‹ L'Aumonerie MilitaireChapitre 16 sur 50 · OL · texte numérisé non relu

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pathie la plus cordiale est accordée à la Société internationale de secours qui a vu, hélas! en quelques heures, sa mission grandir au-delà de toute prévision.

M. de Pressensé ne s’est pas contenté d’écrire pour encourager les autres à agir : il a lui-même agi; et quelle action bénie! il a payé de sa personne et de sa bourse, pendant la campagne des Ardennes et au siège de Paris, avec un patriotisme, avec un dévoûment, avec une charité que nous sommes incapable d’apprécier. Le Gouvernement a su le reconnaître en lui conférant le grade de chevalier de la Légion d’honneur. Nul mieux que lui n'a mérité de porter l'étoile des braves.

Lettre de M. le professeur Wabnitz :

* Montauban, le 26 janvier 1800.

.….… Dès les débuts de la guerre franco-allemande, au mois d'août 1870, et en réponse à ma demande adressée à la Commission mixte de Paris, j'ai été dirigé par le Ministre de la guerre comme aumônier du 8° corps d'armée que je devais rejoindre dans le plus bref délai. Ma nomination parue dans le Moniteur ainsi que ma Commission, portaient la désignation spéciale d'’aumônier de la Garde Impériale. Des circonstances indépendantes de ma volonté m'empêchèrent de quitter immédiatement l'Eglise que je servais à cette époque dans le Midi, et peu de jours après, lorsque j'aurais pu partir, le corps d’armée que je devais rejoindre, était déjà bloqué à Metz par l'armée ennemie. Un mois plus tard, j'offrais de nouveau mes services au Ministère de la guerre du gouvernement de la Défense nationale, ministère alors établi à Tours ; mais plusieurs aumôniers militaires protestants étant devenus disponibles, à la suite du désastre de Sedan, mes offres ne purent pas être utilisées,

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Je m'adressai alors à la Société internationale des Ambulances et je fus appelé, fin septembre, comme aumônier de la quatrième ambulance, en ce moment privée d'un aumônier protestant par suite du départ de M. de Pressensé qui,'auparavant, y avait rempli ces fonctions.

Je rejoignis cette ambulance au commencement d'octobre, au camp de Salbris, au sud d'Orléans.

La 4% ambulance était dirigée par le docteur Pamard, d'Avignon, et comprenait un nombreux personnel et deux aumôniers catholiques avec lesquels j'ai pu entretenir les meilleurs rapports.

Après un court séjour à Salbris, notre ambulance suivit l'armée de la Loire, et le 15" corps, auquelelle était attachée, dans son mouvement effectif sur Orléans, occupé par les Allemands, en passant par Blois et en s’arrêtant au camp de Mer.

J'ai raconté ailleurs (Revue Chrétienne, octobre 1871) notre départ de Mer et les journées dés 8-10 novembre, la bataille de Coulmiers et la tâche que j'eus à remplir, soit sur le champ de bataille sur lequel j'ai été présent depuis le matin jusqu’au soir, soit dans notre ambulance établie sur ce champ de bataille à la fin de la journée du 9 novembre. Je renvoie pour tous ces détails à la page de souvenirs publiés dans la XÆevue mentionnée.

Après s'être consacrée pendant quelque temps aux blessés relevés sur le champ de bataille de Coulmiers, et après avoir évacué ces derniers sur Orléans à mesure qu'ils pouvaient sup: porter le transport, la 4" ambulance se dirigea elle-même sur cette ville pour rejoindre son corps d'armée. |

À Orléans, elle séjourna jusqu’à la fin novembre. C’est jusqu’à cette époque que dura ma présence active comme aumônier. Ma santé, éprouvée par des fatigues exceptionnelles, par le manque de repos occasionné par la vie de campement que je menais depuis deux mois, m'obligea, en ce moment, à

demander un congé et à retourner dans le Midi. Quant à

l'ambulance que je quittai avec le plus vif regret et avec Île désir bien arrêté d'y revenir dès que je le pourrais, elle suivit le 15% corps et assista, le 2 et le 3 décembre, au combat d'Artenay, Ses destinées ultérieures me furent communiquées par le courageux et excellent chef qui la dirigeait. Obligée, par les Allemands, de passer par Strasbourg et Bâle pour rentrer dans les lignes françaises, elle entreprit ce long et pénible voyage, et n'arriva à Besançon que le 16 janvier (1871), trop tard pour assister aux engagements qui eurent lieu autour de Montbéliard, mais assez tôt pour être témoin du dernier acte du drame lugubre qui se termina par la retraite de l’armée de l'Est en Suisse.

L'activité de mon ministère comme aumônier, pendant ma courte campagne de deux mois, s’est surtout concentrée sur le champ de bataille de Coulmiers et dans les villages environnants que J'ai pu visiter et qui étaient encombrés de blessés. J’ai pu m'adresser à d'assez nombreux soldats protestants, mais aussi à des soldats catholiques allemands dont j'étais seul à comprendre et à parler la langue dans notre ambulance. Je n’ai pas fait auprès de ces derniers de propagande protestante, et surtout pas auprès des mourants, mais je leur ai parlé de la chose nécessaire, et j'ai pu recueillir bien des

preuves de l'efficacité toute-puissante du pur Evangile de Christ.

