‹ L'Aumonerie MilitaireChapitre 47 sur 50 · RÉSULTATS INDIRECTS · texte numérisé non relu

RÉSULTATS INDIRECTS

Nous avons essayé de montrer quelques résultats connus. Nous les avons tous choisis parmi les militaires tombés au champ d'honneur, Mais qui dira les résultats de l'avenir ? Ce soldat que l’aumônier a édifié aux moments difficiles de la vie, gardera les instructions qu'il a reçues et les racontera à ses parents et à ses amis, peut-être protestants indifférents, catholiques ou incrédules, qui en seront à leur tour encouragés, Car, en réponse à ce commandement : « Jette

ton pain à la surface des eaux » (1), la Parole de Dieu germe et se développe dans les cœurs. Citons encore quelques faits à ce sujet :

it Ce matin, dit M. Frossard, je rencontre un soldat qui me demande si je ne suis pas un ministre protestant. Sur ma réponse affirmative, il ajoute :

— Voudriez-vous me vendre un Nouveau-Testament ?

— Je vous én donnerai un.

— Ce n’est pas pour moi, c'est pour un camarade. Je suis moi-même déjà muni (2). En partant de France, j'ai rencontré un ministre qui m'en a offert un, que je lis depuis avec joie. Ce ministre ne faisait que passer; il était de Ganges et se nommait M. Recolin (3).

2° Des militaires revenus du Tonkin, et dont nous avons oublié les noms, ont parlé de nous à MM. les pasteurs Charles Monod, Müller et Rocheblave, d’Alger ; Ernest Bertrand, de Valleraugues; Edouard Monod, de Marseille ; et Marrauld, de Cannes.

3° Le sergent Strohi, protestant, que nous avons à peine connu, était venu au culte à Hong-Hoa pendant l'été de 1884 ; il fut tué à Dong-Son.

Mrne Hoff, la femme du pasteur de Sainte-Marieaux-Mines, d'où il était originaire, nous écrivit pour nous demander des détails sur sa mort. C’est par elle que nous avons appris que le sergent Strohl avait parlé

(x) Ecclésiaste X1, 1,

(2) Comparez cette réponse avec celles racontées aux pages 121 et 122, citation empruntée des Lettres d'Orient.

(3) Lettres d'Orient, page 166.

de nous à ses parents. Il leur avait raconté qu'il assistait avec plaisir à nos réunions et que nous lui avions donné des traités.

4 Le caporal Tschudin, protestant, était à Hong- Hoa l’un de nos auditeurs les plus assidus. [1 fut tué à la retraite de la Porte de Chine. Quelque temps après ses parents nous écrivirent une lettre en allemand et nous la firent parvenir dans une enveloppe qu'il leur avait lui-même envoyée, sans nous le dire, avec notre adresse”écrite de sa main, les priant de nous demander des renseignements sur son compte s'ils restaient trop longtemps sans nouvelles de lui.

5° Le soldat Larose, catholique, que nous avions eu à notre service comme ordonnance, est revenu malade du Tonkin. Il a été soigné par ses parents, dans les environs de Lyon, où il est mort entouré des siens. Le lendemain de son enterrement, son frère nous écrivit pour nous dire qu'il avait souvent parlé de nous pendant sa maladie, que sa dernière pensée avait été pour nous et que sa dernière parole avait été notre nom.

6 A titre de document, qu'il nous soit enfin permis de reproduire quelques fragments d’une lettre que M. le pasteur Chatelanat, de Seraing (Belgique), nous a écrite à la date du 9 février 1888 :

je suis actuellement en correspondance, dit-il, avec un nommé Alfred-Joseph G..., soldat disciplinaire à Aïn-el- Oussenk (province d'Oran), Originaire de Seraing, il a, pendant sa jeunesse, suivi assez régulièrement les cultes de notre

église, du temps de mon prédécesseur, M. Cacheux, mais sans embrasser vraiment l'Evangile. Puis il a mal tourné, a dû quitter le pays, s'est engagé à la légion étrangère, a été expédié au Tonkin et enfin en Algérie où il est actuellement pour la fin de son temps de service!

Or, dans les deux lettres que j'ai reçues de lüi, il me parle de vous à plusieurs reprises et semble avoir pour vous un vrai attachement.

die Je pense que cela vous fera plaisir de savoir qu’il ne vous a pas oublié et que vous lui avez fait du bien. « M. Boisset, » dit-il, donnait beaucoup de bons conseilsaux soldats. J'aimais » beaucoup l'entendre parler, tout comme mes camarades, sur- » tout quand il parlait de l'Evangile. Il m'a fait du bien, et m'a » montré que j'étais un pauvre pécheur, mais quand même » Jésus-Christ veut être mon Sauveur si je l'aime... Jamais je » ne l'oublierai quand même je ne le verrais plus. Je prie pour »lui. Sivous le connaissez, saluez-le de ma part...»

Nous n'avons aucune souvenance de ce jeune homme, Mais un témoignage comme celui-là, tout-à-fait inattendu, nous dédommage de bien des peines et nous encourage à travailler avec zèle partout où Dieu nous conduira.

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