CHAPITRE VI
PROGRESSIVE PAR L'ÉPREUVE PARACOUSiaUE<
Lo principal obstacle à la guérison de la surdité progressive est, non seulement le retard que met ordinairement le malade à faire soigner une surdité déjà manifeste, mais aussi le temps souvent considérable qui s'est écoulé entre le début réel de cette surdité et le moment où elle aura été constatée par le sujet ou par son entourage. Quelle que soit la nature de l'affection auriculaire, et quelle que soit aussi la thérapeutique adoptée, il est certain que la surdité est presque toujours soignée trop tard et que les chances de succès seront en raison directe de la précocité de l'intervention.
Cette condition de précocité, qui domine la thérapeutique, s'impose d'autant plus au diagnostic ; et tous les médecins s'accorderont à reconnaître qu'il importera au plus haut* point de dépister la surditç dès son apparition et, le plus souvent, s'il est pos-
I . Ce chapitre a été publié dans la Presse médicale, 9 juin 1900 ; il développe ma note antérieure à rAcadémie de médecine.
sible, avant même que le sujet s'en doute. Il y a, eu effet, tout avantage à rendre manifeste, jusqu'à la menace de surdité, toujours suspendue sur les enfants de sourds, sur les enfants inattentifs ou sujets aux inflammations chroniques de la gorge et du nez.
Pouvons-nous, par un procédé simple et en même temps explicite dans sa signification clinique, déceler la surdité à l'état naissant ou, mieux encore, à l'état de menace?
Quand la surdité progressive est encore trop faible pour s'imposer à l'attention du sujet ou de son entourage, cette attention ne peut être éveillée que par les autres symptômes auriculaires, tels que : douleur, bourdonnements, oppression labyrinthique, vertige, etc. Mais tous ces signes, quand ils apparaissent, sont presque toujours postérieurs à l'apparition de la surdité et ils peuvent même manquer dans toute la durée de l'évolution d'une maladie de l'oreille. Il n'y a donc pas lieu d'attendre leur apparition.
La recherche directe et a priori de l'insuffisance auditive par les procédés connus, — c'est-à-dire l'examen par la montre, par les diapasons, par les acoumètres et par les procédés acoumétriques, — pourra, je le suppose, nous montrer une audition un peu inférieure à la normale. Qui nous dit que cette insuffisance auditive minime est le début d'une surdité progressive ?
Elle peut être due à une infériorité constitutionnelle sans aucun caractère pathologique et sans menace de progressivité. Ce qu'il nous faut discerner, c'est précisément l'existence d'une lésion entraînant lé pronostic de surdité.
Les diverses épreuves cliniques en usage ne pourront faire le diagnostic de lésion qu'en s'adressant à un pliénoinène pathologique qu'on appelle la paracousie ; mais la façon dont on procède en général à CCS épreuves comporte une grande cause d'erreur sur laquelle je dois m'expliquer.
Et qu'est-ce d'abord que la paracousie ?
Je rappellerai qu'il faut entendre par le mot paracousie une forme d'audition toute pathologique et de plus paradoxale, en ce sens qu'elle se développe et se manifeste dans des conditions où l'audition normale est au contraire amoindrie. On peut même admettre que, dans une certaine mesure, l'audition normale et la paracousie varient en sens inverse et que ce qui fait l'une défait l'autre.
Comparons donc l'oreille normale à l'oreille paracousique.
A l'état normal, l'oreille est exclusivement adaptée à la perception des ébranlements du milieu fluide extérieur et soustraite, au contraire, autant que possible, à l'action des ébranlements transmis par les milieux organiques plus ou moins denses qui l'entourent. Si je place le pied d'un gros diapason grave, préalablement mis en vibration, sur le crâne, au voisinage de l'oreille, ou sur les segments osseux adjacents, le sujet sain l'entend plus ou moins fortement • et toujours moins fort que si le diapason vibre librement à l'air auprès du méat auditif. Mais si j'applique le même diapason, vibrant avec la même force, sur la clavicule, le coude, le genou, la crête du tibia ou la cheville, le sujet dont l'oreille est saine percevra sans doute la trépidation au point de contact et dans
les jointures voisines, mais il n'y aura plus d'audition. Le sujet sentira, mais n'entendra pas. En général, le sujet normal n'entend plus le diapason quand celui-ci est placé au delà du cou ; car l'oreille normale est littéralement faite pour entendre au dehors, mais pas au dedans.
