrales (corticalité temporale.) ou bulbaires (aboutissants des fibres auditives centripètes.) On peut d'ailleurs observer les malformations centrales et périphériques tout à la fois avec ou sans lésions intermédiaires qui en soient le trait d'union ; les unes et les autres peuvent être le résultat d'un même arrêt de développement, soit que la lésion périphérique ait précédé l'altération centripète, soit l'inverse.

Mais il peut y avoir aussi desr arrêts de développement fonctionnels ou des anomalies de fonction dont le substratum reste insaisissable en l'état de nos connaissances et qui ne se manifestent qu'à l'occasion d'examens psycho-physiologiques.

« Comme pour l'homme, dit Preyer, la plupart des animaux commencent par ne rien entendre, puis entendent quelques sons imparfaits; enfin, quelques-uns plus nets, en plus grand nombre dans la masse, augmentent, des plus élevés aux plus graves. »

Il y a lieu de nous arrêter d'abord à cette phase initiale, commune à certains des animaux et à l'homme, où l'audition est nulle ; état définitif pour certains malades, sourds do

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naissance, assez fréquents parmi les idiots.

Si nous considérons les données de l'anatomie comparée, nous voyons que, par rapport à l'évolution de la série animale comme à celle de l'espèce, ces surdités transitoires ne sont que la conséquence d'une phase intermédiaire de passage d'un état organique adapté à des milieux différents.

Chez l'homme, comme chez certains vertébrés amniens, le fœtus, à la naissance, est plongé dans le liquide de la poche amniotique, et de même que ses organes respiratoires sont privés d'air, de même les cavités qui s'y rattachent, en particulier les diverticules auriculaires, ne contiennent que le liquide ambiant qui baigne alors la membrane tympanique de tous côtés.

L'oreille moyenne se trouve alors dans la situation de celle de certains poissons, pour qui cet état est définitif, permanent, comme étant le seul approprié aux conditions physiques et mécaniques de fonction dans un milieu liquide.

Par la trompe d'Eustache, aux mouvements de déglutition du fœtus, pénètre le liquide ammiotique; la muqueuse de la caisse tympani-

que non asséchée est alors épaissie en une couche épithéliale gélatiniformc qui comble en partie les anfractuosités et adhère à la paroi labyrinthique.

Les recherches de Treeltsch, Vreden, Parvot, Renaut, Baréty et Gellé sur les animaux et le fœtus humain, ont démontré la présence dans ce cas, d'un épithélium dérivé de la membrane tympanique englobant et contenant les osselets de l'ouïe.

« Le manche du marteau uni à la cloison tympanique est seul en dehors de ce magma qui, histologiquement, est constitué par des réseaux très déliés de cellules de tissus conjonctifs embryonnaires avec des faisceaux de nerfs et des cellules nerveuses bipolaires » (Gellé).

C'est la muqueuse œdématiée, en quelque sorte hypertrophiée qui forme cette masse molle et humide; un revêtement d'épithélium pavimenteux l'isole.

A la naissance, dès les premières inspirations, ce bourrelet infiltré s'affaisse; le liquide disparaît résorbé, l'air prend sa place; chaque succion de l'enfant achève de l'évacuer en favorisant la circulation de Pair intra-tympani-

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que ; ainsi se fait la transformation aérienne de l'oreille moyenne, le fœtus passant de la respiration placentaire à la respiration pulmonaire aérienne.

Cette évolution de Poreille est commandée par le premier phénomène de la vie extra-utérine, la respiration.

Aussi a-t-elle lieu avec plus ou moins de rapidité et plus ou moins complètement, suivant l'énergie de la fonction respiratoire de Penfant ; l'asphyxie arrête le phénomène ou le rend tardif et incomplet.

Si Ton se souvient de l'asphyxie à la naissance, au point de vue du pronostic de l'idiotie, on comprendra l'association fréquente des deux phénomènes : idiotie et insuffisance auditive périphérique. Comme l'a fait remarquer M. Bournevillk, plus on recherche cet accident dans les antécédents des idiots et des imbéciles, plus on le rencontre. Mais, toutefois, on conçoit combien souvent on se heurte à l'impossibilité de se renseigner à ce sujet.

