A, — EN COLONNE
En colonne, il n'est pas possible de grouper les soldats, Ils marchent aussi bien le dimanche que les
autres jours. [ls se battent le dimanche comme le samedi et comme le lundi. Le soir, ils arrivent au cantonnement exténués de fatigue, Ils sont obligés de coucher sur la dure, quelquefois dans l’herbe et dans la boue. L'aumônier peut en voir quelques-uns en marchant, ou pendant la halte, et les encourager par une parole de sympathie. Mais il doit renoncer au plaisir de les grouper.
Quels tristes dimanches que ceux que l'on passe en colonne!
Nous n'oublierons peut-être jamais le dimanche de Pâques 1884. Nous. étions entrés la veille dans la citadelle de Hong-Hoa. Nous étions malade, couché sur un brancard de l'ambulance, dans la pagode qui nous abritait. Les médecins avaient des invités et prenaient joyeusement leur repas dans la cour de cette pagode.
Nous nous rappelons encore le dimanche 16 novembre 1884. C'était le premier anniversaire de la mort de l'un de nos enfants. Et nous avions reçu l'ordre de quitter Hong-Hoa pour nous rendre à Tuyen-Quan. Dès le matin, les soldats étaient sur la berge du Fleuve-Rouge et commençaient à s'embarquer sur des jonques pour descendre au confluent de la Rivière- Claire. Nos hommes avaient touché d’avance six jours de vivres de réserve. Pour ne pas se charger, ils avaient bu leur vin, et quelques-unsétaienten état d'ivresse, Des casques, des gamelles et un sac tombèrent à l’eau, En attendant que notre tour arrivât de prendre place sur la jonque réservée au matériel de l’ambulance et aux oficiers sans troupe, nous appelàmes mentalement la
bénédiction de Dieu sur nous. Nous n'avons pas tardé à refaire l'expérience que ce n’est jamais en vain qu'on l'invoque.
Nous nous souvenons enfin du dimanche de Pâques 1883. Nous venions d’être débloqués à Tuyen-Quan. Nos baraques étaient toutes démolies. Nous n'avions point de local pour faire le culte, et il n'y en avait point de disponible que nous pussions demander au colonel. Nous convoquâmes une réunion dans notre cagna. Nous espérions avoir une quinzaine de soldats : nous n’en eûmes que trois! Ce même jour, dans la mère-patrie, toutes les églises étaient en fête. Les temples se remplissaient d’auditeurs attentifs et la plupart de nos collègues avaient la joie de recevoir, pour la première fois, leurs catéchumènes à la table du Seigneur.