Dans l'oreille paracousique, et c'est le cas dans l'immense généralité des aflections de l'oreille prises en bloc, cette formule se retourne, l'oreille entend plus en dedans qu'au dehors ; l'audition aérienne diminue tandis que s'exalte l'audition par contact, et cela quel que soit le point du corps où s'eflectue le contact. J'ouvre ici une parenthèse. Dans une communication à la Société de biologie, le 23 juillet 1898, M. Max Egger, ayant observé cette audition au contact, chez im certain nombre de sourds du service de M. Dejerine, à la Salpêtrière, en a conclu à^la perception de V excitant sonore par les nerfs de la sensibilité générale, attribuant aux cavités osseuses (lesquelles sont, cependant, remplies de moelle) la propriété de créer des milieux de résonance pour les sons transmis par le contact. Je montrai dans la séance suivante, le 3o juillet, qu'il n'y avait là que des faits bien connus de paracousie et, dans une intéressante étude sur ce sujet, publiée par M. Ugo Martini dans les Archives italiennes d'otologie, le i5 septembre 1899, ^-o^t^s les conclusions de M . Egger ont été cliniquement et expérimentalement réfutées*. Je reprends donc.
1. Ugo Martini. — « La transniission des sons par la voie de la sensibilité générale » Arch, ital.di otologia, 189^, 1 5 septembre.
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GVsl celle exagéralion de Taudition par contact qui est la paracousie proprement dite. L'oreille plus ou moins fermée aux ébranlements du dehors devient un véritable appareil micracousique pour les sons — surtout les graves — transmis par rintermédiairc du corps. Sans vouloir discuter ici la théorie de la transmission du son par l'appareil des milieux oscillants de Toreille, je rappellerai que j'ai montré à plusieurs reprises que la transmission moléculaire ne jouait aucun rôle direct dans l'audition et que celle-ci n'exigeait que la mise en oscillation molaire, totale de ces milieux inertes et suspendus * de l'oreille.
Les choses se passent au niveau de ce milieu de transmission sonore comme si tout obstacle à l'expansion oscillatoire en dehors renforçait les effets de l'expansion en dedans et, par conséquent, la sollicitation des papilles labyrinthiques. Dans l'oreille normale, les milieux de transmission jouissent d'une remarquable inertie et obéissent aux plus légères sollicitations du milieu aérien. Mais quand, par suite d'une lésion, il s'exerce' une action frénatrice sur un point quelconque de la chaîne de transmission, les ébranlements du dehors passent naturellement moins bien. Au contraire, les ébranlements communiqués par la transmission intra-organique, lesquels pouvaient s'épandre aussi bien au dehors qu'au dedans et n'intéresser que peu l'oreille profonde, exercent maintenant toute leur sollicitation entre le niveau de la lésion, formant point d'appui à leur expansion oscilla-
I. P. Bo^^IKK. — (c L'oreille », vol. Il et III. GoUeclion Léauté, et notes à la Soc. de biologie, 1898, a a octobre.
toire, et la partie profonde de l'oreille , Celle-ci reçoit donc toute l'action expansive, par une sorte de balistique facile à se représenter par une image. Supposons que l'expansion oscillatoire puisse se comparer à l'expansion de gaz sous pression. Il est évident que toute déflagration, dans un conduit ouvert à ses deux extrémités, exercera ses ejffets dans les deux sens. Mais si l'une des extrémités est fermée, comme dans le canon, toute l'expansion se fera sentir sur l'autrç extrémité ou, du moins, c'est de ce côté que s'effectuera le travail utile. De même, quand l'expansion oscillatoire, communiquée à la partie de la chaîne des milieux de transmission comprise entre l'obstacle dû à la lésion et les papilles du fond de l'oreille, peut manifester son action expansive, elle l'exerce utilement sur les papilles, en raison de l'obstacle qui gêne son expansion en dehors. Mais il faut ajouter qu'elle n'exerce ses effets que dans les limites où cette expansion trouvera la voie libre en dedans et, dans le reste de l'appareil oscillant, les facilités d'une sollicitation. Il arrivera que bien des lésions de l'oreille moyenne, tout en créant un obstacle à l'expansion au dehors, empêcheront simultanément l'expansion en dedans de s'exercer. Il n'y aura donc pas de renforcement dans ces cas, qui sont, sans doute, fréquents.
