‹ L'AuditionChapitre 30 sur 33 · a a* (uU · texte numérisé non relu

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9* a3- (ré4)

lO*

a4* (mi4)

— deux —

— troi» —

(QuniTE— ).

= a, double l*ocUYe.

=:(TiimcB ■AjBumB y-).

= 3 : a, double la quinte.

n =(SBPTlàUB TOMALB'T').

=:a, double TocUve.

=(Sbcordb uajbueb ~r-).

= 5:4* double la tierce maj.

Sans dépasser le dixième hariilonique, nous voyons que les sons concordants ont des affinités et des synergies esthétiques de valeur inégale suivant leurs rapports avec la tonique ou premier hannonique.

La tonique renforce tous les sons harmoniques et est renforcée par tous ; c'est-à-dire que tout l'ensemble affirme la perception de la note fondamentale et les autres harmoniques gravitent en quelque sorte autour d'elle à des distances plus ou moins grandes, ou si l'on veut, avec des attractions plus ou moins sensibles. Il est évident par exemple que l'octave renforce bien plus sa fondamentale et se trouve bien plus renforcée par elle, que le dixième harmonique ou vingtquatrième diatonique, puisque la coïncidence a lieu une fois sur deux pour la première, une fois sur dix pour la seconde.

De plus, ces sons harmoniques se renforcent

LA SENSATION AUDITIVE igS

entre eux ; ainsi, jusqu'au dixième harmonique, Toctave est doublée deux fois, la quinte une fois, la tierce majeure une fois. Ce seront les notes constitutives du timbre parfait ou de V accord parfait y selon Tunité ou la diversité de l'origine dans l'espace. On

chiffrera:

Unisson. Tierce majeure. Quinte. Octave.

A un second degré de consonnance, tout aussi parfait, mais moins riche et de moindre affinité, s'ajouteront la septième tonale, puis la seconde majeure, et nous aurons ainsi une première gamme :

(ut)

(ré)

(mi)

(sol)

(*'■ b) (uf)

dont les termes appartiennent au système tonal de ut= I.

Nous l'appellerons système authentique.

Il manque à cette gamme authentique deux termes pour devenir la gamme diatonique. L'unisson et l'octave ne peuvent rien faire naître de plus dans ce système.

Le troisième harmonique 3, ou son octave-, qui

l'introduit dans la gamme, présente après l'octave les plus grandes affinités avec l'unisson. On peut imaginer un second système authentique, tel que l'octave du premier forme avec la note fondamentale du second

le rapport - , c'est-à-dire le rapport de quinte avec sa

puissante affinité. Ce second système aurait l'octave du premier pour quinte et ferait ainsi avec cette

ig'l • i/al'dition

octave et les autres harmoniques un échange de renforcements vibratoires qui les unirait sympathiquement. Ce second système est dit système plagal.

Pour le transcrire dans la notation du système authentique, nous chiffrerons :

Unisson plagal P X == 2, d'où P = ij (^Quarté),

l\ 3 Ce système plagal aura pour quinte^ X- = 2,

loctave authentique ; pour tierce majeure ^ x ^ = tv

{Sixte majeure).

Cette gamme complexe formée par les dix premiers harmoniques du système authentique, et les cinq premiers du système plagal correspondant, se composera donc de huit notes :

SYSTÈME AUTHKNTIQIJE

SYSTBUE PLAGAL

OAUUE DIATONIQUE

Unisson

UT

Seconde majeure

ré

Tierce majeure

mi

(Quarte)

Unisson

FA

Quinte

Seconde majeure

sol

(Siite majeure)

Tierce majeure

la

Septième tonale

Si\^

Octave

Quinte

ut

LA SENSATION AUDITIVE IqS

La quinte authentique coïncide avec la seconde

plagale .^ x H = - . Mais la septième authentique ne

constitue pas une quarte plagale, et cette discordance sera la cause d'une foule d'hésitations dans l'adoption de cette septième, définitivement abandonnée lors de l'installation du tempérament égal.

On conçoit aisément que cette gamme se soit imposée avec le temps et qu'elle ait survécu aux systèmes anciens dont elle s'est dégagée peu à peu, à travers les formations esthétiques et physiques les plus variées dont nous n'avons pas à refaire l'histoire. Cette gamme diatonique majeure ne s'est affirmée que progressivement, quand l'éducation de l'organe auriculaire a rendu de plus en plus exigeante l'esthétique physiologique, quand la délicatesse d'analyse auriculaire a fait la conquête définitive du rap-

port —, c'est-à-dire du cinquième harmonique du

timbre devenue la tierce majeure de l'accord. C'en fut fait dès lors des nombreuses gammes mineures, à tierce mobile également étrangères au système tant authentique que plagal, d'une instabilité harmonique dont les ressources infinies ont alimenté toute la musique ancienne, la musique populaire moderne, et les intonations du langage parlé de tout temps.

Plus tard, la septième tonale^ si utile pour les modulations descendantes, a été éHminée par la réapparition fatale de l'ancienne division de la gamme en deux tétrachordes disjoints, dont l'un avait pour fondamentale la tonique et l'autre la quinte, réapparition qui est l'origine même de la fugue ; tous deux

I 9 6 l' AUDITION?

ont une seconde et une tierce majeures ; cette tierce majeure fixe, pour le tétrachorde inférieur, la sensible du ton plagal, et pour- le tétrachorde supérieur la sensible de Toctave authentique.

— X~r = "^ sensible, soit -'-ra 4 o 4

tierce majeure UT ré mi FA

sensible

tierce majeure sol la (5/) UT

sensible

La septième tonale disparut donc par le besoin d'une tierce majeure dans le tétrachorde de quinte ; le besoin était physiologique et sa satisfaction permit de réaliser, avec la gamme diatonique, le style fugué et toutes les formations musicales polyphoniques qui suivirent. Cela est d'autant plus net que la sensible n'a vraiment d'affinité ascendante vers la tonique que si la quinte se fait entendre simultanément ou se laisse sous-entendre.

La seconde majeure est la dernière venue dans la gamme authentique ; et elle se trouve, comme la tierce majeure, dans les deux tétrachordes disjoints qui forment la gamme.

i*' Notre gamme diatonique actuelle est donc formée primitivement du système authentique qui donne l'unisson, la seconde majeure, la tierce majeure, la quinte, (la septième tonale) et l'octave ;

2° du système plagal qui y ajoute la quarte, la sixte majeure et confirme la quinte et l'octave ;

3° les notes du système plagal sont absorbées par le système authentique, et la nouvelle gamme ainsi

formée se décompose en deux tétrachordes disjoints, formés l'un et l'autre d'une fondamentale, d'une seconde majeure, d'une tierce majeure qui fait sensible, et d'une quarte. Les notes d'un tétrachorde font donc le passage du ton authentique à son plagal.

La tierce majeure du second tétrachorde forme la sensible de la gamme complète, et, son affinité pour l'octave se révèle sous l'action de la quinte comme l'affinité de la tierce majeure pour la quarte se produit sous l'action indirecte de la note fondamentale. Toutes les modulations majeures sortent de cette double affinité et du passage qu'elles permettent du ton authentique au ton plagal et inversement.

Quand nous aurons ajouté, sans entrer dans de plus grands détails, que le besoin physiologique qui domine toute la musique, comme les autres exercices esthétiques, est la nécessité de repos fréquents dans des attitudes faciles et simples, c'est-à-dire dans des sonorités précises et de composition stable, nous en aurons fini avec la musique.

Les mouvements coordonnés qui caractérisent les modulations et le passage d'un accord à un autre ont toujours pour but de résoudre des combinaisons complexes ou peu tonales en des combinaisons simples et aussi unitonales que possible. Les repos se sont faits d'abord surtout sur les unissons, puis les octaves, puis les quintes et les tierces majeures.

