LA TENUE DE L'AUMONIER
A, INSIGNES DE L'AUMONERIE.
Les aumôniers militaires catholiques, outre la soutane, portent une croix en argent, émaillée, avec un cordon en soie noire et jaune pour la petite tenue, que l'on remplace par un ruban des mêmes couleurs pour la grande tenue. La croix et le ruban des aumôniers de la marine diffèrent un peu de ceux des aumôniers de la guerre.
(1) Luc xiv, 0.
Les pasteurs, en dehors des cérémonies religieuses, n'ont pas de costume spécial. C'est fâcheux : car, au-delà des connaissances personnelles, leur caractère ecclésiastique est presque toujours méconnu. Les sentinelles, qui reçoivent des consignes sévères, en campagne surtout, peuvent les empêcher d’entrer dans les camps et dans les ambulances ou les obliger à exhiber leurs titres, ce qui n’est ni commode ni agréable. Cependant, les aumôniers protestants, comme les aumôniers catholiques, ont rang d’ofhicier et ont droit au port d'armes du factionnaire.
M. le pasteur Messines a une carte d’officier qu'il fait voir, comme on montre au passage un billet circulaire de chemin de fer, et on le laisse pénétrer partout, le prenant, la plupart du temps, pour un officier ordinaire habillé en civil. Ce n’est pas suffisant. D'abord, en campagne, — et c'est surtout en campagne que les aumôniers fonctionnent — les officiers ne s'habillent généralement pas en civil. En second lieu, avec ce système, un pasteur peut passer pendant dix ans, tous les jours, devant la même sentinelle sans être connu. Or, il faut que tout le monde sache qu'il y a des aumôniers protestants dans l’armée française.
Dans sa lettre du 15 novembre, plusieurs fois citée, M. le pasteur Guion se plaint aussi du manque d’insignes pour les ecclésiastiques de notre culte :
L’aumônier catholique, dit-il, trouvait souvent à se débrouiller, surtout pendant la guerre franco-allemande, soit pour les transports, soit pour la nourriture et le logement ;
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bien où mal reçu, e/ £râce à son costume (1), il était reconnu et trouvait toujours à qui parler pour exercer son ministère ; tandis que l’aumônier protestant devait se faire connaître, rencontrait peu de soldats de son culte, et parfois ceux-ci semblaient craindre de se déclarer.
À un moment donné, M. le pasteur Haas, ne sachant pas s’il devait rester à l’ambulance à laquelle il était attaché ou demander à rallier la division du deuxième Corps, qui avait été engagée à Borny pendant la nuit précédente, fut retenu par la pensée qu'on ne reconnaîtrait point son caractère pastoral.
Une sainte Jalousie, dit-il, s'empara de moi, le lendemain, lorsque j'entendis l'abbé de M... raconter à mon collègue catholique qu’il avait passé une partie de la nuit sur le champ de bataille et qu’il avait été tout couvert de sang des mourants. Quitter mon poste eût été imprudent, parce que le corps pouvait se mettre en marche ; c’eût été plus imprudent encore, dans ces jours où tout homme qui ne portait pas l’habit militaire ou la soutane était considéré comme un espion. Malgré la bienveillance que l’on me témoignait dans mon entourage il est hors de doute, en effet, que, pendant les premiers jours, l’on me regardait avec défiance (2).
Pour ces diverses raisons, les pasteurs qui ont suivi les corps expéditionnaires de Tunisie et du Tonkin ont adopté la croix de l’aumônerie catholique. Ils savaient bien que le port de la croix répugnait aux Calvinistes. Mais encore vaut-il mieux porter sur sa poitrine le signe qui nous rappelle à quel prix nous
(1) C'est nous qui soulignons. (Note de l'auteur). (2) La Croix, n° 38 du 23 septembre 1871, page got,
avons été rachetés, que de s’exposer à chaque instant à se faire arrêter ou à se faire manquer de respect par un simple soldat!
Pendant l'expédition de Chine M. Juillard portait » une tunique de drap noir avec un col velours droit » de même couleur et aux angles duquel étaient bro- » dées deux croix blanches » (1). Si ce costume, tout fantaisiste, lui a servi à Maurice, et peut-être ailleurs, nous ne saurions ni l’approuver — pas plus que les croix de l’aumônerie catholique — ni nous en contenter.
Notre avis est que les ministres compétents devraient laisser aux aumôniers des divers cultes une grande liberté quant à la tenue, pourvu qu'elle soit correcte, et leur imposer des galons quand ils sont activité.
Par ce moyen-là, on reconnaitrait toujours et on respecterait partout le caractère ecclésiastique. Et les consciences peu éclairées ne sauraient être froissées par l’insigne de l’aumônerie. -
On nous dira peut-être que les galons sont accordés aux militaires seulement. Mais l’aumônier est aussi militaire que le médecin, le pharmacien, le vétérinaire, le payeur et le télégraphiste qui sont tous galonnés et qui sont peut-être moins souvent que lui appelés à affirmer leur autorité.
(:) Juillard : Sonveñirs d'un voyage en Chine, page 54, note.