Quoi qu'il en soit, c'est sur cette exaltation de l'audition par contact que reposent les épreuves cliniques les plus usuelles ; celle de Weber, qui compare l'audition par contact pour les deux oreilles, en plaçant la source sonore sur le sommet du crâne ; celle de Rinne, qui compare l'audition par contact mastoïdien à Taudilion aérienne du même côté ; celle Bonmeh. W
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(le Sr:nwAHACH, qui compare l'audition crânienne d'un sujet à Taudition normale, etc. Ces épreuves se bornent à comparer entre elles des formes d'audition sans leur donner de valeur numérative ; ce sont des rapports mal définis entre des valeurs physiologiques également mal définies. J'ai proposé qu'on leur substituât l'appréciation acoumétrique exacte de l'audition aérienne et de l'audition par contact de l'un et de l'autre côté, valeurs dont on pourrait ensuite jouer à volontés C'est également sur cette paracousie que repose l'usage d'instruments nommés assez pitoyablement aadiphones, dentiphones, etc.
L'oreille paracousique devient sensible aux pulsations carotidiennes, aux variations de la pression labyrinthique, auxquelles la diminution d'élasticité des parois non rigides du labyrinthe osseux ne permet plus aux papilles de se soustraire cl qui se manifestent par des bruits de chaudière, de souffle, des bourdonnements et des sifQements. La voix même du sujet lui devient pénible, et il est à remarquer que les sourds parlent en général assez bas, sauf dans la période avancée de leur surdité, où ils ne s'entendent plus eux-mêmes.
A cette forme générale d'exaltation de l'audition par contact, nous donnerons le nom de paracousie de Weber, pour la distinguer d'une autre forme plus particulière, la paracousie de Willis, qui est, au contraire, l'exaltation de l'audition aérienne dans les milieux en trépidation. On connaît ces nombreux
I. P. Bo^MER. — « Les épreuves de Touïe. » Rapport à la Soc. française d'otologie, 1899, mai.
exemples de sourds qui, dans une voiture, entendront mieux que personne tant que la voiture roulera et redeviendront sourds au moindre arrêt. Cette paracousie de Willis, n'apparaissant jamais que chez des sourds confirmés, ne peut nous servir pour un diagnostic anticipé ou simplement précoce. Elle n'entre donc pas dans nôtre sujet, mais ce rôle de la trépidation dans l'une des deux formes de paracousie va nous montrer précisément la nécessité de rechercher l'autre forme de paracousie, autrement qu'on ne le fait dans les épreuves classiques, où l'on se contente de placer le diapason sur le crâne.
En effet, le pied du diapason communique au point du corps sur lequel il est appuyé : d'une part, un ébranlement sonore qui se propage avec la plus grande facilité par tout le corps et, d'autre part, une trépidation qui ne dépasse guère le segment sur lequel repose le diapason et les articulations voisines.
Cette trépidation, quand elle provient d'un contact assez proche pour atteindre l'appareil frénateur des muscles de la caisse du tympan, produit sur cet appareil des effets tout opposés selon qu'il s'agit de paracousie de Willis ou de paracousie de Weber. Dans le premier cas, l'irritation de l'appareil tympanomoteur rend tout l'appareil de transmission auriculaire merveilleusement apte à la conduction sonore. Il semble, et il serait difficile de s'en assurer, que la lésion ait, dans ces cas, neutralisé l'action à la fois frénatrice et accommodatrice des muscles des osselets, lesquels contribuent au maintien des conditions d'oscillation de l'appareil et que ces muscles, tant qu'ils sont réduits à leur simple tonicité, sont devenus
tout à fait inutiles ; mais leur irritation provoquerait une activité plus grande et leur action combinée, soulevant la chaîne et offrant aux ébranlements toute
l'inertie de ce petit appareil oscillant, permettrait, au milieu de la trépidation et du bruit, une audition remarquable, paradoxale en ce sens qu'elle s'exerce dans les conditions qui, précisément, crispent la musculature tympanique et rendent la chaîne des osselets peu apte à la transmission dans une oreille normale. Il m'est arrivé souvent, pour pouvoir interroger utilement un sourd atteint de paracousie de Willis, de lui appliquer sur le crâne un gros diapason vibrant à lente extinction, manœuvre à laquelle il devait de m'entcndre parfaitement et à laquelle je devais, de mon côté, de ne pas avoir à élever la voix. Il y a dans ce procédé simple le principe d'un appareil Irépidateur également simple, que je fais construire en ce moment, et qui pourra rendre des services aux sourds de cette catégorie. Cette condition de la trépidation communiquée exalte l'audition aérienne bien au delà de la normale.