Extrait de la Âevue Chrétienne :

…. Dans le hameau {de la Renardière), l'incendie accomplit son œuvre effrayante de destruction. Les chaumières s'écroulent sous les flammes. Tout le monde a fui. Seule une malheureuse paysanne se tient sur le chemin, devant sa cabane qui s'effondre, en se tordant les bras. Deux petits enfants sont assis par terre tout effarés, et ne savent s’expliquer le désespoir de leur mère. Quelle navrante scène devant laquelle le cœur déborde et les larmes jaillissent irrésistiblement ! Un peu plus loin, deux blessés allemands sont étendus

sur un peu de paille, dans une grange préservée. L'un d'eux étend vers moi des mains suppliantes, et demande qu’on ne le laisse pas mourir misérablement. Je le rassure dans sa langue et lui promet qu'on viendra le chercher dans un instant, lui et son compagnon. Il témoigne sa reconnaissance par les gestes les plus expressifs..….

…… Ua autre spectacle, ‘plus émouvant que cette dernière phase du combat autour de Baccon, attire mon attention tout entière. Ce sont les blessés et les mourants, français ét allemands sans distinction, amenés par nos voitures et apportés sur nos brancards. Nous les déposons en toute hâte dans les salles basses du château (de la Renardière) bouleversé. O douloureuses scènes, sans cesse vivantes devant le regard qui jamais ne les oublie ! Ces hommes pâles, sanglants, mutilés, la figure parfois méconnaissable, couverte d'une épaisse couche de sang figé ; la respiration oppressée de ceux qui ont la poitrine percée d’une balle, les souffrances atroces de ceux qu'un éclat d’obus a frappés à la hanche, le regard douloureux, bagard, de ceux dont le bras ou la jambe est fracassé par un boulet ; et ces gémissements, et ces larmes qui navrent le cœur ; aucune expression ne pourrait les dépeindre |! — Un pauvre chasseur français, appuyé sur le coude, la tête renversée en arrière, agonise déjà et ne voit plus ce qui se passe autour de lui: des souffrances sans nom l’empêchent de mourir. Les paroles de sympathie, les questions affectueuses, la suprême consolation font briller des larmes sur ce visage hâlé, défiguré par la douleur. Un autre, un malheureux allemand, un père de trois enfants, dont les entrailles sont déchirées par une balle, sanglotte d’une manière déchirante. Il ne peut mourir en songeant à ceux qui, bientôt, seront orphelins. Suffoqué moi-même, je ne puis qu'avec peine lui parler du Rédempteur. Mais son désespoir s'apaise à ce nom:il écoute avec une calme soumission ; sa main saisit la mienne pour l’attirer sur ses lèvres décolorées. Il mourra en paix...

.. Le lendemain, nouvelle visite à nos malheureuses victimes dans nos salles maintenant pénétrées d'une odeur putride

insupportable. Beaucoup de nos blessés gisent livides, inanimés sur leur civière. Ils ont lutté le dernier combat, ceux-là, et leurs yeux ne reverront plus la mère qui au loin pleure et espère encore! Quels inexprimables moments passés devant ces corps roidis, et quelle contemplation pour toute âme sérieuse ! “

Près de moi cependant une exclamation navrante m'arrache à la douloureuse, mais salutaire réflexion inspirée par ces martyrs de la guerre. L'accent, l’idiome m'ont fait reconnaître un compatriote, un fils de Mulhouse, un enfant de dix-sept ans. Il est aux prises avec le délire, le pauvre jeune homme, il appelle son père, sa grand’mére qui lui servait de mère. Un boulet, d’après ce qu’on m'a dit, lui a arraché le sac du dos au moment où il se tournait pour charger son arme, et l'a jeté sur le sol, sans force, sans vie presque, et paralysé par l'horrible choc qui lui donnera la mort. Un: fièvre typhoïde ardente sera en eflet la conséquence de l'Épouvantable ébranlement, et dans deux jours l’enfant aura fermé les yeux ‘pour toujours. Je puis encore prier avec lui dans les moments lucides, écrire à sa grand’mère et le préparer doucement au délogement. Un peu plus loin, un malheureux petit chasseur du Midi, qui n'a pas encore atteint l’âge de son compagnon d'infortune, est assis, replié sur lui-même, gémissant lamentablement. Un coup de crosse sur la poitrine lui a brisé les côtes ‘et l'empêche de respirer ; le malheureux enfant se meurt en vomissant des flots de sang (1).

Aù commencement d'août 1870, M. le professeur Vaucher partit comme infirmier avec une escouade d'hommes de bonne volonté qui ont formé l’ambulance internationale n° 11 4s. Tls furent dirigés vers les

(1) Revue chrétienne, octobre 1871, pages 526 et suivantes: Une page détachée du journal d'nn aumônier, par À. Wabnitz. -

Ardennes et constitués en ambulance au commencement de septembre. M. Vaucher fut alors nommé aumônier de cette ambulance et fit avec elle la campagne des Ardennes (septembre), celle de la Loire (octobre à décembre} et celle de Normandie (décembre à janvier). Dans ces diverses campagnes, l'honorable professeur a cumulé les fonctions d’aumônier et d'’in-

firmier volontaire (1).

Lettre de M. le professeur A. Sabatier.

Paris, 5 février 1890.

Le seul embarras que j'éprouve à vous transmettre les renseignements que vous me demandez, vient de ceci: je n'ai pas'été aumônier en titre en 1870-71, bien que j'en aie souvent rempli les fonctions. En réalité, la mission que l’on m'avait confiée et que j'ai remplie était autre. Je vais d’ailleurs vous raconter en peu de mots ma campagne, et vous jugerez vousmême si cela peut ou non trouver place parmi vos documents.

Les cours de la Faculté de Strasbourg ayant été clos le 31 juillet 1870, j'ai quitté cette ville pour aller conduire ma sœur auprès de ma mère dans le Midi. Après quelques jours de repos, je partis pour Paris au commencement du mois de septembre, et vins offrir mes services à la section protestante de la Société de secours aux blessés, dont M. le pasteur Bersier était le secrétaire général. La campagne du Nord était finie avec le désastre de Sedan ; à Paris on avait plus de bras qu’on n’en pouvait employer. Le Comité me demanda de me rendre sur la Loire où probablement les hostilités allaient recommencer et où rien n'était fait encore.