Deux sons réunis dans un accord cherchent à se rapprocher ou à s'écarter de façon à former une combinaison tonale d'un rapport plus simple avec le moins de déplacement possible. On pourrait préciser davantage et déterminer les affinités harmoniques de tous

IÇ)H . î/aidition

les accords et de leurs résolutions et fixer ainsi les règles de la plastique musicale, en dehors de son application à l'expression déGnie.

L'apparition des appareils à sons fixes et à clavier, c'est-à-dire l'intervention du machinisme dans l'art musical, a supprimé un certain nombre des affinités de la gamme et a introduit des modulations de complaisance, tout à fait factices et que peuvent seules faire accepter l'incessante mobilité des dessins mélodiques et la superposition des marches diatoniques, déjà si remarquables dans la phase initiale de la musique polyphonique.

L'enharmonie, cette source inépuisable de l'expression tant mélodique qu'harmonique, si riche et si variée, si humainement expressive dans le chant et l'orchestre wagnériens par exemple, se trouve figée une fois pour toutes dans les douze demi-tons du clavier, et la voix humaine, si merveilleusement enharmonique dans le chant et plus encore dans le langage, subit d'une désastreuse façon l'influence des instruments à sons fixes.

Les gammes mineures n'ont que des affinités d'octave, de quinte, de quarte et de seconde. L'élément tierce et avec lui l'élément sensible manquent dans^ les deux tétrachordes. Elles sont surtout propres aux formes mélodiques qui se développent isolées ; leur harmonie est pauvre, déprimée, monotone et ne peut se maintenir longtemps ; leur expression se manifeste surtout dans les formes descendantes. Le besoin du cinquième harmonique s'impose bientôt, comme

5 i5 tierce ou comme sensible 7 ou — •

LA SE!^SATT01V AUDITIVE IQQ

Les différents accords formés par les sons diatoniques de la gamme naturelle ont entre eux des affinités composées qui constituent la base de l'harmonie et de la mélodie diatoniques. Une altération dans la formule d'une note, si elle est suffisamment accentuée, provoque l'apparition de nouveaux systèmes diatoniques, ce qui forme le jeu des tonalités associées, soit dans l'harmonie, soit dans la mélodie. Le passage d'une tonalité à une autre se fait par l'intermédiaire des notes communes aux deux tonalités, que Ton accentue, et par l'altération de certaines autres notes qui orientent le premier système harmonique vers la formule du second. C'est ce qu'on appelle modulation. Les plus simples et les plus fortes se font sur les notes plagales, par marches de quintes ou de quartes à la base. C'est sur ces accords que l'oreille saisit le mieux les affinités nouvelles, et peut varier ses perceptions sans se^ départir d'un certain équilibre harmonique.

Il existe d'autres associations de sons non plus harmoniques, mais phonétiques, ce sont les timbres vocaliques, ou voyelles y produits par l'action des résonances buccales et naso-pharyngiennes sur le son glottique fondamental. De même les modifications mimiques internes des parties molles, des lèvres, du voile du palais, de la langue et des constricteurs de la bouche et de la gorge, et leurs rapports variables avec les parties rigides de l'appareil phonateur, retentissent sur l'émission de l'air et la qualité du son ; ce sont les caractères consonan tiques, ou consonnes^ sonores ou sourdes, comme les voyelles elles-mêmes.

selon qu'il y a ou non son glottique. L'oreille analyse ces sons articulés et leur reconnaît des particularités que les contres de la mémoire auditive verbale rapportent à dos images psychiques dont le jeu constitue la partie centripète du langage intérieur.

Nous n'avons pas à étudier ici le langage en tant que fonction expressive, car ce sujet se^a traité dans un autre ouvrage de cette collection. Remarquons seulement que le langage est né au moment où la corticalité, chez les animaux supérieurs, commença à capitaliser la motricité sous toutes ses formes et à accaparer sous forme de volonté et de conscience réfléchie les manifestations diverses de la vie motrice et sonsitive. Par une spéculation progressive se développa cette faculté imaginative que nous nommerons notre volonté consciente et nous pûmes reproduire volontairement des manifestations toutes réflexes, spontanées, de nos sensations et de nos désirs. Ces manifestations dont le centre était autrefois la protubérance furent captées et tenues sous la domination du vaste manteau cortical dont les innombrables associations anatomiques et fonctionnelles forment ce que nous appelons conscience, c'est-à-dire centralisation d'une foule de perceptions localisées topographiquement, mais unies et tenues en cohésion par l'exercice d'un infini réseau de voies d'association. Notre conscience est l'état collectif d'une foule de consciences spéciales et son siège organique est toute la corticalité.

De nos zones corticales d'attitudes, c'est-à-dire des circonvolutions centrales, de nos zones d'appropriations motrices, une partie, nettement en rapport avec les zones sensorielles des images auditives, utilisa ce

contrôle pour la production volontaire de sonorités glottiques et buccales que réalisait avant elle le jeu direct des centres bulbo-protubérantiels, et le langage articulé naquit de l'imagination au niveau des centres corticaux du langage primitif spontané et sans images réfléchies et capitalisées par Técorce. Quand le cerveau commença à s'essayer à reproduire les sonorités que telle sensation arrachait à, sa protubérance, il réalisa le langage.

Nous avons étudié jusqu'ici la sensation auditive dans sa forme élémentaire et dans ses rapports immédiats avec le milieu cérébral. Il nous faut revenir sur certains de ses caractères et aussi sur les variations et perturbations nombreuses qu'elle présente.

On a mesuré (Wundt) la rapidité avec laquelle s'éveillait la sensation sonore, et cette rapidité a été trouvée moins grande que celle des autres sensations. Il faut distinguer ici d'une part le phénomène de l'irritation nerveuse, c'est-à-dire le temps qui s'écoule entre l'irritation périphérique, l'excitation au niveau de la papille auditive, et l'irritation centrale consciente; c'est-à-dire l'excitation au niveau des éléments de l'écorce du lobe temporal, — et d'autre part, la mise en branle, la mise en oscillation totale des milieux suspendus de l'appareil de transmission.

On sait que l'ensemble de ces phénomènes, transmission et perception, exige une durée de temps très minime, mais elle est mal établie jusqu'ici. On sait, d'après les recherches d' Abraham et de Bruhl, qu'un son de plus de 3 ooo vibrations peut être exactement

'ioi i/ArniTio\

perçu luêmc s'il ne dure que soixante-trois dix millièmes de seconde. Je remarquerai en passant que toutes les rochorches les plus récentes et les plus précises sur l'analyse de la sensation auditive aboutissent à la condamnation de la théorie des résonateurs (Stumpf et Meykr) appliquée au mécanisme de l'audition .

La mise en branle de l'appareil de transmission présente plus ou moins de facilité, et il doit y avoir des différences individuelles considérables, mais qu'il nous est impossible d'évaluer. Plus un son est intense, plus la mise en branle est rapide, mais aussi plus nécessairement intervient le réflexe frénateur de protection et d'interception.

L'appareil des muscles tympaniques, c'est-à-dire le muscle du marteau, frénateur tympanique externe, et le muscle de l'étrier, frénateur tympanique interne, maintient les articles suspendus de la chaîne des osselets dans un état d'élasticité spécial, lié à l'application de la tonicité musculaire aux deux extrémités de la chaîne. L'attention porte au maximum cette délicatesse de suspension, et par conséquent cette susceptibilité aux sollicitations vibratoires.

Inversement l'appréhension d*un ébranlement trop brutal se traduit par la contraction préventive de l'appareil moteur, correspondant au clignement des paupières destiné à amoindrir le heurt d'une lumière trop éclatante. L'attention porte aussi sur l'appareil central lui-même et sur la définition corticale de l'image auditive.

Cette tension musculaire et centrale est très fati-

LA SE?iSATIO!« AUDITIVE 2o3

gante, et la face du sourd qui veut entendre exprime profondément cette fatigue.

Beaucoup de personnes reconnaissent leur surdité à la difliculté qu'elles éprouvent non a percevoir les sons, mais à en distinguer plusieurs à la fois. Tel sujet suivra une conversation à deux tenue à voix peu élevée, et sera incapable de comprendre une conversation à voix haute dès que plusieurs personnes causeront simultanément.

