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coups et couverts d’ordures ; et pendant cette longue promenade, des gardiens venaient de temps à autre resserrer avec des tourniquets, les cordes qui leur coupaient les poignets et les pieds, et poussaient le raffinement de la cruauté jusqu'æ les imbiber d’eau froide pour les serrer davantage (1).
Au Tonkin, c'était la même chose : c'était peut-être pire encore ; car les Tonkinois et les Chinois avec lesquels nous nous sommes battus n’ont jamais rendu un seul prisonnier, On a remarqué qu'après la retraite de Lang-Son nous n'avions pas de blessés aux jambes. Cela s'explique : les blessés aux bras ou à la tête ont encore pu se sauver : les blessés aux jambes sont tombés et ont été ignoblement martyrisés. À Tuyen-Quan nos têtes étaient mises à prix : celle de l’aumônier ne faisait pas exception. Les Chinois sont allés jusqu’à exhumer nos morts pour les décapiter. C'était leur intérêt ; car, personne ne l’ignore, leurs chefs payaient les têtes des Français au prorata du grade justifié par les bourreaux !
Eh bien! même dans ces guerres sauvages, nous croyons qu’une arme siérait mal aux ecclésiastiques.
D'après le règlement, l’aumônier marche avec l'ambulance. Or, en cas de légitime défense, s'il croit devoir opposer la force à la force, il aura à sa disposition les fusils, les cartouches, les baïonnettes'et les sabres des morts et des blessés.
Aux derniers jours de Tuyen-Quan, prévoyant que, si la colonne libératrice n’arrivait pas vite, nous étions
(1) Juillard: Souvenirs d'un voyage en Chine, pages 121 et 122.