(1) Lettre de M, le professeur Vaucher, du 8 février 1800, :

C'était une sorte de mission générale d'organiser en province et de centraliser à Tours, devenu le siège au Gouvernement, les ressources hospitalières des protestants français. J'acceptai cette mission. Parti de Paris le 16 septembre, je m’arrêtai deux jours à Orléans où s’organisa aussitôt une ambulance avec le concours énergique de M. Foisset,et de M. le pasteur Bruston. De là, je me rendis à Tours où je trouvai le concours non moins dévoué de M. le pasteur Fuzier, de son suffragant, M. Stapfer, et de M. Eugène Schérer, ingénieur. Un magasin général fut créé, où affluèrent bientôt les envois des Eglises protestantes. À côté du magasin fut organisée une assez grande ambulance où tout d’abord furent soignés des soldats malades en attendant des blessés. Entre temps, je fis un voyage à Genève pour mettre l’œuvre de Tours en relations régulières avec les Comités français de cette ville. Puis Je me rendis à Bourges où une autre ambulance fut créée et confiée à la direction de M. le pasteur Diény.

Je me retrouvai à Tours au moment où allait se livrer la bataille de Coulmiers. Prévenu à temps, je recrutai le docteur Pénières, de la Faculté de Paris,un de mesélèves de Strasbourg, M. Lauga, aujourd'hui pasteur à Reims, M. François, étudiant de Genève. J'achetai un cheval vigoureux, un grand break bâché que je chargeai de linge et de médicaments et j'allai offrir cette petite ambulance volante à M.de Freycinet, délégué à la guerre. Il nous donna notre feuille de route pour aller rejoindre le corps du général Chanzy. J'étais à la fois le directeur et l'aumônier de l’ambulance. M. Pénières, le chirurgien, MM. Lauga et François les aides-infirmiers.

En avant de la Forêt de Marcheroir, dans le village d'Oucques, nous rencontrâmes l'ambulance 11 4gs de la Société de Paris, dont le chef était M. Alfred Monod, et avec laquelle nous ne tardâmes pas à nous fondre, Une section de cette ambulance, ayant à sa tête M. Gabriel Monod, s'était portée en avant, à Ouzouer-le-Marché, et avait recueilli un grand nombre de blessés de la bataille de Coulmiers, Nous allâmes

la renforcer. Le reste de l’ambulance 11 4fs ayant suivi la retraite de l’armée française, nous nous trouvâmes isolés avec cette section et nous formâmes une sorte d’'ambulance nouvelle, que M. Gabriel Monod et moi dirigeâmes ensemble et qui vécut et travailla dès la fin de novembre en toute indépendance. Dans les premiers jours de décembre, nous assistimes à la bataille de Patay et, pour notre part, nous recuillimes, plus de 150 blessés que nons soignâmes à Ouzouer-le-Marché et dans les fermes voisines. Par la force des choses, j'étais devenu l’aumônier de l’ambulance. C’est vers ce temps-là que je fus mandé auprès de M. Caron, aumônier d’une autre ambulance à Josnes. Je trouvai ce collègue mourant d’un érysipèle de la face ; je pus m'’entretenir et prier avec lui. Quelques jours après nous l’ensevelissions dans le petit cimetière du village (1).

À partir du 15 décembre nous et nos blessés nous nous trouvâmes dans les lignes prussiennes, Dès ce moment, toute communication fut rompue pour nous avec le reste de la France. Comme nos blessés étaient nombreux, nos ressources s’épuisèrent vite. Les Allemands se montrèrent bienveillants pour nous à cause du bon témoignage que nous rendirent les blessés allemands que nous avions soignés et guéris avec les nôtres. Mais ils ne nous donnaient pas de quoi nourrir notre pauvre monde. C’est alors qu’après avoir tenu conseil, il fut décidé que je me rendrais, avec un de nos aides-chirurgiens, M. Alfred Goguel, un autre de mes élèves de Strasbourg, à Bordeaux pour obtenir des secours de la part de la Société de secours aux blessés,

Mon compagnon et moi nous nous rendîmes à Orléans afin d'obtenir de l’Etat-Major allemand un laisser-passer. On nous le refusa durement et l’on nous menaça même de nous faire fusiller si nous tentions de franchir les lignes prussiennes sans

(1) Pour plus de détails sur la mort de M, le pasteur Caron, voir plus loin la lettre de son frère, page 70,

autorisation, Comme je déclarai alors que nous allions remettre nos malades à l'autorité allemande, ne pouvant plus ni les panser ni les nourrir, et la rendrions responsable devant le monde s'ils étaient condamnés À mourir de faim, on se radoucit quelque peu, et l'on nous offrit de nous faire conduire à Strasbourg d'où nous pourrions gagner la Suisse et dé là nous rendre à Bordeaux avec promesse de nous laisser revenir auprès de nos malades.

Je dus accepter cette condition et nous fûmes dirigés avec un train de blessés et de prisonniers sur Etampes, d'Etampes en wagons traînés par des chevaux à Corbeil où nous fûmes très-bien accueillis dans une ambulance allemande dirigée par des médecins bâlois. De Corbeil, nous gagnâmes Lagny dans la voiture de la poste en compagnie d'un major allemand qui avait une balle dans la jambe et que nous pûmes soulager.