De même le bruit diminue l'audition à cause de la complexité d'analyse qu'il impose à l'oreille et aussi parce qu'il absorbe les délicates sonorités du langage. Quand on cause dans une voiture, il faut accentuer fortement et dans le haut de la voix pour se faire bien entendre.

Et cette fatigue de l'attention est d'autant plus prononcée, que beaucoup de sourds doivent leur infirmité à des otites moyennes chroniques ou à de l'ankylose tympanique consécutives à des obstructions rétro-nasales qui ont entamé le fonctionnement auriculaire au cours de la croissance, et les médecins savent avec quelle fréquence l'insuffisance de la respiration nasale, par atrésie, par hypertrophie des tissus adénoïdiens, compromet non seulement l'audition elle-même, mais le développement de l'attention, de la mémoire et des facultés de pénétration sensorielle et intellectuelle.

Ainsi la même cause banale si fréquente, l'obstruction rétro-nasale, attaque à la fois l'audition, la ralentit et la diminue, et l'attention qui devrait compenser l'insuffisance sensorielle. Chez les enfants, dont le défaut d'attention est si souvent Teflet de

•jo4 l'aldition

celte lésion facile à modifier et à supprimer, la surdité à son début, presque toujours méconnue, com promet ainsi d'une part l'éducation et l'instruction qui se font dans le jeune âge par l'enseignement oral, c'est-à-dire par la voie auditive, et d'autre part, fait classer l'enfant parmi les incapables, les inattentifs, les cancres, alors qu'une intervention faite à temps restaurerait l'audition, l'attentivité, indépendamment des autres avantages qu'en retireraient le développement et la sécurité de la croissance et l'exercice normal de la respiration.

L'attention se rebute quand elle s'exerce péniblement, c'est le cas du sourd par obstruction nasale ; et de tous les sourds ce sont les adénoïdiens qui « renoncent » le plus facilement à entendre. L'eflbrt leur est impossible par la même cause qui les rend sourds. L'audition du langage met de plus en jeu la pénétration psychique et ce triple effort, entendre, écouter et comprendre, dépasse souvent les forces des enfants gênés dans le jeu de leur respiration normale et troublés dans la liberté de leur circulation naso-frontale.

La pénétration esthétique est plus aisée, chez les personnes douées, que la pénétration psychique, — elle est plus immédiatement sensorielle, l'autre plus intellectuelle. Néanmoins la signification intellectuelle des sons du langage est tellement imposée à nous par l'usage, l'éducation et l'habitude, que tous nous comprenons sensiblement de même la signification objective d'un mot, son sens propre, tandis que nous trouverons des différences énormes dans la sensibilité esthétique de deux personnes à une même forme mélodique ou harmonique.

La musique est pour bien des personnes une langue dont elles ne savent pas le premier mot, une impression sensorielle à laquelle elles ne réagissent en aucune façon ; et parmi celles qui sentent, comprennent même l'expression musicale, quelles énormes divergences d'une personne à l'autre.

Le langage a cristallisé des significations dans des mots et le mot éveille en nous directement, immédiatement une image psychique sensiblertient identique chez tous. Cette facilité d'empreinte réagit à son tour sur l'audition et sur l'attention elle-même. Quelques mots, par la netteté de l'idée qu'ils' éveillent en nous, nous suffisent pour comprendre une phrase que nous avons mal entendue ; et souvent même nous comprenons une phrase avant que notre interlocuteur, sur notre prière, l'ait répétée. La compréhension s'est faite par-dessus l'audition défectueuse, et nous, entendons après coup.

Quand la surdité s'installe insidievisement et progressivement, elle peut se développer sans être soupçonnée, pendant des années, et il n'est pas rare que l'auriste découvre des surdités — unilatérales — que le sujet méconnaissait totalement. L'oreille restée saine, sans accroître d'une façon compensatrice ses facultés auditives, et même en baissant légèrement de son côté, développe en revanche par l'exercice ses facultés d'intelligence auditive et l'on entend encore longtemps d'une façon très satisfaisante pendant que la surdité progresse et fortifie ses racines organiques.

D'ailleurSy avant de s'avouer sa surdité, le malade s'habitue à considérer son insuffisance comme le

B0?iMEH. 12

2o6 lVvuditio!*

résultat de troubles fortuits et passagers. En réalité les meilleures oreilles subissent de grandes vicissitudes sous l'influence des variations barométriques et hygrométriques de l'air, sous l'influence des mille ruptures de l'équilibre organique, troubles circulatoires, troubles sécrétoircs, fatigue nerveuse, surmenage, troubles digestifs, etc.

Mais les variations dans l'acuité auditive, quand elles portent, comme c'est le cas dans l'oreille saine, sur les frontières très éloignées de l'audition, ne nous frappent pas et ne sont observées que par une analyse délicate et méthodique.

Perdre dix mètres d'audition sur des centaines de mètres d'étendue auditive, n'est pas appréciable et constitue à peine une nuance ; tandis que perdre un mètre quand l'audition est réduite à deux ou trois mètres est le fait d'une oreille insufiisante et il est impossible que le sujet n'en soit pas bientôt averti.

En général tant que la conversation reste possible, et la conversation exige tout au plus une étendue auditive moyenne de trois ou quatre mètres de rayon, le sourd pourra méconnaître sa surdité et aura perdu la plus grande partie de son champ auditif sans s'en préoccuper. C'est pourquoi le médecin a si souvent aflaire à des surdités qu'on lui confie dix ou vingt ans trop tard et pourquoi les lésions organiques sont à ce point enracinées que le traitement le plus assidu peut à grand'peine enrayer la marche progressive de l'afiection et même faire rétrocéder la surdité.

Cependant il existe des moyens de reconnaître la surdité à marche insidieuse et progressive dès son

premier début, alors que le sujet est souvent incapable de la soupçonner. J'ai publié ce procédé de l'épreuve paracousique et n'ai rien négligé pour le vulgariser auprès de nos confrères. Je reproduis plus loin le procédé qui permet de faire le diagnostic précis de la surdité progressive tel que je l'ai présenté à l'Académie de médecine.

La surdité progressive est soiîvent héréditaire, et elle tient à une particularité de conformation des régions auriculaires, que le père peut transmettre à son fils comnae la couleur de ses yeux ou le timbre de sa voix. Cette particularité, le plus souvent une tendance à l'obstruction de la trompe d'Eustache par gonflement et hypertrophie de la muqueuse de l'arrière-nez et du pharynx, cette particularité entraîne peu à peu l'ankylose de l'articulation des osselets de l'oreille et gêne de plus en plus la liberté d'inertie de ces petites masses suspendues.

Pendant la croissance, c'est-à-dire pendant les années de la vie oii les tissus adénoïdiens de la région cervicale ont le plus de tendance à s'hypertrophier et à se tuméfier, le mal se produit peu à peu sans fournir le plus souvent d'autres symptômes que la paracousie ; l'audition peut ne pas baisser d'une façon appréciable, — elle peut même s'exalter d'une façon maladive et masquer ainsi par un symptôme paradoxal sa défaillance pendant un certain temps.

La croissance terminée, rhypertrophic de la muqueuse peut tomber, sVilacor, le mal est fait et la rétraction fibreuse parachève l'ankylose ; la surdité s^affirme de plus en plus. Vers un certain âge, elle est évidente parce qu'elle devient insupportable.

2o8 l'audition

Cet àgc auquel s'afTirmc la surdité hércditairc se rapproche de plus en plus de la jeunesse de génération en génération ; comme dans la plupart des affections héréditaires, la précocité va croissant à moins que le croisement ne fasse intervenir une influence modificatrice heureuse.

Mais bien souvent le croisement précipite encore ces conditions menaçantes en rapprochant la convergence des deux hérédités ; c'est ainsi que des enfants naissent sourds-muets de parents dont les oreilles sont réputées saines.

