‹ L'Aumonerie MilitaireChapitre 10 sur 50 · LD SES · texte numérisé non relu

LD SES

Le lendemain du décès de M. Chardon, au quartier général de l’armée française, devant Sébastopol, on rendit à la terre ce qui lui appartenait au milieu des braves morts sur le champ de bataille. Plusieurs (1) officiers protestants vinrent témoigner, par leur présence, de leurs sentiments affectueux pour leur pasteur et pour l’œuvre qu'il avait accomplie avec amour en Orient.

Quelques jours après (2) un officier de marine écrivait à M. Frossard les lignes suivantes :

ie Une rigoureuse épreuve est venue affliger la mission naissante. Nous avons perdu notre frère Chardon, atteint dans l’accomplissement de son œuvre des symptômes d'une fièvre typhoïde. Le zèle et la prudence qu'il avait déployés depuis son arrivée, promettaient d'heureux fruits pour l'avenir et sa perte est profondément sentie par l'Eglise protestante de Crimée : « Humilions-nous sous la puissante main du Seigneur, » et demandons-lui de faire tourner à notre édification, le sacrifice que sa miséricorde nous impose... M. Rœbhrig a officié sur la tombe et à prononcé quelques mots vivement sentis. Notre frère M..., n’a pu, à son grand regret, assister à la cérémonie. Nul n’a ressenti plus profondément que ce fidèle serviteur de Jésus le coup qui nous frappait.'Il est venu me voir le lendemain, et a consolé mon cœur par la douce piété de son langage. Notre frère et ami Rœhrig est plein de courage et de résolution; il accepte la tâche difficile qui s'ouvre

(1) M. Frossard dit : environ quinze officiers. (Lettres d'Orient, page 237). M. Vallette dit: environ une vingtaine d'officiers. (L'Espérance, n° du 7 juin 1855, page 02.)

(2) M. Frossard dit: deux jours après. (Leftres d'Orient, page 236) et M. Vallette dit que cette lettre a été écrite le 18 mai 1855 (L'Espérance n° du 7 juin 1855, page 92). Or, nous l'avons dit, M. Chardon est mort le 7 mai 1855,

devant lui avec confiance en la bonté divine, et j'ai cette foi que plus ses débuts sont amers, plus, sera douce la récolte...(1)

M. Roser, élève du séminaire de Strasbourg, nommé aide-aumônier par le Directoire de l'Eglise de la Confession d'Augsbourg, et M. Henri Babut, évangéliste à Thiers, nommé au même titre par le Consistoire de l'Eglise Réformée de Paris, arrivèrent à Constantinople le 24 juillet 1855. M. Meinadier put leur serrer la main, puis il partit le même jour pour la Crimée où il allait remplacer M. Chardon. M. Rœhrig eut à peine le temps de l’introduire dans les ambulances : étant atteint de la jaunisse, il dut cesser tout travail presqu'aussitôt après. Grâce à Dieu, 1l put reprendre ses fonctions au moment où 1l était rappelé en France. Son successeur, M. Maximilien Reichard, nommé par le Directoire, . était arrivé. Ses effets étaient déjà transportés à bord, lorsque, le 8 septembre 1855, la reprise du feu le décida à rester à son poste.

L'assaut général de Sébastopol était ordonné.

La prise de cette ville a été le point culminant de l'expédition d'Orient. Déjà, aumoisdejuillet, M. Rœhrig avait adressé à M. Vallette les lignes suivantes :

Je voudrais que vous fussiez iciau moins une heure ou deux pendant les terribles nuits où les blessés sont entassés autour de la baraque des médecins et que vous pussiez voir le bien que fait à ces frères la présence des ministres de la religion (2).

(1) Lettres d'Orient, pages 237 et 238.

L'Espérance, n° du 7 juin 1855, page 92.

(2) L'Espérance, n° du 19 juillet 1855, page 119.

M. Meinadier a retracé dans le journal l’Zspérance et dans le Compte-rendu de la C ommission niixte les impressions que lui a laissées cette terrible journée

du 9 septembre 1855 :

J'accompagne, dit-il, à son régiment, un malheureux qui ne pouvait s’y traîner lui-même, et qu’il était impossible aussi de conserver à l’ambulance. À mon retour, je trouve les salles des ambulances déjà encombrées. Quelles scènes ! quel spectacle navrant que celui de toutes ces terribles blessures et de tout ce sang coulant à flots!