De Lagny un train militaire nous amena à Strasbourgaprès trois jours de voyage par un froid très-rigoureux, On nous permit de rester trois ou quatre jours en Alsace et j'en profitai pour organiser une collecte qui nous rapporta quatre ou cinq mille francs. De là nous vînmes à Bâle, où l’on nous donna aussi de l’argent pour nos blessés et pour les victimes de la guerre. Même bon accueil et même générosité à Lausanne et à Genève, si bien qu'en arrivant à Bordeaux, au lieu de demander des secours à la Société des blessés, je lui apportai une somme de 28,000 francs dont on accorda la moitié à notre ambulance d'Ouzouer-le-Marché.

A Bordeaux, nous nous adjoignîmes le fils de M. le pasteur Fuzier, de Tours; nous achetâmes un omnibus et un cheval, fimes provision de médicaments et par le chemin de fer gagnâmes Vierzon; de là, par étapes longues et pénibles, nous vinmes à Blois, à travers la Sologne, pour y passer la Loire. C'était au moment où les Français tentaient un mouvement pour surprendre la place. Nous courûmes là quelque danger et les Allemands ne nous laissèrent entrer en ville qu'après un interrogatoire fort long. Notre omnibus faillit

ensuite être pillé par des uhlans et sans doute il l'aurait été si je n'avais pu leur adresser, en allemand, force reproches et force injures. Les injures surtout les intimidèrent et les firent reculer. Lelendemain, après une marche forcée, nous rentrions à Ouzouer-le-Marché où nos amis désespéraient de nous voir revenir, Notre odyssée avait duréun peu plus detrois semaines, mais elle avait $ervi à nous ravitailler.

Cependant la guerre touchait à sa fin. On annonçait, le 29 janvier, la capitulation de Paris et la conclusion de l’armistice. Nous en profitâmes pour évacuer nos derniers convalescents au-delà de la Loire; nous soldâmes les dettes que nous avions dà faire et nous nous dirigeâmes sur le Mans et Laval pour rejoindre l’armée de Chanzy. Après avoir distribué sur notre route d'assez importants secours provenant d’une somme recueillie à Bâle en faveur des victimes de la guerre, nous fûmes enfin dirigés sur Mézidon, près de Caen, où se trouvait déjà installée l'ambulance 11 67s à laquelle nous appartenions. La paix faite, je licenciai l’escouade dont j'étais le chef, et remis à l’ambuiance 11 4is toutes les ressources qui me restaient encore. Cela fait, je regagnai l'Alsace par le nord de la France et après d'assez longs détours je pus arriver à Strasbourg vers la fin de février (1871).

Lettre de M. le pasteur Caron(1):

Saverdun, 4 février 1800.

Mon frère aîné, Alphonse Caron, était né à Hargicourt (Aisne), le 23 avril 1834. Il fit ses études de théologie à la Faculté de Strasbourg, et, après un séjour en Allemagne, il fut nommé pasteur à Masle (Charente). En 1859-1867, il devint

(1) À notre demande, M. le pasteur Caron, président du Consistoire de Saverdun (Ariège), a bien voulu nous donner les renseignements qu’on va lire sur la vie et la mort de son frère tombé au champ d'honneur pendant la guerre franco-allemande,

agent de la Société des Ecoles du Dimanche à Paris. Le 23 août 1870, il partit comme aumônier de l'ambulance internationale 5 bis dirigée par le docteur Labbé, de Paris. Ils se rendirent au corps de Failly et ils le retrouvèrent à Sedan. Après la capitulation ils revinrent du côté de Saint-Quentin, puis allèrent à l’armée de la Loire, à Orléans, Patay, Beaugency, Beaumont et Cravant où il mourut le 3 janvier 1871. Voici la lettre par laquelle M. le docteur Suchard annonça sa mort et sa sépulture à son beau-frère {à lui Suchard) M. Schæn, pasteur à Cernay :

« Ouzouer-le-Marché, le 6 janvier 1871.

«Nous avons euterré hier un de tes bons amis, M. Alphonse Caron; il était aumônier de l’ambulance 5 #rs, actuellement à Cravant, à onze kilomètres d'Ouzouer. J'avais appris dimanche dernier qu'il était malade; je suis allé le voir le jour même avec notre excellent infirmier, le modèle des infirmiers, M. le professeur Sabatier. Nous trodvâmes ce pauvre Caron souffrant d'un érysipèle à la face qui avait envahi le cuir chevelu et le pharynx ; le malade, qui délirait depuis deux jours, nous reconnut tous deux parfaitement et eut sa connaissance une bonne demi-heure. Il nous parla de sa femme et de ses deux enfants; il nous dit avoir beauconp lutté contre l'idée de la mort, mais être maintenant parfaitement résigné et se sentir dans une paix parfaite. Nous revinmes le voir le lendemain : délire complet. Mardi on nous apprenait qu'il avait succombé. L'enterrement eut lieu hier jeudi dans le cimetière de Cravant. Cérémonie bien touchante. Une grande partie de la population y assistait; pourtant il faisait un froid intense. M. Sabatier fit le service à l’ambulance, puis le pasteur de Josnes au cimetière. Le chef de l'ambulance, M. le docteur Labbé, parla sur la tombe. »

Je dois ajouter, continue M. le pasteur Caron, que la veuve de mon frère est morte le 3 août 1886, que son fils, sorti de l'Ecole polytechnique, est officier d'artillerie, et sa fille élève de l'Ecole normale de Sèvres.

Lettre de M. le professeur Jean Monod :

Montauban, 28 janvier 1800.

