ACTE DEUXIEME
LE GÉNÉRAL, énergique.
Parfaitement.
Mais alors, pourquoi ne cherchez-vous pas dans la vie civile un emploi de vos grandes facultés?
LE GÉNÉRAL
Quel emploi? 3ù... par qui... comment trouver un emploi convenable?... Je ne peux pourtant pas faire mettre dans les journaux « ancien militaire décoré demande place. » Voyons, Aquilar, franchement?...
AQUILAR.
Certes non, mais par vos relations... (jouant la comédie du regret.) Ah! c'est vraiment dommage que je ne sois pas venu ici huit jours plus tôt.
LE GÉNÉRAL, vivement.
Vous auriez eu une occupation pour moi ?
AQUILAR.
Qui vous eût été comme un gant 1 — Malheureusement, il est trop tard... La situation est certainement prise.
LE GÉNÉRAL, alléché.
Une occupation, dans vos affaires?
AQUILAR.
Oui, dans un conseil d'administration. Mais il est inutile de vous en parler^ pour ne vous donner que des regrets.
Un temps.
LE GÉNÉRAL
Qu'est-ce que c'est que cette affaire?
AQUILAR.
Une affaire de mine.
LE GÉNÉRAL
Bonne ?
AQUILAR, confidentiel.
On a déjà vu rôder des Anglais autour de nos terrains?
LE GÉNÉRAL
Oh ! alors !
AQUILAR.
C'est une affaire de mines de plomb.
LE GÉNÉRAL, dédaigneux.
De plomb ?
AQUILAR.
De plomb argentifère. Nous avons acheté, sur la frontière d'Espagne, des terrains contenant des gisements considérables de minerai !
LE GÉNÉRAL
Diable! C'est une grosse entreprise, alors?
AQUILAR.
Une des grosses entreprises du siècle.,, tout simplement... Au reste, j'ai apporté mes plans, pour les étudier en chemin de fer, Qt si cela vous intéresse...
(il sort de sa serviette des plans et des papiers et les étale
sur une table.) Tenez... voici... Cette partie, teintée en bleu, représente nos terrains.
LE GÉNÉRAL, admiratif.
Que de terrains I Que de terrains!
AQUILAR.
N'est-ce pas?
LE GÉNÉRAL
Et vous êtes sûr qu'ils contiennent du minerai?
AQUILAR, montrant une brochure.
Voilà le rapport des ingénieurs, qui en fait foi.