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prètre-soldat se dépense avec amour pour l'honneur de son pays et pour le salut des âmes quilui sont confiées.
4 L'aumônier doit être un Lomme de fort et de prière.
Priez pour moi, écrit M. Frossard, alin que mon séjour dans
ce pays lointain soit utile à la cause de l'Evangile et au bien de nos pauvres frères (1).
Nul mieux que l’aumônier en campagne ne sent que le succès de son œuvre ct le salut de son âme viennent de Dieu. Il ne doute ni desa puissance ni de sa bonté. Comme saint Paul, il ne peut rien par lui-même mais il «peut tout par Christ qui le fortifie » (2).
5° L’aumônier doit être 2nstruit. Cette recommandation n’est pas nouvelle dans le sacerdoce. Comme le disait M. le professeur Doumergue dans sa conférence : Les Huguenots une soctété de professants (3), nos pères n'ont jamais séparé l’école de l’église. C'est encore ce que rappelait M. le pasteur Unal dans son beau discours de la fête de la Réformation : Les huguenots étaient des hommes de science (4).
Voici ce qu'écrivait à ce sujet M. le Maréchal commandant en chef le corps expéditionnaire de Cri-
(1) Lettres d'Orient, page 46.
(21 Phihppiens 1v, 13.
(3) Conférence publique donnée par M. le professeur Doumergue, de la Faculté de théologie protestante de Montauban, à l’occasion des Conférences nationales évangéliques du Midi, réunies au Vigan le 17 octobre 1888.
(4) Sermon prononcé dans le temple d'Aulas, par M. le pasteur Unal, le 4 novembre 1888,
mée à M. le Président du Directoire de l'Eglise de la
Confession d’Aussbourg :
Mon appui ne fera jamais défaut à vos aumôniers, surtout si, comme feu M. Chardon et comme M. Rœhrig, ils se font remarquer par leur éducation, leur instruction, par l'élévation de leurs sentiments, et se montrent bien pénétrés de l'étendue des pénibles fonctions qui leur sont imposées (1).
La connaissance du grec servit à M. Frossard pendant l'expédition de Crimée :
M. Rœhrig et moi, dit-il, nous nous jetons dans un véhicule déjà envahi par quatre descendants de Périclès, dont le plus âgé, en me voyant et en m'entendant lui dire : an fuipa, ce qui signifie &on jour, s'empresse d'ôter de sa bouche un cigare qu’il avait à demi consumé pour m'inviter à l'achever, honneur que je m'obstine à décliner. Afin que la conversation ne languisse pas nous nous faisons nommer en grec (molerne) tous les objets qui se présentent (2).
Etant en garnison à Hong-Hoa, nous eûmes la visite d'un catéchiste annamite auquel les missionnaires avaient appris un peu de latin et conféré l’ordination. En arrivant sur le seuil de notre cagna, il nous dit : Ego sum sacerdos.…. On lui avait raconté qu'un ecclésiastique français habitait la citadelle et il était venu, de lun des villages des environs, lui présenter ses hommages. Nous lui fimes comprendre que nous n'étions pas prêtre catholique. Il se retira (3).
(1) Recueil : Discours de M. le Président, 1855. (2) Lettres d'Orient, page 30.
(3) À éravers le Tonkin pendant la Guerre, manuscrit inédit,
La langue d’un peuple, dit M. Juillard, est d'un puissant secours pour recueillir des observations et apprendre à le connaître ; mais, à mon grand regret, cet auxiliaire me manquait (en Chine) et j'ai dû y suppléer par la lecture de quelques ouvrages qui ont beaucoup contribué à étendre le cercle de mes observations (1).
M. Frossard dit encore (2) combien la connaissance de l'allemand lui aurait été utile surtout avec les soldats de la légion étrangère. En 1884, 1885 et 1886, nous avons été très-heureux nous-même de pouvoir un peu converser avec les soldats de ce régiment :
Quand ils m'avaient compris, ils répondaient presque invariablement le même Y+ herr Pfarrer (oui, M. le Pasteur!)
avec cette loyale gravité qui indique dans le cœur quelque chose de plus que des paroles (3).
La situation actuelle de la France et de l'Allemagne réclame la connaissance de l'allemand de tous les aumôniers militaires français.
Si des pasteurs qui n'avaient pas fait des études régulières ont été supérieurement qualifiés pour certaines œuvres spéciales — tels que Félix Neff dans les Hautes-Alpes, Henri Pyt dans le Béarn, John Bost à Laforce, etc., — et si des pasteurs irréguliers sont encore à leur place dans des églises du Dauphiné, de la Haute-Ardèche et des colonies, il ne faudrait pas en conclure que le bagage scientifique soit inutile.