En présence de surdités consécutives à des troubles chroniques du nez et de la gorge, le médecin auriste doit toujours demander à examiner les enfants du malade observé, car ces troubles, malformations, obstacles divers au développement normal des régions auriculaires, pourront être traités à temps, avant d'être fixés définitivement par la croissance ; et Ton pourra ainsi, faute de guérir le père, le consoler en écartant dans la mesure du possible la surdité qui menace ses enfants.

En effet, l'âge du sujet joue un très grand rôle dans le traitement de la surdité, car il est toujours heureux d'avoir pour soi la croissance, c'est-à-dire de pouvoir instituer un traitement qui pourra aiguiller dans une voie meilleure la tendance au déveloi>pemcnt pathologique.

Dans l'immense majorité des cas, l'âge du sujet fixe les chances de réparation physiologique des parties lésées ; l'âge de la maladie, son ancienneté est aussi d'une grande importance pour le diagnostic, pour le pronostic et pour le traitement. Ce n'est pas

impunément pour l'appareil de perception que l'appareil de transmission cesse progressivement de transmettre, et dans bien des cas on constatera un assoupissement profond de l'appareil nerveux, qui ôtera toute envie de tenter quoi que ce soit du côté des parties accessibles de l'oreille moyenne.

Néanmoins, la constatation de la paracousie de Weber est toujours d'un bon augure et encourage toutes les tentatives de modification du côté de l'appareil de transmission, car elle permet de considérer comme relativement intact l'appareil nerveux, et, jusqu'à un certain point, les parties inertes de l'oreille interne elle-même.

Mais la surdité n'apparaît pas toujours d'une façon insensible pour s'installer insidieusement, elle peut apparaître d'une façon très nette et prendre ses caractères extrêmes en très peu de temps, au cours d'une afifection aiguë de l'oreille, par exemple.

Elle pourra ainsi se manifester brusquement, subitement. Le plus souvent, il s'agit dans ce cas d'un bouchon de cérumen méconnu et occupant la partie profonde du conduit auriculaire. A l'occasion d'un mouvement brusque, d'un gonflement subit de la cire pendant la toilette quand l'eau pénètre dans le conduit, ou pendant une baignade, à l'occasion d'une congestion vive d'un flux tympanlque, d'un coït, comme j'en ai observé deux cas, sans compter celui qui a été rendu classique par une pièce du boulevard, la cire qui n'était pas au contact du tympan et ne gênait en aucune façon sa liberté d'oscillation totale, adhère au tympan et, sans interrompre le passage des vibrations moléculairos, s'oppose à l'ébranlement

210 l'auditioii

total de la membrane. Le tympan ne transmet plus l'ébranlement et l'audition est subitement presque abolie.

En réalité, on peut encore entendre dans ces conditions, mais la différence de cet état d'obnubilation avec l'audition relativement excellente, qui précédait le contact, fait paraître absolue la surdité, et le malade la constate aussitôt. Dans ces cas, l'audition aérienne est très diminuée, mais la paracousie est le plus souvent très sensible.

En dehors de l'obstruction cérumineuse, un corps étranger faisant contact avec le tympan et le refoulant, un exsudât de la caisse refoulant le tympan au dehors, déterminent aussi une surdité presque subite.

De même une crampe des muscles tympaniques coïncidant avec une mastication énergique ou un fort bâillement ; une insufflation exagérée d'air dans la caisse, par la trompe d'Eustache, pendant l'acte de se moucher, refoule le tympan en dehors et s'oppose à sa libre oscillation. Inversement, une aspiration exagérée pondant la déglutition, par un mécanisme opposé, surtout si le muscle de l'étrier est en défaut, peut déterminer une surdité subite, qui disparaîtra avec une seconde déglutition ou un bâillement.

L'hémorragie est une cause de surdité subite. Elle peut se produire dans la caisse du tympan, dans la cavité des réservoirs endolymphatique et périlymphatique de l'oreille interne, au niveau des gaines du tronc labyrinthique, dans les noyaux protubérantiels, au niveau de l'écorce temporale.

L'hémorragie capable de provoquer une surdité subito a toujours la brutalité d'un ictus et s'accom-

pagnera le plus souvent d'autres symptômes labyrinthiques, tels que le bourdonnement intense, le vertige. La surdité subite par hémorragie, sans vertige, sera le plus souvent due à une lésion corticale, tandis qu'avec vertige on pourra plutôt songer à un ictus, une inondation des réservoirs labyrinthiques. Dans tous les cas, le diagnostic de localisation ne sera bien établi que par le contexte d'autres symptômes empruntés à des appareils physiologiques voisins.

De même que l'hémorragie, l'hydropisie aiguë du labyrinthe avec excès de tension, l'œdème du nerf labyrinthique, l'exsudat aigu de la caisse pourront produire la surdité subite ou presque subite, avec ou sans ictus, mais le plus souvent sans l'ictus des grandes inondations, comme dans le vertige de Menière. Comme les petites hémorragies, l'hydropisie se trahit par l'excès de tension.

La surdité peut aussi apparaître subitement chez les hystériques, et isolément, sans autres symptômes labyrinthiques. De même chez les diabétiques, mais par un autre mécanisme, car il s'agit le plus souvent d'hémorragie. La commotion labyrinthique, un coup sur l'oreille peut laisser de la surdité par choc du liquide incompressible sur la papille et arrachement des filets nerveux terminaux. Le spasme des muscles tympaniques peut encore dans ce cas entraîner une forte opacité auditive, généralement peu prolongée.

Mais le plus souvent la surdité n'est pas subite ; elle est généralement progressive, à marche lente et insidieuse ; elle est due en général à de multiples lésions qu'on peut comprendre sous le terme d'ankylose tym panique, le mot tympanique désignant tout

2 I Î2 l'audition

Tappareil suspendu de la caisse et les tympans membraneux de Toreille interne. Sclérose, ankylose des articulations, raideur des brides, des ligaments, des tractus fibreux, épaississement des gaines, des capsules articulaires, déformation des membranes, atrophie des appareils papillaires, etc., tout l'appareil de transmission se trouve progressivement figé et immobilisé dans une attitude incompatible avec les conditions d'une bonne transmission, par gêne plus ou moins complète apportée à la liberté d'oscillation totale des milieux suspendus.

Nous avons vu plus haut que l'oreille, formée d'appareils membraneux et de leviers articulés, était très susceptible à l'égard des variations atmosphériques, ce qui n'a rien de surprenant puisqu'elle est avant tout un appareil destiné à réagir aux variations de pression du milieu fluide qui nous entoure.

Elle subit de même facilement les fluctuations de l'état hygrométrique de l'air et de toutes nos articulations, il en est peu qui soient plus exposées au froid que l'articulation des osselets de l'oreille, séparée de l'air du conduit par la mince membrane flaccide de Schrappnell. L'air du conduit est naturellement échaulfé au voisinage du conduit, mais le nombre considérable de personnes qui craignent le courant d'air, c'est-à-dire un refroidissement subit de l'air au voisinage de l'appareil tympanique et se soumettent à l'usage peu esthétique du coton dans les méats auriculaires, montre combien l'arthritisme réagit volontiers en ce point délicat.

Les variations de tension vasculaire trouvent dans la capsule labyrinthique un véritable manomètre que

LA SENSATION AUDITIVE 2l3

la moindre rupture d'équilibre physiologique rend extrêmement sensible. Ceci non plus ne nous surprend pas de 1^ part d'un organe qui a pratiqué et pratique encore les fonctions mano-esthésiques avant l'audition. Pour la moindre surtension des liquides labyrinthiques, les papilles auditives deviennent sensibles au choc de la crosse carotidienne qui passe sous le limaçon et nos oreilles battent d'un bourdonnement puisa tile et même de véritables coups vasculaires.

D'autre part, le nerf auditif s'épanouit librement au milieu de la vaste papille spirale du limaçon. Les filets nerveux terminaux y courent nus au milieu de l'enchevêtrement des pieds et des tiges des cellules de soutènement et des éléments de Corti. En aucun autre point de l'organisme on ne trouvera de filets nerveux terminaux ainsi exposés au sein d'un liquide dont la composition physiologique peut si facilement varier et dont la formule s'altère si volontiers au moindre trouble de la transsudation, et à l'occasion de tant d'afifections à retentissement humoral.