…… En novembre 1870, à la suite d'une visite faite à Tours, comme délégué de la Faculté de Montauban, j'obtins de M. de Freycinet, au nom de Gambetta, ministre de la guerre, et du gouvernement provisoire, que celui-ci acceptât officiellement, mais sans traitement, les services de 24 de nos étudiants, comme infirmiers volontaires, et les miens comme aumônier accompagnant ces jeunes gens. Quand les nominations nous furent parvenues, nous quittimes Montauban. Les étudiants nommés se partagèrent en trois escouades, dirigées sur Orléans, Gien et Blois (1), où je me fixai moi-même, avec six d’entre eux, qui furent logés au château de Blois. Peu de jours après, nous assistions à l'entrée lugubre des Prussiens. Le château était transformé en une vaste ambulance, renfermant environ 600 malades, et où nos étudiants, sous la direction des chirurgiens, rendaient de grands services. Plusieurs autres ambulances existaient en ville, en sorte que mon temps était plus que rempli.

Mon ministère fut généralement respecté, bien que l'influence catholique fût considérable dans les ambulances de Blois, et qu'elle ait quelquefois abouti à des actes d'intolérance. A cause de cela, j'avais souvent de la peine à obtenir que nos coreligionnaires se fissent connaitre.

Par contre, mon œuvre auprès des blessés allemands a été assidue et, je l'espère, utile. J'en ai visité, assisté à leurs derniers moments et conduit solitairement au champ du repos un

(x) Le Bulletin de la Faculté de Montauban (?), recueil annuel, qui a paru pendant deux ou trois ans, sous la direction de M. le professeur Sardinoux, a rendu compte de cette mission à laquelle ont pris part, entre autres, MM. les pasteurs Messines, de Versailles et Rayroux, directeur des asiles John Bost, à Laforce (Note de l'auteur.)

grand nombre. En effet, il n’y avait pas d’aumônier allemand en résidence à Blois.

Je quittai mon aumônerie dans le courant de janvier (1871) pour reprendre mon professorat.

J'ajoute que deux de nos étudiants, MM. Clavel, de Sancerre, et imbert, de Vallon, ont succombé aux suites des fatigues et des souffrances endurées comme infirmiers volontaires.

Lettre de M. le pasteur Picard :

Paris, 14 janvier 1800.

J'ai fait la campagne depuis le commencement d'octobre (1870) jusqu'à la fin de la guerre. Malheuseusement mon activité a été interrompue à partir du 2 décembre, jour où j'ai été fait prisonnier à la deuxième bataille d'Orléans. Ce n'est que quelques jours avant la fin de la guerre que j'ai pu revenir à mon corps d'armée.

Parti avec une ambulance, je suis devenu, par le fait des circonstances, l’aumônier libre d'un corps d'armée. C’est dans l’armée de la Loire que j'ai exercé mon ministère.

Lettre de M. le pasteur Cadoret :

Montmeyran (Drôme), le 3 février 1800.

ns Au commencement d'août 1870, je me suis présenté au Comité de l'aumônerie militaire pour l'obtention d’un poste d’aumônier :

1° À la fin du mois d'août, j'ai reçu ma nomination d'aumônier de la garde impériale avec ma feuille de route pour Sedan; arrivé à Paris le 4 septembre, l'empire et la garde impériale n’existaient plus;

2° Le 1r septembre, nomination d’aumônier militaire du 14° corps d'armée avec le rang de capitaine d'infanterie de 2° classe ;

3° Le 24 novembre 1870, je passe aumônier du 2° corps de

PSS EN

— FA — la 2° armée de la défense de Paris, avec rang de capitaine de 1" classe.

Le 8 février 1871, je suis nommé chevalier de la Légion d'honneur. Le 24 du même mois je rentre dans mes foyers. En 1878, j'ai été nommé aumônier de la garnison de Marseille où je suis resté deux ans.

M. le pasteur Ernest Rœhrich, alors suffragant à Gumbrechtshofen, n'a jamais reçu sa nomination d’aumônier militaire. Gumbrechtshofen étant situé tout près du champ de bataille de Frœschviller, a été occupé dès le début de la campagne par les armées allemandes ; de plus la ville de Strasbourg, où siège le Directoire de l'Eglise Luthérienne, a été investie immédiatement après la bataille. Ces circonstances expliquent que M. Rœhrich, n'ayant pas reçu de nomination, n'ait pas pu rejoindre son corps d'armée et n'ait Jamais exercé les fonctions d’aumênier. Il est actuellement pasteur à Jaegerthal, par Niederbronn (Alsace) (1).

Lettre de M. le pasteur de Vernejoul :

Charenton, 16 février 1800.

PRE J'ai été nommé aumônier protestant de la 3"° armée de la défense de Paris par décret du ministre de la guerre en date du 24 novembre 1870.

La 3° armée, sous le commandement du général Vinoy, prêtait main-forte aux deux autres par détachements sans se mouvoir tout entière. Sans quitter Paris, j'ai rayonné autour de Paris, suivant, le plus souvent, l'ambulance du D' Anger.

{1) Ces renseignements nous ont été fournis par M. le pasteur Edouard Rœæhrich, le frère de M. Ernest, et qui est lui-mème pasteur à Elbeuf,

J'avais hors Paris mon quartier à Villejuif où je me rendais à jours et heures déterminés et où les militaires qui désiraient me voir me rencontraient.

Un laisser-passer permanent me permettait du reste de me porter sur tous les points de la banlieue.

Ma mission a consisté également à présider, dans Paris, des cultes annoncés d'avance et à l'adresse de nos soldats,

Cette mission n’a pris fin qu'avec le siège,

Lettre de M. le pasteur Duchemin :

Paris, 14 janvier 1800.

