‹ L'aurore de la philosophie grecqueChapitre 105 sur 240 · LXXXII. — Théologie · texte numérisé non relu

LXXXII. — Théologie

Avec certaines réserves, Heraclite était disposé à appeler l'unique Sagesse du nom de Zeus. Tel, du moins, paraît être le sens du fragment 65. Ce qu'étaient ces réserves, il est facile de le deviner. L'unique Sagesse ne doit naturelle-

ment pas être représentée sous forme humaine. Si Heraclite ne l'a pas expressément dit, c'est qu'il n'aurait fait que répéter ce qu'avaient déjà dit Anaximandre et Xénophane. Il s'accorde, en outre, à soutenir avec Xénophane que ce « dieu » — s'il faut l'appeler ainsi — est un, mais sa polémique contre la religion populaire était dirigée plutôt contre les rites et les cérémonies que contre ses excroissances purement mythologiques. Il donne (frg, 124) la liste de quelques-unes des figures religieuses les plus caractéristiques de son temps, et le contexte dans lequel le fragment est cité montre qu'il les menaçait en quelque sorte de la colère à venir. Il glose sur l'absurdité de la prière adressée à des images (frg. 126), et sur cette étrange idée que le meurtre puisse être lavé par l'effusion du sang (frg. 130). Il semble avoir dit aussi qu'il était absurde de célébrer le culte de Dionysos par des cérémonies gaies et licencieuses, tandis que l'on cherchait à se rendre l'Hadès propice par des rites lugubres (frg. 127). Suivant la doctrine mystique elle-même, les deux dieux n'en formaient en réalité qu'un, et seule la Sagesse devait être adorée comme un Tout,

Les quelques fragments qui traitent de théologie et de religion ne nous portent guère à croire qu'Heraclite eût de la sympathie pour la renaissance religieuse de l'époque, et cependant on nous a invités à considérer son système « à la lumière de l'idée des mystères^». On appelle notre attention sur le fait qu'il était « roi » d'Ephèse, c'est-à-dire prêtre de la branche des mystères éleusiniens établie dans cette cité, laquelle était aussi en relations avec le culte d'Artémis ou de la Grande Mère'. Ces indications peuvent être exactes, mais, même si elles le sont, qu'en résulte-t-il? Nous devrions sûrement, à l'heure qu'il est, avoir appris de Lobeck qu'il n'y avait aucune « idée » du tout dans les

1 E. Pfleiderer, Die Philosophie des Heraklit von Ephesiis im Lichte der Mysterienidce (1886).

2 Antisthène (l'auteur des Successions) dans Diog, IX, 6 (R. P. 31). Cf. Strabon, XIV, p. 633 (R. P. 31 ft; DV 12 A 2).

HERACLITE d'ÉPHÈSE 193

mystères ; et sur ce point, les résultats des recherches anthropologiques récentes ont amplement confirmé ceux des études philologiques et historiques.

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