Chez un sujet sain, cette trépidation communiquée à l'oreille, éveille le réflexe frénateur d'interception, de défense, et il est constant que le grand bruit nous fait cligner de l'oreille comme la lumière nous fait cligner des yeux. Le bruit nous assourdit comme la lumière nous aveugle, par réflexe de défense de nos appareils de protection.
Dans la paracousie de Weber, l'action de la trépidation est la même, et l'expérience montre que ce n'est pas seulement l'audition aérienne qui en souffre — ces paracousiques entendent encore moins dans le
bruit, — mais c'est encore l'audition au contact, c'est-à-dire la paracousie elle-même. Les deux formes de paracousie peuvent d'ailleurs coexister. Mais revenons à notre signe.
Il suffit en effet, — c'est là l'épreuve que je recommande, — de placer le diapason sur un point du corps assez éloigné de l'oreille, pour que la trépidation soit absorbée avant d'atteindre celle-ci, et l'on constate que dans beaucoup de cas, malgré la distance, la paracousie est alors plus manifeste. Le signe de Weber, c'est-à-dire la latéralisation paracousique du son dans l'oreille atteinte, on le trouvera souvent mieux en appliquant le diapason sur les deux genoux successivement qu'en le posant sur le vertex * .
Beaucoup de paracousiques présentent ce remarquable paradoxe que j'ai déjà signalé ', à savoir qu'ils entendent, par l'oreille malade, d'autant mieux le diapason, que celui-ci est appliqué sur un point du corps plus éloigné de l'oreille, mais le plus souvent sur le même côté du corps. Sans doute, si on applique le pied du diapason sur une saillie osseuse, et surtout sur celle d'un grand os, la résistance offrira au son du diapason une pénétration plus grande; mais il suffira souvent de l'appliquer sur la rotule, les métacarpiens ou les métatarsiens, les crêtes tibiales, les saillies radiale ou cubitale, pour obtenir, soit la latéralisation paracousique avec la plus grande netteté, soit même la paracousie des deux oreilles. Bien
I. P. BoNMiER. — « Un procédé d'acoumétrie ». Soc. d*otologie de Paris, 1899, mars-avril.
a. P. BoNNiER. — « Sur un caractère paradoxal de la paracousie », Soc. de biologie, 1898, i5 octobre.
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plus l'oreille paracousique acquiert dans nombre de cas une telle acuité microphonique que l'on pourra ne se servir que de la conduction par la peau, conduction d'ailleurs excellente, comme le prouvent l'auscultation et la phonendoscopie de Bianchi, et se contenter d'appliquer le diapason sur les parties molles, en les effleurant à peine, comme sur le mollet, la fesse, la paroi abdominale, le sein même, ou encore la pointe de la langue, pour éveiller la perception sonore dans l'oreille paracousique, au point de permettre au sujet de répéter et de noter le son perçu * .
Cette manière de rechercher la paracousie par application lointaine du diapason, c'est-à-dire en supprimant l'action contrariante de la trépidation et la frénation tympanique, est par cela même souvent plus sensible que les procédés de recherche par application de la source sonore sur le crâne. J'ai d'ailleurs proposé, pour chaque sourd examiné, que l'on relevât sa pointure acoumétrique * c'est-à-dire la valeur de son audition aérienne, de son audition paracousique à la mastoïde, ou paracousie prochaine, et celle de sa paracousie au genou, ou paracousie lointaine, avec le procédé acoumétrique et le diapason étalon que j'ai préconisés.
Ce signe de la paracousie lointaine manque rarement dans les affections chroniques de l'appareil de
I. P. BoNNiKR. — « Sur diverses formes de paracousie », Soc. de biologie, 1898, 3o juillet. •
I. P. BoNNiER. — « Pointure acoumétrique ». Congrès de Londres, 1899, ^^^^ » ^®*^- d'otologie de Paris ; et a Un procédé simple d'acoumotrie », Soc. de biologie, 1899, 18 mars.
transmission de l'oreille ; en revanche, il fait parfois défaut dans les otites moyennes aiguës, sans doute par le mécanisme auquel je fais allusion plus haut. Mais quand un symptôme ne se montre pas alors qu'il y en a beaucoup d'autres très apparents, il ne présente aucun intérêt au point de vue du diagnostic anticipé.