J'ai fait partie comme infirmier de la 1° ambulance Lyonnaise. J'ai assisté, en octobre 1870, à la débâcle de l'armée des Vosges (général Cambriels), en décembre à celle de l’armée de la Loire. J'ai suivi l’armée de Bourbaki. Mais deux jours avant Villersexel j'ai attrapé une fluxion de poitrine et l’on m'a évacué sur Lyon. J'ai évité ainsi le dernier désastre,

Nous voudrions pouvoir prolonger ces intéressantes citations qui forment l’histoire de notre aumônerie en 1870. Que de bien réalisé par nos vaillants frères pendant cette époque sombre pour notre chère patrie! Que de consolations données par ces dévoués pasteurs, par ces courageux étudiants et par ces pieux laïques qui ont sacrifié leur bien-être et laissé leurs familles pour se faire 22firmiers aux heures lugubres de notre histoire, afin de prodiguer, sans les compter, souvent au péril de leur vie, aux malades et aux mourants, les suprêmes consolations de l'Evangile ! Malheureusement les documents nous manquent et nous devons nous borner, pour clore cette page d'histoire ecclésiastique, à l'indication de quelques bonnes sources.

Outre les collègues auxquels nous avons écrit et qui ont répondu trop tardivement ou n'ont pas pu répondre encore à nos demandes, si nous en croyons une petite indiscrétion de journaliste, feu M. Passa a laissé à ce sujet des notes précieuses dans ses papiers. Nous serions heureux si l’un des parents ou amis de l’ancien et regretté pasteur de Versailles, d'accord avec sa famille, voulait bien les publier.

M. le pasteur Labourgade avait organisé une ambulance personnelle au camp de Châlons. Il a, sur cette œuvre, des notes intéressantes. Nous faisons des vœux pour qu'il se décide à les publier bientôt.

M. l'abbé Lanusse, chevalier de la Légion d'honneur et de plusieurs autres ordres, actuellement aumônier à Saint-Cyr, possède également plusieurs volumes de notes personnelles qu'il a prises pendant ses campagnes diverses. Mais il ne leur permettra de voir le jour qu'après sa mort si du moins, nous écrit-il, 1] n'a pas tout détruit (1).

Œuvre de M. le pasteur Rey parmi les prisonniers Français en Allemagne (2) :

La défaite de Woœærth et la capitulation de Sedan et de nos places fortes de l’Est, de Metz en particulier, avaient amenéen Allemagne plus de 300.000 prisonniers

(1) Lanusse : lettre Cu 18 octobre 1888.

(2) Cette étude spéciale est un résumé succinct du Rapport de Monsieur le pasteur Rey, d'Avignon, Sur sa mission auprès des prisonniers Français en Allemagne.

français. Ils y arrivèrent dans des conditions de santé et d'équipement déplorables ; et, surtout pendant l'hiver, ils payèrent chaque jour à un climat inhospitalier un large et précieux tribut d’existences.

C’est alors que M. Rey, ex-aumônier du 1°" corps d'armée, d'accord avec le Comité international de Bâle, demanda au gouvernement français la permission de poursuivre sa mission pastorale auprès de cette armée captive.

Il y fut autorisé par une lettre de service en date du 20 novembre 1870, et le gouvernement mit à sa disposition un adjudant des hôpitaux, M. Faure, son beaufrère, connaissant l'allemand, et chargé de le seconder dans'la partie matérielle de son entreprise (1). Une somme de 2.559 francs fut mise à sa disposition par le Consistoire de Nimes (2) pour venir en aide à nos soldats d’une façon générale. De plus, il reçut 2.806 tr. pour être remis à des soldats prisonniers de la part de leurs parents. Le rapport de M. Rey donne le détail de l'emploi de cet argent. Sur la seconde somme, 300 francs à peine ont dû être retournés pour adresses insuffisantes. Le reste a été expédié de Bâle ou remis

(1) Sur l'intervention de M. le professeur Viguié, alors Président du Consistoire de Nimes, M. le Ministre de la guerre mit plus tard à la disposition de M. Rey un deuxième adjudant, M. F.de Clausonne. Mais cet auxiliaire, qui lui aurait été si précieux, en route pour rejoindre son poste, s’est vu refuser, à Berne, un sauf-conduit du Ministre Prussien, et a été arrêté à Bâle par le relus catégorique et par les dispositions de plus en plus hostiles du Ministre de la guerre à Berlin (Rapport de M. Rey, page 22).

(2) M. Rey rend hommage à l'Eglise, au Consistoire et aux pasteurs de Nimes pour l'intérêt qu'ils ont pris à son œuvre (Rapport de M. Rey, page 22, note).

directement aux commandants des dépôts et est arrivé sûrement à destination. On trouvera plus loin quelques chiffres à ce sujet.

M. Rey partit à la fin du mois de novembre. À Berne, la chancellerie prussienne visa sans difficulté sa feuille de route pour Berlin. En passant à Bâle, il salua le Comité de secours aux prisonniers de guerre, et reçut de lui de bonnes instructions, de précieux encouragements et de chaudes recommandations. Deux autres aumôniers, MM. Haas et Bauer, rendus libres par la capitulation de Metz, se proposant aussi de poursuivre leur ministère en Allemagne, il fut entendu que le champ de travail de M. Rey serait la Prusse orientale et son objectif Stettin.

À son arrivée à Berlin notre aumônier fut fort bien accueilli par M. le docteur Wichern et par M. Thiele, aumônier en chef ou je/dprobst de l’armée prussienne. Il se mit immédiatement en relation avec le Comité central d’évangélisation des soldats dont MM. le comte et chambellan W. de Pourtalès (issu d’une famille de réfugiés du Midi) et le baron F. de Schickler étaient membres.