L'équilibre physiologique de la perception périphérique doit donc être d'une grande instabilité et si l'on pouvait, on y constaterait sans doute d'énormes variations dans l'acuité auditive, mais au niveau des frontières de l'audition. J'ai rappelé plus haut que l'audition pouvait varier énormément quant à ses extrêmes limites sans que nous pussions nous en rendre compte et que nous ne constations ces fluctuations que quand le champ auditif, par la réduction pathologique de son domaine, rapproche ces frontières de notre observation directe.

La dilatation anormale des vaisseaux du labyrinthe,

2 I /| l'audition

— et Ton sait que les formations sinueuses et gloiuérulaires y abondent, — leur perméabilité, qui est énorme, puisqu'il s'agit d'un appareil de transsudation, les lésions mêmes de l'appareil endothélial vasculaire et capsulaire de transsudation, toutes ces causes livrent les milieux labyrinthiques, les liquides, les éléments épithéliaux qui y vivent presque libres et les fdets nerveux qui les parcourent librement, à tous les effets des variations de la tension vasculaire, à tous les troubles de la composition de ce milieu fluide où vivent nus les éléments protozoïques de la papille.

On conçoit, d'autre part, combien l'excitabilité nerveuse de l'appareil terminal papillaire ou de l'appareil central pourra s'accroître dans d'énormes proportions chez certains sujets et magnifier les symptômes au point de donner lieu à des paroxysmes d'irritation parfois intolérables.

Les symptômes cardinaux des affections labyrinthiques, c'est-à-dire la surdité, le bourdonnement, le vertige et l'oppression labyrinthique, sont fréquemment paroxystiques, c'est-à-dire sujets à des exaltations presque subites, et le plus souvent ces exaltations sont liées soit à des crises vasculaires, soit à des exaspérations nerveuses.

Un assez grand nombre de médicaments atténuent ou provoquent ces exaltations et peuvent aussi servir à en diagnostiquer l'origine immédiate.

La surdité peut être partielle ou totale, c'est-à-dire qu'elle peut s'étendre à toute l'échelle des sons ou n'atteindre que certains degrés de cette échelle tonale. On peut ne perdre qiic l'audition des sons aigus, ou

LA SENSATION AUDITIVE 2l5

celle des sons graves, etc., et cela pour les causes les plus variées.

Pour la plupart des auteurs, la perte de la perception des sons aigus relèverait des lésions de l'appareil de perception, celle des sons graves appartenant, au contraire, aux troubles de l'appareil dé transmission. Cette opinion a été accréditée par Bonnafont, Moos, Steinbrugge, LuÇiE, Bezold, etc.

J'ai fait observer, dans mon livre sur l'oreille, que dans l'audition crânio-tympanique et la paracousie les sons aigus étaient beaucoup moins bien perçus que les graves et que si nous percevions les notes aiguës de notre échelle tonale, c'était uniquement par la voie de transmission aéro-tympanique. La perception des sons aigus est encore bien plus directement liée à l'intégrité de l'appareil de transmission que celle des sons graves. Il est donc permis d'en induire que c'est dans les lésions de l'appareil de transmission que la perception des sons aigus sera la plus compromise. Je reproduis ici quelques pages (vol. IV, ii6, ii8) de cette discussion :

« BuRCiLHARDT-MERiAîi et Gradenigo sout moius exclusifs que la moyenne des auteurs. Ils ont observé que la perte des sons aigus appartenait avant tout aux lésions du labyrinthe et en particulier à des troubles de tension. Il s'agit donc en fait des parties les plus internes de l'appareil de transmission. Burnett a prouvé expérimentalement qu'une augmentation de pression labyrinthiquc supprimait l'audition des sons aigus avant celle des sons graves. De plus, Burckhardt- Merian a montré qu'en cas de compression labyrinthiquc l'audition des sons aigus s'améliorait par la

•ji6 l\uditio>'

perle des osselets. Siebenmann arrive aux mêmes constatations en pratiquant l'épreuve de Valsalva.

« En principe, il est bien oiseux de vouloir séparer à ce point l'appareil de transmission de l'appareil de perception : quand l'appareil de perception perçoit mal, qui pourra affirmer qu'il a moins bien perçu un son transmis normalement, ou qu'il a perçu normalement un son qui lui était moins bien transmis. C'est par la perception du malade interrogé que nous pourrons savoir si le son lui a été transmis ; il est donc difficile de comparer le son transmis au son perçu, puisque nous ne connaissons, par l'interrogatoire du malade, que le son perçu.

« En laissant complètement en dehors de la discussion l'intégrité de l'appareil de perception, n'est-il pas évident a priori que l'appareil de transmission, depuis le méat jusqu'aux papilles, pourra être le siège de troubles variés dont les uns compromettront plutôt les ébranlements de courte périodicité, dont les autres gêneront plutôt la transmission des sons graves ? N'arrive-t-il pas fréquemment, au cours d'un traitement, de voir varier les bruits de l'audition vers l'aigu ou vers le grave et dans des cas où l'appareil de perception n'est nullement en cause.

« On a cherché également à utiliser la déplorable théorie de Helmholtz — et il faut avouer que certains faits semblent tout d'abord l'appuyer. Il existe aujourd'hui des observations de lésions limitées à certaines parties de l'échelle cochléaire et correspondant à des troubles de certaines parties de l'échelle tonale. Je rappellerai la surdité pour les sons aigus coïncidant avec l'atrophie du premier tour de spire

du limaçon (Moos et Steinbrugge) ; avec la destruction expérimentale de la base du limaçon (Baginskt) ; avec d'autres modifications pathologiques de cette même base (Habermann) ; avec l'atrophie des nerfs du premier tour de spire (Bezold) et une observation de ScHWABACH dans laquelle le malade avait surtout perdu l'audition des sons graves et chez lequel on trouva à l'autopsie des lésions des parties élevées de l'échelle cochléaire.

« Il est vrai que Weber-Liel, Stepanow^ et Cor- RADi n'avaient rien constaté de pareil.

« Il n'est véritablement pas besoin d'exhumer la théorie de Helmholtz pour expliquer ces faits. Chacun sait qu'il suffit d'appuyer légèrement le doigt sur les branches du diapason vibrant pour faire disparaître les harmoniques aigus, alors que le son grave fondamental est à peine diminué.

« Il suffira de même d'une légère gêne apportée à la liberté d'inertie, et par conséquent à la libre oscillation de l'appareil de transmission, pour intercepter les sons aigus au passage.

« Que cette interception ait lieu au niveau du tympan, de la chaîne, de l'étrier, des liquides labyrinthiques ou du tympan basilaire, l'effet en sera le même : les ondulations rapides n'auront pas à parcourir la rampe de la papille codibitrice.

« Si la lésion porte à la base du limaçon, c'està-dire au point de départ de l'ondulation longitudinale dont j'ai défini plus haut les caractères, aucune ondulation à courte période ne parcourra la rampe et les sons aigus ne seront pas transmis, ni par suite perçus. Si la gêne n'est apportée que vers le sommet „ Bo:<niEK. 13

2l8 l'audition

et que rien nVnipèche les ondulations courtes de parcourir au moins les étages inférieure de la membrane basilaire, la perception des sons aigus s'y fera normalement*.