Sans entrer ici dans la question de savoir si l'état asphyxique du nouveau-né peut être spontané, et déjà l'effet d'un arrêt de développement des centres et d'un retard du réflexe

bulbo-respiratoire, ou si c'est une cause d'altérations secondaires par insuffisance placentaire, intoxication carbonique initiale des cendres nerveux, nous nous contenterons de signaler l'importance d'un tel symptôme, au double point de vue de l'idiotie et de la surdimutité. Le retard de la perméabilité de la caisse à l'air, peut se compliquer d'ailleurs d'autres éléments secondaires qui peuvent définitivement empêcher la métamorphose. C'est ainsi que le magma gélatiniforme persistant dans ces conditions, peut subir d'autres modifications insolites (infiltration purulente ou sanguine de la muqueuse embryonnaire) . La résorption n'a plus lieu, dès lors, et dès la naissance s'établit une altération grave du tissu muqueux qui englobe le système des osselets et tapisse les fenêtres du labyrinthe. C'est pourquoi les auristes recommandent de surveiller l'audition et les organes auditifs chez les très jeunes enfants atteints de troubles de la respiration et de lésions de l'appareil respiratoire. Mais ces cas extrêmes rentrent dans les lésions périphériques initiales, bien qu'il s'y puisse observer des altérations centrales consécutives, identiquement comme dans l'expérience de

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Gudden, où l'oreille détruite sur ranimai à la naissance, produit une lésion cérébrale centripète secondaire.

Il y aurait lieu, inversement, d'envisager Phypothèse de lésions initiales dont l'altération périphérique possible ne serait que la conséquence tardive, comme dans les expériences de Monakow, où la lésion corticale expérimentale amène l'altération centrifuge secondaire de l'organe périphérique, mais ce sont encore là des lésions anatomiques sans manifestations objectives ou fonctionnelles et, comme telles, rentrant dans Panatomie pathologique.

Le premier stade de surdité transitoire une fois franchi et la caisse tympanique devenue normalement perméable, quesepasse-t-il chez l'enfant?

L'excitation auditive produit d'abord les réflexes purs (lois de Pfluger). Cet état est définitif pour les anencéphales.

Le jeu des osselets et des fenêtres labyrintiques devient possible sous l'influence des vibrations aériennes des ondes sonores; dès lors, le nerf auditif est ébranlé.

Cet ébranlement transmis aux centres nerveux, qu'y produit-il?

Ici, comme pour tout excitation quelconque de la sensibilité, va naître une réaction élémentaire d'ordre purement réflexe, si l'excitation est suffisamment vive et assez prolongée.

Chez l'animal, le cobaye, par exemple, c'est vers la douzième heure qu'apparaissent, pour les sons élevés d'abord, les premières réactions réflexes simples, consistant en mouvements des oreilles (Spalding).

Chez l'enfant, dès le deuxième jour, peuvent s'observer des mouvements incoordonnés que GftEissER considère comme des mouvements instinctifs de défense (extension surtout); chez l'enfant, comme chez l'animal, la prolongation du bruit ou son augmentation d'intensité amènent la généralisation des mouvements conformément à la loi générale de progression des réflexes établie sur les grenouilles décapitées par Pfluger.

Les mêmes phénomènes s'observent chez les idiots, et l'on pourrait comparer certains hydrocéphales par porencéphalie vraie, et certains anencéphales à ces animauxprivés expérimentalement d'hémisphères et réduits aux centres cérébro-spinaux.

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On conçoit que les seuls réflexes dont ils soient susceptibles, soient les réflexes bulbomédullaires.

Mais, chez l'idiot proprement dit, ou chez l'enfant, existent des centres encéphaliques dont les faisceaux se myélinisont plus ou moins vite et permettent une certaine capitalisation des excitations sur laquelle va se développer un premier degré d'attention.

Cette attention se manifestera par des associations simples entre les bruits perçus et l'alimentation, par exemple, dont ils annoncent la préparation. Les mouvements de défense et de fuite, subissent alors un phénomène d'arrêt (du cinquième au quinzième jour selon Preyer).

L'animal subit, au contraire, une sorte d'attraction, s'il est encore aveugle, vers le bruit qu'il a pu associer à l'idée de pâture. L'enfant s'immobilise dans l'attente du biberon et bien vite on peut observer à ce sujet des tentatives d'orientation de la tète, tendant à localiser la source du bruit dans l'espace.

Les premières associations se manifestent à l'occasion de l'alimentation. Les premiers sentiments de joie ou de douleurs sont liés à la satisfaction de l'instinct de nutrition. Secon-

dairoment la voix de la mère nourricière est la première reconnue et associée aux sentiments précités.

La plupart des idiots du dernier degré parviennent à cette association première, liée à l'instinct fondamental de nutrition. Un certain nombre arrivent même, comme l'enfant, aux tentatives de localisation dans l'espace pour la recherche de Paliment qu'ils réclament.

Des anencéphales qui ne s'élèvent pas au-dessus des réflexes prennent du moins le sein offert à leurs lèvres.

Genzmer et Moldenhauer ont cherché, d'une façon générale, à mensurer l'extension progressive de l'audition des bruits à distance; ils ont montré l'évolution suivie de l'audition au contact à l'audition à distance.

Comme l'a montré Champney, il y a une période où la sensibilité acoustique est indistincte de la sensibilité tactile. Il faut l'association des deux, pour qu'il y ait perception. Un bruit ne produira de réaction que s'il s'accompagne de l'ébranlement de la chambre, du lit, de l'air ambiant. Lo diapason vibrant rapproché reste imperçu; son application inerte sur la peau n'éveille pas de réaction,

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mais le diapason vertex- vibrant est perçu.