J'insisterai donc sur les deux caractères fondamentaux de ce signe :
1° Ce signe appartient à la pathologie auriculaire, car il est de règle dans l'immense majorité ;
2° Il n'existe pas en dehors des aflections auriculaires, et s'il apparaît avant tout autre symptôme, l'expérience m'a personnellement toujours montré que l'avenir réalisait tôt ou tard la menace qu'il apportait avec lui.
C'est donc un signe spécifique toujours, et souvent un signe précurseur. Il n'implique pas par lui-même le diagnostic de surdité, car il peut apparaître avant elle ; il signifie lésion auriculaire entraînant le pronostic de surdité progressive.
Deux observations ; Ce signe, comme beaucoup d'autres, n'a de signification que quand il est positif. S'il existe, il y a menape de surdité ; s'il n'existe pas on ne peut rien affirmer, car lui aussi peut ne pas apparaître au cours d'une affection auriculaire ; mais il est le plus constant des symptômes, avec la surdité elle-même. Tant qu'il existe, la mcna'fce existe, mais s'il disparaît, la menace est sans doute suspendue et c'est pour cela que le pronostic de surdité n'est pas absolument fatal, bien que la menace persiste par le fait que ce signe a pu se montrer une fois et que l'oreille restera toujours suspecte.
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CVsl à ce titre que l'épreuve paracousique, telle que je viens de la définir, c'est-à-dire la recherche de la paracousie par l'application du diapason sur des points du coq)s éloignés de l'oreille, épreuve simple et sans équivoque, nous permet de reconnaître les germes d'une surdité qui peut ne devenir sensible que beaucoup plus tard, et trop tard. Nous pourrons traiter cette surdité par les moyens appropriés, avant que l'évolution de la lésion elle-même ou la croissance de l'individu aient définitivement fixé le symptôme de la lésion.
Je rapporte ici intégralement la discussion que nous eûmes, M. Egger et moi, à la Société de biologie, à propos de l'orientation auditive; je préfère exposer complètement les termes dans lesquels s'était posée la question, la discuâision clinique et physiologique étant trop étendue et trop complexe pour être
résumée.
DE l'orientation AUDITIVE.
UN CAS DE DESTRUCTION UNILATÉRALE DE l' APPAREIL
VESTIBULAIRE AVEC CONSERVATION DE l' APPAREIL
COCHLÉAIRE
Par Max. Egger, de Soleure (Suisse).
(9 juillet 1898.)
L'hypothèse que les canaux semi-circulaires, disposés suivant les trois dimensions de l'espace, peuvent servir à distinguer la direction du son, a été émise par plusieurs auteurs, entre autres Autenrieth, Preyer, Tomassiewiz, Arnheim, Schajffer, Lussana, Munsterberg, etc. Mais une preuve expérimentale suffisante n'a jamais été donnée. Breuer, qui accorde au système semi-circulaire une seule fonction, celle de la per-
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ception des mouvements translaloires angulaires, objecte à Thypothèse de Preyer que les mouvements angulaires devraient alors produire des sensations sonores. Cette objection ne nous paraît pas fondée.
L'elTet d'une pression et dépression discontinue ne peut pas être comparé à Teffet que produit une ondulation rythmique. Toute différenciation sensitive et sensorielle est basée sur le nombre et la forme des vibrations, et c'est un phénomène connu qu'un appareil nerveux peut transmettre deux qualités sensitives différentes.
Nous avons la bonne fortune de pouvoir communiquer un cas qui, par la dissociation exceptionnellement rare de ses lésions et le concours d'un ensemble de dispositions des mieux réalisées, peut apporter quelque lumière dans cette question si controversée.
Il s'agit d'une malade dont la partie inférieure du bulbe est le siège d'une tumeur ayant détruit des deux côtés les grosses racines descendantes spinales de la V® paire V Nous avons pu suivre, depuis plus d'une année, l'évolution progressive de l'anesthésie. Actuellement, elle forme un casque, couvrant entièrement la tête et descendant des deux côtés jusqu'à une ligne horizontale qui passe par le rebord de la lèvre supérieure. Les deux pavillons des oreilles sont complètement insensibles, de même que les deux conduits auditifs. L'attouchement du tympan est plus douloureux du côté gauche que du côté droit.
I. Voir pour la symptomatologie complète : Contribution à l'étude des paralysies du trijumeau chez l'homme, par Long et Egger, Archives de physiologie ^ 1897, Obs. II.