« Inversement le diapason nous montre encore que dans certains cas l'appareil vibrant laisse éclater les harmoniques aigus en même temps que le son grave fondamental s'éteint plus ou moins. Il est tout à fait admissible que par suite de certaines gênes apportées à l'inertie de l'appareil vibrant les oscillations à longues périodes soient compromises alors que les vibrations rapides restent possibles. En d'autres termes, l'appareil de transmission qui, à l'état normal, laisse passer les sons aigus et les sons graves, devient, par l'eflet de certaines lésions, un crible qui se forme tantôt aux sons aigus, tantôt aux sons graves, et l'appareil de perception ne perçoit, — quand il perçoit, — que ce qui lui est transmis. »

Je ne m'étendrai pas davantage sur la discussion des troubles de la transmission qui peuvent altérer la perception soit des sons graves, soit des sons aigus. J'ai étudié cette question dans mon travail sur la symptoniatologie des affections auriculaires, et cette étude porte plutôt sur la discussion du diagnostic que sur l'examen même des troubles de la sensation auditive.

Nous voyons donc que le fait que la surdité porte plutôt sur les sons aigus ou sur les graves ne permet aucunement de faire le diagnostic topographique de la lésion qui met obstacle à l'audition. En effet, MuiscH a montré que les sons graves n'étaient plus perçus dans les lésions de la partie postérieure du

LA SENSATION AUDITIVK 219

lobe temporal et qu'à l'ablation de la partie antérieure du même lobe correspondait la perte des sons aigus. Larionow, plus récemment, est arrivé aux mêmes constatations, qui prouvent que les sensations tonales sont distribuées dans l'étendue de l'ouïe et classées en quelque sorte topographiquement, ce qui est le cas de toutes les images. Cette distribution d'ailleurs ne prouve pas plus l'existence d'une distribution correspondante au niveau de la papille cochléaire, que la distribution des images verbales sur la surlace corticale ne prouverait que les mots viennent se faire percevoir en des points difl'érents de la papille du limaçon. Ce fait nous montre qu'à côté des causes périphériques de surdité partielle pour les sons aigus ou pour les graves, il y a également des causes centrales, corticales de surdité partielle, ce qui ne peut nous surprendre.

La surdité pour les sons intermédiaires de l'échelle lonile est extrêmement rare. Je n'ai jamais trouve, pour ma part, de surdité un peu étendue des parties moyennes et une surdité totale de ces régions intermédiaires ne me semble pouvoir s'expliquer que par lésion corticale au niveau du lobe temporal. Néanmoins, puisque nous voyons des lésions banales de l'appareil de transmission s'opposer au passage des ébranlements de périodicité courte ou longue, selon les cas, il n'est pas douteux que les ébranlements de moyenne périodicité trouveront eux aussi leurs obstacles propres dans certaines affections. Mais la surdité n'est pas totale et je ne l'ai jamais observée dans ces conditions du cours d'affections nettes de l'appareil de transmission.

2'io l'audition

Il ne faut pas confondre la surdité pour certains sons avec la surdité subite et générale qui apparaît à l'occasion de certains sons.

Certains sons trouvent dans les cavités du conduit ou peut-être même de la caisse les qualités de résonance qui leur permettent d'animer ces cavités de vibrations fortes, de trépidation. Chez certains sujets, cette trépidation interne des milieux aériens de l'oreille provoque des spasmes des muscles frénateurs tympaniques et la crampe de ces muscles suspend momentanément l'audition, comme pour le réflexe d'interception.

J'ai observé un cas curieux de tympanospasme qui se produisait dans des conditions bien définies et toujours les mêmes. Il s'agissait d'une jeune fllle qui débutait dans l'étude du chant, et qui éprouvait chaque fois que les exercices amenaient l'ut et le ré, au-dessus de son médium, un léger choc dans l'oreille droite avec opacité auditive subite et sensation de plénitude labyrinthique ; de plus, elle restait momentanément incapable d'assurer là justesse de sa voix au niveau et au-dessus de cette intonation.

L'examen montra l'oreille externe et moyenne intacte et l'auscultation indiqua l'intégrité de la manœuvre tubo-tympanipue, ainsi que l'absence d'autophonie. Néanmoins, il est hors de doute que ces symptômes sont dus à une crampe du tenseur tympanique ou frénateur externe, et il semble aussi que la seule cause de sa crispation soit la résonance propre des cavités de l'oreille, éveillée par influence, à l'occasion de la production de ces notes dans la cavité du pharynx nasal, ou dans les cavités auricu-

laires, bien qu'il n'y ait pas de béance tubaire pendant l'émission de ces. mêmes notes et qu'il ne se produise pas d'autophonie.

II s'agit d'une susceptibilité particulière du frénateur externe, susceptibilité pathologique ; car la résonance tympanique se produit toujours pour une certaine note, variable selon les individus.

On sait qu'il est malheureusement habituel, dans l'enseignement du chant, de faire prendre les notes élevées de la voix dans l'arrière-nez et de hii assurer ainsi un timbre factice qui sans embellir la voix rend l'omission plus commode et plus étendue. De plus, cette intonation aiguë s'accompagne de l'élévation de l'appareil hyoïdien et d'une tension spéciale du voile palatin qui met en jeu précisément ceux des péristaphylins qui sont anatomiquement, embryogéniquement et physiologiqucment associés au tenseur du tympan, rendu indirectement plus susceptible de contraction provoquée. C'est à cette relation organique et fonctionnelle que beaucoup de chanteuses entraînées à « truquer » de cette façon doivent de chanter généralement faux dans tout ce passage de la voix, parce que l'audition s'altère par suite du trouble de l'accommodation auriculaire, comme c'était nettement le cas de notre jeune chanteuse, qui, de plus, entendait mal sa voix.

Je trouvai chez elle d'autres crampes symptomatiques légères avec quelques signes d'insuffisance rénale et le tout disparaît rapidement par le régime lacté.

Dans beaucoup de cas la voix est encore nettement perçue alors que la montre, le diapason ou des

Î22Q l\lDïTïON

bruits moins familiers ne le sont plus guère ; la voix, même chucholée, est toujours plus intense que les sons ou bruits que nous employons dans nos examens cliniques.

La surdité absolue, quand elle est apparue subitement, est le plus souvent de nature hystérique ; cVst une véritable ancsth(\*^ie sensorielle qui s'accompagne généralement d'autres anesthésies le plus sonvent unilatérales et d'un grand nombre d'autres symptômes qui permettent d'affinner l'hystérie. C'est sur un cas d'anesthésie de ce genre qu'a été observé pour la première fois, par M. Gellé, le phénomène de transfert.

Il y a d'autres formes de surdité, également centrales, et qui ne sont pas totales et absolues, mais partielles et limitées à certaines modalités psychiques plutôt que sensorielles, telles que la perte de la signification d'une certaine catégorie de mots ou de termes spéciaux, ou simplement de sons de signification musicale. Ces deux formes de surdité psychique partielle sont la surdité verbale et la surdité musicale. Elles seront étudiées dans un autre volume de cette collection.

A côté de CCS surdités centrales formelles il existe certaines formes de surdités tout à fait relatives et en quelque sorte paroxystiques. Ce sont en réalité de petites absences sensorielles, dues à une inattention plus ou moins profonde des centres auditifs chez certains sujets anormaux.

La distraction nous met volontiers dans cet état, mais l'audition se fait néanmoins sans que l'image frappe notre conscience ^ et la fixe.. La distraction

passée, nous retrouvons souvent l'image auditive, qui n'a pas été enregistrée par la mémoire et l'attention, mais ne s'en est pas moins produite.

Chez certains sujets cette distraction est toute pathologique et confine à l'absence des épileptiques. De plus elle est variable et progressive, se produit et s'efface peu à peu sous l'action de sollicitations répétées.

J'ai observé trois fois une surdité* d'une forme telle que je ne l'ai jamais rencontrée ailleurs, et je l'ai trouvée identique dans les trois cas, bien qu'associée à des troubles génitaux de nature différente. La surdité que l'on constate chez certains individus d'habitudes onaniques, ou chez certains dégénérés, s'accompagne d'une obnubilation généralisée, d'ordinaire, à la presque totalité des opérations sensorielles, et d'une dépression intellectuelle et volontaire profonde.

Deux des sujets dont je vais décrire la surdité n'étaient pas onaniques, et le troisième, qui l'était, avait gardé l'humeur et l'intelligence absolument normales.