Je me croyais suffisamment aguerri par mes épreuves antérieures contre l'impression de scènes de cette nature ; mais, en vérité, rien ne pouvait me donner une idée des émotions douloureuses réservées à notre ministère dans de telles circonstances.

Comment exercer alors ce ministère de paix et de consolation dont nous sommes chargés auprès de nos frères malheureux ?.. Tout ce que l’on peut faire, c’est d'adresser quelques mots de consolation et d'espérance chrétienne à ceux dont la position paraît le plus intéressante, de tourner leurs regards vers l’innocente victime navrée pour nos forfaits et froissée pour nos iniquités. Et c’est aussi ce que j'ai cherché à mettre en pratique en allant de l’un à l’autre pour soutenir leur courage, pour leur inspirer un peu de patience et de résignation, pour leur procurer, le plus tôt possible, les ressources de l’art humain, pour les entretenir, quand je trouvais quelque accès, des espérances du salut et de l’immortalité... (r).

Il nous était réservé d’assister, trente ans plus tard, à plusieurs scènes de cette nature que nous avons

(1) Compte-rendu de la Commission mixte, 1888, pages 15 et 16. L'Espérance, n° du 1% novembre 1855, pages 182 et 183.

essayé de décrire ailleurs (1). Nous ne pensons jamais sans frémir aux épreuves de ces tristes Jours. Mais il nous est doux de savoir du moins que, dans ces moments-là, nous avons pu faire quelque bien. Nos maîtres, devant Sébastopol, s'étaient livrés complètement et sans réserve à l’accomplissement de leur devoir. L'histoire a dit que ce ne fut pas sans succès.

Les travaux de tranchées ayant cessé, le service de nos frères auprès des malades devint plus facile. Le nombre des blessés allait en diminuant. Le 5 septembre 1855, M. Rœhrig put définitivement partir pour rentrer en Europe. Juste deux mois plus tard, le s novembre, M. Meinadier fut également rappelé en France par décision du Consistoire de Saint-Jean-du-

Gard.

Heureusement il était déjà pourvu aux besoins de l’œuvre par l’arrivée de M. Henri Babut, qui avait débarqué en Crimée le 1‘’novembre. Conjointement avec M. Reichard, son devancier, ce jeune frère passa au milieu de l’armée l’hiver de 1855 à 1850. Un même toit les abritait ; ils partageaient une maisonnette construite par leurs soldats-ordonnances. Une œuvre commune et une même foi faisaient d'eux des frères, et bientôt ces jeunes serviteurs de Christ, qui se complétaient mutuellement par leurs qualités et par leur caractère, s’unirent d'une intime affection,

Le culte régulier, les visites de malades, les entretiens sérieux avec les soldats valides, se continuèrent en commun, et le ministère des deux amis fut en bénédiction à ceux qui les

(1) Tuyen-Quan pendant le siège, Brochure, Paris 1885, (épuisé), A travers le Tonkin pendant la guerre, (inédit).

entendaient. Mais Dieu avait décidé, dans sa mystérieuse sagesse, que ces liens si doux de fraternité et d’activité chrétiennes ne devaient pas durer longtemps ici-bas. Nos douloureuses épreuves allaient se renouveler. Reichaïrd, atteint d’une maladie menaçante, fut envoyé à Constantinople par l’ordre exprès du médecin, et à peine était-il parti que Henri Babut tombait aussi malade de la fièvre typhoïde. Tandis que d’un lit de douleur et de mort, son oncle, Adolphe Monod, lui écrivait encore quelques paroles d'encouragement et de vie, Babut, âgé de 26 ans, rendait son âme au Seigneur sur la terre étrangère, le 23 mars 1856, jour de Pâques, jour de résurrection, à huit heures et demie du soir. [Il précédait ainsi de deux semaines son oncle au séjour éternel (1).

Pendant tout le temps qu’a duré sa maladie, dit un témoin oculaire, et jusqu’au jour où il a plu au Seigneur de lui faire traverser la vallée de l’ombre de la mort, il n'a cessé un seul instant d’édifier ceux qui l’entouraient, par sa patience, sa résignation et son entière confiance dans les promesses du Seigneur... Il s’est endormi dans les bras de son Sauveur et soutenu par un de nos amis (Marchal) (2).