Le néoplasme bulbaire a envahi partiellement la sphère de la Y III'' paire gauche. Le neuron central du nerf vestibulaire est complètement détruit, tandis que le neuron acoustique du même côté est très peu endommagé. L'examen de la VHP paire a fourni la symptomatologie suivante :
Fonctionnement acoustique : le diapason vertex est latéralisé à gauche. Le Rinne est positif à droite, négatif à gauche. L'épreuve de Schwabach donne une durée de transmission osseuse de beaucoup plus longue pour le mastoïde droit que pour le gauche. Ut i donne h droite 17 secondes de durée, et 5 seulement à gauche. Le langage à voix basse n'est pas compris quoique entendu. La voix moyenne et la voix élevée sont bien comprises. L'oreille droite entend la voix chuchotée à une distance de 5 mètres, la voix forte à une distance de i5 mètres. L'oreille gauche entend la voix chuchotée à o'",6o, la voix forte à 3 mètres. Les consonnes R et S ne sont pas entendues. Râtelier est compris pour atelier, sage pour âge. En résumé, une série de symptômes concordent à affirmer une lésion de l'appareil acoustique interne du côté gauche, lésion qui ne se manifeste extérieurement que par une diminution du champ auriculaire gauche. A une distance de moins de 3 mètres, la malade entend et comprend aussi bien le langage par l'oreille gauche que par la droite. La surdité pour les sons bas dénonce une lacune dans la gamme.
Fonctionnement vestbulaire : toutes les fonctions commandées par l'appareil semi-circulaire gauche, sont complètement abolies. La malade, mise sur Tappareil cenlrifugeur, ne perçoit aucune des rota-
lions se produisant vers le côté gauche, tandis qu'elle différencie bien les translations rotatoires qu'incite le labyrinthe droit.
Les yeux bandés, la malade parcourt un cercle de 3 mètres de rayon et se meut continuellement en manège pour toute tentative de progression en ligne droite. Les mouvements compensateurs des yeux, régis par le labyrinthe gauche, sont totalement abolis. Le côté gauche présente une diminution de la force musculaire.
En face d'une dissociation fonctionnelle si heureuse conservant à la Y IIP paire gauche une perception acoustique plus que suffisante et présentant, de l'autre, une abolition fonctionnelle totale de la branche \estibulaire, il était d'un haut intérêt d'étudier l'orientation auditive.
Nous plaçons la malade, les yeux bandés, sur l'appareil centrifugeur. La face regarde la périphérie du disque. Les oreilles sont bouchées chacune à son tour par de la poudre de talc, remplaçant l'air du conduit externe et maintenu par un bourdonnet de coton glycérine. Comme instrument sonore nous nous servions d'un sifflet ordinaire, du sifflet de Galton et de la voix. L'expérimentateur fait face à la malade et se trouve à une distance de i mètre d'elle. En imprimant à l'appareil des rotations vers la gauche, il fait passer la malade à son insu par les 4 points cardinaux, sans que lui-même, autrement dit sans que la source sonore soit obligée de se déplacer. Une longue série d'expériences nous ont montré d'une manière constante que l'oreille gauche n'était capable de distinguer aucune direction du son.
Àt>PÈNbiCË 2^3
Toutes les directions d'incidence sonore étaient interprétées comme venant par devant. L'oreille droite, par contre, distinguait parfaitement bien les 6 divisions cardinales et il n'y avait confusion que pour les incidences suivant le plan médian ; la plupart du temps, un rayon sonore venant par derrière était interprété comme venant par devant. L'inverse ne s'est jamais produit.
En résumé, l'étude de notre cas impose les conclusions suivantes :
1° L'appareil semi-circulaire joue un rôle capital dans l'orientation auditive. La destruction unilatérale de ses neurones centraux a privé cette oreille de la faculté de s'orienter, malgré l'existence d'un tympan sensible et d'un pavillon anesthésique.
2° Contrairement aux opinions des psychologues ^ qui envisagent l'orientation auditive comme un mécanisme complexe dont la condition préalable serait une orientation subjective, autrement dit la connaissance de la position occupée par notre corps dans l'espace, nous voyons que la perception de la direction du son se fait sans la notion de position, car malgré l'absence de toute perception translatoire ayant lieu vers le coté gauche, l'oreille droite rapporte parfaitement bien les sons à leur source.
L'étude de notre cas nous a montré une seconde fonction de l'appareil semi-circulaire, à savoir l'orientation auditive ; il reste à expliquer le mécanisme.
{Traçail fait dans le service du D^ Dejerine^ professeur agrégé à la Salpétrière,^