J'ai été consulté, en 1894, au sujet d'un jeune garçon de treize ans, que ses parents affirmaient atteint, depuis plusieurs années, d'une surdité intermittente, pour laquelle ils lui avaient fait suivre différents traitements. Cet enfant, complètement sourd en apparence tout d'abord, l'était de moins en moins quand on pouvait éveiller son attentivité auditive, en la sollicitant indirectement et en la maintenant sans la laisser s'éteindre.

I. Conamiinication à la Société française d'Otologie. Mai 189G.

2iî4 l'audition

Peu à peu on Tamenait à percevoir les moindres sons et je pus constater alors qu'à l'intégrité organique de l'appareil auriculaire répondait une intégrité fonctionnelle parfaite, satisfaisant pleinement à toutes les épreuves cliniques.

Cette surdité n'avait aucun des caractères des surdités de cause organique et l'on pouvait éliminer toute lésion périphérique. Elle consistait en une véritable absence auditive, mais en une absence graduelle qui n'avait aucunement le caractèi*e de totalité de certaines absences symptomatiqucs. D'ailleurs, une recherche minutieuse ne me montra aucun signe qui pût faire soupçonner ni l'hystérie ni Tépilepsie, et je fus naturellement amené à interroger les parents au point de vue de l'onanisme. Ils étaient parfaitement sûrs de leur enfant, mais j'appris incidemment qu'il avait une cctopie inguinale gauche. Ce fait me frappa sans rien m'apprendre néanmoins et je n'eusse recherché la moindre corrélation physiologique entre les deux affections, si dans la même semaine je n'avais retrouvé une surdité de tous points identique chez une jeune fille de vingt-deux ans, également soignée depuis plusieurs années et sans aucun succès pour les mêmes symptômes. Ici non plus, pas la moindre trace ni le moindre signe de névrosé. J'interrogeai à part sa tante qui l'accompagna, et la scandalisai fort par l'objet de ma curiosité.

A la consultation suivante, je vis venir le père et la mère de la malade, que la nature de ma recherche avait décidés à ne me rien cacher, et qui m'avouèrent qu'ils avaient depuis longtemps l'idée que cette étrange surdité était causée par une effrénée mastur-

LA SENSATION AUDITFVE 225

bation à laquelle leur fille se livrait depuis quelques années, et qu'ils avaient cachée aux médecins, ceuxci n'ayant point pensé à chercher dans ce sens. Chose remarquable, cette jeune fille, très intelligente, l'humeur gaie et le caractère ouvert, ne présentait aucun des signes habituels aux onaniques, sauf un grand affaiblissement de la mémoire et cette surdité faite d'une inattention auditive profonde, ^ mais variable.

Enfin, en 1896, j'eus à soigner un garçonnet de neuf ans pour une surdité identique en sa forme, mais de moindre profondeur. Là non plus je ne trouvai le moindre trouble organique ou fonctionnel périphérique, ni le moindre signe de névrose. Cet enfant était débile, peu développé et de souche tuberculeuse. Avant que j'eusse interrogé la mère sur le sujet qui me préoccupait, elle me pria d'examiner son fils, sur qui je constatai la monorchidie.

Je n'ai revu aucun de ces cas depuis cette époque et n'en ai rencontré aucun autre.

Avec une intégrité organique et fonctionnelle absolue de l'appareil auditif périphérique, ces malades présentaient donc des absences auditives de degrés variables, pouvant aller presque jusqu'à la surdité totale. La surdité était bilatérale et les variations de l'audition étaient parallèles des deux côtés. C'était donc l'audition qui souffrait, mais l'attention auditive seule. L'audition se faisait normalement, mais inconsciemment. Elle restait en quelque sorte comme, un cliché photographique non révélé, mais dont l'impression s'est néanmoins faite. Et c'est grâce à l'intégrité fonctionnelle de l'appareil périphérique

2îî6 l/ArDlTinN

qu'il m'était possible de forcer Tattention des malades, en quelque sorte d'une façon réflexe. •-

Sans doute, dans le cas d'onanisme, il pourrait y avoir épuisement nerveux, mais pourcpioi si strictement localisé? Dans les deux autres cas, il ne s'agit ])as non plus d'arrêt de développement fonctionnel, puisque l'attention fixée, l'audition était parfaite. Il y a certainement, dans ces trois cas, plus que des coïncidences.

Chez certains sourds porteurs d'aflections de l'oreille moyenne, l'insuHisance auditive apparaît brusquement et sans transition à une certaine distance. Le malade, qui n'entendait pas le diapason à un centimètre au delà d'un certain point, l'entend d'une façon normale dès que le diapason a dépassé ce point.

Il ne faut pas croire qu'il existe toujours une transition délicate entre l'audition et la surdité et que le son perçu décroît régulièrement à mesure qu'il s'éloigne de l'oreille. Le plus souvent, au contraire, cette transition manque et l'audition, encore suffisante jusqu'à un certain point, cesse subitement à partir de ce point.

Ce fait que j'ai fréquemment observé et qui me semble être la règle, tandis que la décroissance régulière est l'exception, me semble pouvoir s'expliquer de la façon suivante. Il existe pour chaque oreille certaines conditions d'élasticité et de liberté d'inertie totale de l'appareil de transmission, sans lesquelles la mise en branle de l'appareil oscillant ne peut se réaliser, tant qu'un certain minimum n'est pas atteint. Il se fait une sorte d'absorption des ébranlements dans la masse des diverses parties de l'appareil

de transmission et l'oscillation totale n'est pas réalisée à cause de la gêne apportée à l'inertie de Tappa^ reil. Mais, dès que ce minimum est atteint, l'oscillation totale est possible, et l'ébranlement est transmis avec toute son intensité. Ce phénomène, que constate facilement l'observation clinique, peut encore servir à démontrer ce qui fait la base de ma théorie de l'audition, à savoir que celle-ci est liée non à l'oscillation moléculaire, mais à l'oscillation totale des milieux suspendus de l'oreille.

Dans certains cas de gêne pathologique apportée par la sclérose à l'inertie des parties oscillantes de l'oreille moyenne, l'élasticité des organes de suspension est à ce point diminuée que la mise en oscillation totale n'est plus possible que par l'ébranlement d'une très grande intensité. Le minimum d'intensité nécessaire à la mise en oscillation totale est donc très élevé chez ces malades, mais il peut être extrêmement abaissé quand une trépidation, étrangère à l'ébranlement sonore lui-même, agite les milieux inertes de l'oreille, éveille la contraction des muscles tympanicpies et donne à tout l'appareil une remarquable susceptibilité de transmission.

Certaines personnes affectées d'une surdité très prononcée dans un milieu calme pourront, dans des milieux animés de trépidation forte, entendre parfaitement des sons d'une très faible intensité. C'est ce phénomène qu'on a appelé paracousie de Willis. Telle personne qui pourra à peine entendre des mots prononcés avec force à son oreille pourra parfaitemont suivre une conversation à voix basse dans le vacarme d'une voiture ou d'un train on marche,

2a8 t/auditio?ï

pour redevenir aussi complètement sourde qu'auparavant quand la voiture s'arrête ou lorsqu'elle aura mis pied à terre.

11 est même remarquable que beaucoup de ces personnes, qui entendent mieux dans la trépidation que dans le calme, ne sont aucunement assourdies par le tapage qui les entoure et peuvent, dans ces mêmes conditions, entendre infiniment mieux que les sujets normaux.

Il est bien évident que la paracousie de Willis implique l'intégrité relative de l'appareil de perception et même un certain degré d'irritabilité papillaire ; en revanche elle apparaît à l'occasion de troubles très variés de l'appareil de transmission : sclérose ou gêne quelconque apportée à l'inertie des milieux oscillants.

Beaucoup de conditions augmentent la moyenne physiologique de la capacité auditive et produisent rhyperacousie.