Nous avons vu chez un certain nombre d'idiots se produire le même phénomène. L'écueil de l'expérience tient à la difficulté d'interprétation, lorsqu'il s'agit de faire le départ de l'audition, intimement combinée, ici, à la sensibilité cutanée.

A la sixième semaine, Preyer a noté une association nette faite par l'enfant, entre la vue du visage de la mère et l'audition de ses chants, en tant que bruits musicaux rassurants.

«Plus d'un an, dit-il, avant la première tentative imparfaite pour prononcer un mot, l'enfant distingue les bruits et les sons musicaux et cherche même à les imiter (onzième mois). »

Raymond Meunier a noté un fait analogue dans la Revue philosophique avec cette différence que Y enfant distinguait entre les bruits quelconques et les accords harmoniques.

Les premières réactions expressives paraissent être vis-à-vis des impressions musicales modulées où l'idiot, l'enfant et l'animal semblent témoigner d'un état émotionnel complexe différent du réflexe. Même plus tard, dans les

paroles, ce n'est pas l'articulation qu'ils saisissent premièrement, mais bien le timbre, la hauteur, l'intensité, la modulation même correspondant à la flatterie ou au courroux.

Dans les sons perçus, la modulation est le premier caractère saisi (argument historique, philosophique et philologique).

Plus tard, l'articulation entendue est reproduite avant d'êtro comprise (idiots echolaliques).

Herbert Spencer a développé cette idée que l'origine de la musique est dans le langage et ses variations d'intonation d'origine émotionnelle. On pourrait retourner l'hypothèse et voir dans la modulation musicale l'origine première de l'expression, le langage se confondant à l'origine, avec l'inflexion musicale, expressive, de la voix, bien avant l'articulation. Il est logique de supposer que le chant a précédé la parole, comme le dessin à précédé récriture.

Chez les races primitives, le langage repose moins sur l'articulation que sur l'intonation et la modulation variée des mêmes syllabes. Les alphabets primitifs contiennent un très petit nombre de lettres, où les consonnes sont en

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minorité et souvent même indifférentes (Ex.

l'alphabet canaque).

Toute une classe d'idiots ne possèdent qu'un langage primitif de ce genre, et ne s'expriment qu'à l'aide de syllabes indifférentes diversement modulées ; de même qu'ils ne saisissent que les inflexions expressives des mots dont l'articulation leur échappe.

Martini estime qu'il y a lieu d'établir une relation entre l'état d'esprit des malades et l'emploi de certaines voyelles spéciales. Il considère comme un signe de déchéance intellectuelle l'usage de plus en plus restreint des consonnes d'articulation.

D'autres idiots possèdent le langage réflexe, c'est-à-dire la parole automatique, consistant en quelques réponses simples, monosyllabiques le plus souvent : « Oui. — Non. — Merci. » sans intervention de l'intelligence (Robertson, «c Réflex. on automatic speech »).

Au-delà commence le véritable langage articulé, expressif, permettant quelques indications subjectives. Mais il est encore des idiots qui, entendant parler et saisissant le mode d'articulation de tous les mots, ne peuvent que reproduire ce qu'ils entendent, sans y

attacher aucun sens; c'est une simple écholalie imitative, comme le langage des perroquets. Deux de nos malades ont présenté ce phénomène.

Au demeurant, la parole écho n'est qu'une modalité de la tendance à l'imitation pure que l'on rencontre chez quelques animaux et chez l'enfant, bien avant qu'il ne parle. C'est ainsi que ce dernier commence de très bonne heure à se balancer en mouvements cadencés, en mesure et à l'unisson de la musique ( vin gtet-unième mois. Preyer). Ce phénomène est très fréquent chez les idiots.

Plus tard, nous l'avons vu, l'expression de la pensée est modulée avant d'être articulée. Il faut, au début, l'association des gestes et de la mimique, pour faire saisir à l'enfant et à l'idiot ce qu'on désire d'eux. Lorsqu'ils commencent à donner la main, ils le font autant par imitation du geste de celui qui la leur tend, que par compréhension des mots entendus.

Les mères connaissent cette loi, d'instinct, comme le montrent leurs néologismes enfantins et le langage simplifié, pauvre en consonnes et aidé de gestes par lesquels elles se font comprendre. « Malgré cela, toute mère,

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dit Prêter, perd plusieurs milliers de mots qu'elle parle, murmure ou chante à l'enfant, sans qu'il en entende un seul. Elle lui en parle plusieurs milliers encore, sans qu'il en comprenne un seul, mais si elle ne se gaspillait pas en paroles, sur un être qui, d'abord, n'entend pas, ne comprend pas, l'enfant n'apprendrait à parler que plus tard et très difficilement. » On pourrait ainsi expliquer pourquoi, dans certains milieux ruraux, entre autres, l'enfant parle assez tardivement, entendant moins souvent la voix de ses parents; il se trouve alors momentanément retardé dans son développement.

