‹ L'auréole; comédie en cinq actes [par] J. Chancel & H. De GorsseChapitre 46 sur 119 · SCENE VII · texte numérisé non relu

SCENE VII

LE GÉNÉRAL, AQUILAR et à la fin CONSTANCE.

AQUILAR, entrant.

Bonjour, général!

LE GÉNÉRAL, allant au devant de lui.

Ohl mon cher Aquilarl... Quelle bonne surprise 1 Je suis ravi !

AQUILAR.

Et cette chère petite Germaine, comment va-t-elle? Il y a si longtemps que je ne l'ai vue... Depuis l'automne dernier, lorsqu'elle nous a fait le plaisir, à ma femme et à moi, de venir passer quelques jours chez nous, à Entrayguet.

LE GÉNÉRAL

Germaine va bien, je vous remercie ! . .. Mais qu'est-ce qui me vaut donc le plaisir de voire visite dans mon humble retraite ?

AQUILAR.

Je viens d'accompagner ma femme à quelques lieues d'ici, à Notre-Dame de Rocamadour.

LE GÉNÉRAL^ un peu surpris.

Vous y avez été en pèlerinage?

AQUILAR.

Mon Dieu, oui, je n'en rougis pas. Je n'ai pas de sot respect humain. Je trouve qu'il est quelquefois salutaire et très doux, dans la fièvre des affaires, de se recueillir un moment et, pour ainsi dire, de se re-

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tremper rame parmi les impressions de l'enfance, impressions trop vite oubliées,, hélas I Mais je ne suis pas venu ici pour vous faire un sermon. Seulemeiit je me ferais fait un remords de passer si près de vous, sans venir vous saluer.

LE GÉNÉRAL

Du salut qu'on doit à un morti

AQUILAR.

Ohl général!

LE GÉNÉRAL

Je n'exagère qu'à moitié. Il n'y a plus que la machine qui vive, en moi. (Avec découragement.) Quand je pense que l'année dernière encore, chez vous, à Entrayguet, aux dernières mahœiivres... Ah! c'était le bon temps, alors!... C'était le travail, la vie!... Et maintenant...

AQUILAR.

Maintenaiit, vous vous reposez sur vos lauriers.

LE GÉNÉRAL, vivement.

Mes lauriers? Quels lauriers! Est-ce qu'on nous laisse le temps d'en recueillir, des lauriers? A peine arrivés au grade supérieur, il faut quitter la place, renoncer au travail, s'entendre condamner à l'inertie et à l'immobilité. Et cela, au moment où on désirait tant faire par soi-même quelque chose de grand, quelque chose qu'on a attendu toute sa vie, et qui ne viendra jamais.

AQUILAR.

En effet, il y a dans le règlement militaire des exigences...

LE GÉNÉRAL, se montant.

A la réforme... comme de vieux chevaux!... Et à

soixante-deux ans!.. Voyons, est-ce qu'un homme est décrépit, à soixante-deux ans, s'il ne s'est pas éreinté à faire la fête pendant sa jeunesse?

AQUILAR.

Certes, non ! Vous êtes plus vert que bien des hommes de quarante ans.

Franchement,ai-je l'air d'un invalide? Au contraire, je ne me suis jamais senti mieux dispos de corps et d'esprit.

AQUILAR.

C'est évident.

LE GÉNÉRAL

Alors, vous m'avouerez que c'est dur, après avoir été un chef, un chef qui commandait et agissait de sa haute autorité, de sentir qu'on n'est plus rien, qu'une vieille culotte de peau que les soldats ne saluent même plus dans la rue.

AQUILAR, protestant.

Oh! général!

LE GÉNÉRAL

Je dis bien... une vieille culotte !... Il n'y pas d'autre mot! A quoi suis-je bon, maintenant? A m'introduire comme un intrus dans les cafés d'officiers, pour faire quelque vague partie de manille, ou à aller m'asseoir sur la Place d'Armes, pour regarder de loin manœuvrer les soldats.

AQUILAR.

En deux mots, général, si vous voulez bien me permettre une plaisanterie innocente, l'heure de la retraite a bien sonné, mais pas celle de l'extinction des feux.

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