(1) Juillard : Souvenirs d'un voyage en Chine : Préface.
(2) Lettres d'Orient, page 45.
(3) Théophile Boisset : Le choléra et la Légion-Etrangère à Phu-Lang- Thuong (Revue Chrétienne du 10 mars 1386),
L'aumônier, en particulier, doit avoir des connaissances générales étendues, lui permettant de soutenir les relations qui lui sont imposées par sa position. Ici encore nous trouvons des arguments contre une règle absolue. Il y a des officiers qui sortent de l’école et d’autres qui sortent des rangs. Ils sont tous nommés au même titre.
Les études ne sont donc pas une condition szne quä non pour l'aumônier. Penser autrement, ce serait nous mettre en désaccord avec la Parole de Dieu, qui s’est souvent servi des choses faibles du monde pour confondre les fortes (1); ce serait méconnaitre la valeur de la plupart de nos chers missionnaires qui ont tant fait, en pays païen, pour l'évancélisation et pour la France ; ce serait condamner le vaillant Henri Babut, mort au champ d'honneur, qui n'avait pas fait des études régulières et qui a laissé, en Crimée, un sillon lumineux et béni ; ce serait nous condamner nous-mème puisque nous avons fait la campagne du Tonkin avant d’être bachelier en théologie. Mais, encore une fois, que ce soit la grande exception et que le niveau intellectuel du ministère évangélique ne soit pas rabaissé aux veux de l'armée.
6° L'aumônier doit être ac#1f. Il ne doit pas attendre qu'on lui montre son devoir ou qu'on lui fasse sentir qu'il le néglige. Il doit le voir lui-même et s’empresser
(1) 1 Corinthiens 1, 27,
de le remplir sans s'exposer à recevoir un ordre pour l'accomplir.
7° L'aumônier doit être wmble. Dans la vie chrétienne il n'y a pas des hauts et des bas. Notre place est au pied de la croix du Sauveur avec les saintes femmes qui l'avaient suivi en le servant dans toute la Galilée, jusqu’au Calvaire (1). Mais au régiment il est peut-être plus difficile qu'ailleurs de se tenir dans l'humilité. L'aumônier est en contact journalier avec des gens ambitieux qui- se dévouent pour parvenir. Dans la plupart des conversations, il n’entendra parler que de galons et de croix. Qu'il prenne garde de ne pas s'y habituer et de ne pas s'imaginer que lui aussi est supérieur aux autres et qu'on lui fait tort si on ne le récompense pas.
Je sens plus que jamais, mon insuffisance, dit M. Frossard, et je suis encore tout étonné de me trouver ainsi jeté, à cin-
quante-deux ans, au milieu de cette vie étrange et de cet immense brouhaha (2).
Par le rang qu'il occupe, l’aumônier a des chefs et des subalternes. Si ces derniers ne sont pas sous ses ordres, ils ont du moins un grade iniérieur au sien. Il devra faire sentir avec beaucoup de tact, aux soldats, qu'il est officier et qu’il a droit à leur respect. Mais ce respect devra être inspiré par l'affection plutôt que par la crainte. Si, après une action d'éclat, il est jugé digne d’une récompense, qu'il accepte avec reconnais-
(1) Luc xx, 55.
(2) Lettres d'Orient, page 46.
sance, en rendant grâce à Dieu qui l’a choisi pour cela. Mais qu'il se rappelle que nul n’est indispensable sur la terre, Jui moins que personne : « Quand il aura fait » tout ce qu'il était en son pouvoir de faire, il sera » encore un serviteur inutile (1) ».
. 8° L'aumônier doit être sobre. Cette recommandation est adressée par la Parole de Dieu à tous les chrétiens. Les pasteurs doivent les premiers la pratiquer. L’aumônier surtout doit se surveiller dans les repas copieux. Qu'il se le dise bien! Les gens avec lesquels il est appelé à vivre ne rêvent souvent que noces et festins. Dans le nombre il y en aura peut-être qui chercheront à l’enivrer pour le tourner en ridicule, pour l’attirer dans de mauvais lieux et pour se moquer de la religion: Il ne peut pas refuser d'assister à un repas de gala sous peine de passer pour un avare ou un homme peu sociable (2). Et puis, son chef de corps peut l'obliger à manger au mess des officiers. Qu'il y reste donc! Mais qu'il y reste à sa place. À table, comme ailleurs, il est le modèle des autres.
9° L’aumônier doit être ga. Une piété sombre est une piété repoussante. Mais, nous avons à peine besoin de le dire, la gaité de l’ecclésiastique ne doit
{1) Luc xvn, ro.