Rappelons aussi l'histoire delà légendaire expérience qu'aurait faite un Pharaon sur l'enfant normal, élevé hors de tout contact avec ses semblables. L'instinct imitatif avait agi et il reproduisait les cris de la chèvre qui l'avait allaité.

Il est curieux de voir, à ce point de vue, les documents relatifs aux cas historiques des prétendus hommes sauvages.

A propos de l'un de ceux cités par J.-J. Rousseau, il est dit, par Condillac, « qu'il ne donnait aucune marque de raison, marchait sur

les pieds et sur les mains, n'avait aucun langage autre que des sons inarticulés, ne ressemblant en rien à ceux des hommes. » (Sauvage de Lithuanie, 1694).

À propos du cas classique, en France, du sauvage de PAveyron, qui a fait l'objet d'une étude particulière de Delasianve, il n'est peutêtre pas sans intérêt de rappeler qu'il fut assimilé à un idiot incurable. Il exerça néanmoins la sollicitude éducative d'IîARD, qui ne parvint qu'à grand peine à en obtenir quelques tentatives d'expression articulée. (1801.

— De l'éducation d'un homme sauvage, et 1£07: Du sauvage de PAveyron. — Voir Meynet :LeSauvagedu Var. 1865. Acad. deméd.).

« Après la mimique expressive, dit Preyer, appuyée de sons indifférents (voyelles surtout), l'enfant commence à imiter certaines syllabes simples (papa), mais ce n'est encore qu'une sorte d'écholalie; la compréhension vient ensuite (dix mois). »

On peut comparer cetto évolution à celle de la compréhension des mots entendus en langue inconnue, quand on est en pays étranger.

La lenteur d'expression verbale, comme le fait remarquer l'auteur précité, ne tient pas aux

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appareils expressivo-moteurs, mais bien aux difficultés d'associations mentales auditives. Gar r bien avant de parler, l'enfant produit spontanément des sons incohérents aussi complets que ceux du langage. Cela est également vrai pour nombre d'idi&ts qui, avec un appareil vocal et des circonvolutions très développées, ne parlent pas, car il leur manque le processus psychique nécessaire.

L'enfant ne réagit d'abord qu'aux impressions auditives vives, et souvent avec lenteur, en criant plus tard, il réagit à des impressions de vivacité ordinaire, sans rien comprendre, en riant, en émettant des sons inarticulés, sans liens qui les unissent.

De même l'imbécile ne réagit qu'aux impressions vives, et cela avec lenteur et pesamment, avec des gestes peu expressifs et des mots bruts, ou bien il réagit aux impressions ordinaires, au moyen de sons niais, insignifiants, sans liens qui les relient. .

« ... Les enfants commencent par n'avoir à leur disposition que quelques sons inarticulés, puis, ils apprennent à prononcer des sons articulés et des syllabes, puis des mots irionosyllabiques, enfin des mots polysyllabiques et

des phrases; mais il répètent souvent les mots qu'il entendent sans les comprendre, comme les perroquets ; les idiots de même ne possèdent que de courts mots ou phrases, ou même ites mots monosyllabiques seulement, enfin il peut leur manquer même les sons articulés. Beaucoup de microcéphales répètent les mots qu'ils entendent sans les comprendre, comme les petits enfants » (Preyer, p. 337).

On le voit, le langage n'est peut-être qu'un réflexe complexe peu à peu développé, à la suite d'une capitalisation accumulée des excitations. Quoi qu'il en soit, chez un enfant non encore développé, comme chez l'idiot arrêté dans *on évolution, il est extrêmement difficile d'apprécier les réactions en rapport avec la sensibilité auditive.

En l'absence de renseignements subjectifs, peut-on se baser sur quelques phénomènes d'ordre réflexe?

Les physiologistes italiens et français ont, «oyons-nous, utilisé les premiers les réactions pupillaires en rapport avec les excitations de la sensibilité cutanée. Nous avons songé à reprendre ces expériences. Sur les idiots complets, ne parlant pas, l'audition des bruits

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d'intensité variable, pourrait, tout comrai l'excitation de la sensibilité cutanée, amener des réactions proportionnelles dans les mouvements de dilatation ou de {contraction de l'iris ; mais pour formuler une loi à ce sujet, il eût fallu un certain nombre d'observation comparables, que nous n'avons pm réunir.

Au contraire, à l'excitabilité acoustique variable de nos sujets, se joignait la fréquence des anomalies fonctionnelles et même anatomiques de l'iris, en particulier, la rigidité pupillaire ou sa paresse, qui enlevait son intérêt à une expérimentation de ce genre.