Mais des ordres récents du ministère de la guerre, provoqués par diverses évasions sur la frontière, que l'on attribuait, en partie du moins, à l'influence des prêtres belges et français récemment arrivés, lui fermaient l’accès de toutes les forteresses allemandes. D'accord avec M. Thiele, il prit alors la résolution d'écrire à la reine Augusta une lettre dont voici la conclusion : :

.…. Tout le monde rend hommage à l'infatigable dévoüment que montre chaque jour Votre Majesté pour adoucir les souffrances de la guerre. Dans une sphère infiniment plus modeste, et selon nos faibles moyens, nous poursuivons le même but. C’est donc avec une pleine confiance que nous invoquons votre toute-puissante protection (1).

Malgré ses efforts et ses hautes recommandations, toutes les garnisons allemandes demeurèrent fermées au pasteur français. Les secours religieux devaient être : donnés aux soldats, même aux prisonniers de guerre, par des pasteurs allemands! Il ne fut pas même permis à M. Rey de prêcher à Stettin le jour de Noël, en sorte que les 300 ou 400 protestants qui s’y trouvaient durent passer sans culte ces saintes et joyeuses fêtes. Le cœur navré, le pasteur d'Avignon n'avait plus qu’à revenir en France. Cependant, avant de reprendre le chemin du retour, il résolut de parcourir les principaux dépôts de la Prusse occidentale, afin de s'informer sur place de la situation de ses frères et de faire tous ses efforts pour contribuer, au moins d’une façon indirecte, à la satisfaction de leurs besoins moraux et matériels.

Je visitai, dit-il, Spandau, Stettin, Kænigsberg, Posen, Cüstrin, Berlin, Wittemberg et Erfurt. Là où ilne me fut pas possible d'aller, c'est-à-dire à Dantzig, Graudentz, Thorn, Glogau, Neisse, Glatz, Magdebourg, j'écrivis, sur les indications de M. Thiele, aux pasteurs chargés du service religieux,

leur recommandant nos prisonniers et leur demandant sur leur situation spéciale tous les détails qu’ils pourraient me donner,

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(3) Rapport de M. Rey, page 8.

À mesure que ces détails me sont arrivés, je me suis eflorcé de répondre aux besoins qui m'étaient signalés, dans la limite des secours mis à ma disposition. Enfin, j'ai prié le Comité . central de Berlin, par l'intermédiaire de M. de Pourtalès, d’achever ce travail d’information dans le reste de l'Allemagne ou tout au moins de la Prusse. Je lui ai demandé de s'enquérir auprès des personnes les mieux placées dans chaque dépôt: 1° du nombre des protestants ; 2° de la manière dont il est pourvu à leurs besoins religieux; 3° de leurs besoins matériels, de ce quia été fait, de ce qui est nécessaire encore. M. de Pourtalès me donna, au sujet de cette demande, les assurances les plus bienveillantes (1).

Voici quelques renseignements recueillis par M. Rey; soit de visu, soit par correspondance :

Spandau.— Environ 8o protestants connus. Le pasteur français de Berlin, M. Gambini, leur donne une prédication tous les quinze jours dans l’église de la garnison. Ils manquent surtout de vêtements chauds. M. Rey leur en fait distribuer. Il dépense pour eux 130 francs. |

Séettin et dépôts de Séra/sund, Swinemiünde, et de Colberg.— 20.000 prisonniers. Au moins 400 protestants appartenant surtout aux mobiles du Gard. Culte tous les quinze jours par les soins du pasteur de. Berlin. C’est bien insuffisant. Stettin seul réclamerait un pasteur français. Dépensé énviron 700 francs, plus 450 fr. d’envois personnels.

Kœnigsbero.— 200 protestants. Le pasteur de l'Eglise

(2) Rapport de M. Rey, pages 12 et 13.

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française, c'est-à-dire du Refuge, M. Roquette, s'occupé d'eux avec un véritable dévoûment. M. le baron de Schickler, qui l’a vu à l’œuvre, en parle avec admiration. Remis 208 francs.

Posen.— Le prédicateur de la gornison, M. Pickert, étant absent, M. le surintendant général Krantz dit qu'il y a 40 protestants. Chiffre évidemment au-dessous de la vérité. Remis à M. Krantz 110 fraucs.

Cüstrin. — Environ 25 protestants conus. Le surintandant Schmeelink, qui est appelé à leur donner les secours religieux, ne parle pas le français, Mme Schmeelink, au contraire, le parle couramment. Remis 50 fr.

Wittemberg.— 5.000 prisonniers dont environ 60 protestants connus. Le pasteur titulaire étant au service : de l’armée, c'est le suffragant, M. Hoffmann, qui les évangélise. Ne connaissant pas le français, il a dû se borner à leur distribuer des Nouveaux-Testaments. Remis 100 francs.

Erfurt. — Pasteur de la garnison, M. Gebser, 200 protestants. déjà visités par M. Bauer, qui n’a pas eu plus de permission que M. Rey, mais qui a remis 500 francs à la femme du général en lui recommandant les prisonniers de notre culte.

Glatz. — 53 protestants connus. Le pasteur, M. Kæhler, ne sachant pas le français, leurlit la Bible et des sermons. Distribution de Nouveaux-Testaments. Remis par le Comitè de Bâle 107 francs.

Glogau. — M. le pasteur Schmuckert, très-dévoué, sachant un peu le français, fait un culte bi-mensuel aux 500 ou 600 protestants de cette garnison.

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Madebourg .—Pasteur M. Schrader. 300 protestants sont pourvus de livres provenant surtout de la société

de Toulouse.

Considérations Générales.