Voici en quels termes M. Max. Reichard raconte la mort de son ami et collègue, M. Henri Babut, dans une étude sur Adolphe Monod, insérée dans la exe Christoterpe de 1881 (3) :

…. Mais à peine avais-je échappé au plus extrême péril que mon cher collègue Babut, qui m'avait soigné avec le plus grand dévoûment, était plus violemment encore attaqué du

(1) Compte-rendu de la Commission mixte, 1858, pages 17 et 18. -

(2) L'Espérance, n° du 18 avril 1856, page 125. Lettre du sergent Coutelier à M. le pasteur Porchat. — Voir sur le même sujet, dans le même numéro de l’Espérance, l'article de M. Grandpierre, la lettre du fourrier Marchal à M. Vallette et celle de M. Reichard à M. le pasteur Jean Monod.

(3) Neùe Christoterpe, recueil publié annuellement en Allemagne.

typhus. Sa maladie dura à peine huit jours ; la marche en fut si rapide que le collègue parti de Constantinople pour Sébastopol à la première nouvelle de la maladie, ne le trouva plus vivant, Un de ses derniers soupirs fut une prière pour son cher oncle, Adolphe Monod, qui, de son côté, sans avoirrien appris de la maladie de son neveu, se sentit tout particulièrement poussé, pendant ces jours, à intercéder pour lui. Le vigoureux Jeune homme précéda dans l'éternité l'oncle malade dont, depuis longtemps, les jours étaient comptés. Le jour de Pâques (23 mars 1856), l’aumônier s’endormit de son dernier sommeil dans la péninsule russe ; quinze jours plus tard (6 avril), un dimanche aussi, de nombreux membres de la famille Monod entouraient le lit de mort du prédicateur dont la bouche éloquente ne devait plus publier ici-bas les merveilles de la foi chrétienne. C’est le Jour de l’ensevelissement d'Adolphe Monod, que sa sœur, M'"° Babut, la mère de mon ami, apprit par nos lettres le nouveau et douloureux sacrifice auquel Dieu l'appelait. Et pourtant (touchant témoignage de la miséricorde divine!) s’il ne fut donné à aucun pasteur, à aucun parent, à aucun ancien ami d'assister Henri Babut à ses derniers moments, Dieu lui avait préparé deux fidèles gardes-malades. C'étaient deux jeunes sous-officiers, Coutelier et Marchal, anciens catholiques, qui devaient leur conversion, l'un d’une manière indirecte, l’autre plus directement, à Adolphe Monod. Marchal se trouvant un jour à Blois, et fort indifférent aux intérêts de son âme, rencontra, près d’une porte de la ville, un étranger qui lui demanda le chemin du cimetière: c'était Adolphe Monod, qui avait prêché la veille à Blois. Un entretien s'engagea qui toucha bientôt la question du salut ; en prenant congé du jeune soldat, le pasteur lui donna un Nouveau-Testament. Cet entretien fut le point de départ de la conversion de Marchal. Coutelier et lui étaient en Crimée non-seulement nos auditeurs les plus assidus, mais de vrais auxiliaires dans notre œuvre d'évangélisation. Quand je tombai malade, ils me prodiguèrent leurs soins autant que leursdevoirs

militaires le leur permettaient ; après mon départ, ils restèrent auprès de Babut jusqu’à son dernier souffle, lui donnèrent le baiser d'adieu, et prirent avec un soin pieux tous les arrangements nécessaires à son convoi funèbre, qui fut présidé par un pasteur anglais (1). Les lettres qu’ils m'écrivirent après la mort de Babut sont parmi les plus beaux témoignages d’une piété sincère produite par le Saint-Esprit dans le cœur d’humbles enfants du peuple,que j'aie jamais eus sous les yeux... (2)

Nous avions ce document, que le frère du défunt, : M. le pasteur Charles Babut, de Nimes, a bien voulu traduire de l'allemand pour nous, quand nous avons pris connaissance des Souvenirs de Max. Reïichard. A l’occasion de la mort d'Henri Babut, nous voudrions citer tout le chapitre X, intitulé : À Constantinople, qui n’a pas moins de 30 pages. et que nous n'avons pas pu lire sans pleurer. Mais il faut nous borner à quelques courts extraits. Les voici :

Hs Pourtant il n'avait pas perdu connaissance ; vers le soir il se calma et nous (Coutelier et Marchal) pria de le quitter, disant qu’il souhaitait rester seul, et dormir ! Nous fondimes en larmes et nous agenouillâmes auprès de son lit. Alors il se redressa et prononça cette prière :

Seigneur, je suis à tot pour l'éternité ! donne-moi de l'être fidèle jusqu'à la mort. Bénis mon cher oncle Adolphe, qui souffre des maux plus grands que les miens ; bénis ma mère et tous mes parents ; bénis Reichard et sa famille : bénis Marchal et Coutelier. Amen !