Les manifestations émotionnelles (sourire, rire, pleurs), ce qu'on a pu appeler le langage affectif réflexe, ne nous ont pas paru pouvoir être utilisées non plus, à notre point ne vue. On connait la fréquence de ces manifestations chez l'enfant, comme chez l'idiot qui ne parle pas. Ne pouvant être volontairement inhibées, elles se répètent inutilement et d'une façon démesurée. Hughlings Jackson a pu comparer ces phénomènes qui éclatent sans prétexte et d'une façon désordonnée aux réflexes spinaux des animaux décapités. On peut les comparer,

ici, au rire et pleurer bulbaire et des lésions circonscrites.

Il ne pouvait donc y avoir là, pour nous, une pierre de touche de l'excitabilité acoustique de nos idiots. On se trouve ainsi souvent réduit à de vagues indices ou à des constatations inattendues relevant du hasard.

L'hypoacousie peut s'observer cependant chez les idiots doués de la parole et sans lésions auriculaires. (Expérience de Rinne). Il y a lieu d'appliquer ici la distinction de deux ordres de perceptions — primitives et acquises.

Nous devons à ce propos nous arrêter aux données fournies par association avec les impressions tactiles et musculaires des annexes de l'oreille. L'orientation et l'accommodation dans l'audition en résultent. Ces fonctions peuvent être viciées dans l'idiotie, ainsi que l'audition de l'échelle des sons musicaux et la mémoire musicale. Cependant, n'oublions pas que la cadence et la tonalité (majeure) peuvent être comprises des idiots aphasiques. Sans nous attarder pour l'instant aux groupes d'idiots privés de langage, ni à ceux chez lesquels l'ouïe fait complètement défaut, nous étudions ceux dont l'audition est simplement diminuée (ce

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qui est le cas le plus fréquent) et pouvant donner quelques renseignements subjectifs.

Tout d'abord nous avons éliminé et réservé les cas d'hypoacousie relevant d'altérations périphériques, de l'oreille interne moyenne, ou externe.

Pour ce faire, nous avons procédé dans nos observations, à l'examen anatomique de l'appareil auditif accessible aux investigations directes.

Mais il est toute une portion de l'appareil auditif dont les altérations ne se manifestent, durant la vie, que par des troubles fontionnels subjectifs d'une appréciation délicate.

Au premier rang des méthodes expérimentales, préconisées pour le diagnostic de ces létions, ont doit placer le procédé de Rinne; aussi y avons-nous eu recours.

Expérience de Rinne. — Chez l'idiot en observation, on met un diapason vibrant en contact avec l'apophyse mastoïde; les os transmettent les vibrations à l'appareil central de l'audition; les sons sont perçus si le sujet n'eM pas absolument sourd. Après quelques instants, les vibrations s'affaiblissent et le sujet n'entend plus rien. A ce moment, on porte le diapason,

sans l'amorcer de nouveau, devant le conduit auditif externe. Or, chez les sujets dont la surdité est d'origine centrale et non due à un défaut dans l'appareil de transmission, le son est perçu à nouveau, ce qui n'existe pas chez les individus dont la surdité est due à une lésion de l'appareil collecteur ou transmetteur du son. Chez ceux-ci les vibrations du diapason appliqué sur l'apophyse mastoïde, sont perçues plus longtemps que chez les premiers.

En d'autres termes, les vibrations aériennes sont perçues plus longtemps que les vibrations crâniennes, dans les cas de surdité d'origine centrale ; les mêmes vibrations sont perçues plus longtemps par voie crânienne, dans les cas où Vacuité auditive est due à un défaut de transmission des ondes sonores dans V oreille externe ou dans V oreille moyenne ; le premier résultat expérimental est appelé le Rinne positif, tandis que Von nomme le second négatif.

Il convient d'ajouter que M. Moure, de Bordeaux, a contesté la valeur intégrale de la signification du Rinne positif et négatif.) Quoiqu'il en soit on comprend qu'avec des idiots, même capables de donner des rensei-

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gnements, il ne soit pas toujours facile de pratiquer l'expérience de Rinne avec fruit; de plus, on voit que sa valeur a été mise en doute. On ne peut dans certains cas, trancher la question de savoir si l'appareil auditif périphérique, est ou non, indemne, bien que l'examen direct de la membrane tympanique ne décèle rien d'anormal. Un certain nombre de nos idiots, sans être sourds complètement, n'ont paru percevoir les vibrations du diapason qu'au contact ; et une particularité digne de remarque s'est présentée dans plusieurs cas, qui ne nous paraissent pas de simples coïncidences, les malades empruntaient des mots tirés de l'expérience tactile, pour rendre compte de l'impression sonore, « C'est chaud. . . , ça brûle. . ., ça pince. » Telles sont les réponses de plusieurs de nos malades. Cette confusion entre les impressions tactiles, thermiques, douloureuses et auditives, nous a paru d'autant plus curieuse, que ces malades distinguaient parfaitement le diapason vibrant du diapason non amorcé, appliqué aux mêmes endroits de la boîte crânienne (apophyse mastoïde, zygomatique, vertex, maxillaires.) La montre en mouvement, était également

distinguée de celle arrêtée « ça tape..., ça bouge..., » disaient les mêmes malades dans le premier cas.

