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ACTIVITÉ EXTÉRIEURE DE L'AUMONIER

L'aumônier, comme le pasteur civil, doit travailler à la cure d’âmes par les visites à domicile.

1° Puisqu'il a son entrée libre dans les chambrées, il doit en profiter pour faire la connaissance des membres de son troupeau. Il peut, dans ses visites, grouper quelques soldats et les intéresser par sa conversation aimable et instructive. Il peut aussi sortir avec eux à la campagne. En ville, il recherchera moins leur société.

2° Un autre moyen d'intéresser les militaires, c’est de leur prêter des livres. D'abord, chaque soldat protestant doit être muni d'un Nouveau-Testament. Ses parents, ses amis, les Unions chrétiennes de jeunes gens et les pasteurs de sa paroisse doivent veiller avec soin à ce devoir sacré. L'aumônier ne doit pas craindre de demander à chaque militaire de son culte s'il est bien muni du Livre-Saint et s’il le lit soigneusement,

En cas de réponse négative, il doit le pourvoir d'un Nouveau-Testament et l'exhorter à en faire bon usage. Cette branche de son ministère lui offrira quelquefois de précieux encouragements. Nous voudrions, pour le dire, faire de nombreux emprunts aux rapports publiés en 1870 et 1871, par nos Sociétés bibliques de Paris, par.la Société évangélique de Genève et par la Société biblique britannique et étrangère. Mais le cadre de notre ouvrage nous oblige à nous borner à quelquesunes des expériences de nos aumôniers.

— Voudriez-vous un Nouveau - Testament, dit un Jour M. Frossard à un soldat malade ?

— Oui, sans doute, mais je n'ai rien pour le payer.

— Le voici, acceptez-le ; nous sommes venus pour donner et non pour vendre.

Le soldat saisit le livre et fondit en larmes d’attendrissement (1).

Nos aumôniers de la campagne de Crimée se sont appliqués à répandre la Parole sainte parmi leurs coreligionnaires, et ils ont eu raison (2).

Un militaire français interné en Suisse, à qui un agent de la Société évangélique de Genève présentait un Evangile lui dit : Merci, Monsieur, j'ai reçu à Bâle le Nouveau-Testament; je le conserverai comme un souvenir précieux de la Suisse et comme le meilleur des livres! Je le lis avec un grand plaisir et je le porte à ma famille,

Un autre, après avoir reçu un exemplaire de saint Jean, se

(1) Lettres d'Orient, page So.

(2) Lettres d'Orient, page 85, etc.

mit à en lire, dans un groupe, la première page. « Quel beau livre vous me donnez-là, s’écria-t-il ! Je vous en remercie » ; aussitôt ses camarades, à l’ouïe de cet éloquent témoignage, tendirent la main en demandant tous le même livre,

Quel bonheur ! c’est la Parole de Dieu, s’écria enle recevant un soldat qui, pendant le voyage, en avait entendu parler et qui en désirait un exemplaire.

Si ce livre, disait-on en d’autres groupes, était plus connu en France, nous ne serions pas tombés dans l’état où nous sommes (1).

Le fait suivant, raconté par M. le pasteur Dhombres, est emprunté par le journal 4 Croix au compte-rendu de la Société Biblique de France :

De sa cellule de la Roquette un magistrat éminent, victime de la Commune, a écrit ces lignes à un de ses amis protestants :

«Je ne sais le sort qui m'attend... Aidez-moi à me préparer » à la mort et à m'y préparer en chrétien. Pour cela, envoyez- » moi une Bible ». Il fut déféré avec empressement à ce pieux désir et la dernière lecture du président Bônjean fut ce livre où l'âme consolée apprend à dire avec Pierre: « Nous atten- » dons, selon sa promesse, de nouveaux cieux et une nouvelle » terre où la justice habite » (2).

Avec les Livres-Saints, l’aumônier doit répandre d’autres bons ouvrages et de bons journaux, surtout des journaux illustrés :

(1) La Croix, n0 38, du 23 septembre 1871, page 302.

Nous avions déjà emprunté ces détails à /a Croix quand nous avons pu lire le Rapport de la Société évangélique de Genève, 1871, où ils sont premièrement racontés, avec plus de détails, pages 82 et suivantes.

