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B. — AUMONERIE DE L'ARMÉE D'ITALIE

En 1859, nous eûmes la guerre avec l'Autriche. La Commission reprit ses fonctions à peine interrompues. Mais nos aumôniers avaient acquis droit de cité dans l'armée. Le Ministre de la guerre, sur le préavis du Conseil central, consulté par le Ministre des cultes, décida que les aumôniers protestants jouiraient des mêmes immunités que les aumôniers catholiques quant à la solde et à leur position vis-à-vis des troupes. La Commission était en même temps investie par le Ministre de la guerre d’une autorité semi-officielle.

Les aumôniers de la campagne de Crimée étant tous engagés ailleurs, la Commission s’occupa des offres de services qui lui étaient parvenues de divers côtés. Son choix se fixa sur :

MM. Münrz, président du Consistoire d'Ingwiller. LEQUEUX, pasteur à Fresnoy-le-Grand.

SAHLER, pasteur à Montbéliard.

ORTH, pasteur à Brévilliers.

SCHŒN, pasteur à Walincourt (1).

SCHWALB, pasteur à Schweighausen.

c'est-à-dire un aumônier protestant par corps d'armée.

(1) M. Schœn était pasteur à Walincourt depuis quelques mois seulement quand il fut nommé aumônier militaire, en tout dernier lieu (à cause de sa jeunesse), et en vue du 5* corps d'armée (Lettre de M, Schœn du 17 avril 1880),

Il y avait cinq corps, et, de plus, la Garde Impériale. M. Müntz, qui est mort pendant la campagne, était attaché à la Garde.

Le rapport que la Commission publia en 1861 ne présente pas les mêmes éléments d'intérêt que le précédent, attendu que la guerre s’est accomplie dans d’autres conditions quant à la durée et quant à la rigueur de la saison.

Toutefois, le 24 juin 1859, M. Sahler assistait à la bataille de Solférino. Peu après, il dressa une liste de 425 soldats protestants.

À Brescia, M. Schwalb trouva 32 hôpitaux, la plupart établis dans des églises, et dont quelques-uns contenaient jusqu’à 400 ou 500 blessés.

À Gênes, MM. Orth et Schæœn s’occupérent de 8 hôpitaux très distants l’un de l’autre.

À Milan, MM. Müntz et Lequeux se partagèrent 20 hôpitaux où se trouvaient au moins 10.000 blessés, tant Français que Sardes et Autrichiens.

MM. Orth, Sahler et Lequeux quittèrent l'Italie pour rentrer en France dans le courant du mois de septembre 1859. MM. Schæn et Schwalb restèrent seuls pour l’armée d'occupation, le premier à Gênes, le second à Milan. |

Pendant son séjour à Gênes, en septembre ou octobre, ses occupations lui permettant de s’absenter quelque temps, M. Schœn demanda à l'Administration d’être envoyé dans quelques villes où se trouvaient encore des garnisons ou des blessés, telles que Novare, Alexandrie, Plaisance, Crémone, Pavie, etc. On ne

put le charger de cette tournée officiellement, mais on lui permit de la faire à ses frais, c'est-à-dire aux frais de la Commission mixte. Il trouva, dans ces différentes villes, un assez grand nombre de malades et de blessés protestants qui n'avaient encore vu aucun aumônier de leur culte. L'Eglise de Walincourt réclamant absolument son pasteur pour les fêtes de Noël, il rentra en France vers la fin de décembre (1).

M. Schwalb, qui avait été maintenu le dernier en Italie, et avait su y acquérir l'estime et l’affection de ceux qui l’avaient connu, est mort par accident (noyé dans un ruisseau) dans un village de l’Ardèche, où il s'était arrêté, chez un ami, à son retour de sa mission d’aumônier militaire (2).

Enfin, il nous est doux de rappeler que le doyen d'âge de nos aumôniers, M. le pasteur Sahler, fut nommé chevalier de la Légion d'honneur.

Nous avons dit qu’en Italie, comme en Orient, le corps pastoral reçut la consécration suprème de Pépreuve : M. Müntz tomba au champ d'honneur par suite d’une attaque d’apoplexie. M. Lequeux, qui l’a accompagné au champ du repos, a rendu compte, en termes émus, de l'impression produite par cette mort, dans les lettres publiées par le rapport de la Commission, pages 10 et 11.

La perte de ce digne ministre du Christ, ditle Aecuerl, (x) Lettre de M. le pasteur Schœn, actuellement à Cernay (Alsace), du

17 avril 1880.

(2) Recueil : Session de 1860 du Consistoire Supérieur,

vivement sentie par quiconque, catholique ou protestant, avait pu apprécier, en Italie, sa profonde piété, sa tolérance vraiment chrétienne et son dévoûment sans bornes, a produit dans toute notre Eglise la plus douloureuse impression, M. Müntz n'était pas seulement un pasteur accompli : l'élévation de son esprit et ses vastes connaissances (1) l'avaient placé, depuis longtemps, au nombre des hommes les plus distingués dont s'honorât l'Eglise de la Confession d'Augsbourg (2).

Dans la péninsule italienne, une modeste pyramide noire, surmontée d’une croix blanche, placée sur la tombe, sert à désigner la place où repose la dépouille mortelle de notre frère. On y lit ces paroles : — Adolphe Mintz,aumônier de l'armée d'Italie, mort le 2 août 1859. — CHRIST EST MA VIE ET LA MORT M'EST UN GAIN (3).

Le 20 octobre 1861, l'Eglise Luthérienne inaugurait un petit monument élevé à la mémoire de M. Müntz :

Le succès de nos démarches auprès du Gouvernement à l'effet d'obtenir l'autorisation de placer une plaque commémorative dans l'église mixte (soumise au smultaneum)d'Ingwiller, dit le Æecuerl, a été assez longtemps arrêté par l'opposition de l’évêque de Strasbourg. Mais nous étions certains de la bienveillante impartialité de Son Excellence M. le Ministre des cultes, et, en effet, une décision du 17 avril 1861 a fait droit à nos vœux et à notre demande (4).

(1) M. Müntz avait été professeur d'histoire à Mulhouse, pasteur au Hâvre, etc.

(2) Recueil : Extrait du Rapport présenté au Consistoire Supérieur dans sa session d'octobre 1859 par M. le Président du Directoire sur l’ensemble de l'administration du Directoire depuis sa dernière session.

(3) Ce verset de l'Ecriture-Sainte dit que M. Müntz représentait le culte protestant dans l’armée d'Italie. Néanmoins nous regrettons que l’épitaphe ne l'affirme pas plus clairement.

(4) Recueil Extrait du Rapport présenté au Consistoire Supérieur, session de 1861.

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