ACTE CINQUIÈME
Acquitté I
GERMAINE, avec une grande émotion.
Ah!
ROLLOT.
Aquilar et les autres administrateurs acquittés aussi ! Don Hanco seul est retenu, (se laissant aller à son émotion.) Ail ! mes enfants! Quelle diable de chose que la Justice! Quand j'ai vu mon vieil ami, là-bas, entre deux gendarmes, ça m'a fait un drôle d'effet!..
GERMAINE, à Rollot.
Vous l'avez laissé seul?
ROLLOT.
Non, Roussel l'accompagnait. Je les ai laissés ensemble. Ton père m'a promis de venir me prendre ici tout à l'heure. Je vais l'emmener dîner dehors, pour tâcher de le distraire un peu...
GERMAINE
Il est très abattu, n'est-ce pas?
ROLLOT.
Plus que pendant le procès! Il était superbe, tu sais ! Plusieurs fois, le président a dû imposer silence aux applaudissements. Et quelle salle !.. Dieu sait s'il y en avait, des femmes! Et d< s chapeaux ! Une vraie plate-bande ! Quand le président a demandé à ton père comment il accordait une si belle confiance aux dires d'Aquilar et consorts, de quel ton il lui a répondu : « Monsieur le président, c'est que, jusqu'alors, je n'avais connu que des honnêtes gens ». Epatant 1
GERMAINE
Pensez-vous qu'il voudra me voir? Il me semble qu'il aura besoin de moi, maintenant. Et je voudrais
lui montrer tout de suite que je suis prête à répondre à son premier appel.
ROLLOT.
Tu as raison... Il se trouvera peut-être aujourd'hui plus disposé à te pardonner d'avoir été faible.
GERMAINE, vivement.
Je ne veux pas dire cela.
ROLLOT.
C'est pourtant vrai ! Vous êtes deux victimes de cette loi... la retraite... qui transforme les existences, change brutalement les habitudes... et vous a jetés désarmés dans un monde nouveau, qui est le vrai monde, avec toutes ses laideurs, le monde que vous ne soupçonniez même pas!
GERMAINE
Deux victimes... c'est vrai !
UN DOMESTIQUE, entrant.
M. le comte de Noirétable demande à parler à monsieur.
ROLLOT, surpris.
Gomment, Aquilar ?
DANHEIM, id.
A peine libéré?
Qu'est-ce qu'il vient faire ici?
DANHEIM.
Me proposer quelque nouvelle affaire !
ROLLOT.
Il en est bien capable.
GERMAINE, vivement.
Je préfère ne pas le voir.