La perception brute des vibrations sonores, en dehors de toute accommodation des appareils de l'audition, ont, au demeurant, tellement d'analogie avec les données de la sensibilité générale, que l'on comprend aisément la confusion de nos malades. Les locutions usuelles, offrent d'ailleurs, des exemples analogues. Ne parle-t-on pas couramment, de bruits clairs, de sons veloutés, de ton aigres ? Il est permis de penser que la différenciation des excitations perçues par les différents sens n'est que le résultat d'une spécialisation acquise de nos zones corticales. À ce propos on .a coutume de rappeler en physiologie, la sensation lumineuse produite par la section du nerf optique. On en déduit que l'irritation du nerf se traduit toujours dans le cerveau, par une sensation lumineuse, parce que l'organe nerveux central, la substance du sens visuel dans le cerveau, ne développe en elle, quand elle est irritée, que des sensations spé-

résuT (B ? NSTE1N) " Mais ce n'est là que le r su tat d'une longue éducation et primitive-

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ment, l'irritation des nerfs optiques ou auditifs ne doit pas différer essentiellement de celle de tout autre nerf quelconque, au point de vue psycho-cérébral.

Si néanmoins sur des individus adultes normaux, on applique des courants électriques traversant la tête de façon à ce que le nerf acoustique soit excité dans son ensemble, c'est à une sensation de son et de bruissement que l'on donne naissance, de même que le nerf optique pincé donne une sensation lumineuse (argument en faveur de la spécificité sensorielle). La même expérience pratiquée sur certains idiots, ne donne pas le même résultat, et ils n'accusent, comme pour le diapason, qu'une impression rapportée à la sensibilité générale, tactile, thermique ou douloureuse.

Il nous paraît résulter de ce qui précède qu'il existe pour l'audition, comme pour tous nos autres sens, des perceptions primitives correspondant aux notions premières de bruits, de vibrations soùores, perçues en elles-mêmes sans limitation, ni différenciation autre que celles tirées de l'intensité, de la hauteur. Dès que la sensation n'est plus limitée au son en

soi, la différenciation se caractérise pour s'élever jusqu'à la notion des causes diverses.

Dès lors, les divers sens se prêtent un mutuel appui, en associant et contrôlant leurs données réciproques.

C'est là, l'origine d'un nouvel ordre de perceptions correspondant aux impressions auditives, ce sont les perceptions acquises.

Dans le complexus psychique correspondant à une sensation donnée, il n'est pas facile de faire la part des perceptions acquises et des notions premières fournies par l'impression.

Pour fixer l'esprit, on peut prendre l'exemple courant d'une personne qui chante. En l'entendant, nous percevons un ébranlement particulier transmis par l'air à nos organes de sensibilité spéciale (perception primitive). De cette sensation brute, nous pouvons juger, grâce à des expériences antérieures innombrables, la force d'émission des sons, leur qualité plus ou moins pure, la justesse, la valeur musicale, enfin, nous évaluons la distance approximative et le point de l'espace où se trouve le chanteur. Nous pouvons même reconnaître le timbre d'une voix connue, nous représenter la figure, évoquer une image vi-

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suelle; si le chanteur s'accompagne, nous reconnaîtrons l'instrument, connaissant l'air, nous nous rappellerons le motif, les paroles au besoin, l'image des notes de la partition, avec les images motrices des mouvements nécessaires pour l'accompagnement, les efforts phonétiques même, pourront revenir à la mémoire, si nous avons exécuté le morceau. En un mot, chaque sens (visuel, tactile, musculaire) et apportera sa donnée complémentaire à celle fournie par la seule impression auditive primitive. Si, à l'état normal, l'analyse de ces phénomènes est délicate, combien, plus encore, Pest-elle chez l'idiot, cela rentrerait, d'ailleurs, dans la psychologie proprement dite de l'idiotie.

Mais, il est parmi les données complémentaires, des sens autres que l'ouïe pure, certains éléments tellements connexes de son fonctionnement spécial qu'il y a lieu de s'y arrêter particulièrement. Je veux parler de la sensibilité tactile des téguments de l'oreille externe et de la sensibilité musculaire de l'appareil moteur extrinsèque et intrinsèque.

Ces différents éléments correspondent, en effet, à deux fonctions spécialisées :

i° L'orientation des bruits et leur localisation dans l'espace, grâce, au tact du pavillon auriculaire et à ses mouvements (muscles extrinsèques).

2° L'accommodation de Pappareil de transmission (caisse) grâce à la sensibilité tactile tympanique et aux muscles intrinsèques.