Nous quittâmes la chambre, comme il le désirait, mais non la porte. La nuit fut assez calme. Le matin du dimanche de

(1) Le révérend Wright, aumônier en chef de l'armée anglaise, assisté de deux ecclésiastiques (Note de l’Auteur).

(2) Voir aussi: Souvenirs, pages 125-127 (Note de l’Auteur).

Pâques, quand j'entrai chez le malade, il parut à peine me reconnaître et avait la langue embarrassée. Je lui lus quelques

versets de la Bible ; il parut écouter et répondit tout bas : Amen,

Plus tard, me trouvant seul avec lui, je lui demandai à plusieurs reprises s’il m'entendait. Mais il ne me répondit que par des sons indistincts et une sorte de sanglot convulsif, Je le pris dans mes bras, le couvrant de mes larmes et de mes prières. Vers le soir, d’horribles convulsions le prirent, et son agonie commença. Le colonel Hartung vint, accompagné du médecin; mais tout secours demeura vain. Peu d’heures après, notre tant regretté pasteur rendait le dernier soupir.

Quel moment pour nous, et comme nous avons pleuré cette nuit-là (1)!

M. Rœhrich, fils de l’un des pasteurs de Strasbourg (qu'il ne faut pas confondre avec M. Rœbhrig, son devancier), parti de France au mois de septembre et qui était à l'œuvre depuis quelques mois à Constantinople, s’'embarqua pour la Crimée au reçu des nouvelles de la maladie de M. Babut. Mais, devant Sébastopol, il ne trouva de l’ami qu'il cherchait qu'une tombe fraîchement fouillée. Il la trouva à côté de celle de Chardon. Ces deux devanciers, quoique morts, lui parlaient encore. Ils l’introduisaient bien sérieusement, lui à peine débarqué, dans le ministère sacré qu'il allait remplir.

Au commencement d'avril 1856, M. Antonin Bourel, pasteur à Mauvezin (Gers), qui était depuis quelque

(1) Souvenirs : Lettre de Marchal, pages 189 et 190.

temps à Constantinople, se rendit à Sébastopol. {l y fit un court séjour.

En juin 1856, M. Rœhrich, avec la permission de M. le maréchal Pélissier, quitta les restes peu nombreux de l’armée, où son service n'était plus nécessaire, après avoir fait élever un double monument sur les tombes de ses deux collègues défunts.

Ce sont deux pierres en tout semblables, surmontées chaeune d’une croix sculptée, recouvrant toute la longueur de l'espace. On lit sur l’une : « Ci-gît la dépouille mortelle de » Louis-Joseph Chardon, aumônier protestant, mort à l'âge de » 26 ans. — Ÿe suis la résurrection et la vie (Jean XI, 25) ». — Et sur l’autre : « Ci-gît la dépouille mortelle de Henri

» Babut, aumônier protestant, mort à l’âge de 26 ans. — » Christ est ma vie (Philippiens 1, 21) » (1).

Après que la paix fut signée entre la France et la Russie, toutes les douleurs de la guerre de Crimée ne furent point guéries. Une foule de malheureux soldats ayant les pieds et les mains gelés, des scorbutiques, des fiévreux, etc., encombrèrent pendant longtemps encore les hôpitaux de Constantinople. MM. Gerlinger et Roser ne quittèrent jamais cette ville. MM. Frossard, Meinadier, Rœhrich, Reichard et Babut y travaillèrent successivement et furent aidés souvent de MM. Turin,

(1) Compte-rendu de la Commission mixte, 1858, page 21.

M. Max. Reichard raconte le fait un peu différemment : « Une pierre, dit-il, € munie d'une inscription fut posée sur la tombe des deux aumôniers ; celle de # Chardon porte ces mots : Christ est ma vie et la mort m'est un gain; celle de « Babut, la belle parole : Ÿe suis la résurrection et la vie ! — Dimanche de

« Pâques 1856 » (Souvenirs, page 108.)

Costabelle et Lévi. Enfin M. Bourel, envoyé dernier en Orient, au mois de novembre 1855, y resta aussi le plus longtemps, c’est-à-dire jusqu’en octobre 1856 (1).

Ce frère avait été autorisé, par la Commission mixte, à donner la moitié de son temps à l'Eglise Wallonne qui, par l'intermédiaire de M. le comte de Zuylen, envoyé des Pays-Bas, avait cédé le temple hollandais à M. Frossard pour y réorganiser le culte en langue française.