(2) M. Rœhrig écrivait bien de Crimée : « La place des pasteurs n'est pas » dans un cercle de soldats ; 1ls risqueraient d'y diminuer leur influence et » aussi de prendre le langage des militaires » (Recueil, lettre de M. Rœhrig du 22 avril 1855!. Un aumônier officieux, comme l'étaient nos amis en Orient, peut se tenir à l'écart d’un « cercle de soldats». Les privations qu'il s'impose sont compensées d'autre part. Maïs l'aumônier officiel n'a pas cette liberté, Sa place, à table comme ailleurs, est prévue par le règlement,
rien avoir de commun avec la gaîté mondaine : elle doit être tout évangélique. Son rire n’est pas recherché : il est franc. C’est un peu le métier qui le veut! Toutefois, qu’ilne dépasse pas les bornes : il serait vite jugé.
10° L’aumônier doit être circonspect et ferme. Il peut avoir à affirmer ses droits en face de l’autorité militaire. [l risque aussi d’avoir maille à partir avec les prêtres et surtout avec les religieuses. Il doit donc se tenir toujours dans ses limites, mais ne jamais céder un pouce de terrain.
Nous sommes résolus, dit M. Frossard à ce sujet, à respecter les droits d'autrui et à faire respecter les nôtres (1)... Nous sommes entrés dans une salle où quelques jours auparavant mon conducteur, M. Costabelle, avait été insulté pendant l'exercice de son ministère, par un infirmier ; on nous a dit que cet homme avait subi six jours d'arrêt (2). Nous avons reoretté cette sévérité. Toutefois, elle tendra à constater nos droits légitimes, que quelques-uns paraissent disposés à oublier ou à méconnaître {3)... Nous nous tairons sur les
petites difficultés que nous avons rencontrées parfois de la part des aumôniers d’un autre culte et des sœur£ hospita-
lières (4).
À Sang-Haï, M. le pasteur Juillard put facilement organiser son culte.
: M. le sous-intendant militaire Périer, dit-il, me fit appeler et, avec de bons et sages avis, il me remit une carte, au
(1) Lettres d'Orient, page 56.
(2) On met les officiers aux « arrêts » et les soldats à la salle de police ou en prison. (Note de l'Auteur).
i3) Lettres d'Orient, page 67.
(4) Lettres d'Orient, pages 71 et 72; Voir aussi pages 74 et 75.
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moyen de laquelle il m'était loisible d'entrer à l'hôpital quand bon me semblait. Je fus très-sensible à cette mesure de précaution. Ajoutons cependant qu'elle me devint inutile: car javais soin de me faire toujours accompagner par un infirmier (1).
À Phu-Lang-Tuong, un capitaine commandant une compagnie de la lésion étrangère, nous dit en nous voyant sortir de ses baraques :
— Eh! M. le pasteur, vous venez vous promener dans notre cantonnement sans permission.
— Mon capitaine, lui répondis-je, j'use de mon droit pour accomplir mon devoir.
Il comprit que si les missionnaires, par exemple, ne pouvaient pas visiter ses soldats sans sa permission, l’aumônier avait ses entrées partout. Dès lors, nous fûmes une paire d'amis.
Pour compléter le récit de mes visites aux ambulances de Montigny, écrit M. le pasteur Haas, je raconterai la réception qui me fut faite au Petit-Séminaire.…. Les prêtres quittent la salle où je suis, maisÿ un moment après, le plus jeune d'entre eux rentre, et, s'approchant de moi, il me dit d’un air souriant : « M. le Supérieur vous fait dire, Monsieur, qu'il vous voit d'un » mauvais œil dans son Séminaire, et qu'iltrouve fort mauvais » que vous adressiez la parole aux malades catholiques. On » vous soupçonne d'être un ministre protestant ». |
Après avoir décliné mes titres et rassuré M. l'abbé sur mes intentions, je lui dis que nous avions à Metz, dans nos locaux protestants, une ambulance dans laquelle Messieurs les curés étaient constamment et parfaitement admis sans autre forma-
(1) Juillard : Souvenirs d'un Voyage en Chine, pages 148 et 149,
lité. En même temps je certifie que j'entrais dans toutes les ambulances et que nulle part encore je n'avais éprouvé de difficultés. — J'accompagne M. l'abbé chez M. le supérieur. Celui-ci descend d’un étage supérieur et, se plaçant devant moi, il me dit en tremblant de colère : « Monsieur... je viens » vous demander. de quel droit... vous vous introduisez dans » mon établissements. Je lui offre très tranquillement toutes les explications désirables et lui fais signe de m'introduire dans son cabinet où la discussion continue. En fin de compte M. le Supérieur cherche à me faire entendre que l'on m'avait pris pour un espion... (1)
Personnellement nous n'avons jamais eu à nous plaindre des aumôniers catholiques. Au reste nous avons peu été en rapport avec eux. Ils avaient leurs colonnes et leurs garnisons, et nous avions les nôtres.