Rappelons que les muscles auriculaires externes sont au nombre de trois :

L'antérieur, attirant en haut la partie antérieur du conduit auditif; le supérieur et le postérieur relevant l'hélix, la conque, et redressant les courbures en évasant l'orifice du méat auditif.

Il en résulte une modification dans la réflexion des ondes sonores (Dughenne, de Boulogne).

L'action synergique de tous ces muscles contractés ensemble, constitue le geste de l'attention auditive (Gellé).

Aussi a-t-on signalé le développement des mouvements du pavillon par l'effet de l'attention chez les demi -sourds (Cooper).

Quant aux muscles intrinsèques accommodatifs, ce sont, le tenseur ou muscle du marteau et le muscle de l'étrier, antagoniste du

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précédent qui rolâche la chaîne des osselets

Le premier muscle est innervé par lo maxillaire inférieur, tandis que le second, l'est par le facial.

Orientation. — Tout d'abord, pour l'orientation des bruits, on peut dire que le concours des sensibilités, tactile et musculaire, est couramment utilisé en ce qui concerne l'excitation cutanée de Poreille externe, (conduit, conque et pavillon).

Il suffit pour s'en convaincre, de rappeler Panatomie comparée et Pexemple si fréquent des animaux qui localisent les bruits dans Pespace, par l'orientation appropriée de Poreille visiblement adaptée à ce but, selon les lois de la physique (l'observation de la chauve-souris dite oreillard est des plus curieuses à ce point de vue). {

Chez l'homme normal, la conformation du pavillon semble avoir perdu les caractères typiques de cette adaptation particulière. Les muscles propres de Poreille externe sont atrophiés; dans une certaine mesure, les mouvements plus faciles et plus étendus de latéralité, de flexion et d'extension du crâne, peuvent y suppléer, mais il n'est pas moins

vrai que l'aplatissement de l'expansion cartilagineuse, ne rappelle que de fort loin l'entonnoir acoustique évasé; son utilité à ce point de vue, est donc au moins douteuse et les individus privés de pavillon auriculaire, accidentellement ou congénitalement ne paraissent pas se ressentir autrement de cette mutilation (ex. : cas de Tgynbee et de Cooper).

Il est même une coutume barbare primitive, encore en usage chez certaines peuplades qui consiste en l'ablation de la conque, de même que d'autres s'arrachent les sourcils et les cils.

Keissner a cependant reconnu, expérimentalement, sur les chats, que la section du pavillon diminue sensiblement le champ auditif.

L'action adjuvante se fait-elle comme organe vibrant, (Savart, Schneider, Longet) ou comme le dit Voltolini, est-ce une sorte de tympan extérieur? *

Duval et Beaunis établissent que c'est un écran réflecteur des ondes sonores.

A ce point de vue, on comprend l'influence de l'angle d'insertion (Buchanan) sur l'angle de réflexion. (L'angle normal d'insertion

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= 30* ; chez l'idiot, il est généralement plus obtus.)

Webert a montré que l'application du pavillon sur l'apophyse mastoïde annule l'action accumulatrice des ondes sonores, collectées et renforcées lorsque dans un premier temps on a fait entendre la montre sans aplatir le pavillon. (Expérience de la montre en avant (deux temps); au deuxième l'ouïe n'existe plus qne sur l'axe auditif.) La contre expérience montre que le pavillon est bien un organe de recherche de la direction du son, d'orientation.

Chez l'homme, les tâtonnements instinctifs par les mouvements de latéralité de la tête, pour adapter Taxe auditif à la direction des bruits sont puissamment aidés par la sensibilité cutanée du pavillon et lorsque cette action est annulée, la recherche est plus difficile et plus longue.

Chez les êtres dont l'oreille externe est, elle aussi, pourvue d'une mobilité propre, la perte de l'organe doit logiquement porter une grave atteinte à la sûreté avec laquelle ils situent dans l'espace, la cause d'où émane le bruit.

Les idiots, par l'obtusion de la sensibilité

du pavillon, comme par l'indécision des mouvements d'orientation de la tête aux bruits, ont un champ auditif souvent restreint (le rétrécissement portant sur l'étendue de la surface de Taxe auditif, et l'acuité auditive restant normale pour la distance) les malformations de courbures du pavillon n'y sont peut-être pas non plus étrangères. On peut du reste établir des sortes de graphiques du champ auditif rétréci, comme on fait pour le champ visuel.

Chez les idiots, la conque, a généralement une surface plus considérable qu'à l'état normal; il semble parfois qu'il y ait une sorte d'hypertrophie du cartilage, comme des replis supplémentaires, mais il ne semble pas que cela augmente leur champ auditif, car les replis de la conqne ne valent guère que par la sensibilité de la peau qui les recouvre et par la régularité géométrique de leurs courbures.

