CONCLUSIONS
Comme nous l'avons vu pages 35 à 38, des aumôniers sont désignés pour prendre du service en temps de guerre, Leur nombre est restreint (un par corps d’armée pour le culte protestant). Le cas échéant, il faudrait leur venir largement en aide, comme on le fit en 1870, pour l’organisation d’aumôneries offcieuses.
Les aumôniers désignés pour prendre du service dans un corps d'armée en cas de mobilisation n’exercent pas en temps de paix : et les soldats peuvent rarement assister aux cultes paroissiaux. Par suite de ce que nous avons pu lire et des expériences que nous avons pu faire à ce sujet, nous avons acquis la conviction intime que nos soldats protestants sont moralement en souffrance à cause de cette situation. Souvent pressés par les prêtres et par les religieuses,
plusieurs d'entre eux abjurent leur foi mal assise. Nous n’en voulons pour preuve, maintenant, que les lignes suivantes empruntées au journal le Christianisme au XIXe siècle du 22 novembre 1888, page 372, et dues à la plume de l’un de nos plus excellents laïques du Gard:
Il y a quelques semaines, dit-il, j'avais l'honneur de parler de religion avec la femme d’un général protestant ; elle, bien renseignée, m'affirma que le protestartisme faisait des pertes sensibles par des soldats qui passent au catholicisme, dans les hôpitaux ou autrement, parce que plusieurs n'étaient jamais visités par des pasteurs pendant leur service militaire; elle m'engagea vivement à attirer l'attention des pasteurs sur cette classe de nos coreligionnaires.
Malgré les succès de nos Sociétés d'Evangeélisation en pays catholiques, nos journaux religieux se plaignent, avec raison, de la diminution de la population protestante en France. Eh bien! voilà ce qui se passe sous nos yeux! Et dans nos colonies, où le protestantisme n'est souvent pas même représenté, que se passet-il 7... II nous semble pourtant que l’un de nos premiers devoirs serait d’aviser aux moyens de conserver ce que nous avons. |
Or, en temps de paix, il est possible de faire quelque chose en faveur de nos militaires du culte protestant. Pour cela nous proposerons :
1° Que les pasteurs, les anciens, les diacres et les Unions chrétiennes suivent les jeunes gens de leurs églises qui sont appelés sous les drapeaux et se mettent en relation, à leur sujet, avec le Comté d'évangélisa-
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ion des militaires, et avec les pasteurs des villes où ils sont en garnison. À cette occasion nos honorables collègues voudront bien nous permettre de leur dire que plusieurs d’entre eux ne paraissent pas sentir l’importance de ce devoir, Nous en avons la preuve dans l'extrait suivant d’une lettre que M. le pasteur Auguste Vesson nous écrivait à la date du 18 janvier 1889:
Je vous remercie, dit-il, d’avoir bien voulu me signaler la présence à Dunkerque de l’artilleurX... Je m'occupe beaucoup des militaires et suis bien aise d’être mis à même de faire leur connaissance. Malheureusement ils prennent rarement l'initiative de rechercher le temple et les pasteurs n’ont pas tous la même sollicitude que vous.
2° Que le Comté d'évangélisation des militaires centralise les adresses des soldats et marins protestants.
3° Que les pasteurs et les Unions chrétiennes de jeunes gens des villes où ces militaires sont en garnison en soient avertis, qu'ils les visitent et les attirent au culte. |
4 Comme on l’a déjà fait dans certaines villes de garnison, en France et en Algérie, que l’on établisse, autant que possible, des salles de lecture spéciales pour les militaires, avec bibliothèques, journaux, papier et encre, le tout mis gratuitement à leur disposition (1).
(1) En 1870-1871, quelques ambulances avaient une bibliothèque. Voir Semaine religieuse de Genève du 4 mars 1871 et le rapport que le Comité des aumôniers publia après la guerre, en 1876-1878,
3° Que chacun des membres de nos Unions chrétiennes se fasse l’ami personnel d’un soldat ou d’un marin, connu ou inconnu, et lui écrive régulièrement tous les quinze jours. S'il est isolé surtout il ne négligera pas de lui envoyer des brochures, journaux, traités, etc., qui pourront l’intéresser. Le soldat n'étant pas riche, ordinairement, il faudra avoir soin de mettre un timbre dans la lettre pour avoir une réponse.
La caisse de l'Union se chargera des frais de correspondance.
Nous sommes certain qu’un grand nombre de nos soldats recevraient beaucoup de bién par ce moyen-là.
Et quelle joie, pour nos Unions, de se communiquer, dans leurs séances publiques, les passages principaux de cette correspondance militaire et de prier ensemble pour leurs amis sous les drapeaux!
Qui sait même s'il n’y aurait pas lieu de créer, plus tard, un journal bi-mensuel, par exemple, qui s'appellerait la sentinelle protestante?
Enfin, puisque nos étudiants en théologie doivent être soldats, ils pourront faire et recevoir beaucoup de bien à cette rude école de la vie.
Le champ est vaste. Si parfois il nous paraît ingrat, rappelons-nous cependant que les plus rebelles peuvent être sauvés par la folie de la croix (1). Comme le disait
(1) x Corinthiens 1, 18,
M. le doyen Bois dans son rapport sur l'Æxpration CEE prêchons-la, cette croix, en temps et hors temps (2). Prenons-la pour unique bannière, car c'est par elle que Jésus attirera tous les hommes à lui (3).
Vu :
Le Président de la soutenance :
+ À. VIGUIÉ.
Vu, le doyen :