Mais les sœurs bouleverseraient ciel et terre pour faire un prosélyte ou soustraire un cadavre à la cérémonie funèbre protestante.
M. Frossard fait la même remarque dans ses Lettres d'Orient, pages 47 et 48. La plupart des soldats protestants qu'il trouva dans les hôpitaux de Constantinople étaient munis de brochures catholiques et portaient « au cou des médailles de la Vierge » !
Je ne pense pas qu'on vous permette de visiter l'hôpital du Sacré-Cœur, dit une religieuse à M. le pasteur Haas, après
(1) La Croix, n° 42, du 2$ octobre 1871, page 332.
Nous ne saurions ni approuver ni désapprouver M. Haas d’avoir, dans un séminaire catholique, donné ces explications à un prêtre. Mais nous nous permettons de faire remarquer que, le cas échéant, daus une ambulance officielle, de semblables explications seraient dues seulement au médecin-chef, au directeur du service de santé, à l’officier commandant la place ou au chef de corps.
qu’il eut décliné ses titres d'aumônier titulaire et déclaré son intention de voir ses coreligionnaires. Et, en effet, M. Haas ne pénétra point, ce jour-là, dans les salles où pourtant il avait le droit d'entrer (1)!
L'une des sœurs de l’hôpital d'Hanoï, nous voyant arriver un jour avec une brassée de journaux pour les malades, nous dit :
— Si vous donnez quelque chose de mauvais aux soldats, je le déchire. |
Nous la regardâmes en face et lui répondîmes avec sérieux :
— Nous croyez-vous capable, Madame, de donner quelque chose de mauvais aux malades ?
Elle partit sans nous répondre.
Cependant toutes les religieuses ne sont pas également fanatiques.
À Constantinople, M. Frossard en a rencontré une fort gracieuse qui s’est empressée de lui indiquer un de ses coreligionnaires (2). A la page 72 de ses Lettres d'Orient, il rend hommage «aux nobles et beaux sen- » timents qui lui inspirent pour quelques ecclésiasti- » ques et pour quelques sœurs de l'estime et de l’affec- » tion ».
Nous n'oublierons jamais nous-même comment un protestant ayant été admis à l'hôpital de Relizane, la
(1) La Croix, n° 42, du 25 octobre 1871, page 333. (2) Lettres d'Orient, page 48.
Supérieure nous fit prévenir dès qu'elle sut qu'il se rattachait à notre culte.
Par contre, ayant dû recourir aux sœurs de Saint- Vincent-de-Paul pour soigner l’un des membres de notre famille, en Afrique, celle qui s’acquitta de cette tâche avec grand dévoûment avait entrepris notre conversion au catholicisme |
11° En général, il faut que les pasteurs soient mariés. Mais l’aumônier militaire devrait être célibataire ou veuf sans enfants. Autant que possible il faut qu'il soit exempt de toute préoccupation de famille. D'abord il vivrait séparé des siens, ce qui est anormal. Et puis, en campagne, il est obligé quelquefois de s’exposer. Que la pensée d’une femme ou d'enfants tendrement aimés ne soit donc pas là pour le faire reculer devant le devoir. L’aumônier est l'homme du dévoüment. Que rien ne l'empêche de se dévouer!
M. Frossard, dont personne ne suspectera le dévoñment chrétien, eut à soutenir des luttes et passa toute une nuit d’agitations quand 1l fut question pour lui de quitter les hôpitaux de Constantinople pour aller en Crimée (1).
12° Enfin l’aumônier doit être po/, correct et perspicace. I ne négligera jamais ni ses visites officielles ni aucun de ses devoirs de cette nature.
Dans les garnisonsil ne demandera pas les meilleurs logements. A l’exemple de son divin Maître il saura se contenter de peu.
(1) Lettres d'Orient, page 104,
Au cantonnement, où il arrive moulu de fatigue, il ne doit point accaparer la première place. Il y a presque toujours, avec lui, des officiers d’un grade. supérieur au sien, qui peuvent l’inviter à déménager. Or, il est désagréable de s'entendre dire par un chef: «Cèdela » place à celui-ci » (1).
Dans les choses usuelles, il ne demandera pas tout à son ordonnance. Par moments son ordonnance sera plus fatigué que lui. Il fera donc, par lui-même, beeucoup de choses.
Aussi, il rendra la vie douce à son ordonnance. Il évitera de se plaindre de lui etne demandera à le remplacer qu'à la dernière extrémité. Il faut que les soldats aiment à servir le pasteur.