Dieu accorda de grandes bénédictions à nos aumO- niers dans leur délicate et noble mission. Ils prodiguèrent avec amour les consolations et les encouragements de l'Evangile à nos malheureux coreligionnaires sur les champs de bataille et dans les salles d'hôpital. Des témoignages positifs du bien réalisé leur ont été donnés à plusieurs reprises soit par les autorités, soit par les simples soldats (2).

M. Rœhrig écrivait aussi à ce sujet :

Nous faisons au milieu des soldats des expériences consolantes. Presque tous manifestent une vive joie en nous voyant arriver. Ils écoutent nos exhortations ; ils nous ouvrent leur cœur ; quelques-uns sont émus jusqu'aux larmes et prennent une part active aux prières que nous faisons à leur chevet. Nous leur distribuons des Nouveaux-Testaments et quand nous revenons auprès d'eux, nous trouvons qu’ils ne les ont

pas laissés fermés (3).

(1) Compte-rendu de la Commission mixle, 1858, page 22. L'Espérance, n°9 du 25 juillet 1856, page 237.

(2) Lettre de M. le pasteur Meinadier, 11 décembre 1888. (3) Recueil : Extrait des lettres de M. Ræhrig, février 1855,

38 ns Et plus loin :

Nous avons trouvé de belles âmes qui songent avec une résignation admirable à l'avenir qui leur est réservé (1).

Voici, groupés, les noms des aumôniers protestants français qui ont pris part à l'expédition d'Orient (2) :

De l'Eglise Réformée : De l'Eglise Luthérienne : MM. MM.

Emilien FROSSARD. Alexandre R&HRIG.

Louis-Joseph CHarnon. | Maximilien REICHARD. Henri MEINADIER. | G. ROSER.

Henri BABUT. GERLINGER (3).

Antonin BOUREL. Gustave RŒHRICH.

Ces vénérés frères ont accompli là-bas, surtout à la prise de Sébastopol, une œuvre utile et appréciée par les militaires protestants. |

Le service de nos aumôniers, dit le Æecuerl, soumis à une organisation régulière, s'exerce d’une manitre aussi complète et aussi suivie que le permettent les circonstances. Ils ont su se distinguer à côté de notre admirable armée. M. le Maréchal commandant en chef lui-même, dans une lettre qu'il m'a fait l'honneur de m écrire, «rend hommage au zèle, au dévoñment, à l'abnégation avec lesquels ils apportent à leurs coreligionnaires les secours de la religion dans les circonstances les plus dificiles » (4).

(1) Recueil : Extrait des lettres de M. Ræhrig, avril 1855.

(2) Recueil : Discours de M. le Président, 1855.

(3 Le nom de M. Gerlinger ne figure pas dans la liste publiée par M. Frossard, Lettres d'Orient, page 264, note.

(4) Recueil : Discours de M. le Président, 1855.

Quand leur ouvrage fut terminé en Orient, nos aumôniers, à tour de rôle, retournèrent en France, où les attendaient des parents et des amis anxieux de les revoir et des Eglises jalouses de les posséder.

Îls sont revenus joyeux de la mission qu'ils ont accomplie, dit encore le Aecuer], quelque triste qu'ait été souvent leur ministère, au milieu des camps, des ambulances et des hôpitaux. Elie assure à leur cœur une satisfaction qui les suivra jusqu'à leurs derniers jours. Cette mission a élevé leur âme et les a préparés avec efficacité aux fonctions tranquilles, mais tout aussi importantes qu’ils auront à remplir désormais. Le Gouvernement a fait décerner la médaille instituée par la Reine d'Angleterre à deux d'entr’eux qui, ayant fonctionné en Crimée avant la prise de Sébastopol, remplissaient ainsi la condition mise à cette décoration (1).

Honneur aux familles qui ont su élever ainsi leurs enfants dans les nobles sentiments des devoirs envers Dieu et envers la patrie! Honneur aux Eglises qui ont su s'imposer des sacrifices pour l’évangélisation de leurs enfants en danger hors de la France ! Honneur surtout aux deux victimes de l'un de nos devoirs les plus sacrés qui ont su faire, volontairement, le sacrifice de leur bien-être et de leur vie pour défendre courageusement la cause de Jésus sur la terre d’exil! Leurs corps reposent loin des sépulcres de leurs aïeux, mais leurs âmes brillent à la droite du Père Céleste « comme la « splendeur de l'étendue, et comme les étoiles, à tou- « jours et à perpétuité » (2).

(1) Recueil : Discours de M. le Président, 1856, (2) Daniel xu, 3,

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