SONNET DES VOYELLES
A noir t E blanc, I rouge, U vert, bleu, voyelles, Je dirai quelque jour vos naissances latentes. A, noir corset velu de mouches éclatantes, Qui bourbillent autour de puanteurs cruelles.
Golfes d'ombre ; E, candeur des vapeurs et des tentes, Lance des glaciers fiers, rois blancs, frissons d'ombelles ; l, pourpre, sang craché, rire des lèvres belles Dans la colère ou les ivresses pénitentes ;
U, cycles, vibrements divins des mers virides, Paix des pâtis semés d'animaux, paix des rides Que V alchimie imprime aux grands fronts studieux ;
0, suprême Clairon plein de strideurs étranges, Silences traversés des Mondes et des Anges :
l'Oméga, rayon violet de Ses Yeux I
M. René Ghill dans son Traité du Verbe, critique les soi-disant erreurs de Rimbaud le poète maudit.
« Et d' Arthur Rimb.ujd, la vision doit être revue, ne l'exigerait que l'erreur sans pitié d'avoir sous la voyelle si évidemment simple, VU, mis en couleur composée, le vert.
« Colorées ainsi se prouvent à mon regard
exempt d'antérieur aveuglement les cinq.
A noir, E blanc, / bleu, rouge, U jaune. »
Il rattache à différents instruments les diphtongues : « IE, et IEU, seront pour les violons angoissés; — OU, IOU, UI, et OUI, seront pour les flûtes aprilines; AE, OE, pour les harpes rassérénant les cieux; 01, ION, ON, pour les cuivres glorieux; IA, EA, OA, UA, OUA pour les orgues hiératiques. »
Huysmans, dans son roman, A rebours, met en scène Jean des Esseintes, qui se plaît au goût de la musique.
« Chaque liqueur, selon lui, correspondait au son d'un instrument. Le curaçao sec, par exemple, correspondait à la clarinette dont le chant est aigrelet et velouté; le kummel, an hautbois, dont le timbre sonore nasille; le kirsch, sonne furieusement de la trompette ; le gin et le whiskey emportent le palais avec leurs stridents éclats de piston et de trombone.... Il pensait aussi que des quatuors d'instruments à cordes pouvaient fonctionner sous la voûte palatine, avec le violon représentant la vieille eau-de-vie fumeuse et fine, aiguë et frêle ; avec l'alto simulé par un rhum plus robuste, plus ronflant, plus sourd, avec
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le vespétro déchirant et prolongé, mélancolique et caressant comme le violoncelle, avec la contre-basse corsée, solide et noire comme un vieux bitter. Il était parvenu, grâce à d'érudites expériences, à se jouer sur la langue, de silencieuses mélodies, de muettes marches funèbres à grand spectacle, à entendre dans sa bouche, des soli de menthe, des duos de vespétro et de rhum. Il composait luimême des mélodies, exécutant des pastorales avec le bénin cassis, qui lui faisait roulader dans la gorge des chants emperlés de rossignol ; avec le tendre cacao-chouva, qui fredonnait de tendres bergerades, telles que (les romances d'Estelle) et les (Ah ! vous dirai-je maman,) du temps jadis. »
M. Binet * rappelle que : « Les rimes en (an), dit un correspondant, comme (France,) espérance, ont pris la couleur de l'orange. Tous ces mots forment une famille, la famille des choses belles ; le son (an) paraît le plus aristocratique, le plus sonore... et voyez combien d'autres mots sont associés au même sentiment : frange; je vois des franges d'or fauve,