SCÈNE VI LE GÉNÉRAL, GERMALXE, puis CONSTANCE
LE GÉNÉRAL
Ecoute, ma chérie, puisque nous sommes seuls, permets-moi de te dire, entre nous, que tu as peut-être tort de refuser aussi catégoriquement les offres de ta tante. En somme...
GERMAINE, d'un ton de reproche.
Oh ! père, toi aussi?
LE GÉNÉRAL
Ta tante a raison, au fond... Tu oublies que nous n'avons pas de fortune, ma pauvre petite...
GERMAINE
Non, papa, je n'oublie rien, je t'assure.
LE GÉNÉRAL
Alors, pourquoi ne pas vouloir te marier? Aimerais-tu quelqu'un?
GERMAINE
Mon Dieu, non!
LE GÉNÉRAL
Je connais cependant un jeune homme qui aurait bien fait ton affaire !
GERMAINE
Qui?
LE GÉNÉRAL
Roussel.
GERMAINE, vivement.
Roussel ?
LE GÉNÉRAL
C'est un brave garçon... un officier d'avenir. Et puis, je crois qu'il t'aime bien !
GERMAINE
Moi aussi, j'ai beaucoup d'affection pour lui. Mais de là à l'épouser !... Non, vraiment, il manque un peu trop de brio, ce brave Roussel.
Au même instant, entre Constance. Elle porte un petit paquet de lettres.
CONSTANCE, entrant.
C'est le courrier de monsieur.
GERMAINE, se levant vivement.
Ah! (a son père qui a pris les lettres.) Il n'y a rien pOUr
moi?
LE GÉNÉRAL
Tu attends des lettres?
GERMAINE
Peut-être!... Je ne sais pas.
LE GÉNÉRAL, regardant le courrier, tandis que Constance
s éloigne.
Je ne vois rien... (Décachetant les lettres.) Une demande de subvention pour un orphéon. Une lettre du capitaine Le Rey, une lettre deRollot (Lisant cette dernière.) Il a eu, puraît-il, une exposition superbe, au Salon. 11 a vendu tous ses tableaux. On parle de lui dans les journaux. (Levant la tête.) C'est vrai, il y avait hier un long article sur lui. Tu l'as lu?
GERMAINE, distraite.
Tu es bien sûr qu'il n'y a pas autre chose, dans tes lettres?
LE GÉNÉRAL, lui montrant le courrier.
Mais non, vois toi-même !