A un autre point de vue, on a pu comparer le rôle de la conque pour l'oreille, à celui des paupières pour l'œil, rôle de protection consistant à abriter l'organe en écartant les corps étrangers solides ou liquides (poussières, insectes, etc.).

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Quelques individus jouissent exceptionnellement de mouvements propres assez étendus de l'oreille. L'un de nos malades était dans ce cas. Le fait est curieux, mais n'a rien d'exceptionnel. Darwin, Broc a et d'autresont déjà signalé chez certaines personnes le caractère fonctionnel des muscles auriculaires qui, chez l'homme, ne sont d'aucun usage et qui rappelleraient simplement un état ancestral.

L'homme, d'après les anthropologistes n'étant qu'un animal en voie de perfectionnement, on doit encore retrouver chez lui, la trace d'organes ayant servi dans ses états transitoires antérieurs. Jadis, les oreilles remuaient ; donc, elles pouvent encore remuer.

Et, en effet, on rencontre, comme on le voit, aujourd'hui encore des personnes aux muscles auriculaires actifs.

Autrefois, on en a également signalé.

Le Journal des curieux de la nature de 1685, parle d'une jeune fille dont les oreilles se mouvaient. Quelques érudits du temps mirent en doute l'authenticité de l'observation. Le rédacteur des Nouvelles de la République des lettres en septembre 1686, fit remarquer qu'il n'était pas permis de « nier cette singularité

après ce que M. F Abbé de Marolles atteste du philosophe Crassot ».

«c Ce philosophe, dit PAbbé de Marolles en ses Mémoires était malpropre, avec une barbe longue et touffue et les cheveux mal peignés. Il avait une chose bien particulière et que je n'ai jamais vue qu'en lui seul, qui était de plier et de redresser les oreilles quand il le voulait.

« Selon Pierre Messie, Saint Augustin a vu un homme qui non seulement remuait les oreilles comme il le voulait, mais encore ses cheveux sans faire aucun mouvement ni des mains ni de la tête.

« Vesalius, un anatomiste très distingué pour son temps, dit fort bien qu'il a rencontré à Padoue, deux hommes dont les oreilles se dressaient.

« Est-ce que Procope ne compare pas Justinien à un âne, « non seulement à cause de sa pesanteur d'esprit et bêtise, mais encore eu égard à ses oreilles mobiles qui le firent nommer en plein théâtre, maître baudet par ceux de la faction verte dont il était l'ennemi ».

Il y a mieux, cette anomalie musculaire a été signalée chez une divinité grecque, chez

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le dieu de la force brutale, chez Hercule.

Hercule possédait les oreilles mobiles. On les voyait se dresser quand il mangeait. Athénée rapporte des vers d'Epicharme où il est dit: « sa mâchoire choque bruyamment, ses molaires frappent avec éclat, ses canines grincent, il siffle par les narines, il agite ses oreilles. »

Tel était Hercule. En cherchant bien, on trouverait des cas analogues, parmi nos contemporains.

« Un de nos médecins les plus connus peut plisser à volonté toute la peau du crâne ; un musicien fait dresser et danser une mèche de ses cheveux; un ingénieur plie légèrement au commandement, le lobe de son oreille droite. Singularités de constitution ou réminiscenced'une vie ancestrale? Qui oserait conclure? » Henri de Parville.

D'autre part, les malformations auriculaires diverses, peuvent se ramener à des types de la série animale, auxquels on peut les comparer et dont la succession se rapproche de plus en plus de la conformation infondibuliforme.

Ces anomalies sont fréquentes chez les idiots.

Indépendamment du tact actif à la fois cutané et musculaire, par lequel l'oreille externe va, en quelque sorte, au devant des ondes sonores, pour les mieux recueillir, il y a à considérer la sensibilité tactile passive.

Abstraction faite delà lenteur plus grande de perception du tact et de Pobtusion fréquente de ce sens, on peut chez les idiots, observer de la dysesthésie et de Panesthésie, comme dans l'hystérie, c'est-à-dire limitées aux annexes de l'oreille proprement dite (oreille externe).

Férè (82, Arch. de Neur., t. III, page 281), a démontré la coexistence avec Phémianesthésie cutanée et muqueuse de troubles unilatéraux sensoriels pour l'ouïe en particulier ; inversement, pour la surdité hystérique, il a trouvé l'association fréquente avec Panesthésie cutanée limitée au pavillon et à la peau du conduit auditif externe.

Briquet, observant la surdité hystérique, écrivait (p. 205) : « Le plus ordinairement, la peau du pavillon de l'oreille, de la conque et du conduit auditif externe est anesthésiée et ne perçoit ni la sensation des piqûres, ni celles du contact des corps ».

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En 1883 M. Walton dans le service de Chàrcot a étudié la sensibilité de la membrane du tympan ; il a même donné quelques détails sur la sensibilité de l'oreille moyenne à l'air insufflé. {Traité de V hystérie. — Gilles

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