Nos soldats ont souffert du froid et de la faim. Mais la situation s’est beaucoup améliorée. Les tentes ont partout fait place à des baraques. Chacune d’elles peut contenir 300 ou 400 hommes et est chauffée, Le jour, par deux poèles. La nuit, le prisonnier couche sur une paillasse et a au moins une couverture. L’ordinaire est celui du soldat prussien. D'abondants secours sont venus du dehors. Les Eglises de Mulhouse, Lyon, Montpellier, Nimes, Avignon, etc., ont envoyé des dons. La Suisse a pansé les plaies de nos soldats avec un magnifique dévoûment. On a beaucoup fait pour nos prisonniers de guerre. Mais on n’a pas pu leur donner ce qui leur était le plus précieux : un pasteur de leur pays.

Car on ne se doute pas, ajoute avec raison M. Rey, combien dans l’exil une parole française a de charme ; combien dans la souffrance une parole chrétienne a de douceur. Cet Evangile sur lequel on semblait blasé, ce culte dédaigné quand on est au village, ces grandes aspirations religieuses, si languissantes d'ordinaire, cette vie supérieure jusqu'alors assoupie ou affaissée se réveille, se ranime au souffle de l'épreuve avec une merveilleuse intensité. Les sentiments de famille s’exaltent et s’'approfondissent, on s'aperçoit dans l’'amertume de l'absence, combien leurs nœuds sont doux et forts, Le culte du pays

devient idolâtrie. «Chère France, me disait un capitaine d'étatmajor, avec quel bonheur nous nous ferions casser pour elle bras et jambes ! ÿ Religion, famille, patrie, ces saintes réalités sortent de l’ombre et.resplendissent d'un éclat inaccoutumé, Comme la fleur froissée, l'âme exhale alors son plus doux

parfum (1).

F.— AUMONERIE OFFICIEUSE APRÈS 1870.

Après la guerre de 1870, la Commission desaumôniers continua offlicieusement son œuvre en temps de paix. Elle y était engagée par l'exemple des catholiques qui avaient organisé une aumônerie au milieu des camps et même dans les casernes.

M. le pasteur Lalot, ancien aumônier de l’armée de la Défense de Paris, fut chargé d'étudier les voies et moyens d'établir des services religieux dans les principaux camps de la capitale. Il fut accrédité par la Commission, et M. le Ministre de la guerre lui facilita l'accès des camps et des casernes (2).

Les services organisés par M. Lalot ont duré jusqu'en

1879 ou 1880.

M. le pasteur Perrier, actuellement à Nanteuil-lès- Maux (Seine-et-Marne), a bien voulu nous communiquer le rapport publié en 1879 sur l’œuvre de Versailles et de Satory dont il s’est occupé. Nous y ferons quelquesemprunts pour le paragraphe intitulé : Une porgnée

de faits.

(1) Rapport de M. Rey, page 10.

(2) Commission des aumôniers. Rapport des années 1875 à 1878,

G. — AUMONERIE TUNISIENNE.

En 1881, le Comité d'évangélisation des militaires, d'accord avec le Consistoire de Constantine, présenta M. le pasteur Durmeyer à M. le Ministre de la guerre qui le nomma aumônier du corps d'occupation en Tunisie. M. Durmeyer se fixa à Tunis où il organisa sa mission de la façon suivante :

1° Culte régulier à Tunis, le dimanche, pour les protestants, militaires et civils, en résidence dans cette ville. La congrégation naissante se réunit d’abord dans le sallon du pasteur. Son premier culte comptait cinq auditeurs : Quelque temps après, la mission Mac-All s’imposa les frais d’une salle qui servait aussi, le soir, pour les réunions populaires dirigées par M. Durmeyer.

2° Visites, deux fois par semaine, aux deux hôpitaux militaires, celuui du X7am et celui de Boumédin, établis à La Goulette.

3° Tournées d’évangélisation dans les divers postes de l’intérieur, notamment au Kef, Kairouan, Sousse, Sax, Gabès ‘ete.

Cette aumônerie a été officiellement supprimée en 1885. Mais M. Durmeyer est resté à son poste, payé par la Société algérienne et tunisienne et par la Société centrale d'évangélisation. Depuis lors, ce pasteur s'est occupé surtout de la paroisse civile de Tunis qui compte maintenant (1890) environ 200 protestants. Grâce à son activité, le bey a donné un terrain pour l'érection

d'un temple. Des collectes ont été organisées. Enfin, le 12 décembre 1889, plusieurs pasteurs français et algériens se Joignaient au fondateur de cette jeune Eglise pour inaugurer dans Ja grande ville musulmane le premier édifice destiné au culte français en esprit et en vérité au Dieu qui est esprit et vérité (1).

H. — AUMONERIE DU TONKIN.

Vers la fin de l’année 1883, le Comité d'évangélisation des militaires et le Consistoire de Paris faisaient, avec succès, des démarches auprès de M. le Ministre de la marine pour envoyer l’auteur de ces lignes près le corps expéditionnaire du Tonkin. J'ai été nommé à cette œuvre par dépêche ministérielle en date du 4 janvier 1884. Le 20 du même mois je me suisembarqué à Toulon à bord du Shamrock. Je suis arrivé à Haïphong le 2 mars. J'étais à la prise de Bac-Ninh(12mars) et à la prise de Hong-Hoa (12 avril). Je suis resté pendant sept mois en garnison dans cette dernière citadelle où J'ai visité tous les jours les malades des ambulances, et où j'avais organisé un culte dans une pagode” obligeamment mise à ma disposition par le colonel Duchesne. J'ai assisté à la bataille de Duoc, le 19 novembre 1884. Sur ma demande, j'ai été envoyé avec la légion étrangère à Tuyen-Quan où nous avons été bloqués depuis le 25 novembre 1884 jusqu'au 3 mars 1885.

(1) Jean, n, 24,

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