Elle peut se produire par l'exaltation nerveuse elle-même, dans le cas de beaucoup de dégénérés et de neurasthéniques et on trouve alors parfois une exaltation auditive résultant de la combinaison d'une grande instabilité nerveuse centrale et périphérique avec une transmission défectueuse et des lésions formelles de l'oreille moyenne. Dans le cas de paralysie du nerf facial, cette hyperacousie se complique souvent d'ouïe douloureuse, le frénateur interne ne pouvant plus proléger le labyrinthe.

Ces excitations profondes de l'appareil auditif peuvent se produire sur les milieux psychiques et affecter certaines modalités de ce fonctionnement cen-

tral. C'est un trouble qu'on peut opposer à la surdité verbale, a la surdité psychique ; il consiste en une exaltation extrême de l'interprétation de certaines images sensorielles.

Ces malades sont affectés d'une lucidité exagérée dans la compréhension des moindres éléments qui constituent l'image auditive et d'une remarquable facilité dans le jeu des analogies tant sensorielles^ que psychiques. Cette qualité peut prendre d'énormes proportions et aboutir à des perversions psycho-sensorielles, telles que l'audition colorée ou la tendance qu'ont certains esprits trop exclusivement préoccupés de raffinements et de préciosités dans la recherche de l'expression, à accorder aux formes littéraires plastiques, aux assonances et aux allitérations des significations outrées presque musicales et presque magiques. « Ce qu'on appelle actuellement la musique du langage, écrivais-je dans mon livre sur V oreille (vol. IV Symptomatologié) la physionomie des mots et la déplorable influence du symbolisme irraisonné sur la langue poétique de notre temps ne repose en réalité que sur cette faculté de transposition intersensorielle dont les effets, en matière artistique, ont été et seront toujours déplorables. Rien n'est plus malheureux, en art, que d'accorder à certaines formes artistiques correspondant à une modalité sensorielle définie,, certaines significations qui appartiennent exclusivement à d'autres formes artistiques, exploitant d'autres régions du inonde des sensations. Wagner a le premier bien montré que le maximum de puissance dans là manifestation des phénomènes subjectifs était réalisé par le concours de

Q^n î/ AUDITION

plusieurs formes artistiques exprimant chacune la modalité sensorielle qui lui est propre, et il s'était (Favance élevé contre la tendance insupportable qu'aflichont les artistes particularistes à faire exprimer à une forme spéciale d'art l'universalité des phénomènes sensoriels et psychiques. »

Ce qu'on appelle le don, au point de vue de la production artistique, est cette facilité d'interprétation et d'exploitation des images sensorielles, naturelle à certains individus et susceptible Jôtre développée et aiguisée par l'exercice.

C'est évidemment dans la pratique du maniement des images auditives et par suite vocales et phonétiques qu'il faut chercher la raison déterminante des aptitudes et des vocations tant oratoires 'que musicales.

L'excès de cette facilité d'évocation et d'interprétation des images auditives provoque pathologiquement chez certains individus des interprétations délirantes. Soit incohérents, soit systématiques, les hallucinations auditives sont les plus fréquentes de toutes les hallucinations et leur étude est présentée dans im autre volume de cette collection.

Une autre forme d'irritation auditive extrêmement banale est le bourdonnement qui peut affecter les formes les plus variées. Grondement, bruissement, sifllement, jet de vapeur, bouillonnement, avec toutes les intensités et toutes les acuités, autcint de formes de l'irritation auditive, obsédantes et plus pénibles que la surdité elle-même. Le bourdonnement peut être continu ou pulsalile et correspondant aux battements du pouls. Quelquefois ses battements n'ont pas un

pythme régulier et correspondent alors à de petits spasmes musculaires de l'appareil frénateur de la caisse tympanique.

La justesse auditive est avant tout native et précoce; elle peut se développer par l'éducation, et d'ailleurs aussi se perdre par l'abus des instruments à sons fixes et à tempérament égal, comme le piano.

Le rôle que joue l'éducation est bien secondaire, mais cependant très appréciable ; on peut arriver à compenser une insuffisance auditive au point de vue de la justesse, mais cette compensation est factice. On peut coFriger un défaut de vision et d'audition, mais on ne peut voir autrement qu'on ne voit, ni entendre autrement qu'on entend. -On sait que telle note est entendue trop bas ou trop haut, et le chanteur prévenu corrige son défaut, mais d'une façon artificielle. La fausseté du chant est avant tout causée par la fausseté de Touïe et l'on chante faux parce qu'on entend faux.

Il est des personnes qui entendent trop haut ou trop bas d'une oreille ou des deux, mais Terreur porte sur toute l'échelle tonale. Quand le trouble est unilatéral, il leur arrive, quand elles chantent au piano, par exemple, de chanter juste ou faux selon qu'elles tournent la bonne ou la mauvaise oreille vers l'accompagnateur.

Dans certains autres cas, l'erreur ne porte que sur certaines notes et c'est toujours l'oreille qu'il faut soigner quand on chante faux.

On donne le nom d^échoacousie à un phénomène dWigine centrale par lequel nous entendons deux fois, en écho, en rappel, un son ou une parole. La

532 l'auditioti

perception une fois réalisée sous forme d'image auditive surgit à nouveau avec l'intensité d'un fait d^T mémoire et par un mécanisme sans doute analogue. A peine l'image est-elle enregistrée, calquée par la mémoire sur l'impression vive, qu'elle rebondit de l'empreinte toute récente, et se répète identique h elle-m(\me.

La Diplacoiisie échotique de Kayser est autre chose.

C'est un retard de l'audition d'un côté, un ralentissement de la sensation comme on en observe dans le tabès par exemple, et comme ce retard est unilatéral, le sujet perçoit deux fois successivement la même chose. J'ai observé un cas où un malade, un tabétique, entendait chaque son deux fois, la seconde fois au moins un ton plus bas que la première. Je l'ai moi-même éprouvé à la suite de grandes fatigues et de grands froids, durant mon service militaire. C'est, dans ce cas, la diplacousie dysharmonique de Kayser, et la différence entre les deux auditions peut dépasser la tierce.

Chez les déséquilibrés partiels ou totaux, l'irritation auditive provoque facilement les perversions el les hallucinations, l'hallucination peut être unilatérale; des obsessions sont fréquentes, on peut être hanté par une phrase, une idée musicale, un fragment d'air toujours le même ; il n'est même pas besoin d'être très déséquilibré pour être victime de ces obsessions.

Des irradiations auditives et réflexes, qui se confondent le plus souvent, sont éveillées en nous par la parole ou la musique sous forme de réactions psychiques, d'impressions esthétiques et mentales.

LA SENSATIO:»! AUDITIVE 233

Le besoin* qu'éprouvent certaines personnes de prononcer machinalement les mots qu'elles entendent et de répéter par articulation, et sans phonation, les paroles d'un discours qu'elles écoutent ou d'un air connu, le besoin de parler au diapason des personnes qui nous entourent ; le besoin réel qu'éprouvent à certaines heures de publication des journaux les crieurs sur le trottoir du boulevard de se mettre tous à l'unisson, etc., ces besoins sont des irradiations, et non des réflexes.

Comme réflexes très nets, nous signalerons d'abord le sursaut que provoque un bruit subit et intense ; les réactions épileptiformes associées à des perceptions auditives et à certaines seulement ; les troubles viscéraux y vaso-moteurs, sécréteurs, vertigineux, angoissants, qui accompagnent certains complexes sonores. Qui n'a éprouvé un véritable frisson, avec froid, trouble vertigineux fugace, sudations locales, etc., quand, dans une salle de concert, certaines combinaisons sonores, puissantes ou troublantes, nous dominent subitement? Cet efiet est évidemment proche de l'extase provoqiiée chez les hystériques par certains sons puissants, et chez les reptiles par des sons simples et aigus.

Il est un autre phénomène, qui tient de l'irradiation et du réflexe, fréquemment observé, malheureusement, c'est celui qui pousse certaines organisations par trop primitives à accompagner, au théâtre ou au concert, de la voix tout air dont la mélodie leur plaît ou leur est familière, et à en suivre la cadence avec le pied ou la canne.

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