‹ L'Aumonerie MilitaireChapitre 23 sur 50 · B. — QUALITÉS MORALES · texte numérisé non relu

B. — QUALITÉS MORALES

1° En première ligne nous placerons la recommandation de saint Paul : Que l’aumônier « ne soit pas » nouvellement converti » (1). Il faut que sa foi soit éprouvée : — nous allions presque dire : Il faut qu’elle ait souffert! — Le pasteur jeune qui arrive dans une Eglise est plus ou moins soutenu par quelques personnes pieuses de son troupeau, par les membres de son Conseil presbytéral, et surtout par ses collègues du

(x) : Timothée in, 6.

voisinage, toujours disposés à le faire bénéficier de leurs expériences chrétiennes. Mais l’aumônier, en campagne surtout, rencontrera rarement des collègues et des personnes pieuses. En face du mal, dont le flot montant l’enveloppera de toutes parts, il devra toujours se replier sur lui-même et demander conseil à Dieu. Quand nous sommes parti pour le Tonkin, le dernier pasteur que nous avons vu c'est M. Schlæsing, de Toulon, qui eut la bonté de nous accompagner jusqu’à bord du ShAamrock. Nous sommes resté deux ans et demi dans cette colonie. Deux ans et demi sans voir un collègue! Deux ans et demi sans rencontrer une personne franchement pieuse !..

À notre retour d'Extrême-Orient notre première visite a été pour M. Schlæœsing. Mais que. de tentations se sont présentées à nous pendant ces deux ans et demi! Que d'heures sombres ! Que de moments de découragement n'avons-nous pas eu à supporter! Que de fois nous aurions voulu pouvoir dire à quelqu'un : « Venez, » prions ensemble »! Hélas! il fallait aller seul nous recueillir sous le grandarbre, aux environsde Hong-Hoa, auprès de la rivière, ou dans les broussailles de Tuyen- Quan, ou bien encore dans notre couloir infect de Phu- Lang-Thuong. Cependant, au sein de cette solitude, dans les colonies comme en France, le Seigneur setient près de ceux qui l’invoquent et leur redit avec puissance: « Ma grâce te suffit » (1).

(1) 2 Corinthiens x, 9.

2° L'aumônier doit avoir pour Dieu un amour immense :

À quel autre sentiment, dit M. Messines, le pasteur devra:til sa vocation ? Pas à l'amour de l'argent: sa carrière n’est pas une carrière lucrative. Pas à l'amour de la gloire : ce n’est pas davantage une carrière brillante. Pas à l'amour de la tranquillité: ce n'est pas non plus une carrière où l'on ne fasse rien, Et quel triste calcul, mauvais autant que bas, ferait le jeune homme qui n'y entrerait que pour de pareils motifs (1)!

Le pasteur fidèle, en effet, répond toujours à l'amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ ce que Pierre répondit au Sauveur quand il le rétablit dans son apostolat : « Seigneur, tu sais toutes choses, tu sais que je » t'aime » (2).

C'est encore ce que dit M. le pasteur Roser dans une excellente méditation qui a pour titre le Relèvement d'une âme et que nous trouvons dans le journal la Croix:

Le secret de l'apostolat, le secret de cette noble viede sacrifice et de sainte activité, c'était l’amour de Jésus. Le secret de tout ministère pastoral digne de ce nom, c’est l'amour de Jésus. Le secret d’une activité pastorale vraiment bénie, vraiment féconde en fruits réels, durables, éternels, c'est l'amour de Christ que la Bible nous révèle et que le Saint-Esprit nous donne ; c’est l'amour réel, personnel, cordial, intime, vivant, ardent, persévérant de celui qui est x0r{ pour nos offenses, res-

(1) J. Messines : Le Pasteur et sa mission : Sermon prononcé dans le temple d'Aulas, le 15 novembre 1888, pour la consécration de M. Pelenc, Versailles,

(2) Jean xxr, 15:18,

suscité pour notre justification (1) et à qui Thomas disait avec une adoration toute pénétrée de vérité : Aon Seigneur et mon Dieu (2). Pressés par l'amour de Christ, purifiés par le sang de la Croix, sanctifiés par l'Esprit de Dieu, oints de l'Esprit de force, de sagesse, de charité, nous serons rois et sacrifcateurs pour la gloire de Dieu et pour le bien de l'Eglise, et nous pourrons travailler avec fruit au milieu du monde, à l'œuvre du Dieu trois fois saint, Père, Fils et Saint-Esprit(3).

3° L'aumônier doit avoir à un haut degré l'emour des âmes. Le mal qui l'environne remplit son cœur de tristesse. C'est la grande raison pour laquelle il se tient toujours plus près de Dieu. Ce n'est pas seulement par devoir qu'il va voir les malades à l'hôpital : c'est pour leur annoncer le salut par la foi. Ce n'est pas par ambition qu'il s'expose sur les champs de bataille : c'est pour saisir la dernière occasion de parler de Jésus- Christ à ceux qui vont comparaître devant son tribunal. Ce n'est pas par ordre ou par convenance qu'il enterre les morts : c'est pour adresser des appels sérieux à ceux qui entourent les tombes des défunts et qui demain ne compteront plus sur la terre.

Il a toujours devant ses yeux l'exemple du Sauveur. C'est par amour pour, les hommes que Jésus a quitté les cieux et qu'il est venu dans ce bas monde revêtir une nature semblable à la nôtre. C'est par amour qu'il a souffert à Gethsémané et qu'il a donné sa vie sur la croix de Golgotha. Humble disciple d'un tel Maitre, le

(1) Romains IV, 25.

(2) Jean xx, 28.

(3) La Croix, n° 50 du 26 décembre 1871, page 304.

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