(2) La Croix, n° 39, du 30 septembre 1871, page 311.

Le passage de l’Ecriture cité se trouve dans 2 Pierre nt, 13.

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Ayant eu le bonheur, dit M. le pasteur Haas, de mettre la main sur un dépôt de traités religieux conservés dans une armoire de la sacristie du temple (de Metz) et sur tout une collection déjà ancienne de livres de la Société de Toulouse, j'en fais mon profit. Nos malades, nos docteurs même reçoivent ces petits livres avec déférence (1).

Les soldats liront facilement un livre religieux. Souvent ils le liront pour se distraire plutôt que pour s'édifier. Mais enfin ils le liront.

Etant aumônier militaire au corps expéditionnaire

du Tonkin, nous recevions, à titre gracieux, pour les militaires :

24 abonnements au journal le Zemps;

30 » » Ami chrétien des Familles ; 20 » » Ami de la Maison ; 12 » » Chambre-Haute;

5 » C » Messager de l'Eglise;

ï » » Témoignage ;

Plus trois ou quatre autres feuilles religieuses dont nous payions l'abonnement. |

Tout cela était lu, dévoré, par nos militaires malades ou en santé. Dès que le courrier de France était annoncé — nous en recevions deux par mois seulement — ils faisaient la procession chez nous et venaient se faire servir comme dans un magasin!

Un jour il nous arriva une caisse de livres gratuitement mis à notre disposition par la Société de Toulouse. Elle renfermait divers petits ouvrages et un grand

(1) La Croix, n° 4x, du 18 octobre 1871, page 328,

— idi —

nombre d'A/manachs pour la eunesse. Nous fimes savoir au cantonnement que nous étions pourvu de pâture spirituelle. Les demandes affluèrent immédiatement. En sortant de chez nous, ces soldats s’associèrent en groupes de quatre ou cinq pour acheter des bougies. Is donnaient un sou chacun pour avoir une bougie commune pour le groupe. Le soir, dans la pagode qui les abritait, ils enfonçaient la bougie dans le sol ou bien ils la fixaient sur une pierre ou sur une brique, puis ils s’allongeaient par terre, la tête du côté de la clarté, afin de pouvoir lire leurs livres. Ce soir-là, du moins, leur pagode fut une wa1son de lumières !

Mais les soldats sont en général peu soigneux. Quand on met un ouvrage en circulation parmi eux, on risque souvent de ne pas le recouvrer.

3° — L'aumônier doit être bon correspondant :

J'entame mon courrier, dit M. Frossard, affaire dont vous connaissez l'importance, mais dont vous ne savez pas encore toute l'étendue. S'il s'agissait seulement de vous écrire, mes enfants, la tâche serait douce et facile ; mais il faut expédier des lettres officielles de tout genre, mettre la Commission et mes collègues au courant des évènements de mon ministère et de l'établissement de la mission, et puis répondre aux lettres de tant de parents qui gémissent dans l'absence de leurs fils qui n'écrivent pas ou qui succombent. Il faut d’abord trouver l'adresse de ces jeunes gens, ce qui est déjà chose fort difficile, quelquefois même à peu près impossible ; puis, trouver les jeunes hommes eux-mêmes, ou quelqu'un qui sache de leurs nouvelles, et enfin écrire à leurs parents (1).

(1) Lettres d'Orient, pages 138 et 199.

Pour bien accomplir sa mission, l'aumônier doit entretenir, autant que possible, des relations régulières avec les pasteurs et avec les parents des soldats confiés à ses soins. Il les remplace près d'eux. Les militaires aussi, détachés dans divers postes, se font un plaisir de lui écrire. II ne faut pas négliger de telles occasions de leur faire du bien. En temps de guerre, l’aumônier a franchise postale en France et dans toutes les possessions françaises. Quand il n’a pas franchise, il doit s'imposer des sacrifices pour cette branche de sa mission. — Du 1° janvier au 31 décembre 1885, nous avons écrit 800 lettres. Sur ce nombre, il y en avait peut-être 600 adressées aux soldats ou à leurs parents.

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